‹ L'Algérie françaiseChapitre 30 sur 61 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

valle qui sépare deux récoltes, une année peut-être! Qu'aurait-il fallu de temps et de sang pour arriver à ce résultat, si on l'eût demandé à coups de canoo?

Pour les peuples comme pour les individus, Finiétérét sera toujours Targument le plus for-t, le mieux écouté. Mais Tiniérét ne s'impose pas^ il se révèle* Qui sait Tatlendre et y aider voit toute chose venir à point.

Au système dlnUmîdalipn succède le système de compression. — Territoire civil et territoire militaire* — Institution du bureau arabe. — A quoi elle servit. — Elle maintint un danger pour la France. — Elle ne poussa point les indigènes dans la voie coloniale. — Elle négligea les intérêts de leur civilisation. — Bilan administratif du bureau arabe. — Du caractère belliqueux attribué aux Arabes. — Ce qu'il fut, ce qu'il est. — L'i4ro5tf et ton coursier* ^ L'administration civile aurait suffi avec la loi commune. — V Arabe <l les dourof.

Le côté par où les Arabes donnent prise à la civilisation , ejl qui avait été si peu compris, si mal servi aux premiers temps de la guerre, ne le fut pas davantage après la chute d'Abd-el-Kader. Ils s'y étaient pourtant bien aidés.

Les tribus continuèrent à être ^^ouvernées militairement. Seulement, après le système d'extermination et de refoulement, vint, le systèrpe de compression sur place.

On ne pouvait cepeûdani pas se dissimuler que les grandes prises d*armes qui avaient tant retardé notre conquête avaient eu leur principale cause daus le gouvernement militaire auquel l'Algérie avait été soamise. J'estime que, si la France avait tout d^abord ans des direcleurs généraux de ragricuilure et du commerce a la téte des pouvoirs algériens , et subordonne rarnaée à ces deux i;rands intérêts, les propensions des indigènes au commerce et à Tagriculture sont telles y que les boute*seIIes sonnés par TÉmir ne lui auraient pas amené six cents cavaliers des inbus même réputées les plus guerrières. Du jour, en effet , où, dans les intermittences de guerre et de paix qui ont traîné notre occupation eu longueur, les tribus avaient pu s^assurer de notre protection loyale pour le travail de leurs terres, pour la libre vente de leurs produits, non-seulement elles demeuraient sourdes à rappel* du promoteur de la guerre sainte, mais au besoin elles tournaient leurs armes contre lui.

Des nécessités commandées par le fonctionnement de l'administration militaire dans les tribus est sortie la division de TAlgérie en deux territoires^ : le terri-» toire militaire, le territoire civil. Cette division eat pour effet d'assurer la mainmise absolue des bureaux de la guerre sur les tribus, mais aussi de fermer la zene militaire à toute action deh mœurs, des lois, des progrès de la société civile, et d'en éloigner pour longtemps les entreprises et même les essais de colonisation.

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De cette division eu deux len iloires est née TinslituUoa da bureau arabe, exclusivement chargé de radmînistration des zones militaires.

Il se pe^ut qu'aux joui à de la grande guerre, alors que y par les doubles liens de la force et de la politique, il fallait maintenir dans la soumission les tribus que la pression mcessanle d'Abd-el-Kader cherchait à soulever, le bureau arabe, composé d'officiers d'élite, mauiaut également bien la plume et répée, menant de front la guerre et la diplomaiie, et aussi habiles à parler et à écrire la langue arabe que la langue française» ait rendu de grands services à Farmée.

Je ne nie pas non plus qu*il n'ait aocoi&pli avec intelligence ce pour quoi il avait été créé: c'est-à-djie qu'il n'ait empêtré les tribus sous un puissant réseau d'administration , de police et de justice militaire.

Je reconnais que, sur quelques points éloignés vers le désert, à Test ou au sud, un laissez^p'asser signé par lui et llanqué de deux spahis assurait au voyageur, commerçant ou touriste , la sécurité et les honneurs de la Diffa, sous les gourbis ou sous la tente.

• Il est certain encore ^ue le jour où les gouverneurs voulaient expédier au chei de TÉtat, en France, des spécimens de chefs arabes, et donner à ceux-ci une idée fascinatrice de la grandeur de notre nation; que lorsqu'ils se plaisaient à faire, dans le champ de ma* noBUvres de Mustapha, une grande montre de caids et de khalifats des trois provinces, sur des chevaux « caparaçonnés de soie, ^harnachés d'or, exécutant au

n L'ALGÉHiE FUAN(.:AISE.

son des galoubets et des tamtams de brillantes fantasias, avec simulacres de charges à fond de traio, avec des écuyers servants ^ comme au moyen âge, pour tenir l'élrier et porter les armes; il est certain que ces joiirs-là les officiers du bureau arabe avaient pour leurs raccolemenls des moyens très -persuasifs, et qu ils étaient des ordonnateurs do carrousels fort ingénieux et fort écoutés.

Mais, à mon sens, tous ces avantages du bureau arabe, si baut qu'on les prise, ne pouvaient compenser les inconvénients inhérents à son institution meme> et surtout ses empiétements d'autorité, non sur les Arabes — il pouvait tout et an delà — mais sur les intérêts et les pouvoirs coloniaux , qu'il entravait presque toujours, se subordonnait souvent, et finissait même quelquefois par absorber.

Sauf les désordres qui suivent fatalement la confusion des pouvoirs, d'où naissent les antagonismes dont les intérêts sociaux souffrent toujours, je ne vois pas grand mal à ce que ceux qui savent et veulent faire se mettent à la place de ceux qui ne veulent pas, ne savent pas, et enfin, pour une raison ou pour une autre, ue font pas. On ne dira point que je ne suis pas de facile composition. Mais le malheur du bureau arabe a été qu'il ,ne savait, ne voulait et ne faisait que continuer le système turc, parfois même jusque dans ses exactions , dans ses formes expédi- « tives de brutalité et de justice sommaire.

Par là, il maintenait contr^sa volonté, je pense,

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