‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 66 sur 90 · ALLEMANDS · texte numérisé non relu

ALLEMANDS

TOTAUX

Si l'on cherche , parmi ces nombres, dans quels rapports se sont trouvés chaque année , les uns vis-à-vis des autres, les représentants de chaque nationalité, on trouve que sur 1 ,000 individus on comptait en :

1 Y compris un très-petit nombre cfe Portugais.

2 Y compris quelques Grecs ou Russes.

Français . . .

Espagnols.. .

Maltais. . . .

Italiens. . . .

Allemands . .

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Ainsi la colonisation n'est française qu'en ce sens, que nous en supportons toutes les charges : quant aux avantages locaux , tout Anglais , Espagnol , Italien, Allemand, qui arrive en Algérie, jouit à nos frais des mêmes droits, et exploite le pays avec la même protection que le contribuable français. Les gouvernements étrangers n'ont aucun lieu de nous envier cette situation , et nous n'avons pas à nous en plaindre : l'Algérie ne saurait être possédée à des conditions différentes ; l'établissement ne peut y être qu'européen, et, tout compensé, il est avantageux à la France qu'il en soit ainsi.

Dans un pays où le travail jouit de protection , les capitaux de sécurité, et où l'emploi ne manque encore ni à l'un ni aux autres , des émigrations nombreuses seraient presque un effet sans cause : telle est la condition de la France. Par suite de la direction vicieuse donnée à l'éducation publique, les avenues de certaines carrières, appelées fort mal à propos libérales , y sont , il est vrai , encombrées

de gens dont on ne saurait que faire dans un pays nouveau; mais les hommes véritablement utiles ne sont nulle part en trop grand nombre parmi nous. Dans les campagnes, par exemple , la main-d'œuvre est généralement chère , les bras manquent aux cultures perfectionnées; sur la moitié de notre territoire on ne peut pas trouver de fermiers, et les sept huitièmes en sont encore assujettis à l'assolement triennal : il serait donc très -fâcheux que des cultivateurs habiles allassent porter au loin une industrie dont le sol qui les a vus naître réclame l'application , et nous aurions plutôt besoin d'en emprunter au dehors que de lui en céder. Quant aux ouvriers , les seuls qui puissent s'employer avantageusement en Algérie sont les constructeurs et les charpentiers; les maçons, les terrassiers , ont peine à suffire aux entreprises qui les réclament en France. Les ouvriers des manufactures souffrent chez nous, comme partout, des intermittences produites par l'abus de la concurrence et le défaut d'équilibre entre la consommation et la production ; mais ces mêmes inconvénients les atteindraient de l'autre côté de la Méditerranée, et ils n'ont de moyens d'existence que dans le contact et l'association des machines. L'émigration ne serait un remède à leurs misères qu'à la condition d'un changement de profession auquel leurs habitudes mettent un obstacle insur-

mon table : les mains qui ont manié la navette ne reprennent pas la bêche ; les familles qui ont goûté de la vie des villes ne retournent point aux champs, et il est malheureusement trop vrai qu'on ne fait point de paysans. Les bons ouvriers sont occupés et recherchés ; nous avons intérêt à les garder, et la manie de la colonisation aurait sur notre industrie agricole et manufacturière les mêmes effets que jadis la révocation de l'édit de Nantes.

La population française n'est donc attirée en Afrique par aucun intérêt spécial; elle émigré peu, parce qu'elle est bien chez elle, et a près de soi ce que d'autres sont forcées d'aller chercher au loin.

