PREMIÈRE PARTIE
Répartition de responsabilité. — Les hommes et les choses. — Admînistration civile et colons. — Extension en Algérie du système de protection absolue. — Son impuissance. — Du climat de T Algérie. — Causes transitoires de son insalubrité. — Moyens de les faire disparaître. — DW projet d'assainissement. — Pourquoi il a échoué. — Désolation de la plaine.
Il n'y aurail ni vérité ni juatice à faire remonter an seul gouTemement militaire les causes des retards et des désastres éprouvés longtemps par la colonisation algérienne. L'administration civile , bien qu'elle puisse invoquer la subordination de son rôle , en doit prendre sa part. £n ceia, cependant , je n'accuse pas les hommes : le témps a pu manquer, les circonslan«* ces mai servir, les moyens être insuffisants, Tintelligence faire défaut; presque toujours les intentions ont été bonnes. Je ne m'en prends qu'aux choses , à leur pente forcée , aux conséquences inéluctables de leur essence et nature. Il n'y aurait donc pas davantage vérité et justice à tout mettre sur le compte des 'administrations civiles deTAlgérie* Sans doute, leur part est grande ; mais j*ai déjà reconnu et je reconnais hautement que la part qui doit revenir aux colons eux-mêmes est bien plus grande encore. Cest pour eux que semble avoir été dit le ie ipsiim qui fecisii ; car les hommes sont ainsi faits : ils se plaignent
du fonctionnement des institutions ^ et ils oublient
qu'eux-mêmes se les sont données, que ce qu'elles sont devenues, elles le doivent souvent à eux seuls ; que, si elles ne produisent pas tout ce qu'ils en attendent, c'est parce qu'ils les veulent tendre jusqu'à leur dernière puissance | et qu'ainsi ils leur demandent plus qu^elles n^ont reçu , par conséquent plus qu'elles ne peuvent rendre.
Dans les pays où les citoyens donnent à TÉtat le droit de tout faire pour lui imposer le devoir de tout accorder y et où l'État accepte le devoir pour obtenir le droite il doit fatalement y avoir bien des prétentions liiciji lunes, bien des intérêts en souffrance, bien des besoins incomplètement servis , et par conséquent bien des mécomptes et bien des ruines. L*État y prend une coniiance exagérée en ses ressources et dans son intelligence de leur emploi; les citoyens s y habituent à se reposer beaucoup sur lui, à prendre peu sur eux-mêmes I et ils tombent- dans le découragement' et dans le désarroi quand ces ressources et cette intelligence viennent à leur faillir.
Le gouvernement de juillet, qui, pour s'asseoir et pour se maintenir, subit la pra^^sion de tous les intérêts du milieu politique et social où il avait son appui, se laissa pousser si avant dans le système de protec*' tion par l'État , qu'il eu devait mourir un jour. En Algérie» pour repousser les accusations de mauvais vouloir dont on le harcelait, il se crut tenu à exasérer le système, à étendre encore le cercle, déjà si