‹ L'Algérie françaiseChapitre 53 sur 61 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

comptoirs du commerce, qui eux-mêmes, en suite d'une réaction toute naturelle, ne trouvent plus guère que le placement des denrées connues sous le nom d'absolue nécessité. Ceux-ci même travaillent plus à crédit qu'au comptant, d'où il arrive que le chapitre des pertes absorbe, ou balance tout au plus, celui des bénéfices. Aussi peut-on dire qu'en dehors des magasins de ces denrées de première nécessité, il n'y a presque pas de commerce en Algérie. Il n'y a que le détail; et, en ce genre, le magasin français est dominé par la bûulitjiie juive. Celle-ci attire tout à elle ; ayant moins de frais, elle livre à meilleur maiché. Les maisons du négoce, du commerce proprement dit, ne sont plus des maisons algériennes, travaillant avec leurs capitaux, ayant une existence à elles : les maisons algériennes n'ont laissé que des ruines pour trace de leur passage et de leurs efforts. Presque toutes les maisons actuelles sont des succursales de grandes maisons de France, qui, fournissant les fonds, donnant les ordres, tiennent ainsi dans leurs coffres , en France , les destinées de la colonie africaine. •

Le monopole maritime et commercial a étendu son inlluence funeste sur le peuplement, la production et le budget de T Algérie, qui auraient été servis au contraire par la liberté de navigation et de commerce. Des maisons étrangères de commerce et de banque se seraient nécessairement fondées , et auraient amené un grand mouvement de capitaux et de travail; car

la fréquentation des ports , en faisant connaître le

pays et Timmense variété de ses ressources, aurait propagé au loin le désir d'y asseoir des établissements et des entreprises. Uargent et les bras vont toujours ou se trouve la liberté. Enfin, le iiudgel, qai, ponr frais de perception^ laisse aux mains da nombreux personnel des douanes algériennes le chiffre énorme de vingt-cinq pour cent de la recette , aurait été enrichi par la perception des droits de tonnage et d ancrage, toujours considérables dans les ports . libres.

Aussi, l'heure me semble-t-elle proche où, pour avoir vécu de monopole, le commerce français mourra de pléthore dans les magasins encombrés de l'Algérie; tout au moins sobira-t-il des pertes énormes par suite des impossibilités de remboursement nées du nombre des crédits qui ne rentrent pas. Pour avoir été forcée à ne recevoir que de la France , à ne donner qu'à la France, à faire passer sous le pressoir du monopole de la France les pécules, les économies des colons, dont, par la concurrence étrangère, il serait resté quelque chose pour le travail agricole qu'ils devaient créer et féconder, l'Algérie était arrivée à n'avoir ni agriculture ni commerce.

En ceci pourtant, comme en bien d'autres choses coloniales, la France avait eu un grand et terrible exemple dans les anciennes colonies anglaises du nouveau monde. Là aussi, moins avancée que de nos jours dans la science économique , T Angleterre

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