‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 61 sur 90 · Leur fondouc devra être agrandi comme celui des Génois · texte numérisé non relu

Leur fondouc devra être agrandi comme celui des Génois

parandosi con un muro l'uno dair altro ; in guisa che non vi sia communicazione tra le due nazioni.

9. Voleftdo i Pisani vender nave, non paghino diritto, purchè vendu ta non sia ai nemici de) rè.

10. Pagato il diritto, pbssano essi Pisani portar le merci e venderle in qualunque luogo del regno , assolti dal pagar lo nei noli.

11. Se il rè vol esse per uso suo di trasporto alcuna délie loro navi> pagherà il terzo délia nave medesima , laquai sarà destinata dal console délia nazione.

12. Se alcun Pisano volesse ad un suo nazionale cedere il proprio diritto che tien nella dogana, possa far lo giusto la stima che sarà fatta del diritto medesimo sublocato.

13. II console dei Pisani potrà vedere la faccia del rè in ogni mese per una vol ta, in qualsisia luogo ove si trovi , e medesimamente di tutti quelli che governano alcuna terra a nome del rè..

14. Se alcun Pisano andrà in corso a danno dei'sudditi del rè, il console dovrà punir lo e confiscar gli ogni effetto.

mais séparé de ce dernier par un mur, afin qu'il n'y ait pas de communication entre les deux nations.

9. Quand les Pisans voudront vendre un navire , ils ne payeront aucun droit, pourvu qu'ils ne le vendent pas aux ennemis du roi.

10. Le droit payé, les Pisans pourront transporter leurs marchandises et les vendre dans toutes les parties du royaume, à la charge d'en payer le transport.

11. Si le roi demande aux Pisans un de leurs navires .pour son usage particulier, il payera letiers de la valeur du navire qui lui sera envoyé par le consul de la nation.

12. Si un Pisan veut céder à un de ses compatriotes le droit qu'il tient personnellement de la douane , il le pourra faire selon l'estimation qui sera faite du droit sous-loué.

1 3. Le consul des Pisans pourra paraître une fois chaque mois en la présence du roi, dans quelque lieu que celui-ci se trouve; et il sera reçu pareillement par tous les chefs qui gouvernent dans le pays au nom du roi.

14. Si un corsaire pisan fait éprouver quelque dommage à un sujet du roi, le consul devra le punir et confisquer son charge c ment.

15. Non potrà alcun Pisano comprar effetti derobati ai Saraceni, e cosi vice versa.

1 6. Il solo console di Pisani s'entrometta nelle différence che tra essi vi fossero.

17. Nonsîa lorvietato dicomprare in qualunque luogo e daçli stessi Genovesi, e siano salvi , sicurie protêt lisecondoogni buona consuetudine che si usa con al* cuni cristiani oella nostra terra.

15. Aucun Pisan ne pourra acheter des effets dérobés à un Sarrasin , et réciproquement.

16. Le consul pisan interviendra seul dans les différends qui s'élèveront entre gens de sa nation.

17. Les marchands pisans sont autorisés à faire des achats dans tous les endroits de notre empire, et à traiter même avec les marchands génois. Qu'ils soient sains et saufs, protégés, et traités avec les égards dont nous usons vis-àvis des autres chrétiens établis dans noire empire.

Les Génois nommés aux articles 8 et 17 du traité n'étaient sans doute pas soumis, vis-à-vis des Bougiotes , à des conditions différentes, de celles qu'on accordait aux Pisans.

En 1251, les Vénitiens concluaient, pour quarante ans, avec Boabdil, sultan de Barbarie, un traité de paix et de commerce qui fut fidèlement observé1.

Les principes équitables et libéraux dont ces conventions sont empreintes recevaient leur application dans toutes les relations avec les nations européennes; elles se retrouvent dans le traité de

1 Quae pax fuitfirmata ad quadraginta annos, et iater id tempus fuere securi universi Venetianorum mercatores per mare et terrain per totum regnum ipsius soldani (Dandolo, Chron. vcnet.).

1309, conclu entre AH-Àbou-Zagri, émir de Bou» gie, et le roi d'Aragon don Jayme II '. Il offre cette particularité remarquable qu'un prince musulman,, traitant avec des chrétiens, prend un chrétien pour plénipotentiaire.

TRATADO de paz, aiianza y comercio , ajustado entra et rey de Bugia Alid- Abou-Zagri y D.

Jayme [II de Aragon , par cinco onos y en que se conceden varias franqiûciasa los Catalanes* A. D. 1309,

Aquesta es la treua fêta entra el molt ait senyor D. Jacme, per la gracia de Deu rey d'Arago, de Valencia , de Sardenya è de Corcega , è compte de Barchelona , è de la santa E&gleya de Roma senyaler, almirant è capilan gênerai ; è el noble rey de Bugia Alid- Abou-Zagrin, è en Garcia Perez de Mora, missatge è procurador seu per nom dell, del altra.

1. Primera ment, que sia treua entra el dit senyor rey d'Arago è el dit rey de Bugia sana è salva è a bon enteniment, de la festa de Sent-Johan primerament a sinch anys continuament seguens.

En axi, que tôt hom, de qualque condicio sia , de la terra è senyoria del dit rey d'Arago, pusca anar è estar, è exir salvament è

TRAITE de paix, a" alliance et de commerce, conclu, en 1309, pour cinq ans , entre le roi de Bougie Ali'Abau-Zagri et D, Jayme II, roi a9 Aragon, concédant diverses franchises aux Catalans*

Ceci est le traité conclu entre le très-haut seigneur D. Jayme , par la grâce de Dieu roi d'Aragon, de Valence , de Sardaigne et de Corse, comte de Barcelone, senyaler de la sainte Eglise romaine, amirauté et capitaine général , d'une part; et le nobfe roule Bougie Ali-Abou Zagri, représenté parD. Garcia Perez de Mora, son envoyé et fondé de pouvoirs,, d'autre pari*

1. Premièrement : soit le présent traité entre le roi d'Aragon et le roi de Bougie maintenu sain et sauf, et à bonne entente, pendant cinq années consécutives, à partir de la fête de Saint-Jean.

En conséquence r tout sujet <\u roi d'Aragon , quelle que soit sa condition , pourra venir, soit par terre, soit par mer, sur le terril

1 Capmany, Memorias i s tort cas sobre Barcelona , t. iv.

segura, per mar è per terra, en la terra é senyoria del dit rey de Bugia, ab totes ses mercaderies è ab totes sos bena è coses, è eo aquella no sia embargat ne empatxat per neguna raho, ells payant lo dret que aien a pagar per las mercaderies lurs.

En aquesta matexa manera, que tôt Sarrahin , de qualque condicio sia, de la terra è senyoria del dit rey de Bugia pusca anar è estar è exir salvament è segura9per mar è per terra, en la terra è senyoria del dit senyor rey d'Arago, è ells pagant lo dret que aien de pagar per las mercaderies lurs.

2. Sia que tôt mercader o altre de la senyoria del dit rey d'Arago, qui sera en alcù loch de la senyoria del rey de Bugia, è voira partir daquel per anar en altre locb per terra , que sia tengut de denunciar bo a aquel qui sera en lo dit locb-per lo dit rey de Bugia , per tal que aquell pus salvament è segura pusca anar la hon voira ; en altra manera, si non denunciaba , qu'el rey de Bugia no fos tengut de dan que hi preses; è aço mateix sia dels mercaderes del rey de Bugia qui partiran dalcun loch de la senyoria del rey d'Àrago è volran anar en altre locb.

3. Que tots los catius que sien de la terra o senyoria del rey d'Arago à son en la terra del rey de Bugia, que sien encontinent re- Iats è absolu franchament , è liurats a aquells misaatges qu'el se-

toire du roi de Bougie , y demeurer, et en sortir avec sécurité, avec toutes ses marchandises et tous ses biens, sans qu'il puisse en être empêché sous aucun prétexte, en payant le droit imposé sur ses marchandises.

Réciproquement, tout Sarrasin, quelle que soit sa condition, sujet du roi de Bougie, pourra venir, soit par mer, soit par terre, sur le territoire du roi d'Aragon, y demeurer et en sortir avec sécurité, en y payant le droit qui sera imposé sur ses marchandises.

2. Tout marchand ou tout autre individu sujet du roi d'Aragon, résidant dans une des villes du royaume de Bougie, qui voudra quitter cette résidence pour une autre , sera tenu d'en faire la déclaration à l'agent institué à cet effet par le roi de Bougie, afin d'en obtenir le sauf-conduit nécessaire pour le voyage qu'il voudra entreprendre ; si cette déclaration n'a pas été faite , le roi de Bougie ne sera responsable d'aucun des dommages qui pourraient survenir. Les mêmes formalités s'observeront à l'égard des marchands bougiotes établis dans les pays soumis au roi d'Aragon.

3. Tous sujets du roi d'Aragon, qui se trouvent captifs dans le pays de Bougie, seront incontinent mis en liberté, sans rançon, et rendus aux personnes que le roi déléguera pour opérer leur

ii y or rey d'Ara go hi tramet , è en aço enten lo senyor rey d'Arago f rare Francesc de Relat è «os Company on s è sa company a ; è atresi , que aquells catius que sien del rey de Bugia è son en la terra del rey d'Arago, que sien relats é absolts franchament è luirats a aquell qu'el rey de Bugia voira.

