‹ L'Algérie françaiseChapitre 39 sur 61 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

à cette absence de coins d'eau considéiables les milliers de torrents qui, descendus de l' Atlas, le long des pentes qu'ils ravineiit, se précipitent à travers les plaines , où , quand leur force d'impulsion ne peut plus leur ouvrir une voie, ils ajoutent la masse de leurs eaux à celles des nappes stagnantes qu'ils rencontrent et qui les arrêtent et les absorbent.

On comprend donc que, durant les pluies de Thivernage, il n'y ait dans la presque totalité de TAlgérie que des marais, des flaques et des torrents qui, épars de ci et de là, suivant les accidents du terrain, interceptent les communications , amassent des détritus de toute espèce de matières végétales; puis, quand les fortes chaleurs arrivent, que le soleil convertisse tous ces amas croupissants en autant de foyers de corruption dont les effluves vicient l'atmosphère , et font de certains pays algériens le pendant des marais Pontins dans la campagne de Bome. Sur le littoral même, les brises de la mer ne suUisent pas toujours à balayer ou à épurer les miasmes paludéens que le vent du désert, s'engoudianl a travers les gorges de l'Atlas , apporte de la plaine , et qui enfantent cette maladie endémique, cette maladie algérienne qui s'appelle la fièvre.

Ailleurs, la fièvre est le prodrome, l'effet d*un mal interne ou externe; en Algérie, la fièvre est une cause de maladie, une maladie sui generis. Ailleurs on a la fièvre parce qu*on est malade ; en Algérie , on est malade parce qu on a la ûèvre.

94 L'ALGÉIUE FUANÇAl^H.

Dorant deux années , j'ai assisté à ce travail de

submersion cie la terre par les pluies et les débordements de rhiver, et d'empoisonnement de l'atmosphère par les cliaîoAirs desséchantes de Télé. J ai ainsi y me rendre compte de ce qu'il avait dù y avoir de fondé, en 4839, dans Texcnse que le gouvernenr d'alors donna à son inaction , lorsque Ben-Salem fit avec $a cavalerie, dans la Mitidja, cette irruption subite, qui parcourut dans tonte sa longueur cette plaipe de soixante lieues, qu'elle rasa de coloas, de fermes, de culture : — « Il n'avait pu faire sortir son artillerie! » Aujourd'hui encore il est tels jours en hiver où, à un moment pareil, legouvernedr actael serait en droit de faire celle réponse pour rartillerie et même pour les autres corps de Tarmée.

J'ai pu surtout ne point attribuer à un esprit de dénigrement les récits désolés qui m'étaient lails sur l'action dévastatrice du sol et du climat dans certaines portions de l'Algérie française où des exploitations sérieuses et des travaux de cultures diverses ont été entrepris.

Dans le système absolu du protectorat fondateur que TKtat avait adopté pour la colonisation algérienne , il est évident que Fassainissement du climat par voie de dessèchement du sol aurait dù être placé en téte d'un programme d'utilité publique* Je ne dis pas que ce fût une œuvre d'exécution facile et peu coûteuse, mais elle était possible ^ et si lourde qu'elle eût été an budget de la France, il y avait moyen

PRBHIËRB PARTIE. 95

poar l*Élat de rentrar un jour dans les intérêts et

même dam le capital de la dépense.

Pendant que j'étais détenu an camp de Birkadem, je fis la connaissance d'un homme qui n'appartenait ni au génie militaire ni au corps des ponts et chaueséeS) mais qui pour cela n'en avait pas moins dans bien des parties le savoir et Texpérience de l'ingénieur et de Tarchitecte. Le vent de mécomptes et de ruines qui avait soniHé sur l'Algérie Pavait rudement secoué; et sous la direction d'un officier très-distingué du génie militaire qui l'aimait et l'ap* préciait (M. le capitaine Ferraud), il ( tait réduit a conduire les travaux du puits qui, à cent mètres de profondeur, alla trouver l'eau dont le camp avait besoin.

Après mon internement à Hussen-Dey, M. i^augier vint me voir.

On m'avait dit que, durant de longs mois, il s'était autrefois donné lui-même mission de mesurer et de prendre les pentes et les niveaux dans tonte rétendue de la Mitidja. Il devait donc avoir étudié les moyens d'arriver à Fassainissement du pays, qui me semblait être la clef de voAte de la colonisation. Je ne m'étais pas trompé. Son système, si je m'en souviens bien 9 embrassait la plaine tout entière; il l'appuyait aux trois cours d eau : la Chilla, 1 Arrach et le Hamiae, qui, des deux extrémités et du centre, s'en vont à la mer, et qu'il reliait par deux grandes artères de d^séchement, l'une le long de l'Atlas, l'autre à travers la plaine. Simple et grandiose à

la fois, ce système se réduisait à ces trois termes r — absorption au pied de l'Atlas des eaux qui se précipitent de ses cimes; écoulement des eaux du ciel qui tombent sur la plaine; emroagastnement des > unes et des autres pour un vaste service d irrigation.

Ainsi, les eaux qui tombaient ne formeraient plus des mares» les eaux qui coulaient ne seraient plus des torrents ; an lien de dévaster, de corrompre et de se perdre, elles devaient être mises en réserve pour assainir et pour féconder. Ëoûn , c'est dans leur emploi mémo, c'est-à-dire dans la redevance obligée pour le droit d'irrigation, que se trouvaient l'intérêt et Famortissement des quarante à cinquante millions qu'il fallait dépenser. L'auteur de ce projet Tavait caractérisé d'un mot pittoresque et vrai : il rappelait Chûrte des eauco.

Comme tliéorie, le problème de desséciiement et d'assainissement me semblait résolu. Quant aux voles et mojens, je n'en pouvais être juge; mais ils satisfaisaient ma raison. Système et moyens me parurent infaillibles quand il me fut donné connaissance de lettres superbes.émanant d'un grand nomlire d'oliicialités , à titre gratuit ou à titre onéreux , individus ou corpoi ations , et où se lisaient Tapprobation la moins équivoque pour le projet, les vœux les plus nette^ ment formulés pour l'exécution , la conviction la plus intime du succès, et Tassurance des démarches les plus actives, du concours le plus empressé pour que

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