PREMIÈRE PARTIE
pratiquaient sî dextrement sur le quai de la Ferraille. U s'ensuivit en quelques mois, sur les ports de Cette , de Marseille et de Toulon, un encombrement de huit à dix mille paysans accourus du Béarn, du Lot, de rAriége, du Gers, du Tarn, de tout ce magnifique bassin des Pyrénées que la Garonne arrose. Hommes, femmes , jeunes garçons, jeunes tilles, tout fut transporté à Alger sur les navires de TKtat ou des compa-; gnies priviiéi^iées par lui.
Hélas l rappel de i'Ktat avait été trop vite entendu; les préfets de la France avaient trop bien servi les vœux du gouvernement d Alger. Ce fut comme une irruption , un encombrement de richesses. Rien n*élait prêt pouf recevoir cette masse d'immigrants : ni les vilhiges, ni les fermes, ni les terres. On ne savait où les loger. Le lazaret, Téglise Babazoun elle-même regorgeaient. On les baraqua, on les mit sous des tentes, le plus souvent, au soleil, le jour, à la belle étoile, la nuit, c'est-a-dire à la merci de toutes les influences climatériques du ciel africain* Chaque jour le flot augmentait; les derniers venus poussaient plus loin les premiers arrivés, et le Icndcmaia ils filaient à leur tour vers une destination lointaine, plus ou » moins nommée et désignée.
Ce défilé dura longtemps, bien longtemps! et sur toutes les routes et dans toutes les directions. Mais combien arrivèrent aux lieux indiqués, et, après être arrivés, combien lurent logés, travaillèrent, vécurent? La ville et la province d'Alger ea sont en-
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m L'ALGÉRIE 1 RANÇAISE.
core tont émaes. De tant de bras , de tant de femmes ,
déjeunes filles, de jeunes gens, au bout de six mois, il ne restait presque plus rien : la fièvre, la misère,
la mort avaient presque tout pris. Ce qui lesLaiL de jeunes filles se fit servante, ou pire encore; ce qui resta de jeunes hommes se fit mendiant et ivrogne; et ceux qui pureut rentrer eu France sen allèreut reporter chez eux le vivant témoignage du sort que rÉtat prolecteur réservait aux Français qu il poussait en Afrique.
Et la grande émigration de 4848! ce complément
par séduction du dépcuplenieut par transportation des faubourgs de Paris, dois^je en parler?
Oh! certes, celle-là lut bien une entreprise du gouvernement. Qui ne se souvient de ces bateaux qui remportaient , tout pavoisés de drapeaux et de banderoles? des chauls et des adieux dont ils retentissaient au départ? des belles harangues des généraux , tontes reluisantes des mirages du ciel africain? des hymnes des prêtres qui venaient les bénir? Ces bijou^ tiers, ces ébénistes, ces ciseleurs, ces couturières, ces modistes, tous ces artistes, tous ces ouvriers du luxe de Paris, tous ces expatriés du chômage et du salaire, de la faim et du désespoir, qu'au nombre de douze mille, au sortir des conditions incertaines mais faciles de la vie de bohème parisien , sous un ciel gris et tempéré, oa allait mettre aux prises avec la vie du planteur, vie laborieuse et rude de fatigues, d'épui* sèment, sous un ciel de feu , que sont-ils devenus?
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