PREMIÈRE PARTIE
rÉtai eût rinteliigence et la volonté da salut et de la
prospérité du pays.
Ce projet avait cela de bon que TÉtat n'avait à lui opposer aucune des fins de noa-reœvoir tirées de la situation des finances. L'auteur et ses adhérents ne demandaient à l'État ni avances , ni minimum dlntérél, ni (et ce fut là peut-être son malheur) le concours d'aucune de ses administrations. Ils ne voulaient de rÉtat qu*une chose dont TÉtat ne faisait rien, dont roctioi ne lui coûtait rien* et qu'en bien 4es circonstances, pour un but moins prononcé d uti* lilé publique , et même pour des entreprises absolument privées , il avait jetée eu quelque sorte à la téte du premier venu avec une prodigalité fastueuse* On lui demandait la concession du terrain des canaux de desséchemeot, la perception d'un droit d'irrigation, et je crois aussi pendant quatre-vingt-dix ans, l'usufruit des terres qui dans la superficie d'un hectare s*étendaient à droite et à gauche le long du parcours des grandes artères.
Pourquoi ce projet n'a pas abouti; comment, dans la longue filière à suivre du point de départ au point d'arrivée, il aura sans doute échoué contre un carlon de Tune des nombreuses étapes administratives, je ne saurais trop le dire; et très-probablement il existe comme toujours une fQule d excellentes raisons que jignore. Mais un jour, m'étant mis à relire par passetemps quelques pages du Curé de village de Balzac , je crus avoir trouvé le mot de l'énigme dans la
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98 L'ALGÊ)IIB FRANÇAISE.
lettre à la fois si spiritaelle et si tristement vraie
que le jeune ingénieur Gérard, patenté par TEtat, écrit au banquier Grossetéie, son protecteur, sur ce que deviennent et font non les vieilles lunes, mais les hautes et vieilles télés des ponts et chaussées. Or, mon auteur du projet était loin de se trouver dans une position mcnie aussi favorable que l'ingénieur Gérard : il n'était ni ingénieur, ni piqueur^ ni conducteur de travaux d* aucune classe dans cette puissante administration. Le malheureux n'en tenait ni brevet, ni patente, ni fonctions, ni émoluments: il n'en faisait point partie.
C'est donc à cette lettre que je renvoie ceux de mes lecteurs qui voudront savoir pourquoi la Hitidja n'est point devenue ce que la Charie des eaux aurait pu la faire ; pourquoi , au lieu d*un grand travail qui se serait n^aintenu par la cohésion et la force de l'ensemble, il n'y a été fait,- de ci et de là, un peu au hasard et au caprice, que des travaux qui par leur isolement et leur ionctionnemeut même n ont pu amener aucun résultat sérieux , et n'ont fait souvent que déplacer les tnarais et Tinsalubrité ; pourquoi ainsi, le long de TArrach, là-bas, du côté de Bab-Âli, j'ai pu voir des résidus de famille dont les enfants et les chefs avaient été enlevés un à uii par les hèvres paludéennes ; pourquoi , là où par miracle il était resté un père , un héritier, un colon , un obsHni résolu, àme d'acier, volonté de fer, corps de bronze, une vraie trempe de pionnier américain , il n'y avait
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PRHMIÈKB PÀRtIfi. d9
plus eu, peu à peu, qu*un squelette jauni, parchemioé,
jetant annuellement dans la tombe qu'il creuse jusqu'à son dernier cheveu ^ jusqu'à sou dernier lambeau de chair ; pourquoi le Fondouck, qui, à Test, en forme l'extrême limite au pied du Djurjura, entrée de la Kabylie, jusqu^au lac Halioula, qui, à Touest^ touche à la chaîne profonde des montagnes derrière lesquelles s étend la province d'Oran, cet ancien grenier de l'empire, comme rappelaient les Romains, est eutof e à cette heure un réceptacle de canards sauvages , l'hiveri de poules de Carlhage , Tété , et en tout temps de chacals, de hyènes et de panthères; pourquoi il y a là telles fermes, telles habitations qui ont changé cinq, six fois de colons, dont les tombes sont par là , quelque part, sous les broussailles , attendant leurs successeurs, qui ne tardent guère; pourquoi enfin, dans cette partie même la plus élevée de la plaine qui s'eu va le long de la mer, de la Maison-* Carrée au cap Matifou , tout ce vaste district nommé la Rassauta , et formé par les villages du Fort de rEau, de la Maison-Carrée, de la Maisou^Blanche *, èst encore tout parsemé de marais qui font le déses-* poir et les maladies des colons, population mahontiaise.en grande partie cependant, âpre au travail, honnête de mœurs , et qui lutte énergiquement contre ces causes de ruine et de mort.
Les routes et les < iK inins.' — Les colons bloqués dans la plaine. — Organisation il'un service médical dans les campa|;nes. — Ses > ices et son insullisinu ('. — Plu> (h prtHres que de médecins. — Ue<iucoup d'églises, jwint d hôpitaux.
Si , malgré leur caractère très-prononcé dlndis-
pensabilité, TËtat n'avait voulu ni entreprendre ni faciliter les grands travaux d'assainissement, tout aa moins devait-il à la colonie des routes et des chemins. Si les ouvrages de canalisation intéressent les peuples dans leur santé, la construction des routes les intéresse dans leur travail. Généralement les grandes voies de communication sont à la charge des pouvoirs publics.
Dans la province d'Alger, en dehors d'une ou deux, routes stratégiques, avec de très-rares embranche- Dieiils pour les marches de Tarmée et de son materiel , les^dministrations n'avaient rien fait. Ces routes mêmes, malgré les colonnes élevées à leurs fondateurs, ne présentaient pas de grandes conditions de solidité et de durée. Le génie militaire, ne s'était pas plus illustré en les construisant que plus taid leur entretien n'illustra le corps civil des ponts et chaussées.
Dans leur plus grande étendue elles manquaient