4. Que con en lo temps passât, moltè diverses Sarrahin s mercaders è altres de la terra è senyoria del rey de Bugia ha g en estât, usât è mercadejat en la terra è senyoria del senyor rey d'Arago , promet lo senyor d'Arago que si per al eu a alcuns de la terra sua es degudà neguna quantitat de moneda a alcu o alcuns de la terra è senyoria del dit rey de Bugia, que fara encontinent a ells complidament satisferen lurs deutes: è at resi meteix promet lo rey de Bugia è el dit en Garcia Perez de Mora en nom dell que si a alcu o alcuns de la terra del rey, d'Ara go es deguda neguna quantitat de raoneda per lo dit rey de Bugia o alcu o aleuns dé la terra sua, que lurs sia encontinent per ell complidament satisfet en lurs deutes.

5. Que los gents del senyor rey d'Ara go kagen en Bugia è en los lochs de la terra del dit rey de Bugia aqnells Fondeehs que antigument acostumaren d'aver, è que hagen aqui console totes altre coses segon que acostumat es en lo temps passât.

délivrance ; la volonté du roi d'Aragon est que frère François de Relat et ses compagnons soient compris dans ce nombre. Pareillement, si des sujets du roi de Bougie sont en captivité dans tin des pays obéissant au roi d'Aragon , ils seront délivrés , sans rançon , et remis aux mains de la personne que le roi de Bougie désignera.

4. Le roi d'Aragon promet , au cas qu'un de ses sujets se trouve être débiteur d'un Bougiote établi dans un des pays relevant de sa couronne, de faire rembourser au créancier la totalité de sa créance , dans un court délai ; de son côté, D. Garcia Perez de Mora prend, au nom du roi de Bougie, l'engagement d'en user de même à l'égard des sujets du roi d'Aragon, qui se trouveront être créanciers, soit du roi de Bougie lui-même, soit de quelqu'un de ses sujets.

5. Les sujets du roi d'Aragon continueront d'avoir à Bougie, et autres lieux soumis à l'autorité du roi Abou-Zagri , des fondoucs tels qu'ils en possèdent depuis longtemps, et un consul, aux mêmes conditions qu'autrefois.

G. Qu'el senyor rey d'Arago déjà fer ajuda al dit rey de Bugia, totavia que per ell De sera request dins los synch an y s , de deu galeas , lesquals io dit rey de Bugia pusca. menar contra Algier o al très terres de Moros, la hon li placia en ajuda sua , exceptato aquelis que sod en pace o en treua ab lo dit senyor rey d'Ara go. En axi , qu'el rey de Bugia sia tengut de donar prime rament dos mille dpblas per arma ment de cascuna galea a quatre meses , è si les havia mester oltre les dits quatre meses, que sia tengut de donar sioch centes doblas a cascuna de las dites galeas per cascun mes.

7. Volen è consenten lo dit senyor rey d'Arago è el dit rey de Bugia que si, per ventura, dins los synch annis dits, si dona^ ban alcun dan per alcù corsari de la una part al altre , que per aço no sia trencada» la treva dessusdita , pus que del dit dan donat se pusca fer rabonable satisfaccio per la part que eldan haura dat. Que cascu sia tengut de satisfer lo dan dins lo mes depuys que per la part ne sera request per missatge o per lettres.

8. Encara promet lodit en Garcia Perez de Mora que, dis un mes depus que la nau en que va sera a Bugia , lo rey de Bugia ratificara aquesta treua de tots los cap i lois, è segellara las cartes aquen fêtes ab son segel ; è , si non feya , qu'el rey senyor d'Arago no sia en

6. Le roi d'Aragon devra , tontes les fois qu'il en sera requis par le roi de Bougie, pendant les cinq années que durera le présent traité, lui fournir, à titre de secours , deux galères que le roi de Bougie pourra mener contre Alger ou tout autre pays des Maures qui ne sera pas en paix avec le roi d'Aragon. De son côté, le roi de Bougie sera tenu de payer d'abord deux mille doubles pour l'armement de chaque . galère , pour quatre mois; et, en outre, s'il les garde passé ce terme , cinq cents doubles , chaque mois , pour chaque galère»

7. Il est bien et dûment convenu entre le roi d'Aragon et le roi de Bougie, que les dommages que viendront à se causer mutuellement les corsaires des deux pays pendant la durée du traité ne seront pas une cause de rupture, et qu'il sera seulement donné satisfaction à la partie lésée en l'indemnisant convenablement de ses pertes. Cette satisfaction devra être donnée dans le mois où la demande en sera faite d'une part ou de l'autre, soit par commissaires , soit par lettres.

8. D. Garcia Perez de Mora s'engage à faire ratifier, dans le mois de son retour à Bougie , tous les articles du présent traité par le roi Abou-Zagri, et à les lut faire sceller de son sceau ; dans le cas contraire , le roi d'Aragon ne se trouverait tenu à l'observation

aqnesta treua ne d'altres coses t engin ne obligat.

Fêta è fermada fo aquesta treua clijous vint dies del mes de maig del any mil très cents nou.

d'aucune des clauses qui y sont renfermées.

Ce traité a été fait et conclu le dix-huitième jour du mois de mai de Tannée mil trois cent neuf.

Le traité de commerce et de navigation, conclu en 1373 entre les Pisans et les sultans qui régnaient alors à la fois sur le midi de l'Espagne et sur les régences de Maroc, d'Alger, de Tunis et de Tripoli, offre un résumé complet des conditions auxquelles les Européens faisaient alors le commerce sur les côtes d'Afrique , et Ton y voit avec surprise que nos idées actuelles sur le droit des gens ne sont qu'un retour à ce qui se pratiquait, il y a cinq cents ans, dans des pays qui sont redevenus barbares, en empruntant les pratiques de nos aïeux : la réciprocité de navigation que l'Angleterre offre aux nations depuis que sa marine a acquis sur la leur une incontestable supériorité, l'abolition de l'esclavage , celle du droit d'aubaine, sont , en effet, consacrées dans ce traité. Je ne sache pas qu'il ait jamais été publié. Le voici tel qu'il existe dans les archives de Pise, où M. le duc de Cadore a bien voulu en faire prendre pour moi une copie.

ANNO DOMINI MCCCLXlll.

Abdelach, re di Fessa, e di 3Jichinese *e di Sale , e di Marrocho, e de le terre di Sus, e di Se-

L'AN DE N. S. MCCCLXlll.

Abdelach , roi de Fez et de Mequinez , de Salé , de Maroc , des provinces de Suz, de Seghelmése

gielmise, e délie terre del mezzodi, e di Teze, e di Tremizen, e d'Algier, e di Bugiea , e di Ghostantina , e de le terre di Buona , e di Beschara , e de Je terre del' Zeb, e de le terre d'Africa e di Gapisi , e de le terre di Biled-el- Gierid , e di Tripoli , e di Tangia, e di Sept, e di Gibeltari, e di Ronda, e di tutte l'altre terre sequenti, e délie terre del ponente e del levante, e de la Espagna, preghiamo Dio ci confermi in bene e vitteria.

Apparve dinanzi alla nostra presenza i cristiani Piero délia Barba , Pisaoo , imbasciatore da vostra parte , anziani e commune di Pisa , con carta générale di procura da g! 'anziani e commune dî Pisa , di poter far alto e basso per lo ditto commune, e pace e buona concordia con noi , e di tutto cio che con noi facesse fusse fermo et rato, sopra la condizione di fare la pace tra voi e noi ; e di questo ci pregô a taie cbe fusse bene e riposo d'amendue le parti e possa venireciascuuo sicuro; accettamo la sua pregbiera e avemola fatta graziosamente.

Vogliamo che chiunque apparisce in ne le nostre terre, le quali salvi Dio , e cbe sia délia signoria del soprascritto commune , e che possino venire sani et salvi et sicuri in havere et in persona , e di stare , e d'andare , a loro buona volontade, tanlo quanto a loro piacerà , e questo s'intende in mare et in terra , in qualunque navilio si sia , tanto di galee armaie quanto d'altro navilio ; e abbiamovi ferma to questo coi patti

et du midi, de Teza, de Tlemcen, d'Alger, de Bougie et de Constantin e , des provinces de Bone et de Biscarah, des pays de Zab, de Gabès et d'Afrique, du Belad-el- Dgerid, de Tripoli, de Tanger, de Geuta , de Gibraltar» de Ronda et de leurs dépendances > du levant, du couchant et de l'Espagne, nous prions Dieu qu'il nous conserve puissant et victorieux.

Le chrétien Pierre de la Barba, Pisan , s'est présenté devant nous de votre part, anciens et peuple de Pise , avec les pouvoirs que vous lui avez donnés de traiter à soo gré pour vous; d'établir entre vous et nous paix et amitié , promettant de tenir pour ferme et établi tout ce qu'il fera , pourvu que Je but en soit la paix; il ne nous a rien demandé qui ne tendit au bien et au repos des deux peuples , et nous avons gracieusement accueilli sa prière.

Nous voulons que quiconque appartenant au peuple de Pise se présentera dans nos provinces, que Dieu veuille bénir, y soit sain, sauf et tranquille dans sa personne et dans ses biens ; qu'il puisse aller, venir, rester partout et tant qu'il lui plaira ; ceci s'entend de la mer comme de la terre, et s'applique à tous les navires, tant les galères armées que les autres bâtiments; nous l'avons ainsi arrêté , et c'est là le premier

che scriveremo qui appresso, e questo èlo primo capitolo di'quello che domandato havete.

