‹ L'Algérie et les colonies françaisesChapitre 25 sur 30 · I. ALGEUIE · texte numérisé non relu

I. ALGEUIE

jamais montré? A les entendre, c'était un sentiment de paix et d'amitié, un désir de commerce. Attirés par le renom de nos richesses et de nos exploits, ils venaient faire connaissance, au nom de leurs frères, avec le sultan d'El-Djezaïr, la bien gardée, et lui proposer un pacte d'alliance.

Présentés au gouverneur général, ils lui ont dit : « Vous avez des chachias (calottes rouges de laine), des draps, des soieries, des cotonnades, des pipes; portez-nous ces produits de votre industrie et d'autres encore , et nous vous donnerons en échange de l'ivoire, des peaux de toutes sortes d'animaux, des parfums, de la cire, de la gomme, de la poudre d'or : nous y trouverons les uns et les autres des bénéfices considérables, et ces bénéfices resserreront de jour en jour les liens de notre amitié. »

Autant que le voyage lui-même, la dignité de leur attitude, la gravité de leur langage confirmaient la sincérité de cette déclaration. L'accueil du gouverneur général comme celui de la population a dû les convaincre que leur mission répondait aux intérêts et aux vœux de l'Algérie. Il n'a plus été question de leurs méfaits, tant Tindulgence est naturelle au cœur des Français ou l'oubli facile à leur mémoire ! Promenés, fêtés pendant dix jours, courant des salons au théâtre, des jardins publics à l'hippodrome, où leurs chameaux dits méhari ont un peu déçu l'attente- des curieux, les Touaregs ont repris la route de leurs déserts, emportant sans nul doute un souvenir reconnaissant de l'hospitalité française. Ils eussent laissé euxmêmes de leur passage une impression aussi durable qu'elle a été vive, sans les ])réoccupalidns politiques du moment; car il y avait dans celli' démarche un hommage spontané de la barbarie envers la civilisalion digne de survivre aux incidents éphémères de la vie courante.

Avec le calme de la paix il convient, ce nous sembh', de raj)peler et d'apprécier le programme des Touaregs. Entre les

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l('i'r(>s loiit à l'ail, iiçiiorrr^s ou pou connuos, l'AIVirpH^ conlralo sollicilo plus quo loulo, aulro losrpchorchos dn la science et du commcrco. Depuis un domi-sicclo, le Soudan, ou pays des Nègres, est devenu l'objet des plus hardies explorations, dont les points de départ ont éli' Tunis, Tripoli, la liante Égvple, le Sénégal; c'est par dizaines que se comptent déjà les voyagtMirs qui ont péri victimes de leur courage; et néanmoins le Soudan, et en avant du Soudan le Grand-Désert, et derrière le Soudan le centre de l'Afrique, sous l'équatour et dans l'hémisphère méridional, sont couverts encore de voiles qu'aucune main n'a pu soulever. Si un Français, René Caillé, a eu la gloire, il y a trente ans, de révéler Tombouctou à l'Europe, son exemple, que la possession de l'Algérie aurait dû, semble-t-il, rendre fécond, n'a pas trouvé chez ses compalriotes un seul imitateur. La commission scientifique de l'Algérie, instituée prématurément, n'a pu dépasser le rayon de notre domination en 18i0, c'est-à-dire les premiers horizons du Tell. Le commerce s'est tenu encore plus h l'écart des spéculations lointaines, et les caravanes elles-mêmes commencent à peine à reprendre la direction de l'Algérie, qu'elles ont abandonnée pendant vingtcinq ans. Il est juste de dire que la réduction d'abord, et plus tard la suppression de l'esclavage, en tarissant la source du principal trafic et des plus hauts bénéfices, ont contribué autant que la guerre à rejeter les caravanes h l'est et ;i l'ouest.

Fidèle à son génie national, l'Angleterre est venue en aide par la politique au zèle de ses missionnaires, de ses savants et de ses marchands. Elle a installé un consul h. Gliedamès, un autre à Morzouk au cœur du Fezzan, au seuil du Grand-Désert. Sous les auspices d'autres consuls, le Maroc tout entier est traversé par les courants du commerce anglais, qui alimente en contrebande toutes nos oasis méridionales et jusqu'à la ville de Tlemcen. Au cœur de l'Afrique, nous le retrouvons remplis-

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sanl des produits nationaux les boutiques des marchands blancs et noirs, musulmans et juifs, des cités du Soudan.

