‹ L'Algérie françaiseChapitre 15 sur 61 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

divers de la ooloDisalion n^ont jamais été cependant

ni assez variés ni assez nombreux est-ce que le

système du protectorat ne sera pas jugé?

Je dis davantage. Si, voulant répondre à cette question , la première qui se présente quand on s^oc* cupe deTAfrique : « Pourquoi, depuis plus de vingt » ans que nous possédons TAIgérie^ un si petit nom- » bre de Fiançais ont-ils persisté à y résider? » on est forcément amené à dire que la cause en est précisément dans les faits par lesquels TËtat manifestait son protectorat, son initiative ; par lesquels il mettait toute chose, tout homme en tutelle, en interdit, comme s'il avait pris à tâche d'agir et de penser pour tous et pour chacun?... est-ce quj3, si Ton veut songer à peupler l'Algérie, on ne pensera pas qu'il faut réduire de beaucoup uu pareil système d latei veution à outrance ?

A cette autre question , produit logi (]ue de la première : « Que promettre aux Français pour les deter- » miner à quitter la France et à s'établir en Algérie ? »> Que leur donner? Quelle perspective de bièn-être, » de fortune faire luire à leurs yeux? » si 1 on est non moins forcément amené à répondre : Les promesses faites j>ar l'État ou au nom de l'État n'ont jamais été tenues dans leur minimum même, et en vérité elles ne .pouvaient pas Tétre toutes; ce qui avait été donné en terres, maisons, instruments de travail , l'avait été dans des conditions telles , que le plus grand nombre des colons y a trouvé la maladie,

la morl et une prime oilerte à la paresse ; les perspectives de bien-être et de fortane ayant tenu des contes des Mille et une Nuiis plus que de sombres et rudes réalités de la vie de labeurs imposée aux travailleurs de la terre, les premiers caltivateors sont presque tous allés de déœptioos en déceptions, trébucher au découragement , k la misère qui le suit, et aux passions et aux vices ou le malheur croit en trouver Toubli... je le demande, ne sera-ce pas aussi la coudamnation du peuplement par promesses de bien-être et par mirage de fortune?

Quant à moi , je le dis très-nettement , et je vais eo fournir les preuves : Le système de la colonisation par rÉtat a fait son temps en Algérie. L heure m'y semble donc venue où citoyens et pouvoirs sociaux doivent abdiquer pour leur intérêt commun, les uns le droit de tout demander à la protection, au concours, à la garantie, à l'initiative de FËtat, les autres le devoir de tout prévoir, de tout faire, de tout aider, de tout conduire.

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La colonisation traîncn* ïi la remorque de la conquête. — Cons(^quences de la suprématie du pouvoir militaire. — Les eapilainerie$, — Enseignements qui en doivent sortir. — Action des grandes années sur les mœurs. — Habitudes développées par la vie militaire. — Les cabarets. — Les absifUhiste$, — Sophistication des boissons. — Ce qu'eût fait un gouvernement civU. — Premières industries d'une Gokmte.

La part générale qui revient aux immigrants dans les désastres de la colonisation algérienne , je Tai faite très-sincèrement, très-largement. Pal donc acquis le droit de faire la part, si large qu'elle soit, qui a incombé aux pouvoirs publics , dans un pays où TËtal avaiL la prétention de tout faire, de tout conduire.

Sous ce rapport^ le premier malheur de notre établissement a été que, durant bon nombre d'années, le gouvernement de la France n'a su ni à quoi notre conquête pouvait servir, ni s'il voulait s'y étendre pour en faire une colonie, ni même s'il devait s'y maintenir et la garder à l'état de comptoir commercial et d'étape maritime.

Le second malheur né de ces incertitudes a été de donner à la conquête un caractère d hésitation, de tâtonnement, d'intermittences, de temps d^arrêt, de mouvement de recul, qui en ont indéfiniment prolongé la période. Il est résulté de là que la oolonisa-

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lion ^ œuvre des temps de paix , a d& snivre fatalement

toutes les phases dés temps de guerre. Comme on avait ia prétention de faire simultanément la besogne de la guerre et le travail de la paix , que nécessairement le soldat marchait devant le colon , on subordonna Taclion dé celui-ci à Faction de celui-là , et l'autorité militaire demeura non-seulemeut prépondérante f mais armée d*nne omnipotence absolue pour la colonisation et* pour la conquête.

Loin de moi riotention de frapper sur aucune des gloires, sur aucun des grands noms militaires que l'Afrique a révélés a i Europe et au monde. J'admets, pour le moment, comme nécessités inévitables tous les faits de guerre qui. ont été imposés à T Algérie; n'étant pas écrivain militaire, je n'ai pas à les discuter; écrivain de la colonisation, je ne veux les juger que dans leurs résultats au point de vue de la colonisation même.

Envisagée ainsi, la réunion absolue dans les mé-^ mes mains de l'autorité qui conquiert et de Taulorité qui colonise a été bien longtemps funeste à TAlgérie. A cette heure encore , les conséquences s'en font sentir, je ne dirai pas seulement par le sauvage système des razzias à fond sur tout ce qui vivait ou croissait au soleil, par les haines et les répulsions que tant de deuils avaient laissées dans la race mdigène, par la nudification complète du sol, livré aux extirpations, aux incendies, et où forêts, vergers, moissons, faisaient place à renvahissement.des luxu--

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