£ quand o avvenisse ehe fusse alcuoa brigha tra alcuno Pisano o Sara ci no o rumore, che sia puni to chi ha il tbrto , e nondimeno la pace stia ferma che già perciô non si rimuova, et habbiamovi accettato questo : e questo è il secondo capitolo cheavete domandato.

Lo quale se alcuno Saracino che faccia alcuna domanda ad alcuno Pisano che sia sostenuto , e noi habbiamo a yedere sopra chi ha raggione , et abbiamovi accettato questo.

£ questo è il terzo capitolo di quello ci avete domandato : Che se alcuno mercatante de vostri fa alcuno fallo, che ne debba easer punito cioè nella persona e nell' haversuo.Eseil mercatante muore con il suo havere lo quale ha tra le raani, che non debba esser toccato , abbiamovi conceduto questo.

£ questo è il quarto capitolo lo quale avete chiesto : Che qualunque mercatante morisse in de le terre nostre , Salvi le Iddio , cioè di vostri mercatanti e non habbia persona niuna per lui di quà, e che non habbia nella terra dove egli muore ne console , ne mercatante di vostri , che lo suo havere sia preso con carta testimoniata, e sia accomodato fino a tanto che venga da Pisa chi lo possa ricevere, et habbilo, e questo l'habbiamo conceduto.

article que vous nous avez demandé.

S'il s'élevait quelque querelle ou quelque bruit entre Pisan et Sarrasin , que l'auteur du tort soit puni , et que pour cela la paix ne soit point troublée entre nous :

c'est le second article que vous nous avez demandé, et que nous vous accordons.

Si un Sarrasin fait une demande à un Pisan accrédité, nous aurons à examiner qui a raison , et nous avons accepté cette condition.

Ceci est le troisième article que vous nous avez demandé : Si quelque marchand de vos compatrio tes commet quelque infraction, il en sera puni dans sa personne et dans ses biens. Si le marchand meurt, nous accordons que les biens qu'il aura entre les mains ne seront point touchés.

Ceci est le quatrième article que vous nous avez demandé : Si quelqu'un de vos marchands meurt dans nos États, que Dieu bénisse, et s'il n'existe au lieu de son décès ni consul de sa nation, ni aucun de ses compatriotes, sa propriété sera consignée sur inventaire , et conservée jusqu'à ce qu'il vienne de Pise une personne autorisée à la recevoir, et ceci nous l'avons accordé.

E questo è il capitolo sesto di queilo che havete domandato :

Quando per alcuna cagione rompesse alcuno legno de' Pisani in alcuna délie nostre terre, o vero •che fusse piaggia, che sia lecito loro a quelli del navilio di fare a loro voluntade, di tutio ciô che tiscisse dal legno si d'havere e si d'armadure e di riportarne le dette cose là unde a loro sia in piacere, e di tutlo non se ne debba pagare -nulla , et habbiamovi conceduto questo, e cosî siamodichiarati con voi -que se a noi avyenisse il simile casode nostrilegni, dobbiate £osi fare a noi.

£ questo è l'ottavo capitolo di queilo avete domandato: Che se alcuno mercatante de vostri arrachasse alcuna mercanzia che la volesse condu.cere a la presenza nostra e maestà , salvila Dio , che non sia alcuno osante d'aprirla ne di vederla, in fino a tanto cheladetta mercanzia sia nèlla presenza del signor re, salvilo Dio e guardi, e se noi la compriamo da lui, che non debba pagare niuno diritto del mondo , e se noi non la compriamo, debba pagare Io diritto usato , et habbiamovi conceduto questo.

E questo è il capitolo nono di queilo ci havete domandato : Che quando verrete aile nostre terre, salvi le Dio , che dobbiate havere fonda co per noi , e quando non ci

Ceci est le sixième article que vous nous avez demandé : Si quelque navire fait par malheur naufrage sur nos cotes, les gens du navire disposeront à leur volonté de tout son chargement , soit armes, soit' marchandises; ils les transporteront où il leur plaira , sans rien avoir à payer : nous accordons cela, et il est entendu que si pareil malheur arrivait à nos navires, vous en useriez de même à notre égard.

Ceci est le huitième article que vous n ous avez demandé : Si quelqu'un de vos marchands introduit des marchandises qu'il veuille présenter à notre personne , que Dieu bénisse, que nul ne soit assez hardi pour ouvrir les caisses et y regarder avant que ces marchandises soient sous les yeux ôv roi , que Dieu garde et bénisse :

si nous les achetons, le marchand n'aura rien à payer; si nous ne lest achetons pas, il payera les droits d'usagé.

Ceci est le neuvième article que vous nous avez demandé : Quand vous viendrez dans nos États, que Dieu bénisse , vous devrez avoir des fondoucs * pour nos sujets;

1 Fondaco, en Italie, n'a pas d'autre sens que celqi dn root magasin; soit qu'il vienne de l'arabe, soit que l'arabe l'ait emprunté, le fondouc est, sur h côte d'Afrique, un entrepôt et im marché de denrées, à peu près régi comme les grencttes de certaines villes de Franrc.

havesse fondaco , fusse case disperse da gl'altri cristiani, et habbiamovi conceduto questo.

£ questo è il capitolo decimo di quello ci ha vête domandato :

Che quando alcuno Pisano fusse preso per schiavo in alcuna dclle nostre terre, che sia libéra to corne dice in nella carta délia pace , la quale riposa di noi e di voi; et habbiamovene liberati di quella che noi havevamo per le nostre terre , in simile modo dovete far voi à noi delli schiavi saracini i quali voi avete nelle vostre terre.

£ questo è il capitolo undecimo , loquale aveto domandato :

Ghe se alcuno mercatante pisano havesse quistione con un altro cristiano d'altra iingua, che sia la quistione dinanzi del vostro consolo, salvo che se la quistione fusse grande, che portasse pondo, che venga a sentenliarla alcadi délia terra. £ quando sut luogo non havesse consolo, e la detta quistione fusse che la veggia tra loro lo avesi délia terra, e sino lo signore del castello, et habbiamovelo conceduto questo ; e quando la quistione sarà dal Saracino al cristiano che tornt alla ragione de Saracini e de loro cadi.

£ questo è il capitolo duodecimo : Ghe quando si nauleggiasse alcuno vostro legno per caricar alla corte biada , o cavalli , o armature , o alcuna allra cosa, che sia dato al padrone del legno lo suo naulo alla sua voluntadc

et, quand vous n'en aurez pas* , des maisons séparées de celles des autres chrétiens en tiendront lieu .

Ceci est le dixième article que vous nous avez demandé : Si quelque Pisan est réduit en esclavage dans nos États, qu'il soit libre, suivant les traités de paix qui font votre repos et le nôtre; et , quand nous délivrons les esclaves dans nos États, vous en ferez de même des Sarrasins qui seraient esclaves dans les vôtres.

Geci est le onzième article que vous nous avez demandé : Si quelque débat s'élève entre un marchand pisan et un chrétien d'une autre nation , qu'il soit porté devant votre consul , à moins que l'objet n'en soit fort important, auquel cas le jugement en serait déféré à notre cadi. S'il n'y a pas de consul sur les lieux , la question sera soumise au magistrat musulman , et à son défaut au commandant du château.

Quand le débat sera entre Sarrasin et Pisan, il sera jugé par le cadi.

Ceci est le douzième article : Si l'on nolise un de vos navires pour porter à notre cour des grains , des chevaux, des armes, ou qûel« ques autres objets que ce soit , le fret sera réglé du plein gré du capitaine du navire, et il ne lui sera

se nzaesserli fallu nulla gravezza :

il simile s'intende in nel nauleggiamenlo cbe non sia forzato lo padrone de! navilio di nulla forza, et abbiamovi conceduto questo.

£ questo è il tredecimo capitolo :

Che quando avvenisse ehe alcuno navilio grande o piccolo che fusse dei Pisani et arrivasse in alcuno luogo délie nostre terre, f uggendo da neraici o da corsali , che fusse incalciato o vero che fusse per forluna di mare, che vogliamo che in quelle terre e in quelle parti là ove arrivasse, che gli uomini délia terra o contrada li debbiano soccorrere in mantinente con barche e altri argomenti per scarricare e per aiutare ogni aiuto , lo quale a quel navilio bisognasse a loropiacimento; e abbiamovi concedute questo, e per lo simile modo dovete far a noi di nostri navili.

£ questo è lo quarto-decimo capitolo di quello che ci havete addomandato: Che quando alcuno mercatante de vostri * morisse in nelle nostre terre , che tutto cio che lassa dopo la sua fine non li sia levato niente per alcuna cagione ne pagamento nullo , et habbiamovi conceduto questo salvo che se rimanesse mercantia che la volessino vendere dopo la sua fine, che paghi secondo lo pa.

gamento- che s'usa se la vende ail' in canlo.

E questo è lo diretano capitolo

imposé aucune charge. 11 est entendu que dans ces conventions il ne pourra pas être exercé la moindre contrainte envers le capitaine du navire , et c'est ce que noua accordons volontiers.