Par ce rapprochement, nous faisons appel seulement à une noble émulation. Dieu nous garde d'aucune envie ! Mais le moment n'est-il pas favorable pour rappeler à la France que du côté de l'Europe, l'Algérie est la route la plus courte des oasis sahariennes et du Soudan? et cette route sera désormais la plus facile et la plus sûre, grâce aux bonnes dispositions des Touaregs.

Sur l'aile de la pensée et ;\ titre d'amorce, de prélude peutêtre aune prochaine réalité (carie projet d'une exploration de l'Afrique centrale, hautement encouragée par la Société de géographie, fermente dans bien des têtes), osons tenter ce long et hardi voyage. Puissions-nous recruter une nombreuse caravane de lecteurs sympathiques !

Nous sommes à Alger, ii Oran, à Bone ou à Philippeville, peu importe le point de départ : tous les chemins d'Algérie mènent au Désert. Devant nous, de l'est à l'ouest, se déroule une première zone coupée de monts et de plaines, que l'on appelle le Tell, nom arabe qui, d'après le savant M. de Slane, signifie colline, et ne dérive pas de îcUus, mot latin inconnu aux conquérants musulmans de l'Afrique, Pour peu que les pluies n'aient pas trop défoncé les routes, on traverse en une journée de diligence, ou plutôt d'omnibus, la moitié à peu près de celte bande, et sur le soir on se trouve à Médéah, à Tlemcen ou à Gonstantine, au cœur du pays. Là on s'organise en convoi pour suivre la route du sud à cheval; mieux vaudrait monter de suite à chameau, si l'allure de cet animal ne donnait aux Européens novices la peur d'un affreux mal de mer, ce qui les engage il relarder autant que possible cette dure nécessité, à laquelle on s'habitue du reste assez vite, comme on l'a vu par l'exemple des soldats chargés d'organiser, tanten Egypte qu'en Algérie, des régiments et des compagnies de dromadaires. En

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un jour ou deux (J(i marche, on poul atteindre les limites du ïell, et l'on entre dans la seconde zone, d"un aspect tout différent, (jui si; uoniuKîle Sahara algérien, parsemée d'îles de verdure qui sont les oasis. Comme ces îles sont les étapes des caravanes dans tout le désert, apprenons, dès le début de notre voyage, ii les apprécier.

Le Sahara, quoique infiniment moins accidenté que le Tell, ne forme pas un plateau uni. Tantôt il est creusé en cirques profonds, tantôt il incline fortement, surtout vers le sud, tantôt ses roches se brisent en couches tourmentées. Dans les plis du sol, au pied des collines, au plus profond des étroits détilés, partout où coule unilletd'eau {ouad)so forme une oasis (ouadhl). Dans certaines régions, autour de Tuggurt notamment, de vrais puits artésiens, creusés par les indigènes, et tout l'écemmcnt par les Européens, font jaillir l'eau d'irrigation d'une profondeur qui varie de 30 à 80 mètres. Par tout le Sahara, l'eau est le principe de la production, et par suite de la population. Qu'une fontaine taiisse, qu'un puits se comble, et un foyer de population et de travail s'éteint; humble foyer qui disparaît sans laisser d'autre trace qu'une vague tradition et quelques ruines. Qu'une source tiltre h travers les parois des roches, que la pioche ou la sonde creuse un puits, et aussitôt une oasis naît, fleurit et se peuple. Sur le roc le plus voisin se groupent les maisons du village,'bâties en pierres ou en briques cuites au soleil ; tout le soi irrigable se couvre de plates-bandes cultivées et d'arbres fruitiers qu'une première enceinte protège contre les sables et les ennemis. Une seconde entoure et défend les habitations, pour lesquelles une forteresse ou kasba veille du haut de ses tours. Une mosquée sanctifie cette laborieuse création, en faisant retentir au-dessus des terrasses les pieux et réguliers appels de la prière. Quand les discussions civiles, malheur fréquent, hélas! aussi bien dans les villages du Sahara que

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dans les royaumes d'Europe, ne divisent pas les populations en partis divers, ce nid d'ombrage, asile de paix et de travail, prospère sous le plus naturel des gouvernements, \inedjemâa, ou assemblée de notables, présidée par un cheikh reconnu [)lu!ùt que nommé, très-puissant, sinon absolu.

