SUBSTITUTION DR LA VENTE DES TRURES AUX CONCESSIONS
sons, et l'on verra se ronouvcLn- les catastro[)hes do 1846 et de 1847 à Alger, ou bien, rentrant dans leurs foyers, les mécontents continueront de discrcdilcr l'Algérie comme un pays d'illusions et de déceptions.
Des moyens faciles et efficaces ont clé indiqués pour prévenir tout abus grave : l'annexion à l'acle de vente d'un plan géométrique de la propriété, l'indication des propriétaires antérieurs depuis trente ans, une sommation préalable au Domaine de faire connaître ses prétentions. Avec cette triple garantie, l'État cl les particuliers seraient mis à l'abri de la mauvaise foi qui, en d'autres temps, suggéra de coupables spéculations, et toutes les forces vives de l'Algérie pourraient recevoir la féconde excilalion du travail, de l'esprit, du capital européens, sans lesquels aucun essor puissant de prospérité n'est possible.
Parmi les travaux publics qui doivent faire partie du programme nouveau de colonisation, les routes et les ports sont généralement appréciés, et des crédits considérables viennent d'être affectés à cette destination. Les barrages et les canaux d'irrigation sont au contraire laissés au second plan, comme des entreprises utiles sans doute, mais moins urgentes. De tout point une telle appréciation est erronée et dérive de nos habitudes d'esprit parisiennes, nées sous un climat oîi la pluie, on n'en fait que trop souvent l'expérience, nous incommode plus qu'elle ne nous sert. Loin d'emmagasiner l'eau surabondante, ici nous nous ingénions à réconduire par le drainage. En Algérie, comme sur toutes les rives de la Méditerranée, l'agriculture suit des lois exactement contraires, et l'irrigation y est la première et la plus nécessaire des pratiques. A mesure qu'avançant du nord au sud, l'on approche de la zone saharienne, les caprices ou les perturbations de l'atmosphère vont se multipliant; la sécheresse chronique, le vent brûlant du désert, rendent les récoltes de plus en plus aléatoires. Sur la ligne de contact des régions embrasées par le sirocco, comme est l'Algé-
rie, le risque de tout perdre est toujours imminent. Contre ce risque, il n"y a qu'une assurance, l'irrigation; mais elle est infaillible. Grâce à l'irrigation, la fertilité des terres est décuplée, en même temps que régularisée, et les jardins de l'Andalousie, les vignes d'Alicante, les plaines et les coteaux de la Lombardie, les champs de la Sicile, étalent toute l'année une vigueur de végétation que ne connurent jamais les froides régions du nord. Les mêmes pratiques se retrouvent dans l'Asie méridionale, et l'on voit àCeylan d'immenses digues longues de 10, 15 et 18 kilomètres sur 50 à 60 pieds de hauteur. Par sa disposition en talus incliné, des sommets de l'Atlas aux rives de la Méditerranée, l'Algérie se prête à l'érection de barrages avec une merveilleuse facilité. Dans l'ordre industriel, ce doit être aujourd'hui le principal souci de l'administration, et elle a bien peu à faire, car les communes, les provinces, les particuliers même, associés en syndicats, sollicitent à l'envi la i'aveur d'exécuter les barrages ou offrent d'en supporter la charge au moins partielle : chacun comprenant bien que, si les routes et les ports sont utiles pour transporter des produits, il faut d'abord créer ces produits en quantité considérable et régulière, privilège qui n'appartient qu'aux terres irriguées. Nous n'ignorons certes pas qu'il existe en Afrique quelques beaux spécimens de ce genre de travail, et que plusieurs autres sont projetés, étudiés, décrétés même ou à la veille de l'être. C'est bien sans doute, et la reconnaissance publique ne manque pas à ces créations; et néanmoins le salut de la colonie demande davantage : ce qui est fait n'est rien à côté de ce qui reste à faire, et tant que des ruisseaux et des rivières par centaines perdent leurs eaux dans la mer, comme de l'or jeté dans l'abîme, nul n'a droit de s'arrêter en route et de s'admir^jr complaisamment.
Avec l'irrigation généralisée, avec la viabilité perfectionnée, avec des porls moins iiihospilaliers, l'Algérie cessera de méri-