Ceci est le treizième article :

Lorsqu'un navire pisan, grand ou ' petit, abordera dans nos États pour se soustraire aux poursuites de l'ennemi ou des corsaires , ou par suite de quelque accident de mer que ce soit, nous voulons que , sur quelque point de nos côtes qu'il se présente , les habitants des lieux voisins aillent incontinent à son aide, avec des barques et autres objets propres à l'alléger et à lui porter les secours qui lui seront nécessaires. Nous accordons cela , et vous traiterez nos navires de la même manière.

Ceci est le quatorzième article que vous nous avez demandé :

Lorsqu'un de vos marchands mourra dans nos États, rien de ce.

qu'il laissera ne sera soustrait sous aucun prétexte, ni à aucun prix ; nous accordons de plus que' si ses héritiers veulent vendre les marchandises qu'il aura laissées, ils en auront la faculté, en payant les droits comme pour une vente àjencan.

Ceci est le dernier article de

di tutti i capitoli li quali ne oominati. Che voi dovete fare a mer catanti saracini e navigant! a Piaa e a tutte Taltre sue terre, secondu i patti&oprascrittie detti e di tutte le convenenze , per lo modo che noi habbiamo dichiarato a voi, et di tutto siamo in concordia con voi e si è permesso da tenere l'uno air altro. E tanto siamo in concordia con voi che doviate paghare lo decimo et altre spese che pagano H Catalani in Délie nostre terre, salvile Dio ! ne più ne meno si paghi.

Et ancora siamo in patti e in.

convenienze con voi l'usanza de le navede mercatanti cristiani lequali arrivano nelle nostre terre, salvile Dio, e questo li è che debba pagare ogni navilio uno per de se al quale j Saracini per nome surriach , e se non si da uno rampicolio di ferro loquale ha nome in saracinesco mokhtaf men hadtd. E questo è ogni volta chel legno viene con mercantia aile nostre terre, salvile Dio!

Et anco siarao in concordia con voi che quando alcuno di voi facesse alcuno inganno o tradimento in persone o in -havere à Saraceni,che sieno sostenuti, tutti gli altri mercatanti pisani nelle nostre terre, salvile Dio ! e che i detti mercatanti sieno tuttaviariguardati, e onorati, e salviati in havere e in perso n a, in fino a tanto che grhabbiano restituito quello che tolto haranno o rubato, eallora sieno liberati.

Sono compiuli di dtchiararei

nos conventions : Vous devez trar ter à Pise, et dans les autres terres de votre domination, les marchands et les navigateurs sarrasins conformément à toutes les conditions ci-dessus; ils trouveront chez vous toutes les facilités que vous trouverez chez nous; nous sommes d'accord sur tout, chacun de nous tiendra à cette union, et, pour compléter l'accord entre nous, vous nous payerez la dime et autres droits, ni plus ni moins, que payent les Catalans sur notre territoire, que Dieu bénisse!

Et nous sommes encore convenus que, suivant l'usage, tout navire chrétien qui arrivera dans

nos Etats, que Dieu les bénisse! devra payer le droit nommé en arabe surriachy à moins qu'il ne donne un harpon de fer nommé en arabe mokhtaf men harfid;et ce droit sera dû toutes les fois que le navire touchera, avec des marchandises, à nos terres, que Dieu bénisse!

Et nous sommes encore d'accord que , si quelqu'un de vous trompe ou trahit, dans leurs biens ou dans leurs personnes, des Sarrasins, tous les marchands pisans, qui seront dans nos États, que Dieu bénisse! seront retenus, mais traités avec égard, et en sûreté pour leurs personnes et leurs biens, jusqu'à ce qu'ils aient restitué ce qui aura été dérobé; alors ils seront mis en liberté.

Nous avons achevé de déclarer

palii e le chiarezze corne ciascuno lia inteso corne di sopra si coni iene, et habbiamo veduta la carta délia procura la qualeveane confessa a Pierodela Barba, cristiano lo quale di sopra scritto per parte de gl'anziani e commune di Pisa di sopra scritto , e sotto questi patti et conventione habbiamo ira voi e noi compiuta la carta délia pace, per taie che ci è pace e riposo e di spegnare ogni maie da noi a voi con l'aiuto di Dio.

£ i S ar ace ni délie nostre terre, c;oè del levante e del ponente e de l'Àndalusia , salvile Dio! con li cristiani pisani tutti in ogni parte e in ogni luogo et in ogni terra , salvi la Dio ! E questo si c in termine di dieci anni compiuti dal di che si fè questa carta ; e di tutto questo siamo in concordia et ferraato e per più fermezza habbiamovi sigillato col nostro sigiHo usato , et habbiamovi scritto di sotto con la nostra manu gratiosa in di di domenica a di 28 del mese di rabe , lo deritano e gratioso , In quale si concorda al 7 di aprile. in l'anno di 759 ab sa racine sco indittione del profeta Mau- .inetto , stgnore e maggiore nosiro, glorificato da Dio hora e semprè.

ces conventions et sûretés , et chacun de nous les a entendues comme elles sont exprimées plus haut ; après avoir vu les pouvoirs donnés à Pierre de la Barba, le chrétien sus-nommé , nous adoptons ces conventions pour base de la paix entre vous et nous, et que cette paix et ce repos soient, avec l'aide de Dieu , à l'abri de tout trouble de votre part comme de la notre.

Et que les Sarrasins de nos états, du levant, du couchant et de l'Andalousie, que Dieu bénisse!

soient d'accord en tout lieu , sur toute terre que Dieu bénisse ! avec tous les chrétiens de Pise. Et ceci est convenu pour le terme de dix années , à partir du jour de la signature du présent. De tout quoi nous sommes convenus , et pour que ce soit chose ferme et stable, nous y avons apposé notre sceau ordinaire, et nous l'avons signé de notre gracieuse main , le dimanche 28 de la lune de raab , qui correspond au 7 avril , et l'an 759 de l'hégire du prophète Mahomet , notre maître et seigneur, que Dieu glorifie à présent et à toujours.

L'époque à laquelle appartient ce traité est probablement celle où les relations commerciales ont été le plus actives entre l'Europe et la côte septentrionale d'Afrique. Elles ne purent pas se soutenir, dans le siècle suivant, au milieu de la lutte acharnée

entre chrétiens et musulmans, dont l'Espagne était le principal théâtre ; elles furent étouffées dans le tumulte des armes 9 et le pavillon pisan disparut par contre coup de la Méditerranée.

Dans les chapitres précédepts, on a vu combien, même sous la domination des Turcs , le commerce avait rapproché de nous les indigènes, à Gigel, h Collo, à Bone, à la Calle. Lorsque le cardinal de Richelieu eut substitué, avec tant de succès, dans nos concessions, un système pacifique au système d'entreprises qui avait prévalu jusqu'à lui, le premier avantage qui en résulta fut l'économie des frais d'exploitation , et bientôt la possession de la côte cessa d'être une charge pour la France. Le but et surtout les procédés de notre occupation actuelle ne permettent pas d'espérer qu'elle se soutienne de longtemps avec les ressources locales; mais les vues que le grand cardinal avait adoptées pour le bastion de France n'en sont pas moins réalisables dans quelques localités; elles concourraient même puissamment à l'exécution des plans de domination générale auxquels nous nous arrêtons. Pour nous borner à l'exemple le plus modeste, si nous faisions de la Calle une échelle exclusivement commerciale, si, grâce à cette organisation, il ne fallait plus pour garder ce point qu'une cinquantaine d'hommes, les forces qu'elle

rendrait disponibles seraient utilement employées ailleurs, et la province d'Alger pourrait en tirer 90,000 hectolitres de grains que, malgré la protection de vingt mille baïonnettes , lui, refuse la plaine de la Métidja.

L'application de ce système se ferait à Bone avec de plus grands avantages et non moins de facilité; elle exigerait à Bougie plus de hardiesse et d'habileté; elle ne sera réalisable à Alger et à Oran qu'après la destruction'par les armes des résistances que nous rencontrons dans ces deux provinces. Toutefois, les ressources qu'a fournies et les embarras qu'a suscités le commerce à Abdel c ad er ont déjà montré que, même en Afrique, son action politique est aussi efficace que celle de la guerre.

Ce chef, dont la puissance ne saurait plus subsister à côté de la nôtre, reconnaissait en 1837 l'impuissance absolue des Arabes à jamais enlever des positions gardées par des troupes européennes ; il voyait d'un autre côté ses partisans se lasser; il sentait la difficulté d'agiter longtemps les populations par la perspective de nos prétendus projets de destruction de l'islamisme, et n'espérait plus qu'on lui donnât d'affaire de Tlemcen à exploiter. 11 jugea donc que la guerre ne pouvait plus que compromettre la puissance qu'elle lui avait don-

née, et songea sérieusement à consolider par la paix et le commerce les avantages qu'il a depuis préféré remettre en question.

