‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 77 sur 90 · II · texte numérisé non relu

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district qu'ensanglantaient journellement des meurtres commis avec des circonstances atroces: il déclara que toutes les fois qu'un soldat français serait assassiné dans une paroisse , deux Espagnols y seraient pendus. A peine fut-on convaincu qu'il tiendrait parole , que la circulation devint libre et sûre comme par enchantement , et Ton fut obligé d'avouer que ce qu'on avait taxé de barbarie n'était que de l'humanité bien entendue : l'application du principe de la responsabilité à des communes, qui sont presque aussi indépendantes que les tribus , avait préservé les jours d'une multitude d'innocents. Cette loi de responsabilité est passée dans les mœurs de l'Afrique avec ses conséquences les plus extrêmes; les Turcs allaient jusqu'à considérer les membres des corporations d'Alger comme des otages solidaires des manquements commis au loin par leurs tribus. En 1810 , ils firent pendre un matin trente Biscris en réparation d'une insurrection de leurs compatriotes. En 1823, les Ca* byles des environs de Bougie ayant fait prison* niers quelques janissaires , le dey fit saisir tous ceux qui se trouvaient à Alger, et la tête des siens fut dès lors en sûreté. Nul ne taxait ces mesures d'injustice : c'était l'exercice du droit des gens du pays. Toute tribu qui se soumettra à nous prendra de son plein gré la responsabilité de tous les faits accomplis sur son territoire , et si nous

faisions exécuter quelqu'une die celles dont les incursions désolent la Métidja , les autres seraient plus promptement dégoûtées par ces exemples que par nos grandes expéditions. Toutes les obligations financières et autres des tribus étaient placées sous la garantie d'une semblable solidarité. Pour éclairer leurs déterminations, les Turcs entretenaient près de chaque tribu des surveillants nommés caïds, dont les fonctions se rapprochaient parfois de celles des tnissi dominici institués par Charlemagne. Us ne revendiquaient la rigueur de leur droit par la force que lorsque des explications, qui amenaient le plus souvent un dénoûment pacifique, avaient échoué. La tribu savait alors quelle vengeance était suspendue sur elle, mais le moment où l'orage éclaterait était ignoré: c'était ordinairement un de ceux où chacun est retenu chez soi par les semailles ou les récoltes. Un détachement de janissaires était secrètement dirigé contre la tribu condamnée; rendez-vous était donné sur son territoire h ses ennemis; les Turcs se chargeaient du combat , et , se réservant seulement les armes et les chevaux de guerre, ils livraient le pillage aux Arabes. Cette méthode avait le triple avantage de récompenser les auxiliaires, de rendre plus complet le châtiment des rebelles, et d'exciter entre voisins des divisions dont les caïds devenaient les arbitres. Dans certains cas, la tribu était complète-

ment désarmée et mise à pied ; on tuait les chevaux qu'on ne pouvait pas emmener : les femmes seules étaient toujours religieusement respectées.

Telles étaient les relations de Turc à Maure ; la confiance et l'affection n'en étaient point les bases, mais, pour peu qu'on voie l'Afrique comme elle est, on ne reproche aux janissaires que de n'avoir jamais employé d'autres moyens de gouvernement concurremment avec ceux-ci. Nous trouverons dans le développement des intérêts maritimes , agricoles et commerciaux du pays , dans la constitution de la propriété , dans l'emploi de l'impôt à l'amélioration du sort des contribuables, des auxiliaires que n'avaient pas les Turcs, et qui finiront par rendre ces rigueurs inutiles.

Tout en blâmant le système des Turcs , on est obligé de reconnaître que si le but en était mauvais et stérile, les moyens de l'atteindre étaient fondés sur une intelligence parfaite de l'état du pays : ils n'auraient pas , sans cela , maintenu pendant trois siècles la domination d'une poignée d'hommes sur une - étendue égale à celle du tiers de la France. En 1830, nous n'avons pas trouvé 3,000 janissaires à Alger : à la vérité , le recrutement était depuis trois ans interrompu par le blocus , beaucoup de Turcs avaient péri dans la courte campagne qui venait de finir , et bien d'autres s'étaient retirés dans l'intérieur* D'après les

étals de Tan 1245 de l'hégire, qui correspond

à 1829, il existait:

A Alger 3,976 Turcs.

