PREMIÈRE PARTIE
étendu en France, des devoirs mis à la charge du poa voir social : constructions de villages, concessions de terres, instruments d'exploitation , peuplement, installation y mise de fonds, indemnités, assainissement do climat, enseignement des caltures : il promit tout, commença tout, et sembla vouloir, à ses seuls risques et périls , se faire en quelque sorte Ten* trepreneur de tout, le créateur de la colonie. En dixhuit années il fit passer dans l'Algérie un. million d'Européens et de F^rançais. Il y dépensa cent millions par an, quelquefois davantage. Et quand il tomba, la population allait diminuant de plus en plus, ainsi que le travail, ainsi que la production. Agriculture, commerce, industrie, capitaux, confiance, tout agonisait, dépérissait, désertait. L'Algérie n'en avait ni pour les générations qu'elle avait absorbées , ni pour l'argent qu'elle avait englouti.
— Quoi! vingt années, un million d'hommes , près de deux milliards de francs, ce n'avait été ni assez de temps, ni assez de bras, ni assez d'argent! — Non , l'État n'avait ni assez fait, ni assez peuplé, ni assez dépensé. Malgré son luxe de rouages et de personnel administratif qui aurait sufii au gouvernement de plus de dix millions d âmes , et même à çanse de cela, il avait surtout mal fait, mal peuplé^ mal dépensé. Sans choix, sans unité de vues, sans cohésion d'ensemble, sans continuité d'exécution, flottant au souffle de tous les projets, de tous les systènaes, voulant par lui-même atteindre un peu à
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tout, avec l'œil , la pensée oa la main ; par sa farear de réglementation , soulevant retards sur retards, obstacles sur obstacles; gênant, minutieux, vexatoire, iaisaot de la colonisation une sorte d'école de peloton et de charge en douze temps; très-désireux de pousser des individualités bruyantes et fanfaronnes, d'indemniser certains échecs (l'nne origine fort peu douteuse; peu accessible aux intérêts collectifs d'avenir et de résullats lointains; doiinaiil ainsi beaucoup à Tindividualité entreprenante qui disparaissait, et très-peu aux forces communes de la fortune algérienne qui serait restée.
C'est pour cela qu'au moment où j'ai vu l'Algérie, j'ai pu me demander ce qu'étaient allées y faire les populations que iiitat y avait attirées ou poussées; ce à quoi avait servi les deux milliards que la France lui avaient jetés.
Ce que les populations y sont allées faire? le l'ai dit : se ruiner et mourir. Â quoi ont servi ou plutôt n'ont pas servi 15 ou 1,800 millions, en dehors de l'entretien, soit d'une administration ruineuse par son nombre et ses complications, soit d'une armée de quatre-vingt mille soldats sur le pied de guerre? Je vais le dire.
Ën montrant que là où il prend la charge de tout, un État subit, au même degré, la responsabilité des choses qui ne se font pas et des choses qu il fait, j'apporterai la preuve de ma conclusion contre le protectorat colonial des métropotes , qui , en notre temps.
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n*aura pas plus réussi en Algérie qu'il ae réussit, le siècle dernier, dans les possessions anglaises en
Amérique.
£n Afrique , dans la portion la. plus considérable et peut-être la plus fertile de la terre algérienne, le climat a été et sera le plus rude eoneoii de la colonisation. Sa puissance meurtrière lui vient à la fois de ses ardeurs torrides et de son humidité pénétrante. Durant quatre mois de Tannée, des pluies torrentielles et continues inondent et ravinent; dorant quatre mois, le soleil bri\le et crevasse, sans qu'une seule goutte d'eau vienne rafraîchir la surface du sol, sans qu'un seul, nuage au ciel tempère et voile les éblouissantes ardeurs du soleil; les quatre autres mois, septembre et octobre , avril et mai , qu'on dirait placés entre Thivernage et la canicule, comme les transitions bienfaisantes de Fautomne et du printemps de l'Europe , ne sont occupés , par leurs subites évolutions atmosphériques, qu'à développer les germes morbides des deux saisons absolues qu^ils remplacent. Pour tout dire, pendant huit mois , le jour et la nuit, en Afrique, semblent avoir pour fonction unique , le jour, de pomper les miasmes paludéens que les pluies ont déposés dans le sol inondé; la nuit , de les laisser retomber en manteau humide et froid sur la terre. Ce travail de pompe aspirante et refoulante produit dans le climat africain ces transitions subites de zone lorride et de zone glaciale, dont les intermittences de douze en douze heures déterminent les
maladies pernicieuses qui , par leurs ravages , ressem* blent a des épidémies , et, en peu d'années, ont souvent décimé, jusqu'au dernier homme et au dernier enfant, trois ou quatre populations de colons dans le . même village^ sur la môme exploitation.
Ce climat meurtrier est le produit moins du pays en lui-même et de la place qu'il occupe sur le globe, que de sa configuration géographique et de sa topogiaphie dans la portion la plus considérable de sa superficie. La croûte arable de la terre algérienne est de nature argileuse, calcaire, marneuse, et sablonneuse dans des mélanges à divers dei^res , et par cela même richement appropriée pour toute sorte de culture; mais en beaucoup de contrées elle n*a guère qu'une profondeur d'un mètre et demi, deux mètres au plus , et, sur les hauteurs aussi bien que dans les plaines, le sous-sol est gcnéralenient formé par uue masse compacte de roches ou d'argile.
It s'ensuit que, lorsque les grandes pluies de Thivernage arrivent, les eaux sont vite absorbées parla perméabilité de la surface, mais que , repoussées par Fimperméabilité du sous-sol , elles doivent fatalement i y étendre et y séjourner en masses stagnantes. C est à ce défaut d'écoulement à la surface , non moins qu*à la situation d une certaine partie des vallées au-dessous du niveau de la mer, qu'il faut attribuer , je pense, Tabsence des fleuves et des rivières navigables dans la partie septentrionale de l'Afrique j il faut anssi attribuer à cette imperméabilité du sous-sol et