A son retour du pèlerinage de la Mecque, Abdelcader a visité l'Egypte ; il a admiré les grandes choses faites par Méhémet-Ali , et a pénétré le mécanisme financier des monopoles, par lesquels ce prince s'approprie les profits de toute l'industrie agricole et manufacturière du pays; son ambition a dès lors été d'en faire autant dans l'ancien royaume de Tlemcen. Porté par les circonstances et par sa haute habileté au faîte du pouvoir parmi ses compatriotes , il a voulu exploiter la régence par des monopoles semblables à ceux qui rassem-

blent les revenus de l'Egypte dans la main du souverain. Pendant sa trêve avec le général Desmichels, il a commencé la réalisation de ce plan, et ses relations avec Bouderbah et Ben-Durand, dont on a depuis fait une conspiration , n'avaient pas d'autre objet; il les avait choisis pour courtiers exclusifs de son commerce avec l'Europe, et se flattait de prévenir ainsi tout contact entre les Arabes et nous. Ces deux hommes , dont l'intelligence démêlait ce qu'il y avait de faux dans cette combinaison , s'y associèrent cependant avec ardeur, en raison des grands bénéfices qui devaient leur en revenir, et la jalousie de métier n'a point

été étrangère aux traverses qui leur ont été suscitées sous le masque de l'intérêt public. Abdelcader n'avait pas assez calculé combien l'exercice du monopole serait difficile dans un pays qui ne peut pas être fermé comme l'Egypte, et dont les côtes n'étaient point en sa possession; il ne tarda pas à reconnaître le danger des comparaisons auxquelles serait exposé son système , par le voisinage de la liberté de commerce assurée aux Arabes directement soumis à notre domination. À peine avait-il souscrit, dans la convention de la Tafna, à l'établissement de cette liberté1, qu'il revenait, dans ses actes, à sa première pensée. Dès le mois de juillet 1837, il se conférait- à lui-même, sous le nom de Ben-Durand, le monopole de l'exportation des laines : obligé de déférer aux représentations du général Bugeaud, il rapportait , le mois suivant, cette mesure, et annonçait que les Européens qui voudraient faire des achats sur son territoire seraient protégés, moyennant le payement d'un droit; mais il exigeait, d'un autre côté, outre un droit d'exportation de cinq pour cent, des licences individuelles qu'il refusait à tout le monde. Au mois d'octobre suivant, il interdisait la sortie des chevaux; au mois de janvier 1838, celle des bétes à cornes.

1 Art. 10. Le commerce sera libre entre les Arabes et les Français, qui pourront s'établir réciproquement sur l'un ou l'autre territoire.

Chaque jour lui apprenait que les relations commerciales que nous formerions avec les indigènes étaient incompatibles avec la domination absolue à laquelle il entendait les soumettre, et donnait parmi eux des partisans à nos vues ; il voyait approcher le moment où les Arabes, instruits de ce qu'ils avaient à gagner à la paix, à perdre à la guerre, suivraient les conseils de leurs intérêts plutôt que ceux de son ambition : il a voulu le prévenir, et a rompu une convention dont, tout imparfaite qu'elle était, l'observation l'aurait réduit, en quelques années, à la condition de simple vassal*

Par des motifs analogues, Achmet-Bey avait défendu, sous peine de mort, aux Arabes de la province de Constantine de faire le commerce avec nous.

Les appréhensions d'Abdelcader et d'Achmet auraient dû nous apprendre à mettre aux prises, par le commerce, le principe de notre établissement avec celui de leur puissance; nous le pourrions avec d'autant plus d'avantage, que le commerce et les caravanes sont en Afrique une seule et même chose, et que les devoirs religieux auxquels tiennent le plus les musulmans ne s'accomplissent que par le moyen de ces transmigrations.

Avant notre occupation , la régence avait ses caravanes locales : toutes les fois que des troupes allaient d'une ville à l'autre, des voyageurs se metil. 11

taient sous leur protection ; les personnes que leurs affaires appelaient dans les mêmes directions s'arrangeaient pour marcher ensemble et s'entr'aider. Suivant la longueur , les. difficultés et les dangers des trajets , ces associations étaient plus ou moins nombreuses : les unes se formaient par occasion; les autres, et c'étaient les plus importantes , avaient une marche régulière et des points de rencontre communs, où les hommes et les marchandises s'assortissaient suivant leurs destinations respectives. Le régime commercial du pays reposait sur ces rendez-vous périodique^ : l'Algérie avait ses foires comme l'Europe au moyen âge.

Les caravanes qui vont de l'intérieur de l'Afrique aux côtes de Barbarie, et réciproquement, règlent particulièrement leur marche sur celle de la grande caravane qui va tous les ans de Fez à la Mecque, en laissant l'Atlas au nord, et revient par le même chemin. De Fez à Gadamez, dans la régence de Tripoli, cette caravane se partage elle-même en plusieurs branches , dont chacune recueille ou dépose, chemin faisant, sur son passage, des marchandises et des voyageurs qui quittent ou grossissent les caravanes transversales. Quelles que soient leurs directions, les caravanes louvoyent dans le désert, entre les lieux ou se trouvent des pâturages et de l'eau. La correspondance de leurs marches et de leurs haltes établit entre toutes les

parties de l'Afrique une chaîne non interrompue de relations. En se rattachant à quelques-uns des anneaux de cette chaîne, les Pisans, au moyen âge , la suivaient à leur gré jusque dans ses plus lointaines ramifications; ils la saisissaient notamment à Fez , qui est encore le lieu de rassemblement et de départ, et ne se bornaient pas à confier des marchandises à la caravane : ils y entraient eux-mêmes en grand nombre l. Nous n'avons rien encore essayé de semblable; le système d'emploi de la force brutale , dans lequel nous semblons emprisonnés , se plie peu , il faut l'avouer, à la flexibilité de ces intelligentes combinaisons.

Quoi qu'il en soit, la marche des caravanes de l'intérieur se rattachait à trois points principaux que nous occupons : Constantine, Oran etMédéah, qui correspondait avec Alger. La diversité des intérêts que desservent ces trois lignes et des moyens d'y rétablir la circulation oblige à les considérer séparément.

Le point de jonction des caravanes de Constantine et d'Alger, ou, si l'on veut, de Médéah avec la caravane de la Mecque, est à Ouerghela, la ville la plus méridionale de la régence d'Alger. Elle est située à cent cinquante lieues de la cote, par 2 degrés de longitude orientale de Paris. « C'est , dit Léon l'A-

1 Archives de Pise.

fricain , une ville fort ancienne , édifiée au désert de Numidie, ceinte de brique crue, remplie de belles maisons, et bien peuplée d'artisans, et sont les habitants d'icelle fort riches. La plupart, ajoutet-il , sont gens noirs , non que l'intempérance de l'air leur cause cela, mais parce qu'ils se joignent ordinairement avec des esclaves noires qui leur font engendrer de si beaux mâles. Ils sont plaisants et libéraux, et fort humains envers les étrangers » parce qu'ils ne sauraient avoir chose aucune , sinon par leur moyen, comme grains, chair salée, suifs, draps , toiles , armes , couteaux , et en somme tout ce qui leur est nécessaire. Ils portent telle révérence à leur seigneur, comme s'il était roi ; lequel tient en sa garde environ 2,000 chevaux, et tire du revenu de son domaine environ 150,000 ducats, rendant grand tribut aux Arabes, ses voisins1.» Dapper ajoute à ces détails qu'indépendamment de la contribution , le cheik d'Ouerghela fait chaque année hommage de trente esclaves noirs au pacha d'Alger2. J'ai moi-même questionné sur cette ville des Arabes qui avaient suivi les caravanes ; ils la comparaient à un port placé sur les limites du désert; je présume, sur leurs réponses, que la population sédentaire y est d'un millier d'in-

1 Description de V Afrique, liv. 4.

3 In-f°; Amsterdam, 1686.

dividus; mais le concours des voyageurs y réunit, à diverses époques de Tannée, plusieurs milliers de tentes.

La distance de Gonstantine à Ouerghela est divisée en trois parties par les villes intermédiaires de Biscarah et de Tuggurt ; la dernière est à quarante-cinq lieues N.-E. d'Ouerghela : c'est le Turaphylum de Ptolémée, la Ticarta de Gramaye et le Techort de Léon l'Africain. Du temps de celui-ci, le pays de Tuggurt payait au sultan de Tunis un tribut de 50,000 ducats, et son cheik en avait 1.30,000 de revenu, sur quoi il entretenait une garde turque. Léon , qui donne ces renseignements, avait vécu à Tuggurt dans la familiarité du cheik, et ce qu'il dit de l'abondance des dattes dans cette contrée, et de l'indispensable besoin qu'elle a des grains de la province de Gonstantine , n'a pas cessé d'être de la plus parfaite exactitude. Sous les janissaires , un détachement d'une douzaine de Turcs allait chaque année, de Biscarah à Tuggurt, recevoir le tribut. Cette ville est encore aujourd'hui un marché considérable de poudre d'or; mais les objets d'exportation qu'y rassemblent les marchands de l'intérieur sont presque exclusivement dirigés sur Tunis.

Dès que la Numidie sera gouvernée, des échanges actifs s'établiront entre elle, le pays de Zab et celui qui l'avoisine au sud : ceux-ci sont, en effet, atta-

chés à sa fortune par des liens indissolubles. Tous les étés , les troupeaux qui peuplent ces régions transmigrent pour chercher au nord des pâturages, et se soustraire à la chaleur ardente du soleil et des sables. La disposition du sol étant, dans les pays régis par le Coran , un attribut de la souveraineté , ces migrations ne s'effectuaient que du consentement des beys, et sous la condition du tribut. Les habitants du pays de Zab ont, comme leurs troupeaux, des subsistances à demander à la province de Constantine ; ils ne peuvent pas vivre sans ses grains, et n'exportent qu'à regret leurs produits à Tunis, qui est plus éloigné, et dont ils n'ont presque rien à tirer. Contraints , par la plus impérieuse de toutes les nécessités, de venir chaque année confier aux maîtres de la Nu raidie et leurs richesses et leurs personnes, ce n'est point d'eux que viendraient les obstacles à la marche des caravanes.

