‹ L'Algérie françaiseChapitre 43 sur 61 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

sa hâte il omit de procéder pt-éalablement à trois opéralioDS importantes : la première, de s^assurer du nombre des terres vacantes; la fécondé, d^en fairé un état cadastral ; la troisième , de les aiTranchir et de s'affranchir lui-même de la tutelle et de T antagonisme

des adiiiinistraliûDS diverses qui devaient concourir à Texercice du droit de la conquête. Cette triple omission devait avoir et eut à Toriginé de très-iAcheoses conséqueuces. Le domaine et le bureau arabe y jouè- PBki le principal rôle.

Les premiers ordonnateurs de roccupation firent acte d'une imprévoyance si grande, que les soldats purent allumer leurs pipes avec les papiers, titres et registres de Tadministration turque. Aussi, quand Tadministration française des domaines voulut fonctibnner, ne trouva-t-elle rien sur quoi elle pût asseoir ses droits et ses prétentions. Nul doute que, dans les premiers désordres dê notre établissement, ainsi ac* compli contre les règles les plus vulgaires de toute bonne administration, bien des terrains appartenant au domaine turc n'aient été vendus par de faux propriétaires aux colons ou spéculateurs français , lesquels, il faut le dire, n'étaient pas tenus à en savoir là- dessus plus que l adimnislration française ellemême. 11 s'en est suivi entre le domaine et les premieri émigrants des séries ikinombrables de procès, dont quelques-uns durent encore ; et je ne crois pas outre-passer mon droit en disant que le domaine n'a pas été heureux dans le plus grand nombre de ses

litiges. Il ne peat me convenir de m' égarer dans des citations d^exemples qni foisonnent ; mais tons con-

courent à démontrer que le domaine s abattait un peu à l'aveugle sur tout ce qui, de près ou de loin, pouvait avoir quuhiue apparence domaniale, et que ses répétitions s'attaquaient à des propriétés qui avaient déjà passé en plusieurs mains, dont la dernière au moins avait pour elle la présomption de bonne foi, et aurait dû en être couverte.

De son côté, le bureau arabe, exclusivement chargé de la protection des indigènes et de leurs terres , travaillait de son mieux à n*en rien laisser entamer, et à revendiquer ce qui lui semblait avoir été pris par invasion, ou concédé à titre gratuit ou onéreux par les gouverneurs militaires et par les administrations civiles. Pour cette besogne, le champ était plus vaste encore que celui du domaine.

La constitution de la propriété arabe participait de sa constitution sociale. La terre était , si j*ose ainsi parler, aussi nomade que la tribu ; et comme le déplacement des races et des cultures était facilité par Tétendue même des solitudes que les peuplades ne sullisaient pas à couvrir, les terres occupées n'étaient pas limitées ou n avaient que des limites très^incertaines, très-contestables. Les refoulements et les exterminations souvent complètes qui avaient signalé notre conquête avaient singulièrement ajouté à cet état primitif des choses. Aussi y ava t-il autant de difficulté à préciser le cbiûre de la population aiabe«

Page 1