‹ L'Algérie françaiseChapitre 19 sur 61 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ne voit pas^ de Toreille qui n^entend pas, le gouveruemeut militaire, entraîné par les ivresses d'un pouvoir que nul auprès de lui n'est ni assez osé ni assez fort pour contrôler ou même pour avertir, serait le [)reiûier à donner l'exemple du relâchement de tous les liens moraux qui rattachent Thomme public aux devoirs de sa charge ? Jusqu'où n'iront pas les imitations de tous les fonctionnaires , anneaux d*une même chaîne où frissonne et court Timpression de la main qui les fait mouvoir? Les administrés, voyant les barrières enlevées par Tautorité môme qui avait mission de les dresser, jusqu'où n'iront-ils pas aussi dans leurs déportements?

Or, qui ne se souvient de ces exactions, de ces pilleries, qui, commencées aux (résors de la Casbah , - 8^en allèrent se continuer dans toutes les branches de Tadministralion militaire durant les premières années de notre conquête ? La France en a été toute murmurante; la presse, la tribune en ont flagellé les impudeurs; la justice en fit comparaître sur ses bancs les auteurs pris parmi les plus hauts ; et le souvenir de toutes ces vilenies est tellement resté attaché à leurs flancs, que les services rendus plus tard, 1 éclat des victoires et les suprêmes dignités de Tarmée n'ont pas toujours suffi à les laver.

Aussi la société algérienne oflrit-elle alors, dans ses mœurs et dans ses allures, un ensemble et des détails dont le tableau serait bien capable de faire reculer l'historien et le moraliste.

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44 L'ALGKUIE FRANÇAISE.

L'usure, la spoliation , la vénalité étaient partout ,

s'étendaient à tout.

Que de récits j'ai entendus tout haut^ en place publique, touchant des dossiers fatalement tombés aux mains des parties adverses, des billets vendus, des actes frauduleux , des titres altérés, de faux envois en possession, des arbitrages vidés au moyen d'un chiiiVe de corruption qu'on cite jusqu'au dernier centime, des successions enlevées avant scellé*, des propriétaires dépouillés et passant ensuite pour des coquins qui ne payaient pas leurs dettes! Que d'achats et de ventes illicites! que de marchés passés dont les contractants se volaient à qui mieux mieux! Que d'avances d'argent sur des milliers de bœufs ou de cliameaux qu'on se proposait de conquérir dans une razzia prochaine, et à laquelle il fallait bien se lancer pour payer ses dettes et renouveler son crédit! Quelle extravagance onéreuse dans les frais de justice 1 Que de concussions, de vols audacieux dont TËtat a été la victime, dont le personnel et le malLriel de l'armée, hommes et chevaux, ont eu à soulirirl

Les révélations contenues dans les mémoires du roi Joseph-Napoléon sur ce qui se passait dans les armées des premiers temps du premier empire ne sauraient donner qu'une faible idée de ce qui s'est passé dans toute F Af rique bien longtemps encore après les premiers désordres de la conquête. Un jour l'historien n'en finira pas s'il veut recueillir tous les faits de ce genre qui vivent dans la mémoire des

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