‹ L'Algérie françaiseChapitre 47 sur 61 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

pour un jour un petit capitaliste d'un pauvre hère qai n'avait pas un son vaillant/ Enfin, le nombre des ' colons étant arrêté et paraphé à son tour, il éîait, en grande solennité administrative! procédé sur place à . la distribalion des lois : non an sort, ce qai anraît paru juste, mais au choix, ou caprice de M. le géomètre, ce qui parfois donnait lieu à des plaintes, mais tout bas, car M. le géomètre était un homme puissant, à la fois arpenteur, architecte, conducteur des travaux et maire provisoire. II. ne faisait doncpas bon toujours de s'y heurter.

— Allons, voilà des pians de maisons; il y en a pour tous les goûts et pour tous les prix. Vite , à Fœuvre : dans six mois, un an, deux ans au plus, il faut que le village soit debout, blanchi, habité et florissant. — Où y a-t-il de la pierre? — Là-bas! — Du bois? — Trouvez-en. — De la chaux ? — Partout l — Mais des voitures, des chevaux, des manœuvres? — A Alger, au village voisin !

Loin, toujours fort loin. Très-bien 1 Mais alors voilà un pauvre malheureux qui avait lu dacs les journaux olliciels et aussi dans les journaux non oiiiciels , leurs complices involontaires, que sôus la direction inteUi- <jenle de l adininùtration, avec le concours éclairé de Œtatj l'Algérie se peuplait de colons sérieux, se couvrait de beaux villages; il avait tout vendu en France pour se iormer un petit capital; il l'avait écorné pour vivre jusqu^au jour où il avait pu se mettre à l'œuvre, et il était obhgé de Técomer encore

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pour acheter tout le matériel d'un charretier. On voit ici le nombre de voyages pour la pierre» pour la chaux, ponr les fers, pour les denrées alimentaires, et tout cela à vingt, trente, quarante kilomètres soavent.

Pour amener tons ces charrois sur remplacement du tracé du village et de la maison, y avait-il au moins des chemins praticables? Non. Par une étrange pélition de principes, radininistration ne devait construire le chemin qui mène au village que lorsque le village serait bâti.

11 advenait de tout cela que, dans la plupart des villages de création récente, bien des demeures éle* . vées à peine au-dessus des fenêtres du rez-de-chaussée étaient demeurées sans toiture et inachevées. Le pauvre colon avait épuisé son pécule en achats et en transports de matériaux, avant d'avoir pu les relier et les élever en édifice. Souvent son cheval s'était tué , sa charrette s'était brisée, lui ou quelqu'un des siens s'était noyé en passant par un torrent grossi tout à coup, en marchant à travers des terres incultes, coa<> pées de marais, obstruées de broussailles, ravinées de fondrières, hérissées de quartiers de roches.

PREMIÈRE PARÏIE. I«4

Suite du précédent. — Conséquences logiques du principe de protection. — Impuissance administrative. — Désolations. — Inexpérience des premiers cultivateurs. — Émigrations de 4846 et de 1848. — Ce qu'elles sont devenues.

Ce qui s'était dit ponr les chemins se disait poar les

fontaines publiques : « Après la construction du village. » Et avaat de bâlir sa maison le colon avait à creuser le puits où il trouverait Teau nécessaire pour dissoudre sa chaux , gâcher sou mortier, et cuiris les aliments de sa famille et de ses maçons.

— Aurait-il donc fallu que l'État se fit carrier, chaufournier, plâtrier, voiturieri marchand de bois , et tout I

Ce n'est pas moi qui dis cela, c'est la logique du principe de protectorat et d*omnifaisance que FËtat lui-même avait posé en Afrique.

Du moment où il avait lié le colon à telle partie du sol plutôt qu'à telle autre, oil il avait ainsi forcé le colon à subir lu lui du milieu territorial où il l'avait placé t et où par conséquent le colon n'avait ni le choix du siège de son exploitation, ni le libre arbitre des voies et moyens, l'Etat avait le devoir de lui rendre toute chose aisément praticable. Sans cela il ne faisait pas de la colonisation par patronage, il

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faisait de la colonisation par tyrannie. Seulement, au lieu de bâtir des pyramides comme en Égypte, il élevait des villages.

