‹ L'Algérie françaiseChapitre 24 sur 61 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

n*a pas entendu Taccent de dédain que les Arabes, à Toccasioa, mettent à prononcer ce mot de la langue saMr, ne se fera jamais une idée de ce qn^il y a d'orgueil de race dans celte nation.

Les diefs des tribus firent entendre des réclamations, on n'en tint aucun compte. Ne voulant pas se résoudre à passer sous l'exploitation des Maures, avec le sabre français pour protecteur, ils se résolurent alors, mais seulement alors, à faire parler la poudre* Nous lançâmes dans le pays les colonnes victorieuses du littoral où déjà , par des actes inutiles de dévas* tation, de sanvageiie, nous avions démenti les belles phrases publiées sur le but civilisateur de l'expédition. On aurait pu croire que nous étions, non le châ* liment, mais la continuation de la barbarie.

L^ardeur belliqueuse des généraux et des soldats, non plus que les idées de domination absolue, ne furent pas les seules causes de cette première chasse

aux Arabes, qui a été suivie de tant d'autres.

Les premiers arrivages de France avaient apporté cette foule d'opérateurs et de brocanteurs avides qui se précipitent sur les pas des armées victorieuses pour ramasser et se partager les dépouilles des paya conquis. Déjà , dans Alger, la terreur avait fait bien des émigrations; bien de belles propriétés étaient passées pour un peu d'argent, fort au-dessous de leur valeur, aux mains de spéculateurs qui en avalent été enrichis. Les soldats racontaient des merveilles des plateaux et des vallons qu'ils avaient franchis ^

|Ï6 ' L'ALGhlliE FRANgAISE.

OÙ ils Bravaient encore ni tout brAlé, ni tout dévasté. Du haut des ruines du fort de rEmpoieur, des tours de la Casbah , des terrasses étagées de la ville, des collines qui dominent la mer, l'œil courait sur ie maguiâque et verdoyant amphithéâtre du Sahel algérien, couvert de belles maisons mauresques qui, avec leurs uiuraiiies biaucliesi leurs fenêtres grillées, leurs dômes, leurs saillies i leurs angles rentrants, leurs jardins de roses et de hauts jasmins, ressemblent à des groupes de villages. Puis, loin , bien loin , dans la plaine immense qui du Sahel s'étend à Test et à l'ouest le long de l Atlas sur une superBcie de soixante lieues en longueur et de dix. en largeur, apparaissaient de riches et fertiles haouchs avec leurs bois d'oliviers, d'orangers, de citronniers, de myrtes, leurs moissons jaunissantes d'orge et de froment, les gourbis des Khamuias, leurs tentes en poil de chameau, leurs innoo^brables troupeaux de bœufs et de moutons, et leurs chevaux bondissant dans les prairies delArrach, du ilamise et de i Oued- E^erma.

G't'tait à renouveler la tentation du Christ sur la montagne ; c*était à donner son âme au démon pour devenir maître et possesseur sur cette nouvelle terre promise.

— Que de bonnes spéculations, de bons marchés

il y aurait à faire, si peu qu'on sût exploiter la frayeur répandue par les premiers succès de nos armes! Certes, les Arabes ne demanderaient pas mieux , en

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