Dans la province d'Oran 1,300

Dans celle de Titterie 250

Dans celle de Constantine 1,700

Dans la colonne mobile pour le

recouvrement de l'impôt. . . . 400

Aux invalides 250

■ ii — — «

mais ce nombre de 7,876 Turcs

comprenait quantité d'hommes âgés et hors d'état de faire la guerre. Les faibles débris de cette intrépide milice , que nous avons conservés, sont organisés en compagnies; ils supportent leur déchéance avec cette résignation calme et digne à la volonté de Dieu qu'impose l'islamisme, obéissent avec fidélité , et reprendraient le commandement sans en être plus enivrés qu'ils n'ont été étourdis de leur chute. Parmi eux sont des hommes que la rare justesse de leur esprit, leur connaissance des indigènes et leurs précédents appelleraient à nous rendre les plus grands services : ils sont simples soldats ou abandonnés dans les rues de nos villes. L'odgeac d'Alger n'admettait, comme on sait> que des Turcs du Levant ou des renégats chrétiens; il n'y pouvait entrer aucun natif de la régence, quel qu'il fût. Cette exclusion , sans laquelle l'établissement turc aurait promptement dévié du but

de ses fondateurs, n'était pas sans inconvénients, et sous les premiers successeurs d'Àroudj et de Khaïreddin , les Arabes se sont montrés aussi hostiles à Tégard de leurs nouveaux maîtres qu'ils l'ont été depuis au nôtre* Mais avec le temps , les mariages ont donné aux Turcs des relations dans le pays; les familles les plus importantes leur étaient alliées. De là sont sortis les Couloglous, littéralement ,/?/* d'esclaves, ainsi nommés à cause de leurs mères. Tenant à la fois à la race conquérante et à la race soumise, et n'étant comptés ni dans l'une ni dans l'autre, ils ont, par suite de cette position équivoque , tantôt inspiré d'amères défiances, tantôt rendu de grands services aux Turcs d'une part , aux indigènes de l'autre. Quoi qu'il en soit, depuis une soixante d'années, ils étaient entrés fort avant dans le gouvernement, et ils commençaient à former une force militaire imposante !. Occupant de hauts emplois, unis entre eux , initiés à la politique des Turcs , ils auraient peut-être, sans l'expédition de 1830, fini par les

1 D'après les états cités plus haut , les 4CoulogIous en état de porter les armes étaient

A Alger 2,076

A Constanline 1,130

A Oran • 1,402

A Titterie 1,415

§ur l'oued Zeïtoun 2,665

remplacer. Privés de leur plus solide appui, les Couloglous ne peuvent recouvrer leurs anciens avantages que par une forte alliance avec nous , et elle serait dès longtemps conclue, si nous avions compris aussi bien qu'eux le parti que nous pouvons en tirer. Les méfiances fondées et les persécutions d'Abdelcader jettent dans nos bras ceux des provinces d'Oran, d'Alger et de Titterie, tous hanefis comme les Turcs; leurs frères forment dans le voisinage de Sétif et de Zammourah un groupe très-puissant, dans lequel les deys choisissaient toujours, en raison de l'influence que lui donnaient ses alliances, les caïds des tribus du Jurjura et des environs de Bougie. Héritiers à plusieurs égards des qualités des janissaires , sans l'être de leurs prétentions , dépositaires de toutes les traditions de gouvernement du pays , exclus par la condition de leurs pères des tribus dans lesquelles ils ont pourtant tous des liens de parenté, séparés des indigènes par leurs mœurs et par la langue turque, dont ils ont conservé l'usage, les Couloglous sont créés pour servir d'intermédiaires entre nous , les Arabes et les Gabyles. Sachons donc les organiser dans des établissements spéciaux, leur attribuer des territoires, et nous constituer en eux des points d'appui pour la paix et pour la guerre.

