‹ L'Algérie françaiseChapitre 48 sur 61 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

la mère, des enfants sans linge , sans fratcheur, ma-

ladifs^ et tous découragés, regrettant presque de ne pas être morts » comme leur voisin, avant d'avoir cottstrait la maison qui les avait ruinés.

Je dis la maison; ce n'est pas assez : pour un grand nombre , la ruine était venue du travail même de la terre.

L'État, qui n'avait pas donné aux émigrants un manuel d'hygiène pour combattre les influences du climat y n'était pas aile davantage au-devant de la témérité des uns et de Tinexpérience des autres pour les en garantir. Car le sol algérien est d'une fécondité à tout promettre et à causer les fascinations les plus tentatrices, suivies, hélas! des essais les plus ruineux. On essayait de tout en Afrique, et souvent sur une très-grande échelle.

Qu'en résultaît-il? c^est que, n*ayant pas répondu aux espérances toujours portées trop haut, la plupart des cultures étaient tour à tour abandonnées ou re* prises, et presque toujours suivies*d'un désastre. Les rares cultivateurs venus en Algérie et y fouillant le sol ne se rendaient pas compte des différences qui existaient entre les soins que sa richesse même exige et ceux que réclamait le sol moins exubérant de la France.

Pour écrire et répandre un manuel du laboureur et du planteur, cependant, les éléments n'auraient pas plus manqué que pour le manuel d'hygiène. Je ne parle point, pour ce travail » d'une commission

de savants : science et expérience sont deux. ! mais ' d'agriculteurs ayant expérimenté par eux-mêmes, à. leurs dépens. J'en ai connu beaucoup; les Pantin, les Heverchoni lesLéothau, les Trottier, les Gauran , colons résolus, hardis , vrais pionniers de notre colonisation y auraient certes été fort capables de mettre la main à une étude agronomique sur les diverses natures du sol algérien , sur les cultures qui conviendraient à chacune d elles.

Ce travail aurait été d'autant plus utile que les premiers colons qui se sont mis à iuuiiler la terre africaine n'avaient pas tous été choisis aux champs, et ne s'étaient résignés à essayer du labourage que parce qu'ils avaient éciioué dans un autre métier. C'étaient pour la plupart des artisans que le chômage avait chassés de France et suivis en Afrique; des employés subalternes du nombreux personnel des bagages et des petites industries qui se traînent derrière les bataillons en marche, et qui avaient été licenciés et ruinés par les cantonnements des troupes après la {pacification des Aiabes.

L'État, qui vit bien que ce n'était point avec de pareils éléments que l'Algérie serait défrichée et couverte de cultures, se mit en quête de vraivS travailleurs de la terre, de vrais laboureurs, de vrais jardiniers, de vrais horticulteurs. En 1846, le zèle échauffé des préfets des départements du midi de la France procéda à une sorte de raccolement assez semblable à celui que messieurs les sergents de l'ancien régime

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