PREMIÈRE PARTIE. M
capital de sang et d'or qu^elle a coûté, la conquête
est un boulet que la métropole s'est mis aux pieds.
La nation se désintéresse bientôt d'une terre qui lui prend toujours sans jamais lui rendre. Pressé par l'opinion, le gouvernemeul à son tour se pose hautement cette question finale : — « Faut-il partir, faut-il rester? Faut-il garder on abandonner une conquête où rien de sérieux et de durable ne va, ne se fait, et d'où, par malheur, souvent peu de choses et d'hommes reviennent? »
Partir, abandonner, cest la honte, c'est la risée du monde; rester, garder, c^est la ruine multipliée chaque jour par l'entretien coûteux d'une ruine. C'est une croisi^ en permanence sur les côtes; c'est une armée courant le pays en colonnes mobiles un port de guerre et un camp! mais ce n'est pas une colonie. Vienne une insurrection des peuplades conquises, vienne une guerre avec l'étranger, et on est chassé par la première ou conquis par la seconde; le tout ensuite est légitimé par un traité de paix qui consacre ratlianchissement ou la conquête.
C'est là, ce me semble, si j'ai bien lu dans rhis<* toire des tentatives de colonisation française dans le monde, les causes de l'avortement de tant et de si grands efforts accomplis pour nous répandre au- dehors et porter dans des lies ou des continents lointains le génie, le drapeau, le commerce, le travail et les expatriés volontaires de la France.
Avant d'arriver aux faits multiples et d'origine di-
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verse qui, plus particuiièremeut iuhéreals à rétablissèment algérien , en ont compromis longtemps la formation, il faut signaler un trait nouveau, forl prononcé, de noire caractère national. Ajouté à ceux indiqués déjà, il doit tendre fatalement, sMl dore, à faire de nous y daus le préseul et dans l'avenir^ un peuple moins colonisateur que par le passé.
J'y veux donc insister.
L'individualisme, principe et eilet de Tavéneroent de la démocratie, s^est produit à mesure que Tégaiité entre les classes et entre les hommes s'est faite paraii nous. Par malheur, le principe d'association n'est pas né le même jour, et il ne s*est pas développé parai* lèlemeut aux idées et aux faits d'égalité. Aussi nous sommes-nous montrés fort embarrassés de Tindividualisme. Comme nous ne savions qu'en faire, nous en avons eu peur, et, pour oous y soustraire, nous nous sommes hâtés de l'abdiquer. Amants plus passionnés do r égalité (jLie cunstiluants éclairés et résolus de laiii^erté, nous n'avQus eu de cesse qu'à travers nos révolutions, depuis et compris 89, nous n'ayons fondé, pour nous sauver de l'individualisme« pour nous relier les uns aux autres par une chaîne égale, un pouvoir social bien plus fort, armé de bien plus de droits qu'à aucune autre époque de notre histoire, aux temps même d'aristocratie et de monarchie absolue.
Plus, en haine de l'inégalité entre les classes et entre les hommes, nous avons remplacé l'idée des