PREMIÈRE PARTIE
le menu peuple indigène dans un état absolu d'asser-
vissemeiil , non à Tégard des Français, des vainqueursi mais des hautes têtes des tribus, juste au même point où les Tares Pavaient trouvé et laissé. Le bureau arabe semiilait ne pas se douter que cet état de choses avait été précisément le point d'appui le plus énergique de la guerre, qui, du côté des indigènes, avait toujours été la révolte des grands, dans laquelle les petits étaient entratnés par l'organisation eh quel* que sorte féodale des tribus. N'y avait-il pas au contraire progrès de civilisation et prévoyance politique à briser ce réseau pentarchîqne dont la France aurait encore à souffrir le jour ou les grands auraient le moindre intérêt de rébellion à satisfaire?
Aussi ne serait-il point vrai , comme on Ta cru , qu'en accaparant, en enfermant dans les sabretaches de maroquin rouge pendues k l'arçon de leur selle radministration et pour mieux dire le gouvernement des indigènes, les officiers du bureau arabe s'étaient lait un pouvoir absolu , iiidépendaiil de toute autorité civile, sociale^ Judiciaire, même politique et ministé* rielle; car le ministère de la guerre ne voyait 1* Afrique qu'à travers la direction des affaires arabes, conduites dans ce département par un bureau spécial, qui lui* même ne les voyait qu'à travers les rapports du bureau d'Alger ;
Il ne serait point vrai, comme on l*a prétendu, que cette absorption sans contrôle du gouvernement des indigènes paralysait complètement l'action régu-*
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lière de la loi commune, de la police et de la justice ^ pour une foule de délits et même de vols qualifiés; que de la sorte bon nombre de déprédations restaient sans châtiment, parce qa*elles restaient sans pour* suites, les plai2:nanls ne sachant pas toujours à qui s'adresser : les maires, les gardes champêtres, les gmidarmes eux-^mémes répondant le plus souvent: — « Cela, croyons- nous, regarda le bureau arabe; le fait s'est passé en tel lieu, territoire militaire; » ou bien : « Le prévenu appartient à telle tribu placée en dehors de la mainmise de Tautorité civile ; »
Il ne serait point vrai que, g*il arrivait jusqu'au bureau arabe ^ le plaignauL y tiouvait le plus souvent des préventions, une sorte d'esprit de corps fort résistant; qu'en Algérie, dans nos temps d'égalité et d'unité légale, c'était comme le renouvellement de ces époques d'anarchie dans le droit et dans la loi qui ont été la honte de la France, et que le bureau arabe, en conflit -avec les autres juridictions, avait pour ses administrés toutes les faiblesses des anciennes cours ecclésiastiques pour leurs justiciables;
Il ne serait point vrai, comme on l'a dit, que messieurs du bureau arabe faisaient souvent servir leur autorité à conduire, en brillante fantasia^ de grandes chasses à l'autruche et à la gazelle, ayant des centaines de cavaliers pour piqueurs, et traînant en remorque les chefs de tribus, comme autrefois les seigneurs suzerains iaisaieiit de leurs vassaux et vavassaux ;