Les adversaires dé l'établissement européen ont

allégué une prétendue impossibilité de faire gouverner des musulmans par des chrétiens, et ont cru le prouver par l'exemple de ce qui se passe depuis dix ans en Algérie. Une expérience aussi mal faite ne saurait être prise pour base d'un jugement définitif; loin de là, il est constant que les populations chrétiennes et les populations musulmanes vivent dans des rapports de bon voisinage partout où, le contact étant limité aux choses d'intérêt commun, on renonce réciproquement à s'imposer des mœurs et des coutumes qui s'excluent; en écartant toute prétention à une fusion impossible, il peut même s'établir entre elles un concours très-actiF vers des objets déterminés. L'étude des bases sur lesquelles s'établissent ces relations , des points par lesquels ces populations s'attirent ou se repoussent , est celle des moyens de les gouverner.

Les rapports commerciaux sont aussi sûrs que faciles avec les musulmans, et nous avons beaucoup trop négligé ce moyen de les intéresser à nos succès. L'armée possède une classe d'hommes qui , avec un peu d'aide, s'attachera beaucoup d'indigènes : ce sont les médecins. Les Arabes et les Cabyles ont en leur talent une confiance illimitée, et reconnaissent les soins qu'ils reçoivent d'eux par les devoirs d'hospitalité les plus sacrés parmi ces peuples. Un médecin connu pour tel

parcourt les tribus ennemies avec la certitude d'être partout recherché et protégé. Les docteurs Guyon , Giscard, Worms, Baudens, Retrouvey, ont, entre beaucoup d'autres, fait répreuve de l'influence morale exercée par leur art. Sous le gouvernement du comte d'Erlon , le docteur Pouzin , après avoir fait plusieurs opérations de chirurgie dans la tribu des Beni-Moussa, avait établi des consultations gratuites dans les marchés de la plaine. L'affluence des malades était telle , qu'on était obligé de donner une garde à sa tente. Les notables de Coléah l'appelèrent dans leur ville, et, après qu'il se fut rendu à leur vœu , le marabout Mohammed ben Moubarek, l'un des plus vénérés du pays, n'hésita pas à venir loger chez lui à Alger. Ces succès déterminèrent , au mois de mai 1835, l'ouverture d'une ambulance arabe à Bouffarick; les indigènes y laissaient leurs femmes et leurs enfants avec une confiance qu'ils n'auraient assurément pas eue en leurs compatriotes : il en venait de Miliana. Cette institution est tombée, on ne saurait dire comment: il n'en reste- d'autres traces que l'admission d'un petit nombre d'indigènes à l'hôpital civil d'Alger ; mais cette mesure n'atteint pas le but politique de l'ambulance. Des établissements de cette nature devraient servir, dans diverses parties de la régence, et notamment dans la province de Constantine, d'avant-postes k notre administration; la

protection des chefs indigènes les plus puissants leur serait assurée, et des médecins bien choisis deviendraient , par les services personnels qu'ils rendraient et la gratitude dont ils seraient l'objet, les plus puissants propagateurs de notre influence. Faire du bien aux hommes, c'est les préparer à reconnaître une supériorité et à recevoir une direction.

Les musulmans n'ont jamais répugné à accepter le bien que leur apportaient des mains chrétiennes, et l'obstacle qui nous sépare d'eux est bien plus dans les mœurs que dans les cultes. Le christianisme et l'islamisme sont l'un et l'autre fondés sur le dogme de l'unité de Dieu , et les mystères les plus incompréhensibles de la religion chrétienne sont rapportés dans le Coran presque dans les mêmes termes que dans l'Evangile *. Les Turcs

1 Coran , soura m. « L'ange dit à Marie : Dieu t'a choisie, il t'a purifiée; tu es élue entre toutes les femmes.

t Sois dévouée au Seigneur; adore-le; courbe-toi devant lui avec ses serviteurs.

< Dieu t'annonce son Verbe ; il se nommera Jésus , le Messie , fils de Marie, grand dans ce monde et dans l'autre, et le confident du Très-Haut.

< 11 fera entendre sa parole aux hommes , depuis le berceau jusqu'à la vieillesse, et sera au nombre des justes.

«Seigneur, répondit Marie, comment aurais-je un fils? aucun homme ne s'est approché de moi. 11 en sera ainsi , reprit l'ange. Dieu forme des créatures à son gré. Veut-il qu'une chose existe, il dit: sois faite , et elle est faite.