Dans toutes les oasis sahariennes, un arbre décore le paysage, nourrit et enrichit la population : c'est le palmier- dattier, à la haute et svelte lige, aux élégants et verdoyants panaches. Les plantations de palmiers y forment de véritables forêts, en entier créées de main d'homme. Sous leurs voûtes ondoyantes, croissent les arbres les plus variés : figuiers, grenadiers, jujubiers, abricotiers, pêchers, entre lesquels serpentent en torsades gigantesques des vignes aux lourdes grappes noires. Au dire d'un voyageur (1) dont le témoignage suppléera au notre, car il ne nous a été donné de visiter que les jardins plus modestes du Tell, cesforêts splendides, belles dans tous les temps, le sont surtout h l'époque des grandes chaleurs, alors qu'au loin tout est brûlé, et que la vue, franchissant la plaine étincelante de lumière, ne rencontre à l'horizon que le flanc rougeàtre des montagnes stériles. Un air frais y circule, rapide et plein d'aromatiques émanations; à travers les colonnades sans fin des troncs de palmiers , l'ombre , une ombre légère et douce projetée par les feuilles effilées des palmes flexibles, y invite au repos ; mille oiseaux, voltigeant au milieu des rameaux touffus, égaient de leurs chants le calme délicieux qui vous entoure. En créant ces jardins, l'homme n'a cherché que le produit, bois ou fruit; la nature lui venant en aide, il a rencontré la plus ravissante poésie. Si d'une oasis àl'aulre le paysage est souvent sévère jusqu'à la tristesse, tous les enchantements de l'œil et de l'âme vous attendent à la halte, et le contraste en doublera les charmes.

(I) M. 0. MacCiirihy.

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^fais CCS landes oUos-mèmos, qui sont lo cadiT lial)ilur'l du voyage, sont loin d'ôtrc sans prestige. Longtemps discréditées sous le nom de désert, elles se peignaient h la pensée comme des plaines de sables mouvants, brûlées par des chaleurs caniculaires et peuplées de tigres et de lions ou de reptiles venimeux, images en petit du Grand-Désert, tel qu'on se le figure encore. Entre autres écrivains, un officier français a soufflé sur ces fantômes et les a dissipés. Du fond de son cabinet de directeur des affaires arabes ?i Alger, M. le lieulenant-colonel Daumas a scruté les mystères de ces solitudes en questionnant des milliers d'Arabes et en soumettant leurs déclarations à un sévère contrôle. De son enquête est résulté un livre précieux, le Sahara algérien , exact comme un procès-verbal, coloré comme un poëme, qui a eu l'honneur d'ouvrir la voie à de plus complètes investigations. Ce pays, prétendu inhabitable, se trouve pour le moins aussi peuplé que les campagnes du Tell. Où nous supposions des sables stériles , le Saharien admire des steppes verdoyantes pendant une moitié' de l'année; terre de richesse parle bétail qu'elle nourrit, terre de fêtes et de plaisirs par les joies de lâchasse au faucon ou au lévrier, par les tournois de l'amour et même les jeux sanglants de la razzia, avantque les Français y missent ordre. Se montre-t-on disposé h. plaindre ses habitants des nécessités de la vie nomade? Il n'est de bonne eau, vous répondent-ils, que celle qui toujours coule. Ramené a un sentiment plus large, l'esprit civilisé se fait vite à une estime sincère du Sahara, et pour peu que l'âme soit disposée au recueillement, elle écoutera bientôt avec amour, dans les chants des bardes sahariens, que personnitie avec éclat Abd-el-Kader, toutes les grandes harmonies de la nature : horizons infinis dont la merveilleuse transparence de l'air permet de suivre toutes les dentelures ; éblouissantes splendeurs de la lumière solaire; incomparable sérénité des nuits étoilées, fraîches rosées du matin, tièdes brises du raidi, le

calme de l'immensité. Au jour naissant, le paysage s'anime du bêlement des troupeaux, des pas légers de la gazelle, ou des courses précipitées de l'autruche et de l'antilope, pendant qu'au haut des cieux l'aigle plane. Impressions instinctives ou raisonnées, ces scènes exaltent l'àme du Saharien, et le pénètrent d'une sève enivrante de liberté qui lui fait prendre en profond dédain l'homme du Tell enchaîné à la glèbe par une maison de boue.

Si la poésie commence la réhabilitation du Sahara, il appartient à l'économie rurale de la compléter. Il suftlt de signaler l'analogie qu'un tel pays présente avec un autre désert, inaperçu de tous, qui existe en France même, et où la neige et le froid jouent le même rôle que le soleil et le sable en Afrique.

