‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 68 sur 90 · BOUGIE · texte numérisé non relu

BOUGIE

MOSTAOAH.

TOTAUX

Quoique leurs femmes ne les aient point encore suivis , ils sont aujourd'hui plus nombreux à Bonc que nous. Avec une circonspection digne des Arabes, les hommes sont seuls venus, comme pour reconnaître le pays. Le rétablissement de la sécurité sur la côte les ferait accourir en foule. Ils continueraient, comme ils le font à Tunis où Ton en compte 4,000, à disputer dans les villes les travaux les plus rudes aux Cabyles et aux noirs. Une administration intelligente et protectrice formera , quand elle voudra , dans les campagnes, des villages de Maltais. J'ai vu ceux de Bone calculer avec envie le parti qu'ils sauraient tirer, par les cultures de leur île et particulièrement par celle du coton , des terres riches et profondes des bords de la Seybouse. Les Maltais se sont répandus sur toute la côte, mais leur nombre relatif diminue à mesure qu'ils s'éloignent de leur île : ils forment à Bone plus des deux cinquièmes de la population européenne ; ils en sont à Bougie le sixième, à Alger le douzième, à Oran le vingt-quatrième. Si les familles de ceux qui sont venus amasser un pécule au milieu de nous les y suivaient, cet élément de colonisation serait bientôt triplé. Les Maltais sont excellents matelots, cultivateurs expérimentés; ils ne reculent devant aucun labeur; ils nous offrent enfin une population alerte, vigoureuse, accoutumée à

la discipline et acclimatée, deux grandes qualités pour le succès de rétablissement sur le sol africain ; et nous ne saurions trop encourager leur immigration.

Les causes déterminantes des émigrations sont au point de départ plutôt qu'au point d'arrivée ; aussi voyons-nous la colonisation espagnole marcher en Afrique plus rapidement qu'aucune autre; peut-être aura-t-elle bientôt dépassé la nôtre; c'est du moins chose faite à Oran depuis cinq ans. La misère et les divisions intestines ont établi leur siège 'pour longtemps dans cette Espagne, ou l'on n'a d'énergie que pour la résistance, et où les partis opposés sont appelés à triompher et à faire des proscrits tour à tour. Chacun d'entre eux nous enverra successivement des colons , et le vaincu , qui n'aura demandé qu'un asile contre les persécutions, verra plus d'une fois le vainqueur venir chercher à côté de lut du repos et du pain. Les Espagnols, en passant en Afrique , s'aperçoivent à peine qu'ils ont changé de foyers, et ceux des côtes de la Méditerranée y sont beaucoup moins dépaysés qu'ils ne le seraient en Castille ou dans le royaume de Léon. Ils y retrouvent le climat, les habitudes de leur pays, et pour compléter à leurs yeux ce qui constitue la patrie, ils ne peuvent y faire un pas sans retrouver des souvenirs de leur histoire. Les agitations de la

vie arabe n'ont rien qui les étonne : le système d'agriculture le mieux approprié au sol algérien est celui qu'ils ont appris chez eux par les traditions des Maures; des relations journalières tendent à s'établir entre les deux rivages, et si nous leur assurions le bienfait d'un gouvernement dont la Péninsule est peut-être privée pour longtemps, on verrait les populations s'y transporter par villages, comme jadis de l'Estramadure dans le nouveau monde.

Tout défectueux qu'est notre établissement en Afrique, il possède, après dix ans d'agitations, plus d'Espagnols que n'en possédait , au bout d'un siècle et demi , celui que Ferdinand le Catholique avait légué sur la côte d'Oran aux descendants de Charles-Quint1. Peu nombreux à Bone, ils sont, à Bougie et à Alger, le tiers , à Mostaganem , les deux cinquièmes, à Oran, la moitié de la population européenne. La progression qu'a suivie leur immigration est sans doute éloignée de son terme, mais elle peut faire juger du surcroît de colons qu'assure à l'Algérie la continuation des troubles de la Péninsule. D'après les recensements dont voici le résumé, leur nombre a quadruplé en six ans.

1 Hispanorum familiœ Orani sunt mille [(Oranum virtute Xmenii cathoficum; Romae, 1658).

AMvàms.

AIOBA.

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