Ces réflexions atténuent la peine que j'éprouve à remarquer que, tout restreinte qu'elle est, la colonisation française s'est formée dans des circonstances favorables à sa prééminence, et dont l'influence doit s'affaiblir à mesure qu'on s'éloignera de l'époque de la conquête. Les employés des administrations civiles, les femmes, les enfants], les domestiques, qui accompagnent une armée qui ne doit pas toujours rester aussi nombreuse, grossissent artificiellement le chiffre de nos compatriotes : les départs hebdomadaires des bateaux à vapeur de Toulon , les illusions plus répandues en France qu'ailleurs, sur la richesse de l'Algérie, l'espoir de préférences justement fondées sur la communauté d'origine et de langage,

ont dû exercer sur nos côtes une attraction particulière, et il est permis de penser que si l'Afrique avait été conquise par d'autres armes que les nôtres, l'émigration française s'y ferait à peine apercevoir. Il y a des moyens de compenser les effets de cette infériorité numérique , et de faire concourir également au bien de la France tout ce qui vient se placer en Afrique sous la protection de son drapeau. En attendant que nous les examinions , voici comment se sont répartis nos compatriotes entre les villes de la côte :

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TOTAUX. 1

Les Français forment aujourd'hui près de la moitié de la population européenne d'Alger, le tiers de celle de Bone, où l'avantage est aux Maltais, et un peu plus du quart de celle d'Oran, où les Espagnols sont presque en nombre double.

L'immigration la moins nombreuse vient de la

partie de l'Europe qui, après la Grande-Bretagne, envoie le plus de colons à l'Amérique septentrionale. Les Allemands se sont ainsi répartis en Algérie :

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TOTAUl.

La plupart d'entre eux appartiennent à ces classes nombreuses d'ouvriers qui viennent chercher du travail en France et en Italie ; s'y trouvant sur le chemin de l'Afrique , ils ont poursuivi leur route. Malgré les efforts du charlatanisme coupable qui spéculait sur ces malheureux, les cultivateurs sont, comparativement aux autres, en trèspetit nombre.

La faiblesse de l'immigration germanique prouve, mieux que tous les raisonnements, que le temps de la colonisation agricole n'est point encore arrivé en Algérie. L'Allemagne regorge de cultivateurs ; l'exportation de ceux-ci est devenue une grande

industrie : ils se répandent sur les deux hémisphères ; ils vont demander des terres à défricher à l'Amérique et à l'Australie , et s'ils croyaient en avoir plus près , ils n'hésiteraient certainement pas à les préférer : mais ils savent qu'ils ne trouveraient pas encore sur la côte d'Afrique les conditions d'ordre et de stabilité en dehors desquelles ne prospère aucun établissement agricole. Dès que l'Algérie pourra recevoir des essaims de cultivateurs, l'émigration allemande prendra son cours de ce côté , et alors 'elle y sera bientôt aussi nombreuse qu'aucune autre : l'amour de l'économie, du travail, et l'esprit de suite qui la distinguent, compenseront les désavantages physiologiques dont nous craignons la réalité. Les paysans allemands émigrent en famille , emportant avec eux leur mobilier et leur matériel. Depuis l'ouverture du canal du Rhône au Rhin , le voyage de Marseille n'est pas plus coûteux pour des Wurtembergeois, des Badois ou des Suisses , que celui de Rotterdam, et l'est infiniment moins que celui du Havre. La côte d'Afrique est à trois jours de celle de Provence , et une famille partant d'un port d'Europe pour l'intérieur des Etats-Unis ne saurait être rendue à sa destination en moins de deux mois. La différence des frais est encore plus grande que celle des distances. On doit donc s'attendre à ce qu'à égalité d'avantages les émigranls allemands préfèrent

la traversée de la Méditerranée à celle de l'Océan. À la fois féconde et conservatrice , la race germanique regagnera bientôt, dans les régions élevées de la régence, l'avance que d'autres auront prise sur elle. Le cactus et le palmier croissent autour d'Alger, et les sapins des Alpes auraient au sommet de l'Atlas le pied dans la neige. Sur cette échelle de températures graduées sont des plateaux fertiles dont le climat se rapproche de celui du midi de l'Allemagne : c'est là que les descendants des Vandales attendent ceux des voisins de leurs pères.

A moins qu'on ne fasse entrer en ligne de compte les corailleurs qui viennent passer la moitié de chaque année sur la côte d'Afrique , l'Italie tout entière n'a pas encore fourni à l'établissement européen un contingent égal à celui de la seule île de Malte. Le mouvement de la colonisation italienne a présenté le tableau que voici :

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