PREMIÈRE PARTIE
en prenaient leur part; le reste allait à la tribu, on
ne savait où, car souvent la résistance avait été faite pour le compte d'une tribu qui n'existait plus guère que de nom.
Enfin voilà le concessionnaire gratuit devenu possesseur à titre onéreux ^ et il croyait bien entrer en pleine et paisible jouissance, puisqu'il Tavait payée.
— Erreur, disait le domaine. J'ai de bonnes raisoos pour croire que tout ou grande partie de cette concession appailcriait au domaine turc, ou, en vertu de quelque redevance, devait y faire retour*
On plaidait on Ton s'arrangeait encore.
Enfin il n' y avait plus rien qui empêchât la truelle ou ia charrue d'arriver. Point du tout : les ponts et chaussées se présentaient. — La place où Ton veut bâtir, planter, labourer, jardiner se trouve précisément sur le tracé d'un chemin , d'uné route , qui doivent relier entre eux, dans l'avenir , des villes, des villages que le gouvernement se propose de construire un jour.
On allait devant le conseil de préfecture, ou devant ' le conseil du gouvernement, et puis en conseil d'État; si bien qu'avant d'avoir pu élever un moellon, équarrir et placer une poutre, le concessionnaire avait épuisé son argent, sa patience, et avait pris en dégoût cette concession gratuite d abord, payée ensuite, qui fuyait • toujours devant lui , que souvent il finissait par ne point avoir. Quelquefois on lui offrait un échange où il allait recommencer ses sacriâces et ses mécomptes.
Ué L'ALGÊRIB FRANÇAISE.
Cela avait lieu pour les grandes concessions, les
concessions qui ne se rattacLaient à aucun système de colonisation administrative par agglomérations de caltivatenrs et constructions de villages, avec un chiffre arrêté d'habitants et d'hectares de terre.
Ici il se passait autre chose, et c'était plus triste, parce que cela portait sur les pauvres, sur les immigrants n'ayant que leurs bras et un petit pécule pour travailler eux-mêmes la terre qui devait les nourrir. On les avait atlués, pousses en quelque sorte par la promesse d^une concession immédiate; et les jours, les mois, les années même s'écoiilaicul avant que les titres et les envois en possession fussent régularisés et possibles. Aussi qu*arrivait-il? C'est qu'après la conclusion de toutes ces formalités, un ou deux, ans de chômage avaient dévoré les faibles ressources du petit colon; sa santé s'était perdue avec ses mœurs dans les vices de l'oisiveté, et il lui restait à peine assez de vie et d'argent pour passer le temps nécessaire à la vente de sa terre, qu'il livrait aux loupscerviers de la spéculation en échange des quelques écus qui devaient servir à le ramener en France.
Ces lenteurs de Tadmmistration civile provenaient en grande partie des difficultés domaniales ou indigènes pour la formation d'un état des terres concessibles. Elles tenaient aussi au système qui avait été adopté pour la colonisation par groupes d'individus et de propriétés, et, à ce second système, conséquence du premier, d'imposer un mode général