PREMIÈRE PARTIE
C*e8t toujours le cbàtimeut de la tyrannie de s'apercevoir, aux jours de l'invasion, que des bras meurtris de chaînes n'ont ni la force ni la volonté de se lever pour la défendre.
Il y eut plus : quand la chute du gouvcrneoient turc fut consommée, les chefs des principales tribus de la plaine se hâtèrent de faire parvenir ou d'ap> porter leur soumission. Bien que par leur position géographique ils fussent pour longtemps à Tabri de nos armes, les beys de Tittery et d Oran en firent autant : celui-ci même prêta serment à la France entre les mains du vainqueur. Cette défection des Arabes ne fut pas coiiiprise. Peut-être les chefs de Texpédition eurent*ils, après quinze ans de paix, des inléréts de gloire et de combats à ne pas la com* prendre et à ne pas T utiliser pour asseoir pacifique-* ment notre domination.
Il est de piiucipe élémentaire, en matière de conquête, de se servir des indigènes pour avoir action sur les indigènes, et s'il existe des rivalités de races ou de castes, de les opposer les unes aux autres pour réduire à l'impuissance toutes les résistances de l'en* semble. Or en A literie il y avail, il y a encore trois et même quatre races fort distinctes et fort hostiles entre elles : les Maures, les Juifs, les Arabes, les Kabyles. Pour savoir la race à laquelle il fallait s'appuyer tout d'abord, et avec elle contenir les autres, il n'y avait qu'à connaître leurs forces respectives, comme nombre d'abord , et ensuite comme instru-
lùents de roccopation, suivant ce qa*on envoûtait
faire.
Si l'on n'eàt voulu fonder à Alger, sur le littoral , que des entrepôts, des factoreries, des comptoirs pour notre commerce, des points de relâche pour notre marine,, nul doute qu'il eût fallu s'adresser aux Maures, mc^ine aux Juifs, habitant les villes, tenant le commerce ; mais à devoir, comme ou le ât peu de jours après la prise d*Alger, s'avancer dans Tintérieur du pays, il aurait bien fallu se préoccuper de l'élément arabe, puisque les Arabes tenaient la presque totalité du soi. Sous pane de tous les maux qui s*en sont ensuivis, il eiït été à la fois habile et moral de montrer qu'on voulait faire compte avec lui, en réglant la nature des relations des vaincus avec les vainqueurs, «n garantissant des conditions de bien-être et de liberté individuelle, sinon de nationalité indépendante. Certainement, fatalistes comme ils le sont, les Arabes auraient accepté; façonnés an joug, ils auraient trouvé un maître meilleur dans le maître nouveau.
Au lieu de cela, que &t*on? Ce que le gouverne- . ment tore lui-même n*avait pas essayé, le gouvernement militaire de la conquête l'entreprit. Des Maures furent nommés aghas, caïds, cbeiks, pour adminis* trer les Arabes. Or, celait, et ce devait ôtre là pour les tribus le comble de Tiiumiliation et de la tyrannie : la France y atteignait du premier coup. L*Arabe, agriculteur et pasteur, professe le plus grand mépris pour le Maure citadin, marchand : un marcanie! Qui