PREMIÈRE PARTIE
peau. A l'heure où j'écris, il en reste ua vieux levain qui s'agite et rêve encore une extension nouvelle de conquête par extermination et refoulement.
Quand nous occupâmes le Sahel, il fallut raser le sol et exterminer les races; sans quoi, disaient eès hommes, on ne pourrait ni s'établir ni cultiver. On rasa, on extermina. Depuis pins de vingt années, les travailleurs et les cultures de France n'ont encore, ni en nombre, m en éteudue, remplacé les bras et les cultures arabes.
Quand nous nous étendîmes dans la province d'Oran, sans laquelle, disaient-ils, notre conquête serait toujours menacée par lies tribus du Sud, ils demandèrent qu'on rasât et qu'on exterminât, pour qu'ils pussent cultiver. On rasa, on extermina encore. Dans la province d'Oran , les bras et la culture de France n'ont pas plus, en nombre et en étendue, remplacé les bras et la culture arabes que dans le Sahel et dans la Milidja.
Quand nous nous lançâmes dans les deux expéditions, si coûteuses d'or et de sang, de la province de Constantine, sous le prétexte aussi d'abriter notre conquête contre les tribus de TËst, ce furent les mêmes exigences d'extirpation et d'extermination. Même satisfaction leur fut donnée; mêmes résultats pour le peuplement et les cultures que dans les provinces d Alger et d'Oran.
Pendant les deux années de mon séjour en Afrique,
j'ai enteûdu invoquer les mêmes prétextes , pousser
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les mêmes clameurs contre la graode Kabylie. Qu'un jour ou l*aatre les criailleries du vieux parti algérien soient écoutées , et j^afiirme d^avauee que cette adjonction violente à notre conquête aura le même sort que celui qui afflige les trois provinces. On tuera des hommes, on violera des femmes, on brûlera des villageS| on refoulera des tribus , on rasera le sol d'oliviers, de mûriers , de vignes, d^orangers; la Kabylie sera nudiiiée pour vingt ans; les possesseurs français remplaceront les possesseurs kabyles, mais non les travailleurs, mais non les planlalions et les cuUures; et dans vingt années nouvelles, la montagne sera dépeuplée, inculte, comme la plaine Test encore après vingt années. Je dis qu'il en sera ainsi , parce que j'ai entendu entasser contre les Kabyles, contre leur fana* lisme, contre leur indomptabilité, les sophismos qui avaient fini par laire croire que les Arabes des trois provinces n^étaient pas des hommes; parce que ce qui se disait du blé, de Torge, du tabac, des fourrages, des orangers des Arabes, se redit de Thuile et des raisins des Kabyles.
Or, les Kabyles, de leur côté, et par tous les moyens en leur pouvoir, ont donné et donnent encore les mêmes démentis que les Arabes donnaient jadis. Les Kabyles, comme les Arabes» ne demandent pas mieux que d*étre conquis pacifiquement, par tontes les voies possibles du traâc, de réchange, des transactions, du facile et libre accès sur nos marchés, et surtout des perfectionnements de 1 industrie. Donc, au lieu de
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Hionter chez eux, forçons-les à descendre chez nous, par Touverture de déix)uché8 pour leurs denréeS) plus sûrs, plus prompts que ceux qui, confinant ppesqoe au désert, leur sont ouverts par lunis et par le Ma-roc. Quand les Kabyles auront pris ainsi le chemin de notre plaine , nous prendrons avec eux et par eux les chemins de leurs montagnes.
Hais pour cela, n'en déplaise aux convoitises qui déjà s'y découpent de magtiiiiques concessions, à titre gratuit ou à titre onéreux, il faudra qu'ils soient bien assurés que nous ne voulons ni les tuer, ni les exproprier, ni leur prendre avec nos baïonnettes ce qu'ils ont bien le droit de ne nous donner que contre notre argent. J'ajoute que les Kabyles sont essentiellement industriels, en tant du moins que Tindustiie se rattache à ragricultnre. Il est dès lors certain que leurs montagnes s'ouvi iront à tous les progrès mécaniqnes qui leur feront obtenir des rendements plus avantageux; et comme les mécaniques ne vont pas sans les mécanicieosy ils se trouveront, à leur insu, envahis, conquis , par toute une population d'élite d'ouvriers européens.
Cette conquête sera plus longue peut-être, et en*» oore j*en doute; mais aussi elle sera moins coûteuse.
Ëh! mon Dieul son travail commence déjà. Au moment de la taille des vignes, de la coupe des foins^ de Tengrangement des céréales, des préparations des terres pour le tabac et pour le coton, les routes sont couvertes de Tabliers de cuir qui , pour le temps à
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s^écouler entré les semailles et la moisson dans leurs
mootagoes, viennent louer leurs bras à notre agricultnre à un priiL bien au-dessous des bras euro- .péens, espagnols ou niahonnais, français surtout. Il n'est pas de colon de bonne foi qui ne se loue de leurs mœurs, de leur activité, de leur loyauté dans leurs engagements , et qui ne les retienne d'avance ^ pour la campagne suivante.
Déjà aussi , par delà Dramizzan , assez avant dans les terres, où cesse notre domination et où commence la Kabylie, n'y a-t-il pas un jeune et aventureux Français, M. Moline, qui, bravant les préjugés et les prophéties des Algériens, est allé fonder un grand et beau pressoir à vapeur pour les olives, le principal et le plus riche produit de la Kabylie? 11 a démontré aux indigènes des environs que son moulin donnait à l'heure un rendement de 20 0/0, au lieu de 8 0/0 obtenus par le travail long et pénible de la grossière meule tournée par un cheval. La nouvelle s'est propagée; la vérité des résultats, aidée de la bonne foi dans les marchés et de Taffabilité dans les manières, une fois reconnue, on est accouru de tous les points de la montagne soit pour vendre les olives au prix de Tancien rendement , soit, moyennant les frais de * pressoir, pour en rapporter le rendement nouveau. Avant peu les Kabyles trouveront, les uns, que cette usine est trop éloii^née, les autres qu'elle ne suffit pas aux récoltes , et de là à en introduire de pareilles ' dans rintérieur du pays il n'y a pas loin : Tinter*