La dépendance commerciale où les place vis-àvis de la Numidie cette réciprocité de besoins et de ressources entraine irrésistiblement à sa suite la dépendance politique : aussi, pour assurer celleci, suffisait-il aux Turcs d'entretenir à Biscarah, capitale de la province, une garnison de cent hommes. Située à soixante lieues S.-S.-E. de Constantine, cette ville est le point de passage obligé des caravanes de l'intérieur qui marchent vers le nord, ou

qui en viennent ; elles y arrivent après avoir épuisé les vivres qui leur ont servi à traverser le désert, ou y font leurs provisions pour y rentrer. Biscarah , plus grand que Bone , parait avoir de six à huit mille âmes; de vastes plantations de dattiers, dont la richesse est'due à de grands canaux d'arrosage , s'étendent alentour. La garnison turque était établie dans deux forts qui dominent la ville, et dont un commande les prises d'eau des canaux ; et il dépendait d'elle de battre en ruines les maisons, d'affamer la campagne et d'intercepter la marche des caravanes : il est très-probable qu'elle n'a pas cessé d'occuper cette position.

L'influence qu'exerce au loin Constantine est fondée sur une base indestructible, la diversité de propriétés des sols et des climats. Au midi de cette ville, le chameau est le véhicule le mieux approprié à la nature du terrain ; au nord , l'usage des. routes , des voitures , offrira plus d'avantages et d'économie : le relief du pays se prête à de fort bons tracés, et aucune des grandes aspérités qu'il présente n'est difficile à tourner. Entre ces deux régions, la dissemblance des productions n'est pas moindre que celle des moyens de transport: l'une regorge de grains, l'autre en est presque absolument dépourvue. C'est donc sous les murs de Constantine que doivent se rencontrer, d'une part, les laines et les produits de l'intérieur

de l'Afrique, qui arrivent par le pays de Zab ; de l'autre, les grains de la Numidie et les marchandises de l'Europe. Les nouvelles destinées de l'ancienne capitale de Massinissa sont de devenir le nœud des relations entre notre monde si mobile, et ce monde maugrebin dont les mœurs semblent immuables comme l'état physique du désert dans les mystérieuses profondeurs duquel il s'enveloppe. Pour remplir ces destinées, Constantine doit former deux villes : Tune africaine, l'autre européenne, donnant sur une place de marché intermédiaire, ayant des mœurs différentes, des intérêts communs ; séparées par les unes , rapprochées par les autres; unies par leur commerce, indépendantes dans la pratique de leurs croyances et le mécanisme de leurs institutions.

La configuration du sol est admirablement appropriée à cette combinaison. Constantine est, comme nous l'avons vu , dominée de très-près sur trois, de ses côtés ; et , dès que les routes ouvertes pour le commerce seront praticables à l'artillerie, le prestige attaché à la force de ses remparts s'évanouira , même aux yeux des indigènes. La place de la garnison , appelée à contenir et à défendre en même temps la ville, n'est donc point dans son çnceinte; il y aurait avantage militaire à l'établir dans des forts construits sur les plateaux de Sidi- Mécid, de Mansourah, ou mieux encore de Cou-

diat-Aty. La ville numide, ainsi rendue à elle-même,, conserverait dans sa soumission politique toute sa liberté sociale, et aucun des liens qui rattachent à ses habitants ceux des tribus et du désert ne serait rompu ; la ville européenne s'assiérait , à l'ouest, sur les chutes d'eau, dont la dérivation souterraine du Buminèl rendrait l'établissement si profitable et si facile : elle s'interposerait avec avantage, par ses moulins et ses usines, entre les laboureurs et les caravanes auxquelles elle procurerait une économie de frais de transport et de mouture, par la substitution de la farine au grain brut. Le commerce des blés passerait de la sorte entre nos mains, et il serait impossible qu'il n'en fût pas de même de celui des laines (note AJ ).

Les blés de la haute Numidie sont, par leur finesse et par la propriété qu'ils ont de se conserver indéfiniment, essentiellement propres à l'alimentation d'un commerce lointain. Je n'en connais, en France qui leur soient comparables, que ceux dont s'alimentent les minoteries de Moissac et de Montauban , et dont les farines s'expédient dans les colonies. Si des routes s'ouvraient entre Constantine et la mer, si des ports se creusaient sur la côte, ces blés et les farines qui en proviendraient se précipiteraient dans cette voie, où les appellerait un placement plus avantageux qu'au midi ; ils seraient recherchés pour les approvisionnements

de la marine et pour les consommations de luxe, qui se propagent aujourd'hui dans nos plus petites villes. La hausse qui résulterait de ce mouvement obligerait les laines de l'intérieur à le suivre; leurs possesseurs ne pourraient plus solder leurs subsistances qu'en participant eux-mêmes à une amélioration de prix, que leur assurerait l'établissement de relations directes avec nous. Cette impulsion donnée au commerce placerait entre nos mains, et sous notre protection, les plus grands intérêts d'un pays auquel nous n'avons encore su faire que du mal.

La ville de Gonstantine apporte elle-même , par son industrie, un contingent important dans les échanges qui s'opèrent sur son marché. On y fabrique les vêtements , les chaussures des habitants du pays de Zab , les harnachements de leurs chevaux; les tanneurs, les cordonniers, les selliers, les tisserands y sont organisés en corporations; on y compte presque autant de métiers à tissage que de femmes, et c'est des mains de celles-ci que sortent ces bournous solides et légers dont aucun de nos vêtements d'Europe n'atteint l'élégance. Les gandouras de Gonstantine sont de très-belles étoffes de soie et de laine ; ses tapis valent ceux du Levant, et, antérieurement à notre occupation , il ne sortait pas de la ville moins de 60,000 haïcks par an. L'activité de ces industries locales a diminué de

près de moitié depuis 1836; elle se ranimerait avec la circulation des caravanes, seul moyen d'ouvrir h notre industrie les débouchés qui seraient une faible compensation des sacrifices que nous impose notre conquête.

Quand nous inviterons les habitants de la province de Constantin® à des relations de cette nature, nous ne rencontrerons chez eux aucune ré«* pugnance. Ils n'ont pas encore perdu tout souvenir des avantages que retiraient leurs pères du voisinage des Français, et les mêmes causes produiraient encore les mêmes effets. Après que l'organisation pacifique donnée aux concessions par le cardinal de Richelieu eut porté ses premiers fruits, la puissance du commerce sur ces populations se manifesta par un exemple bien saillant.

En 1637, le chevalier de Manty, envoyé à Alger avec deux bâtiments de guerre pour traiter avec le divan , rompt brusquement la négociation , dont la tournure lui déplaisait , et, pour laver je ne sais quelles injures, tire en partant ses bordées sur la ville. Telles étaient alors les allures de la marine française ; quelques années plus tard, un jeune homme, qui fut depuis le maréchal deTourville, désemparait, dans ces mêmes parages, un vaisseau espagnol qui n'avait pas voulu saluer le premier le pavillon du roi, et l'on appelait cela donner une leçon de politesse. Quoi qu'il en soit, la milice

irritée dirige immédiatement contre le bastion de France des galères commandées parle renégat Ali Pichini : celui-ci se présente en ami , et , reçu au bastion avec ses gens , fait main basse sur tout ce qui s'y trouve; les Français sont réduits en esclavage , leurs magasins sont pillés, leurs habitations détruites. Cet événement coïncidait avec une guerre malheureuse, et semée d'incidents dramatiques, que faisait le divan dans les environs de Gonstantine. Battu en 1638 , il veut prendre sa revanche l'année suivante, et envoie contre les révoltés 4,000 janissaires. Mais, par une manœuvre habile, les indigènes parviennent à les cerner et à les affamer. Un marabout, vénéré dans le pays, fait accepter sa médiation, et, dans la capitulation, les Arabes imposent aux Turcs l'obligation de rebâtir le bastion de France, dont le commerce alimentait le peu d'aisance répandu dans le pays, et fournissait les ressources au moyen desquelles se payait le tribut1.

1 Voici le traité tel qu'il est rapporté par Pierre Dan dans l'édition in-fol. de 1649 :

« 1° Que ceux d'Alger ne les inquiéteraient plus pour la lisme.

«2° Qu'ils s'en retourneraient à Alger par le même chemin « qu'ils étaient venus , sans se détourner, ni à droite ni à gauche, « à peine d'être tous taillés en pièces.

« 3° Qu'ils rebâtiraient le bastion de France et les échelles et «lieux qui en dépendent, d'autant que, pour leur plus grande « commodité , c'était là où quelquefois ils allaient vendre et débiter leurs marchandises', de quoi iU avaient payé la lisme (aussi

Si les Arabes mettaient de telles conditions à la dé* livrance de leurs oppresseurs vaincus, si l'attrait du commerce leur faisait prendre librement parti pour le chrétien contre le musulman , n'est-il pas permis d'espérer que la ligne commerciale , dont Bone et Constantine sont les points principaux , se prêterait à une exploitation paisible dans les temps mêmes où d'autres parties de la régence sont le plus agitées, et que , gouvernée avec sagesse, la Numidie fournirait au besoin, par son agriculture et son commerce , des ressources aux armées qui combattraient près d'Alger ou d'Oran ?