Nous voulons parler de cet énorme massif de montagnes qui sépare le bassin de la Garonne de celui de la Loire, et que les rails du Grand-Central enserrent de toutes parts sans l'avoir encore entamé. Sous les noms de Mont-Dore, de Cantal, de Cévennes et autres, ce massif étend ses plateaux ou ses versants sur un groupe de départements : le Puy-de-Dùme, le Cantal, l'Aveyron, le Gard, la Lozère, l'Ardèche, la Haute- Loire. Pendant plus de la moitié de l'année, les sommets de ces chaînes sont de vrais déserts couverts de neige, abandonnés des hommes et des bestiaux ; seulement dans les vallées les mieux abritées se cachent quelques hameaux et villages, centres de production et de commerce, étapes et refuges du voyageur, véritables oasis de la montagne. Autrefois des monastères s'élevaient aux endroits les plus périlleux pour recueillir le pèlerin chrétien, comme aujourd'hui les zaouïas sur les routes isolées du pèlerin musulman. Vienne le soleil de mai fondre ces neiges, et le pays tout entier devient un immense et frais pâturage où s'empressent d'accourir les bergers des ])laines basses avec leurs troupeaux de vaches ou de moutons. La solitude aussitôt s'anime, se peuple et s'égaie.

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Ainsi s'écoulo la saison d'étn. Anx premiers froids d"oclol)re, l'émigralion (ratçrieullurc dit la Iranshumallon) salue avec tristesse ses derniers beaux jours; bientôt la neige tombe, et, comme la sécheresse au Saiiara, elle chasse bergers cl troupeaux vers la région avoisinanlc du Tell. Le silence régnera de nouveau pendant tout l'hiver sur les montagnes. L'Arabe qui h's visiterait dans c(!tte saison les prendrait pour les plus inhospitaliers des déserts, et ne manquerait pas de dire que les populations ne peuvent y vivre, menacées qu'elles sont d'y être englouties sous des avalanches de neige et des blocs de glace. Ainsi avaient jugé du Sahara les Français, pour n'en avoir connu qu'un aspect; ainsi font-ils encore du Grand- Désert! Epouvantails qui ne sont que des illusions!

Par ce simple rapprochement, on apprend à distinguer les déserts éternels, inacessibles à l'homme (et ils sont bien rares sur le globle I), des déserts temporaires, si on peut dire, habitables à périodes intermittentes, et pouvant dans ce laps de temps utilement concourir à l'entretien des populations, sans autre dommage que la nécessité d'émigrations régulières. Ces déserts de second ordre, ombres adoucies des premiers, se nomment, suivant les lieux, landes ou steppes. Ce dernier nom leur convient parfaitement en Algérie, car les stipa de diverses espèces y constituent le fond de la végétation. Comme terres de dépaissance, elles ont leur place dans les harmonies générales de la nature, et acquièrent un véritable prix commercial par le voisinage des terres de culture, qui d'ordinaire en occupent le pourtour. Demande/, aux populations des plaines et des vallées qui s'étendent au pied des montagnes d'Auvergne, des Yoges, des Alpes, des Pyrénées, quel cas elles font de leur Sahara, c'est-à-dire de leurs pâturages. C'est 1^^ complément nécessaire, répondront-elles, de leur existence agricole.

Ce rapport providentiel des champs et des pâtures ne fut cnlrcvu que tardivement en Algérie; mais une fois compris il

y passa vite à l'état de théorie, et devint même la base du système politique de gouvernement. Maîtres du Tell, on crut pouvoir se dispenser de conquérir le Sahara, dont l'obéissance paraissait assurée par la faim; mais l'expérience no tarda pas à apprendre que le Maroc et la régence de Tunis possédaient aussi un Tell, toujours ouvert aux tribus rebelles de notre Sahara. Nous avons dû soumettre successivement les hauts plateaux et les oasis. Aujourd'hui le drapeau français flotte à Géryville, à Laghouat, à Biskara, h Tuggurt. Plus au sud, les Mozabites et les Chamba reconnaissent notre domination. C'est dire que, sous le patronage invisible de l'autorité française, représentée par les bureaux arabes, le voyageur peut s'aventurer avec confiance dans toutes les directions.

« Telle est la sécurité qui règne maintenant dans ces lointains parages, autrefois si redoutés, disait naguère le Moriiteur algérien, que quiconque veut les parcourir peut s'y engager sans escorte, sans armes, sans protection aucune, sûr de trouver partout généreuse hospitalité et respectueux accneil. » Ainsi rassurés, nous continuons avec confiance notre voyage, et faisons près de cent lieues dans les terres algériennes, en avançant vers la station du rendez-vous commun, qui sera l'oasis de Touàt.

