‹ L'Algérie françaiseChapitre 35 sur 61 · PREMIÈRE PARTIE. * «I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. * «I

poissante de moyens d'action, et pour en faire un

levier, une aggioméraUon incessante d'individualités rattachées les unés aux autres par les liens de la oom* munauté d'intérêts. Une race réunie en corps de nation peut donc être belliqueuse, car elle possède la fixité et rhomogénéité; une race fractionnée en tri-* bus, si nombreuses qn elles soient, ne saurait Tétre, car elle ne porte en elle que des éléments d'inconsis* tance et de séparation.

h se peut qu'à un moment donné, sous la pression d'un danger, sous Tempire d'une grande idée, ces tribus menacées par l'extirpation, illuminées par le fanatisme, se réunissent en faisceau pour combattre le danger, pour répandre -l'idée. Mais le danger passe, l'idée s'affaibiiL, 1 agglomération perd sa raison d'être; les rivalités qui en sont la conséquence fatale hâtent la dissolution , et après quelques années de bruit et de débordement, les tribus reviennent à ieùr fractionnement, la racé retombe dans sa nature; de même qu'après Jours inondations, les fleuves et les torrents retournent à leur pente et rentrent dans leur lit.

La race arabe n'a pas failli à cette grande loi des hommes et des peuples. .

A uu moment, le plus puissant de son Libloire,

une idée religieuse l'envahit, l'esprit de prosélytisme

la passionne; elle s'agite, s'assemble, monte comme

les flots d'un océan, et la loi de Mahomet dans une

main, le glaive dans Tautrei elle déborde en masses

SI LALGËRIB FRANÇAISE.

d'invasion snr les peuples de l'Asie, de TAfriqne et

de l'Europe. Mais, comme tous les torrents, dont la nature est de dévaster sans rien féconder, elle tra-^ verse les peuples et les royaumes de ces trois conti* nents sans se tixer nulle part, sans rien fonder, ni* empires ni nations. An premier et paissant échec qu'elle subit, elle s'arrête, recule, se brise, s'éparpille et retourne à ses déserta , où elle se remet à dresser ses fentes et à garder ses troupeaux.

Depuis, elle n'a jamais renouvelé ce grand effort, et elle a été conquise par qui a eu besoin de ses ri-^ chesses ou do ses terres. Elle a été refoulée par les Kabyles, dominée pur les Espagnols, domptée par les Maures , subjuguée par les Turcs ; aujourd'hui elle est tombée sous la domiûaiioii de la France. En faisant vibrer en elle les passions même les plus ardente et les plus chères, dont le cœur des hommes et les instincts des peuples sont les foyers, Abd-el* Kader n'a pu les galvaniser qu^un moment avec les mots de religion et de patrie. On sentait qu'elle faisait violence à sa nature de peuple pasteur et agriculteur. Sa foi en Mahomet était sincère, mais son fanatisme n'était pas veei. Elle aimait la terre où elle avait son cheval, ses bœufs, ses moutons, ses femmes, ses olives, ses oranges, ses moissons de blé et dorge dans ses silos; mais elle ne trouvait en elle ni les dé^ sirs, ni les forces de cohésion qui constituent les peuples dans leur homogénéité et dans leur indépendance. Aussi, de même qu'elle n'avait rien Bpprkf

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