A l'autre extrémité de la régence, la guerre tient en suspens , dans leur tendance à se grouper autour du port d'Oran, des intérêts qui ont plus d'analogie que de points de contact avec ceux que nous venons de considérer. Dans cette province comme dans celle de Constantine, les terres à grains sont toutes sur les revers septentrionaux de l'Atlas, et les populations d'Angad y viennent faire leurs approvisionnements ; les caravanes du Tafilet arrivaient autrefois avec des bandes de 2 à 3,000 chameaux, amenant des nègres, de la

« la ruine de ce bastion était une des raisons qu'ils alléguaient

• pourquoi ils ne Pavaient pas pu payer ).

< 4° Qu'ils rétabliraient les coulolis dans Alger, et aux hon-

• neurs ei charges dont ils les ayaient chassés et frustrés injuste- < ment, »

laine, des plumes, de l'ivoire, des drogues, de la poudre d'or, et remportant des grains , des draps et d'autres marchandises européennes. Les tribus de Test d'Oran et du sud sont fort riches en bétail ; elles en fournissaient autrefois de très -grandes quantités à l'Espagne et à Gibraltar. La paix rendra les choses à leur cours naturel , et si nous avons quelque habileté, Oran redeviendra la capitale commerciale des provinces orientales de l'empire de Maroc. Les tarifs des douanes se règlent , dans les pays musulmans, sur des principes diamétralement opposés à ceux qui servent en Europe de base au régime prohibitif : au lieu d'y chercher à protéger le travail national contre le travail étranger, les gouvernements n'imposent aux produits de celui-ci que des taxes modérées, et croient assurer aux peuples l'abondance et le bon marché par les obstacles qu'ils mettent à la sortie des denrées de première nécessité. A l'inverse de nos tarifs , les leurs sont beaucoup plus élevés à l'exportation qu'à l'importation , et ces peuples sans industrie ont encore plus d'aversion pour la concurrence des acheteurs du dehors que nous pour celle des producteurs. Les mêmes préjugés ont régné dans les pays les plus éclairés de l'Europe , et le temps n'est pas fort éloigné où l'on y défendait la sortie des grains, sans voir que la liberté d'exporter comble, par l'activité qu'elle imprime au tra-

vail, tous les vides qu'elle peut faire. Par application de ce système , les principales productions du Maroc sont assujetties à des droits de sortie équivalents ou supérieurs à leur valeur vénale. Ainsi , la laine est ordinairement taxée , par quintal , à 4 piastres fortes ; la cire à 10; la gomme et les amandes à 3 ; l'huile d'olive , par mesure , à 4 et demie ; la fanègue de froment à 1 !. A la vérité, il est fait une remise de 25 pour cent aux exportateurs qui s'acquittent au comptant, et l'empressement des autorités locales à percevoir diverses additions qui leur sont directement dévolues les rend fort accommodantes sur les droits du sultan ; mais les charges auxquelles est soumis le commerce ne s'arrêtent qu'aux limites au delà desquelles il deviendrait impraticable, et les exigences du fisc et de ses agents augmentent , lorsque l'abondance des récoltes ou des arrivages fait baisser le prix des denrées. Un régime équitable et constant, qui laisserait au commerce toutes les chances de bénéfices qu'il lui appartient de

1 Le quintal de Maroc équivaut à 53 kilogr. 50 ; la mesure d'huile à 80 kilogr., et la fanègue de blé à 41 kilogr. Ainsi, les droits de sortie reviennent, par quintal métrique :

De laine à 40 37

De cire à 109 34

De gomme et d'amandes à . 30 28

D'huile d'olive à 30 37

De blé à 13 17

courir , déterminerait promptement les caravanes du Ta filet, de Seghelmèse et du bassin du Niger à se détourner un peu vers Test et à prendre le chemin d'Or an préférablement à celui de Maroc. Le commerce maritime dont Oran doit devenir le centre ne prendra tout son essor que lorsque ces correspondances lointaines seront organisées ; mais il peut faire sans elles assez de progrès pour acquérir une force d'attraction à laquelle elles ne pourraient pas longtemps se soustraire.

Le commerce d'Oran s'étendait au travers du désert d'Angad jusqu'à Àïn-Mahdy, dont le cheik Tedjiny, jadis vassal des Turcs, s'est récemment fait connaître en Europe par ses démêlés avec Abdelcader. Aïn-Mahdy , qui est une des principales stations des caravanes, est à 75 lieues S.-E. d'Oran, et à 100 lieues S.-S.-O. d'Alger» Sa population est fortement intéressée au rétablissement de communications qui fixeraient sous ses murs un des bazars où les caravanes transversales s'approvisionneraient de marchandises d'Europe.

Aïn-Mahdy d'un côté , Biscarah de l'autre , sont les limites du passage des caravanes qui se dirigeront de l'intérieur de l'Afrique sur Alger ; Médéah est leur point de ralliement , et occupe le sommet d'un angle entre les côtés duquel se trouvent compris le pays des Mozabites et la plus grande partie de celui des Biscris. Cette région , qui produit peu

de grains, mais est riche en dattes , en laines, en bétail , est une espèce d'archipel terrestre ; elle est parsemée d'oasis , que cache les unes aux autres une mer de sable; elle s'avance comme une près» qu'île au travers du désert, et les caravanes qui viennent de la Nigritie cherchent à l'atteindre par son extrémité la plus méridionale, c'est-à-dire par

Ouerghela ou par Gardeyah. Les petites tribus qui l'habitent sont indépendantes les unes des autres , comme leurs oasis ; mais elles appartiennent à la même race et parlent des langages analogues. C'est de leur sein que sortent à l'est ces Biscris , au sud , ces Mozabites , et à l'ouest ces El-Aghrouaths qui , émigrant pour une partie de leur vie, comme chez nous les Auvergnats et les Savoyards , s'adonnent à Alger aux professions de boucher, de baigneur, de portefaix , et y forment trois corporations. Les uns et les autres sont renommés en Afrique pour leur fidélité et leurs habitudes laborieuses; ils rapportent chez eux le pécule , fruit de leur patience et de leurs travaux , et ces accumulations d'économies que rien n'interrompt ni ne détourne paraissent avoir élevé très-haut la richesse de certaines tribus.

Ce pays se recommande à notre attention et par

le transit des caravanes de l'intérieur, et par les

relations qu'il est lui-même en état d'entretenir

avec la métropole. Sous ce double rapport il est le

il. 12

siège d'une masse énorme d'intérêts et de besoins qui ne peuvent être satisfaits que par la liberté des communications avec Alger. Les caravanes, qui sont en parfaite sûreté dans le désert, n'ont rien à craindre des Mozabites : ils vivent en grande partie de leurs relations avec elles. C'est seulement aux approches de l'Atlas que les dangers se multiplient sur leur route , et si l'occupation de Médéah devait avoir pour résultat la sûreté du passage, elle obtiendrait l'assentiment de toutes les populations situées au sud. 11 serait facile au gouvernement de faire pénétrer cette opinion jusque dans les profondeurs du désert. Les corporations d'Alger entretiennent des correspondances périodiques avec les populations qui les recrutent , et celles-ci sont très-exactement informées de ce que nous pouvons faire de favorable ou de contraire à leurs intérêts.

Moins nombreux à Alger aujourd'hui qu'autrefois, les Mozabites et les Biscris y sont encore 1 ,600, et tendent à s'augmenter. Ces populations laborieuses souffrent plus qu'aucune autre de l'interruption des communications et des dangers auxquels sont exposésles voyageurs; aucunes ne montrent une intelligence plus calme et plus réfléchie; le développement du commerce d'Alger leur profiterait particulièrement, et ce n'est point trop présumer que de supposer l'accord de leurs vœux et de leurs besoins.

La corporation des El-Aghrouaths, qui se compose d'enfants d'une tribu située à une quinzaine de lieues à l'est d'Aïn-Mahdy, nous offre un moyen sûr de correspondre avec cette ville. Les ennemis du peuple d'Aïn-Mahdy sont les nôtres ; nous seuls pouvons l'en délivrer , nous seuls pouvons faire fleurir son commerce, et le séjour de ses voisins au milieu de nous multiplie les occasions de s'entendre. Les caravanes d'Aïn-Mahdy communiqueraient en ligne droite avec Alger, en côtoyant le Ghéliff depuis sa source jusqu'à la hauteur de Médéah , et cet avantage les déterminerait probablement à préférer cette route à celle d'Oran , quoique un peu plus longue. Il arriverait de ce côté des quantités considérables de cire, de gomme, de dattes , de kermès, de salsepareille , de garance , de peaux, et surtout de laine, que la difficulté du passage de l'Atlas rejetait autrefois sur Oran.

Entre ces populations éloignées et le pied de l'Atlas s'interposent les tribus septentrionales du beylick de Titterie; elles sont fort riches en bétail, et trouveraient dans l'approvisionnement d'Alger une source inépuisable de richesses.