«11 lui enseignera l'Écriture et la sagesse, le Pentateuque et

d'Alger professaient une tolérance parfaite pour quiconque n'attaquait pas leur croyance par le prosélytisme. Sauf les interruptions causées par l'état de guerre, ils ont laissé, de 1646 à 1827, une entière liberté d'action à la mission des lazaristes , qui , fondée par saint Vincent de Paul et par la duchesse d'Aiguillon , avait pour objet le soulagement des esclaves chrétiens , et leur affermissement dans la foi. Cet établissement vénérable a trouvé protection près du divan lorsque, dans un accès de s.tupide impiété , la Convention le détruisait (note AV). Ces sentiments de tolérance se manifestent aujourd'hui sous nos yeux. Le31 décembre 1837, une église catholique a été bénite à Tu-

l'Évangile ; Jésus sera son envoyé auprès des enfants d'Israël. Il leur dira : Des prodiges divins vous attesteront ma mission ; je formerai de boue la figure d'un oiseau , je soufflerai dessus , elle s'animera à l'instant par la volonté de Dieu ; je guérirai les aveugles de naissance et les lépreux ; je ferai revivre les morts par la permission de Dieu ; je vous dirai ce que vous aurez mangé et ce que vous aurez caché dans vos maisons. Tous ces faits seront des signes pour vous si vous êtes croyants. »

Soura xix. « Nous envoyâmes à Marie Gabriel, notre esprit, sous la forme humaine.

« Le miséricordieux est mon refuge , s'écria Marie ;

«Je suis l'envoyé de ton Dieu , dit l'ange; je viens t'annoncer un fils béni.

«D'où me viendra cet enfant? répondit la Vierge, nul mortel ne s'est approché de moi , et le vice m'est inconnu.

« 11 en sera ainsi, répliqua l'ange ; la parole du Très-Haut en est le garant ■ ce miracle lui est facile. Ton fils sera le prodige et lu bonheur de l'univers, tel est l'ordre du ciel. »

nis , et les ministres du dey ont contribué pour 16,000 piastres aux souscriptions ouvertes pour la construire1. Aux fêtes de Noël de 1832, la mosquée centrale d'Alger a été , du consentement des gens de la loi, convertie en église. Dans cette journée solennelle , le corps des ulémas se présenta au général en chef , le comte d'Erlon , et le mufti Moustapha ben Ekbabti lui dit dans une allocution remarquable : « Notre mosquée changera de culte sans changer de maître, car le Dicn des chrétiens est aussi le nôtre , et nous ne différons que dans la manière de l'adorer. » En tenant ce langage élevé , le mufti ne dérogeait point à sa mission, car il est écrit : «Nous croyons «en Dieu, à ce qu'il- nous a envoyé, à ce qu'il a « révélé à Abraham, à lsmaël , à Jacob et aux douze « tribus ; nous croyons aux livres saints que Moïse, «Jésus et les prophètes ont reçus de Dieu; nous « ne mettons aucune différence entre eux 2. »

Les indigènes nous repoussent donc moins comme chrétiens que comme incrédules , et la fondation des églises d'Alger , de Bone et d'Oran est très-loin de nous déconsidérer à leurs yeux; seulement , il serait sage de faire à leurs préjugés une concession qui ne porte point sur le dogme, et de

1 Annales maritimes de 1837. La piastre de Tunis vaut environ soixante-dix centimes.

2 Coran , soura m f 78.

ne pas placer d'images dans nos temples. Mahomet a été le plus grand des iconoclastes, et ses sectateurs nous prennent pour des idolâtres quand ils nous voient fléchir le genou devant des images. La politique nous prescrit de rendre aux musulmans, en protection pour leur culte, la déférence qu'il leur coûte peu d'accorder au nôtre. Le cardinal de Richelieu faisait bâtir une mojsquée à la Calle. Bonaparte recommandait aux soldats de la république d'honorer les interprètes du Coran1, et leur défendait, sous des peines sévères, l'entrée des mosquées 2. Peut-être n'est-il pas indispensable aujourd'hui d'aller aussi loin qu'il le fit dans les honneurs à rendre au prophète 3, mais ce n'est

