PREMIÈRE PARTIE
li y a là un grand péril pour l'égalité, qui nous est si chère. Ne pouvant ni absorber ni servir tous les intérêts, le pouvoir social est réduit, par cette im^ puissance même, à se borner à faire un choix. Dès lors, à son insn, contre sa volonté ou sa pente, le pouvoir social crée en faveur des élus une sorte de privilège qui, tôt ou tard, doit finir par faire compte avec lui. Ainsi, nous nous acheminons vers le retour à une sorle (rinégalilé nouvelle, par les efforts même que nous accomplissons pour nous retenir dans l'égalité des hommes et des classes.
Longtemps TËtat s'est laissé faire maître et dispen* sateur de toutes choses, jusqu'aux extrêmes limites du raisonnable et du possible. Quel est, en effet, le pouvoir qui ne demande pas mieux que d'être fortifié, et qui ne s'estime heureux , loin d'avoir à empiéter, d'être réduit à subir des pressions qui lui forcent la main.^ Toutefois, à moins d'arriver à faire des pouvoirs sociaux quelque chose comme les jurandes centralisées aux mains des Césars dans le monde romain , ou des citoyens quelque chose comme les fellahs d^Égypte parfaitement égaux devant TÉtat pour pacha et dispensateur des fortunes privées par le mono-
pôle de la fortune publique, j'imagine qu'un jour ou
l'autre le pouvoir social trouvera qu on Ta trop fortifié; qu'on lui a donné trop de droits impliquant trop de devoirs; que sa responsabilité est trop grande, et qu'alors, ne sachant et ne pouvant, comme Dieu, avoir la main et l'œil partout, dans les détails infinis
%l L'ALGÉRIE FRANÇAISE.
comme dans le vaste enseuible, il fera de lui-même effort pour refouler les intérêts et ies hommes dans leur liberté d'action , à leurs seuls risqnes et périls.
Ainsi encore, par l'excès même des garanties que nous aurons institaées pour y échapper, nons serons infailliblement, un jour ou Taulre, rejetés dans l'individaaiisme qui nous a tant fait peur. 14 eùt-ii pas été plus sage et plus simple d'imiter en cela les Américains, nos maîtres en démocratie, et d'apprendre à nous servir de Pindividualisme en lui donnant pour contre-poids T esprit d'association , qui enseigne à entreprendre, à accomplir et à se protéger à deu&, quand tout seul on ne peut ni se protéger, ni accomplir, ni entreprendre?
Idée des Algénens sur le concours de TÊtat. — Leurs plaintes et leurs exigences. — Nationaux et étrangers. — Périls pour la colonisation. De l'atMoidon du système de protectorat. — Réponse à ces deux questions : Pourquoi un si petit nombre de Français ont-ils persisté à résider en Algérie? Que leur promettre , que leur donner pour les y attiser?
11 n'est en franco ni populations ni individus qui plus qu'en Algérie s'épouvantent de l'individualisme, et qui sachent moins en tirer parti. Sauf quelques rares et énergiques exceptions, Tindispensabi-