Les voyageurs partis de Laghouat auront à traverser le pays des Mozabites, ces hérétiques de l'islamisme, devenus les modèles des négociants probes et laborieux, comme ailleurs les hérétiques du christianisme. Nos compagnons partis de Batna visiteront Biskara, Tuggurt et Ouargla. Les voyageurs de l'ouest, en quillant la ville sainte de Tlemcen, demandei'ont, après avoir serrt' la main de Sidi-Hamza, l'iiospitalité aux Ouled-Sidi-Cheikhs, tribu de marabouts, à moins que. pour jeter un coup d'œil curieux sur le Maroc, ils n'aient dévié vers Figuig. Les uns et les autres, en se rapprochant de l'oasis de TouAl, ne manqueront pas d'invoquer les bons services des

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Chamba, honnêtes t'uclours, lidclcs colporteurs, qui desservent, nous allions dire les bureaux de poste des Mozabitcs et des Toualiens. Sous leur conduite, chacun de nous pourra, libre de soucis, admirer les beaux pays de Zirara et du Djebel- Batten, riches en bois, en eaux et en pâturages. Les dessinateurs enrichiront leurs albums, les botanistes leurs portefeuilles, les géologues leurs caisses, les entomologistes leurs boîtes h insectes, pendant que les savants constateront une température de 30 à 4U degrés centigrades tout au plus, celle de Paris en juillet dernier. De leur cùté, les chasseurs poursuivront gazelles et chacals, les trouvères recueilleront des légendes de la bouche des Arabes, les plus conteurs des hommes. Les poètes et les pieux, si nous avons eu l'heureuse chance d'en recruter , élèveront notre âme vers la nature et Dieu , double source de poésie et de foi. A défaut des chrétiens, les musulmans ne manqueront pas de dire pour nous la prière, tidèle compagne de leurs ablutions 1

Ainsi nous entrerons isolés ou groupés, le cœur épanoui et l'esprit dispos, dans cet archipel de jardins, célébré par tous les indigènes comme un paradis terrestre, que l'on nomme l'oasis de Touàt.

Ce vaste district de 75 à 80 lieues de long sur 25 à 30 de large, depuis quelques années indépendant du Maroc, compte autant de villages que l'année compte de jours. Il est le vestibule du Grand-Désert, un carrefour où se croisent, à l'aller et au retour, la plupart des caravanes qui de Ghat, de Ghedamès, de Tripoli, de Nefta, du Sahara algérien et marocain, se rendent à Tombouctou et au royaume de Haoussa. De tous ces ruisseaux réunis se forme un grand fleuve qui s'avance à travers les solitudes, imposant par le volume de son courant.

Les Touatiens, d'origine berbère, mais fortement mélangés de sang noir, parlent le dialecte berbère appelé zenatia. Jar-

diniers et planteurs, ils cultivent dans leurs vergers, comme tous les ksouriens ou habitants des villages sahariens, à l'ombre des palmiers et autres arbres fruitiers, le blé, l'orge, le maïs, le millet, la garance, le henné, le tabac, les fèves, les pois chiches, se montrant habiles à creuser des puits artésiens qnand l'irrigation naturelle fait défaut. Dans leur voisinage, les Arabes pasteurs campés sous la tente élèvent destroupeaux.

Pour les produits d'Europe, le commerce d'importation est aux mains des Anglais, ([ui ont protlté des longs troubles de l'Algérie pour mettre en rapport leurs comptoirs du Maroc avec les principaux négociants du Touàt. Mais le passage des caravanes apporte dans les villes de l'oasis, dont les principales sont Timimoun et Insalah, un aliment beaucoup plus considérable, qui procure à toute la population une facile prospérité.

Des indications récentes ont donné la certitude que la houille existe dans cette région : un indigène envoyé d'Alger en a rapporté des blocs de bonne qualité. A cette nouvelle, les ingénieurs des mines de l'Algérie se sont émus, et peut-être apprendrons-nous dans peu qu'une mission officielle leur a été confiée pour une plus complète information, acheminement probable à l'installation d'un résident français.

Si nous en croyons les Arabes , dont le général Daumas a recueilli avec une scrupuleuse fidélité les déclarations , les jardins des villes du Touàt, toujours verts et bien ombragés, toujours rafraîchis par l'eau de mille rigoles, sont envahis chaque soir par une population que la nuit n'en chasse pas toujours. Hommes et femmes prennent le frais, et dansent ensemble au son de la llùtc en roseau et du tambourin. Les improvisateurs arabes animent de leurs chants ces fêtes, on pourrait dire ces bals champêtres, dont le laisseraller prouve que Cythère n'est pas seulement dans l'archipel

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