Nous avons vu au chapitre m quels obstacles mettent le rideau de l'Atlas et les habitudes de brigandage de quelques-unes des tribus qui l'habitent, aux communications entre Alger et le pays situé au sud de cette chaîne. Ceux qui tiennent à

la nature des lieux sont aisés à surmonter; ceux qui viennent de la méchanceté des hommes nous imposeront peut-être la nécessité cruelle d'exterminer la tribu des Hadjoutes et celles de la Chiffa. Nous n'avons qu'un moyen de nous y soustraire : c'est de protéger les travaux à exécuter pour le passage de la coupure par des forces telles , que toute résistance soit jugée inutile; c'est, aux premières attaques dirigées contre les voyageurs ; de châtier les tribus avec une sévérité dont le souvenir les fasse trembler, à la pensée du compte qu'elles auraient à rendre du crime de leurs membres. Un gouvernement fort saurait, par l'application d'un système de responsabilité approprié aux mœurs du pays, faire faire la police de ces montagnes par les chefs mêmes des brigands qui les désolent; une mansuétude déplacée nous ferait manquer le but, et nous acculerait, de malheurs en malheurs, aux plus sanglantes extrémités.

Si maintenant nous cherchons à considérer dans leur ensemble les bases principales du commerce de la régence , nous remarquerons que le pays est partagé en trois zones à peu près parallèles à la côte , dont chacune est placée, par la nature de ses ressources et de ses besoins , dans une dépendance mutuelle des deux autres. La première, baignée par la mer, abordable par des points nombreux, reçoit directement les produits de l'industrie européenne,

et verra consommer les échanges à la suite desquels ils pénétreront jusque dans les profondeurs de l'Afrique ; la seconde comprend les plateaux de l'Atlas, les plaines intérieures dont Rome avait fait ses greniers , et n'a rien perdu d'une fécondité aux fruits de laquelle elle est obligée de chercher au loin des débouchés ; la troisième est cette région sèche, sablonneuse, brûlante, qui s'étend jusqu'aux bords du Niger, riche, dans son immensité, en produits précieux qu'elle ne peut pas consommer ellemême , manquant de denrées de première nécessité, livrant ses richesses éparses aux caravanes qui les recueillent péniblement sur sa surface, et attendant d'elles une partie de sa subsistance. Privée depuis une longue suite de siècles de relations directes avec l'Europe, la zone des céréales n'a eu de débouchés réguliers que dans la zone libyque , dont les troupeaux font toute la richesse. La limitation des échanges dans un espace si étroit, le défaut de communications , expliquent cet avilissement réciproque des prix des grains, du bétail et de la laine , dont les écrits des voyageurs et les faits accomplis sous nos propres yeux nous ont offert des exemples si frappants. Les débouchés ouverts sur la côte, les populations nouvelles qui s'y fixeront attireront nécessairement de ce côté les grains de l'intérieur, et la progression des prix sera la conséquence forcée de ce mouvement. Mais la

perturbation qu'elle apportera dans le commerce des populations méridionales ne sera pas longue ; les mêmes causes agiront sur le bétail et sur les laines , et l'équilibre se rétablira. Les laines , par exemple , traverseront la seconde zone pour arriver à la côte , et leurs propriétaires recevront de nos mains les moyens de faire , au retour , leurs approvisionnements de céréales. L'influence que la zone du labourage exerce sur la zone pastorale sera de la sorte transportée à la zone maritime : c'est dire qu'elle sera exercée par les Européens , car c'est principalement sur les bords de la mer qu'ils s'établiront.

Dans un pays où les échanges lointains et la locomotion sont la condition d'existence des populations , la liberté de la circulation est le premier de tous les biens sociaux; c'est aussi celui qui donne le plus de prise aux oppresseurs, et il devait être le plus attaqué. Les richesses du pays ne pouvaient pas se transporter incessamment sans exciter le brigandage : la proie attire les ravisseurs ; mais après une expérience cruelle , elle cesse de s'offrir à eux : c'est ce qui est arrivé dans toute l'Afrique septentrionale, et particulièrement en Numidie. Quand les désordres sociaux ont arrêté la circulation, la décadence du pays s'est précipitée, l'ancienne prospérité, dont l'accumulation des ruines romaines offre de si éclatants témoi-

gnages, a disparu, et le pays est tombé à l'état où nous le voyons.

Si nous nous étions hautement donné pour mission en Afrique le rétablissement et la protection de la liberté de la circulation , les vœux des peuples auraient partout accompagné nos armes. La force fait les conquêtes ; l'intelligence des besoins des vaincus les conserve. Débarqué en Egypte le 4 messidor an VI, Napoléon apprenait, au mois de fructidor suivant, que la caravane de retour de la Mecque était menacée, dans les environs de Suez, par les Bédouins et les mameluks : il envoyait sur-le-champ, pour la protéger, une division à sa rencontre» Survenues au moment du pillage,, nos troupes reprenaient les objets enlevés à la caravane, les lui faisaient restituer , et , des côtes de la mer Rouge à celles de l'Atlantique , les pèlerins proclamaient dans toute l'étendue de la terre de Magreb que les Français les avaient délivrés du brigandage des musulmans. Cet acte , placé au début de l'expédition d'Orient, est un de ceux qui en ont le plus facilité le succès. Nous aurions eu le même bonheur si nous avions eu la même habileté. Le rétablissement des caravanes n'est pas simultanément praticable partout, mais il suffit qu'il le soit sur une seule ligne pour qu'il soit temps de donner l'impulsion et d'éveiller l'attention des indigènes et du commerce européen..

Dans certaines directions, les caravanes de la régence ne marchaient autrefois qu'avec des escortes turques. Hors de la plaine de Bone , je ne sais pas aujourd'hui un seul point de nos possessions où elles pussent se hasarder seules; mais malgré le temps perdu, il y aurait lieu, par exemple, d'organiser une correspondance régulière d'escortes entre Bone et Constantine. Les échanges à faire trouveraient facilement des agents aux deux extrémités de cette ligne; des maisons de Marseille et de Livourne sont toutes prêtes à saisir le nœud qui s'offrirait à elles , et , si courte qu'elle fût , la première ligne qui s'établirait ne tarderait pas à se prolonger. On rétablirait par là et par la mer le commerce important qui se faisait entre Constantine etTunis. Dans les applications de ce système nous aurions au moins pour alliés ceux dont nous protégerions les personnes et les propriétés. Puisqu'il faut diviser les Arabes pour les gouverner, ce serait une utile et noble manière de les opposer les uns aux autres, que de ranger d'un côté ce qui réclame la liberté de la circulation, et de l'autre ce qui s'y oppose. Si d'ailleurs la guerre doit se continuer dans la province d'Alger , qu'avons-nous de mieux à faire que de multiplier les germes de pacification dans celle de Constantine?

Le développement de la circulation amènerait la nécessité d'établir dans la régence un certain

nombre de routes à la fois commerciales et militaires , et une exploration attentive du relief du pays ferait probablement reconnaître des facilités de tracés , dont l'état politique des indigènes ne leur permettait pas de profiter. En France, les montagnes sont disposées par chaînes continues . et les plaines s'étendent avec uniformité; en Algérie, l'uniformité des plaines est rompue par des soulèvements isolés, et les montagnes les plus âpres présentent des cassures profondes, qu'on dirait postérieures à leur formation. 11 suit de là que, si l'on ne peut pas toujours tracer des lignes droites dans les plaines, on peut souvent pénétrer dans les flancs des montagnes et les traverser entièrement sans quitter sensiblement la ligne horizontale. Nous avons trouvé des exemples de ces configurations de terrain en recherchant les moyens de passer d'un revers à l'autre du col de Téniah et du Ras-el-Àkba : c'est encore ainsi qu'une route remontant, à partir de Bougie, le cours de l'Adouse , passant par les Portes-de-Fer , et revenant au point de départ par les bords de POued-Àdjebby , tournerait, dans un parcours de quatre-vingts lieues , les crêtes les plus élevées de l'Atlas , sans gravir d'autres pentes que celles des cours d'eau. Les Biben ne sont pas en Afrique les seules portes qui s'ouvrent au travers de montagnes menaçantes , et l'étude des avantages que

promettent à la circulation les passages qui leur ressemblent est une des plus utiles auxquelles puissent , dès à présent, se livrer nos ingénieurs géographes.

La carrière qu'est appelé à parcourir le commerce de la régence ne s'ouvrira que graduellement devant lui ; l'état de langueur dans lequel il se débat est un effet de la marche contraire aux intérêts de la France que suit le gouvernement , et il serait injuste de le reprocher à la population immigrante qui a le plus à en souffrir. Sous le régime militaire, dont l'action toujours absolue, quelquefois capricieuse , et si rarement éclairée dans les matières étrangères à sa spécialité, laisse si peu de place au développement des institutions utiles et de sécurité à l'emploi des capitaux, il n'était pas possible au commerce de, prendre d'autres allures. Sur quelles bases s'assoirait-il d'ailleurs dans un pays où la circulation n'est pas libre , où la propriété n'est pas constituée? 11 lui reste la liberté de la mer , et c'est dans l'usage de celle-ci qu'il devrait prendre les forces nécessaires pour l'exploitation du territoire. L'examen des ressources maritimes de la régence va nous montrer ce que nous aurions à faire de ce côté.

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