‹ L'Algérie françaiseChapitre 13 sur 61 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Ces exigences, ces plaintes^ les petits colons, veous avec un mince bagage et un léger pécule, établis à grand' peine sur huit ou dix hectares de terre , ne sont pas les seuls à les formuler. Les colons riches, possesseurs d'hectares par milliers , s'expriment là-dessus avec une amertume bien autrement bruyante , et se montrent bien plus tenaces dans le parti pris de ne rien faire si TÉtat ne leur vient pas en aide.

Et, j'en conviens toujours, les riches colons étaient ' encore dans leur droit.

Ce ne sont pas non plus les seuls colons français , ailiféâ par les promesses qu*on a fait miroiter à leurs yeux, qui se croient le droit d'en appeler pour leurs alTaires et leurs exploitations au concours de l'État; les colons venus de l'étranger, les Mahonnais, les Espagnols , les Allemands, les Maltais, gens très-peu habitués, je pense, à trouver la moindre assistance dans les pouvoirs de leurs pays, se montrent bien plus âpres encore à cette curée du patronage de Tadministration et du budget.

Il semble que TÉtat soit responsable des passions . (le lucre ou des besoins d'existence qui les ont poussés hors de leur patrie, et qu'il leur doive la réalisation de leurs rêves. Peu soucieux, sinon dédaigneux, d'adopter nos mœurs, notre langue, nos écoles , le titre méoie et le caractère de Français par la naturalisation , ils semblent croire que la France n'a conquis , n'a gardé Alger, au prix de tant d'or et de sang , que pour créer en Afrique des centres de

populations étrangères» où les divers pays de TEarope auraient leara représentants, parqués eu des districts et en des cantons où se perpétueraient les mœurs, les langues, les nationalités, qui ne preudraient rien de la France que la (erre et le droit , moyennant, non leur redevance, mais son aide et sa protection , de Texpioiier u leur profit.

Ceux-ci encore avaient raison; oui, tons, Français, étrangers, riches ou pauvres, ont raison contre TËtat, et 1 État n'a pas le droit de se plaindre, car c'est lui qui a établi le système : tont au plus peut-il trouver que les colons sont de iro[) rude» logiciens.

Toutefois , qoand les idées sur le droit des citoyens et sur le devoir de TÉtàt en sont venues à ce point de déviation, que ceux-là mêmes qui ne sont pas citoyens de cet État, qui ne donnent pas une garantie contre tout esprit do retour dans leur patrie, en font le point d'appui de leurs exigences, il doit bien être permis d'en signaler le danger, de dire que l'heure est proche où il faudra s'arrêter sur cette pente.

. Sans doute le pli est pris en Algérie. Or, je n'ignore pas que rien n'est plus difficile k déraciner que des habitudes qui font aux hommes comme une seconde nature ; que la difficulté est d'autant plus grande qu'il y a un plus grand nombre d'intérêts engagés dans leur maintien y et qu'enân un peuple en formation est comme m enfant qui , le jour où on lui Me ses lisières, hésite, tombe, et pour quelques instants semble vouloir renoncer à marcher.

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