PREMIÈRE PARTIE. S
lîlé du concours de l'État en toutes choses y a formé et y forme encore le fonds commun des idées et des exigences des colonistes.
Si Ton n'a pas défriché ces broussailles, desséché ces marais y reboisé ces montagnes, creusé des lits & ces torrents , comble ces ravins , assaini ces amas de détritus fétides , pratiqué à ces lacs d'eau stagnante , d*où s^élaneent les miasmes paludéens qui 8*en voni à dix lieues porter ia ilèvre et la mort , des saignées qui, en épurant Tatmosphère, seraient ailées au loin distribuer la fécondité d'irrigations régulières; si la ' plaine croupit ici sous une végétation parasite; si le sous-sol argileux forme là un réservoir imperméable où les eaux pluviales, manquant d'absorption et d'écoulement, pourrissent les racines des moissons avant leur maturité; si les routes s'effondrent; si les communications manquent aux habitations ; si les conduits de ces fontaines sont engorgés; si dans un lieu la pierre fait défaut; si dans un autre la chaux est rare; si ailleurs les poutres et les solives sont absentes, c*est que TÉtat n*a pas débroussaillé, n*a pas dessé* ché, n'a pas assaini, n'a rien organisé, rien fait de ce qu'il avait à organiser et à faire. Les capitaux sont rares, TÉtat aurait dA se mettre en mesure d*en procurer, sinon d'en fournir; les bras sont insuffisants, TËtat devrait en importer; les instruments du travail sont chers, pourquoi l'État n'en fabrique-t-il pas à bon marché? Ainsi de tout.
Et, il faut en convfiDir, ceux qui parlaient ainsi
avaient raison : le principe du protectorat une fois posé, ils étBi'ent dans leur droit.
L'État a fait beanconp en Algérie ; je ne dirai pas qu'il a toujours fait de grandes , d'intelligentes choses, mais il a fait, toute proportion gardée, plus qu'en aucune des provinces de France. Eh bien , je suis assuré que, si les cartons de l administr ation africaine, soit à Alger, soit an ministère, pouvaient s^ouvrir et parler, on y verrait et ils diraient que depuis la conquête, avant et après la paciOcalion , les demandes et les plaintes des colons aboutissaient toutes à faire
de ri^tai un canier, un chaufournier, un maçon, un voiturier, un boulanger, un ix)ucher, un tàclieron, un bûcheron, nn puisatier, nn terrassier, un banquier, UQ marchand, un fabricant, un laboureur. D'après eux, s'il avait sa son métier de pouvoir social , rEtat aurait dû n'appeler des colons en Algérie qu'après l'avoir couverte de villages, d'habitations commodes, de routes en tous sens; qn'après l'avoir assainie, boisée de forêts et de vergers, nettoyée de broussailles, nivelée dans ses hauteurs et dans ses bas*folids, purgée de toutes ses effluves morbides, même un peu fournie des objets de pre* mière nécessité, et, au besoin, sinon ensemencée, au moins labourée et préparée pour la production immédiate.
Eh bien, dans la logique du système de colonisation par l'État, ceux qui aiUchaient ces exigences avaient encore raison.