D'ailleurs y en laissant de côté toute conséquence rigoureuse du principe de la protection par TËtat, y aurait-il eu grand mal à ce que le génie militaire ou civil fût occupé à Textractiou des pierres et des bois, qui auraient servi un jour à la construction des maisons coloniales dans un pays où les forêts et les carrières ne pouvaient de longtemps être exploitées par rindustrie privée? N'eùt-ce pas été faire un excellent emploi , en temps de paix , du matériel considérable des équipages militaires , que de les utiliser au transport de matériaux de construction sur les emplacements des tracés de village» dans un pays où, faute de routes et de capitaux, le roulage n'avait pu eucore s'établir? Au lieu de laisser Tarmée s'ennuyer et coqueter dans les casernes des villes on dans les baraques des camps, ne pouvait-on, même avant la pacification, en consacrer une partie aux travaux des grandes routes et des voies secondaires de com* munications ?

On avait fait de l'Algérie le Botany^Bay des pénitenciers militaires; les condamnes aux diverses peines du Code de la guerre y étaient par milliers; au lieu de les mettre en adjudication et de les livrer à des entrepreneurs de chaussures , de chapeaux de paille et de toutes sortes de confections qui font concurrence aux ouvriers des iudualnes libres, ne pou-

PHEMIÈKE PAllTIB,

vait-on les envoyer aux dessèchements des marais, aux défrichementa des terres , aux exploitations des carrières et des bois? Ce que très-souvent les administrations civiles et militaires faisaient pour les trappistes de Staouêli , pour les orphelinats du R. P. Brumeau et des sœurs de Saint-Viacent-de-Paul ou autres, auxquels ne manquaient ni des pionniers, ni des soldats, ni des sous-officiers du génie et d'autres corps, ni des compagnies souvent entières, ni de longues files de prolonges , quand ces congrégations religieuses en avaient besoin pour leurs défrichements et pour leurs transports^ est-ce que ces administrations n'auraient point pu le faire pour le service général de la colonisation , dans uu pays neuf où la civilisation et le travail ne savaient oii placer les pieds, parce que travail et civilisation sont une conquête sur la nature sauvage?

Le colon avait deux années, je crois, pour triompher de ces obstacles. Si, à rexpiralion de ce terme, il n'avait pas bâti sa maison , cultivé moitié au moins de son lot de jardin et de son lot rural, un inspecteur - colonial passait par là qui, s'il n'eût été humain, avait le droit de le déclarer déchu et de le faire exproprier. Il est vrai que souvent rexproprialion ne se serait adressée qu'à ce quelque chose qui n'a plus de nom , et qui , depuis six mois , avait été couché là , sous le sol, par la misère, par le désespoir et par les souvenirs tuants du pays.

Quant aux colons qui avaient surmonté tant de

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causes de ruine et de découragement, que leur restait-il de leurs pauvres ressources? Oh les trois cents trancs pour la paire de bœufs de labour? où les ciu* quante écus pour la charrue et les outils de la terre? où l'argent pour les premières semailles? et puis cha-" que jour demandant son pain au milieu de tout cela. Oh ! je le sais, radroinistration avait des entrailles!

' elle promettait le quatrième bœuf au colon qui en achetait trois; mais quand ce quatrième arrivait, il était resté si longtemps en roiUe que le troisième avait eu le temps de mourir. £lle fournissait les grains des premières semailles; mais ils arrivaient si tard que le temps de la moisson était venu , et que , pressé par

' le besoin, le colon portait le blé au moulin et Torge à rétable ou au marché. Quand les pauvres mères ne pouvaient plus allaiter leurs petits enfants, elle ordonnait Tenvoi d*une vache laitière; mais quoi encore! cette vache s^était si longtemps amusée aux grandes herbes des fossés du chemin, ou bien elle avait été si surmenée pour bâter sa marche, que le • jour où elle arrivait son lait avait disparu; — ou, douleur plus grande! Tenfant était mort.

Aussi , malgré les meilleures intentions du pouvoir et de Tadministration , malgré les sommes énormes jetées en indemnités et en secours, combien, dans ces villages tout blancs au dehors, il y avait de maisons habitées par Toisiveté et par la misère, veuves d'ustensiles, de lits, de pain sur la planche, de bestiaux à rétable! 11 n'y avait là souvent que le père,

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