PREMIÈRE PARTIE
Le plus grand obstacle à l'accUmateme.Dt du goavernement militaire parmi nous viendra toujours des mœurs, des habitudes, du caractère que nous a faits le long exercice des franchises de la vie et de la société civiles.
Nous aimons le bruit des armes, le son du tambour | les chants des fanfares^ nous courons aux riches uniformes, aux habits brodés, aux grands plumets, à la belle tenue des régiments : notre ûerté nationale en est rehaussée en même temps que nous y trouvons une garantie de notre force et de notre indépendance comme peuple. La protection même de répée ne nous déplaît point trop ; car avant tout le yraugaia a le besoin et veut la ceriitude d'ôlre protégé. Mais il entend que cette protection se tienne à-^ distance, ne vienne qu^à ses heures , quîlnd il rappelle, quand il se sent disposé à lui faire ie sacritice passager de sa liberté d'action et de locomotion; sa pcrmaueiice i'iuquiète vite, et jette la perturbation dans les atlaires. A la ville, aux champs, une senti* nelle toujours placée à sa porte ou à la téte de ses sillons le gênerait; il Iravailierait mal ou ne travaillerait pas du tout, il fermerait sa maison et ses ateliers, et ferait rentrer ses bestiaux à Tétable. C'^t que dans le gouvernement militaire il y a une rondeur de commandement, une soudaineté d'obéissance, une absence d'initiative et une abnégation de libre arbitre auxquelles répugne essentiellement la vie civile, quelque peu formaliste, très-friande du droit d*examen,
et dont tons les progrès sont dos principalement à la
iibi e voloiité et à Tesprit d iiulialive.
On se plaint très-souvent que, dans Tadministration civile, dans ses complications, dans ses rouages, dans la conscience eiLagérée qu'elle se fait de son importance, il y a trop d'obstacles, trop d'entraves, trop dinamixlions inutiles par voie de réglementations et d'autorisations. Que nous semblera-t-il donc si , après avoir sabi et franchi tant d^entraves, on est condamne encore à passer, comme par un dernier degré de juridiction administrative, à travers les immixtions, les réglementations, les autoiisalions et les irresponsabilités en droit et en fait de l'administration de la guerre?
Cest là pourtant la loi imposée à la colonisation algéfiennei
Après avoir dit quelle influence le gouvernement militaire a exercée sur la race conquérante aux premiers temps dé notre établissement en Algérie, je vais dire ce qu'à la même époque l iofluence de ce gouvernement a été poor la race conquise, pour les Arabes.
PBEMIËBE PARTIE. M
Faute des premiers dief? de la conquête. — L'élément arabe méconnu . et opprimé. — Pouniuoi ? — Les brocanteurs et leurs spoliations.
— Aspect du Sahel algérien. — Abus de la eompiète. — Causes de la guerre à outraTicp. — Dénigrements et démentis. — Les deux côtés de la nature arabe. — Tout contre l'un, rien pour l'autre.
— Système d'extermination et de refoulement. — Son impuissance colonisatrice. — On voudrait l'étendre à la Kabyli^. — Moyen pacifique de la conquérir» — Ia loi de l'intérêt*
, Bien avant mon séjonr en Afrique, quand on re-
lœvait les bolletins de nos victoires el paiiuis aussi de nos revers , j'avais entendu poser et je posais moi-méffle cette question : « Ne pourrait-on 8*établir en Algérie sans exterminer et sans opprimer les Arabes? »
Aujourd'hui, en toute sûreté de conscience, je réponds : Oui 1
Quand nous entreprîmes la conquête de T Algérie, nous n'avions aucun système arrêté d'occupation : très-différents en cela des Anglais, qui ne préparent cL II accomplissent une conquête que le jour où ils savent bien ce à quoi elle peut leur servir et qu'ils sont résolus à lui faire porter tous les fruits espérés. Nos hommes d'État, nos généraux, nos marins n'en connaissaient à fond ni ia mer, ni les côtes, ni les populations, ni les mœurs, ni le pays, ni la société, ni le gouvernement. Pour nos hommes d'État, pour
5ft L'ALGÉRIE FRANÇAISE.
'HOS généraux, comme pour le vulgaire, T Algérie
était, sur les cotes, un nid de pirates qu'il fallait nettoyer, et dans les terres, une tourbe de sauvages qu^on pourrait exterminer ou refouler comme les tribus de TAmérique.
A l'heure de la bataille, ou rencontra sur la côte africaine le nid de pirates; on le foudroya. A Fheure de roccupalion, il se trouva que la tourbe sauvage était des populations tenant au sol par Fagriculture et par une autitiue nationalité. Elles se monlieieiit peu disposées à se laisser exterminer; elles étaient nombreuses et vaillantes, et avaient dans leurs montagnes des positions formidables. Elles furent aussi fort peu soucieuses d*étre refoulées; derrière leurs montaj^^nes il n'y a plus que des sables, le désert.
C'étaient les races arabes.
Le ressentiment de la conquête turque, alourdie par la perpétuelle oppression du sabre, y vivait éner" gique dans toutes les âmes; et on y était prêt à faire alliance avec toute puissance, indigène ou étrangère, sans distinction de religion ou de mœurs, qui en délivrerait le pays. Aussi, au moment de Tinvasion de notre armée, la race arabe ne se leva-t-ellc pas en masse. Malgré les appels réitérés faits aux tribus, de la plaine et de la montagne, on ne vit guère dans les combats de Sidi-l:erruch et de Staoiieii que les burnous des environs on les goums enrôlés depuis longtemps dans les troupes turques à titre d'auxiliaires.