‹ L'Algérie françaiseChapitre 10 sur 61 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

droits inhérents à certaines individualités par 1 idée d'un droit omnipotent , unique, dévolu à la société et exercé par cette graade abstraction qai dans les temps modernes s'appelle TÉtat; et plus nous nous sommes faits à la pensée, à la croyance qae la société, que rÉtat -avait non-seulement le droit, mais aussi le pouvoir et le devoir de tout faire, de tout prévoir, de tout réglementer, de tout conduire, les hommes et les choses, les ai tes et le^ volontés, les aûaires qui intéressent la société tout entière, aussi bien qu^un grand nombre de celles qui ne regardent que certaines parties du corps social , et même certaines individualités. De cette idée, déjà assez com-

pressive, assez absorbante, on est vite arrivé à cette

autre qui en complète la formidable puissance, que là où rÉtat croyait n'avoir ni à faire, ni à prévoir, ni à rc'gletiientei', ni a conduire, il avait encore le droit

. et le devoir de prêter son intervention, son concours , son appui. En r^ur de Tomnipotence qu'on lui a faite, on lui a imposé Tubiquité de sa présence, de son crédit, de sa garantie, de son patronage.

Cette idée dn droit qu'ont les citoyens pour leurs affaires d'en appeler à Tappui, au concours deTËtat, et du devoir imposé à celui-ci de ne les point refuser, est tellement passée dans nos nueurs et dans notre manière d'entendre le pouvoir social, qu'à l'étranger, dans les pays de liberté et de démocratie, dans rUnion américaine surtout, les Français, voya-

' geurs ou résidents, sont par leur étonnement et leurs

tO LALGLUIE FRANÇAISE.

plaintes un objet quotidien d'émerveillement et de

sourires moqueurs. Ils ne peuveot se faire à la convictioD, qui leur arrive cependant par tous les faits» qu'un pays où le droit au concours de l'Ktat n'exisic pas puisse exister lui-même et foacliouuer; qu'il y ait là de la liberté, de la vie, du mouvement, sans troubles, sans agitations, en complète régularité cl sécurité; qu'il s'y creuse des canaux, s'y bâtisse des routes, s'y élève des monuments d'utilité publique, et s'y fonde des institutions qui embrassent les diverses phases de l'activité et de la vie des peuples. Ne sentant pas autour d'eux et sur eux l'action en quelque sorte visible et tangible des pouvoirs sociaux, en toute circonstance, à chaque heure de la vie ou de leurs ailaires, ils sont remplis d iiesitations et d'anxiétés; ils n'osent rien projeter, rien entreprendre, ils sont toujours prêtas à s'en retourner. Peu. s'en faut qu'ils n'arrivent à déclarer que ces pouvoirs n^existent pas, ou qu'ils ont perdu leur principale, leur sérieuse raison d'être.

Qu'on ne dise point que celte façon de çoUiciter et de faire servir TËtat à une sorte de mainmise universelle est le propre de tel système, de tel parti. Nous avons vu passer bien des systèmes, bien des partis; et ces systèmes, ces partis, si divi<?és en tout le reste, se sont montrés unanimes à faire de l'absorption de toutes les forces d'une nation le point culminant de la perfectibilité du pouvoir social dans le gouvernement des hommes.

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