‹ L'Algérie françaiseChapitre 36 sur 61 · PREMIÈRE PARTIE. $t · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. $t

rieo gardé du moina de la science de la guerre^ à tra« vers les délaites et les sujétions violentes qu'elle avait subies autrefois; de môme les quinze anuées de viotoires que nous lui avons infligées n'ont pu lui rien donner du génie des batailles.

Elle n'a jamais pu seulement se plier à la moindre régularité des mouvements sur le terrain. Au moindre obstacLe, elle reculait; à la moindre résistance, elle hésitait, et finissait par lâcher pied. De bonne foi, si

la. race arabe oùL été une ruce belli([Lieusc , on eût-il été ainsi? Il fallut moins de temps à la nation russe pour mettre à profit les leçons de Charles XII de Suède, et vaincre ce batailleur avec les enseignements mêmes qu'il lui avait inculqués à coups de canon.

Non^ en vérité, la race arabe n^est pas une race belliqueuse. Elle n'est que fantaimte, aimant les armes pour leur éclat, la poudre pour le bruit qu'elle fait. Et si, comme je Tai dit, le Soldat laboureur n*est qu'un sujet de chanson et de lithographie, V Arabe et son coursier j en Algérie du moins, ne se retrouvent plus que dans les contes et les poésies de TOrient et dans les peintures ou les enluminures qu on en fait. Le Coursier est neuf mille neuf cents sur dix mille un cheval de bAt pour les transports les plus vulgaires de la vie de laboureur, de maraîcher, de trafiquant, de porte-balle. V Arabe, le maître du coursier, est un laboureur, un vigneron, un presseur d'olives, un tisseur de nattes, qui, si haut qu'il soit placé dans sa

tribu, s'en vient deun ou trois fois par semaine sur les grands ou les petits marchés, dans les villes et les villages, le long des routes, vendre son bié, son or^e, ses légumes, ses raisins, son huile, ses ixeufs, ses brebis, ses poules, ses bourricots et ses mperhes coursiers eu&-mémes, Ët c est vraimeul très-lieureux I Au point où en a été r et où en est encore la culture du sol possédé par les Européens, on aurait manque souvent, sans les Arabes, des moyens de satisfaire aux plus vulgaires nécessités de la vie.

Je le répète donc avec l'autorité que peut donner le témoignage de ce qu'on a vu et entendu , quand ou croit avoir bien vu et bien entendu : l'institution du bureau arabe devint, après la pacification, une institution malheureuse.

Elle annibila, ou tout au moins fit dévier souvent les intentions colonisatrices des gonverneors euxmêmes, qui ne pouvaient toujours rompre son action appuyée aux intérêts et aux complicités des cbefs des tribus. Elle compliqua , gôna les rouages adminislralils, déjà si compliqués, et qui se gênaient mutuellement dans l'expédition .des affaires algériennes. Elle fît des intérêts arabes une spécialité en antagonisme perpétuel avec les intérêts de 1^ colonisation , un obstacle aux concessions de terrain et à Texpansion du travail par les capitaux et par les bras du colon venu de France.

Il n'est rien de ce que le bureau arabe fit comme institution militaire, plans, caries, statistiques, tra-

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vaux topographiqaes, recherches scientitiquos, tableaux de mœars, qui n'eût pa ètro fait, et dans des conditions aussi méritantes, par les officiers des corps spéciaux de l'armée, rartillerie, le génie, Tétaiinajor. Le mal qU' il accomplit comme institution adminisUative, une administration civile n'aurait ni pu ni osé ressayer; et pour faire le bien, pour imprimer le mouvement français aux. Arabes, elle aurait eu sur eux autant d'autorité.

Certainement, après la pacification, les indigènes eurent à southir du gouvernement du bureau arabe, par qui leur vasselage, sous le joug des grands, fut perpétué, autant, sinon plus, qu'ils avaient souffert du régime turc. Il n'y a pas d'exemple cependant que dans leurs excursions, dans leurs missions, dans leurs cours plénières, des officiers de ce bureau eus^ sent été insultés, .menacés ; que même une seule exécution de leurs décisions, de leurs jugements, eAt donné lieu à quelque mutinerie.

Serait-ce donc que le bureau arabe fit devancer et suivre ses oniciers par une force matérielle imposante? non ; un, deux cavaliers spahis au plus étaient les courriers et les éclaireurs de ces grands justiciers des tribus. Ce qui les couvrait, ce qui courbait toute téte et toute volonté, c'était donc une idcu morale? Oui, cétait Tidée que le bureau arabe représentait la France, et qu'il en avait derrière lui toute la puissance pour faire respecter ou venger son autorité. Ce que le bureau arabe obtint en obéissance

se L*ALGÉRIE FAAMÇAISE.

et en résignation de la part des tribus, malgré sa turquerie, ces tiibus l'auraient donc à plus forte raison accordé à une administration civile tenue par l'esprit de son institution, par les habitudes de ses mœurs à avoir plus de mansuétude dans ses rapports, plus de douceur dans ses iormes; à se montrer plus équitable dans ses décisions » moins brutale ^ moins vexatoire dans ses procédés; qui enfin aurait été bien plus appropriée à leurs instincts de bien-être, leur amour intéressé pour la paix, dans laquelle ils trou* vent toute sécurité d*agriculture, de ( omnierce, et surtout bon profit de douros. Car c'est là le point essentiel pour TArabe, le trait caractéristique et saillant de sa race : gagner des douros, beaucoup de dûuros, à tout prix, sans nul souci de religion, de nationalité, les entasser dans un pot ou dans un sac de cuiri et les mettre en terre pour le jour éloigné ou prochain, n'importe, où il aura un besoin, une pas* sion, un caprice, n'importe encore, à satisfaire : haine on amour^ naissance ou funérailles , femme ou cheval, terre ou troupeaux.

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