‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 67 sur 90 · BONS · texte numérisé non relu

BONS

BOOGIK.

MOSTÀGÀ- WBM.

TOTATÎX.

Il semblait qu'avec l'activité de sa marine, la supériorité de sa population et de ses ressources , l'Italie devancerait l'Espagne sur la côte d'Afrique : il n'en a rien été ; Ton n'y compte pas tout à fait un Italien pour trois Espagnols. Les Italiens forment le quart de la population européenne de Mostaganem , le sixième de celle de Bone et d'Oran , le quinzième de celle d'Alger, et à peine les aperçoit on à Bougie , dont le commerce était entre leurs mains au moyen âge. Cette réserve tient principalement à deux causes : la vie est douce en Italie, et les peuples y sont, à quelques exceptions près , très-paternellement gouvernés ; la Sardaigne et surtout la Toscane peuvent, h cet égard, supporter la comparaison des pays où la liberté est la plus complète. On n'émigre donc pas d'Italie, comme d'Espagne, pour fuir le mal , c'est tout au plus pour chercher le mieux. D'un autre côté, la population italienne n'a d'entraînement que dans lés apparences : elle est , au fond , très-peu aventureuse, et elle ne se compromettra pas dans notre établissement , tant qu'elle n'en croira pas la solidité assurée. Nous en laissant prudemment les charges, et n'acceptant de participation que dans les profits, elle l'exploite et ne s'y fixe pas.

Toutefois , par la multiplicité de leurs relations sur la côte d'Afrique, les Italiens sont plus en mesure que les émigrants d'aucune autre nation d'y contracter des engagements durables. Nous les

avons vus s'emparer presque exclusivement de la pêche du corail, et faire les trois cinquièmes de celle du poisson. Malgré les avantages qu'assure à notre marine la masse énorme des transports faits pour le compte des administrations de la guerre et de la marine , leur navigation égale la la nôtre en Algérie l. Dès qu'ils y verront sûreté , ils profiteront de tous leurs avantages : Gênes , Livourne , INaples , Palerme , Venise , Trieste , fonderont des comptoirs sur la côte, et quand l'élan sera donné, la colonisation italienne ne sera en arrière d'aucune des autres : celles-ci n'auront point à en souffrir ; elle leur apportera beaucoup plus d'aide que de concurrence. D'autres navires ne sauraient, en effet, sillonner ces mers aux mêmes prix que les siens, et le commerce intérieur et l'agriculture attendent, pour se développer, les débouchés que leur offrira la marine. L'extension de la colonisation italienne sera donc à la fois effet et cause de celle des autres colonisations.

Les sujets anglais qui figurent sur les états statistiques de l'Algérie ne sont guère que des Maltais:

1 Voici, dan 8 les deux dernières années, la comparaison du mouvement des deux pavillons dans les ports de l'Algérie :

Navires. . .

Français.

Italiens.

Tonnages. .

Équipages .

Navires. . .

73,355 tonn.

6,299 hom.

66,477 tonn.

6,104 hom.

Tonnages. .

Equipages .

78,592 tonn.

6,285 hom.

71,460 tonn.

7,153 hom.

les nalifs des Iles Britanniques y sont si peu nombreux, qu'ils ne valent pas la peine d'être comptés. La population maltaise est une des plus fécondes qui soient au monde. En 1530, lorsque Charles- Quint céda File aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, elle n'avait pas plus de 15,000 habitants; en 1565, à la levée du siège si glorieusement soutenu contre les Turcs par le grand maître La Valette, il ne lui en restait plus que 10,000*; en 1590, elle en avait 27,000; en 1625, 40,000 2. Le dénombrement de 1632 donna pour les deux îles 51,750 âmes; en 1798, à l'époque de la conquête des Français, Malte avait 90,000 âmes, et le Goze 24,000 3; on en compte aujourd'hui 120,000 dans l'île de Malte seule4. Cette population est entassée sur une superficie de 30,000 hectares, c'est-à-dire, à peu près égale à celle du massif d'Alger; sa densité est supérieure à celle de la population des arrondissements de Sceaux et de Saint- Denis, et plus que double de celle du département du Nord 5. On n'a jamais calculé, que je sache , pour combien les immigrations dans la

1 Malte ancienne et moderne, par le chevalier de Boisfrelin, 3 vol. in-8°; Paris, 1809.

2 Dapper, Description de V Afrique; Amsterdam, 1626.

3 Boisgelin.

4 Voyages du maréchal duc de Raguse, 4 vol. in-8"; Paris, 1838.

5 La population spécifique est, pour la France entière, de 60 individus par kilomètre carré; pour le département du Nord, de 171 ; pour les arrondissements de Sceaux et de Saint-Denis, de 357 : elle est, à Malte , de 400.

ville étaient entrées dans cette progression; elle est principalement due aux ressources extérieures qu'ont fait affluer à Malte, depuis trois cents ans, rétablissement des chevaliers , puis celui des Anglais : File a jadis eu pour tributaires les commanderies disséminées dans la chrétienté;, les contribuables de la Grande-Bretagne lui fournissent aujourd'hui les moyens d'acheter de la Sicile , de l'Italie , de la Sardaigne, du Levant et de l'Afrique, la plus grande partie de ses subsistances. Quoiqu'il en soit, la population maltaise, trop à l'étroit chez elle, est obligée de chercher à se répandre au dehors. Africains par leur origine et leur langage, s'entendant avec les Arabes, comme nos paysans bretons avec les habitants du pays de Galles, les Maltais reflueront naturellement sur l'Algérie : leurs émigrations, depuis sept ans, les ont portés aux effectifs suivants :

1 Ajrwfu.

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