1 ... < Les peuples avec lesquels nous allons vivre son mahométanst Leur premier article de foi est celui-ci : H n'y a pas d'autre Dieu que Dieu , et Mahomet est son prophète : ne les contredisez pas; agissez avec eux comme nous avons agi avec les juifs, avec les Italiens. Ayez des égards pour leurs muftis et leurs imans , comme vous en avez eu pour les rabbins et les évéques. Ayez pour les cérémonies que prescrit l'Àlcoran, pour les mosquées, la même tolérance que vous avez eue pour les couvents , pour les synagogues , pour la religion de Moïse et de Jésus-Christ. Les légions romaines protégeaient toutes les religions : vous trouverez ici des usages différents de ceux de l'Europe ; il faut vous y accoutumer » ( Procl. du 4 messidor an vi ).

2 * Il est expressément défendu à tout Français, de quelque prade qu'il soit ou quelque fonction qu'il remplisse, d'entrer dans une mosquée ( Ordre du jour du Caire, le 7 thermidor an vi ).

3 Ordre du jour.

Au Caire, le 29 thermidor an VII.

« Les commandants des provinces feront connaître , par une cir-

point assez de notre tolérance moqueuse : il faut quelque chose de plus pour rapprocher de nous les muftis et les imans , dont le crédit peut nous être si dangereux ou si profitable. Ceux d'Alger ont droit à des égards particuliers; leur tribunal était une espèce de prétoire dont la jurisprudence s'imposait aux tribunaux des provinces , et les fondations pieuses qu'ils administrent appartenaient à toute la régence, puisque toute la régence contribuait à les alimenter et participait à leurs bienfaits. La fortune et la guerre ont placé sous notre main le centre de ces institutions, qui font reposer sur les mêmes têtes la double autorité de la magistrature et du sacerdoce. Soit ignorance , soit légèreté, au lieu de cultiver avec sollicitude un si précieux élément d'ordre et d'influence, nous

culaire en arabe qui sera envoyée dans tous les villages , la pompe avec laquelle la fêle du prophète a été célébrée au Caire. Depuis mémoire d'homme, on n'en avait pas vu d'aussi brillante- < Toute l'armée qui était au Caire , éclairée par une grande quantité de flambeaux, est allée rendre visite au Cheik-el-Becry : le général en chef y avait dîné, ainsi que Mustapha-Pacha et tous les principaux officiers faits prisonniers à la bataille d'Abou-Qyr. Le général en chef a assisté à la lecture qui a été faite de différents poë me s arabes en l'honneur du prophète ; après quoi, au milieu des grands cheiks , il a fait la prière est s'est fait réciter la généalogie du prophète. Le pacha et tous les prisonniers turcs ne revenaient pas du respect que les Français avaient pour l'islamisme et la loi du plus saint des prophètes.

Bonaparte.

N. B. Cet ordre du jour est imprimé en placard.

n'avons rien négligé de ce qui pouvait blesser les mains oùfse réunissaient les fils par lesquels les provinces tenaient à la métropole. 11 est bien tard pour renouer ces liens brisés; cependant les gens de la loi sont les premiers à souffrir d'un état de trouble dans lequel leurs voix sont étouffées par le bruit des armes: ils ont continuellement besoin de nous, et la connexité qui règne entre leurs intérêts et les nôtres les déterminerait sans doute à employer, au profit de la paix, le crédit que nous leur ferions recouvrer. Ce premier pas fait rapprocherait l'époque où les institutions religieuses des indigènes prendraient régulièrement place dans le cadre du nouvel établissement.

À la fois religieuse , politique et civile , la loi du Coran est exclusive , absolue ; elle fait découler d'un seul principe toutes les institutions de la société qu'elle régit ; le sacerdoce et l'empire vont ensemble , et la difficulté d'établir un partage dans cette formidable unité n'est pas médiocre. Nous voyons cependant la Russie gouverner avec facilité une nombreuse population musulmane , et en obtenir un dévouement sincère. C'est qu'elle la gouverne en vertu de cessions et de traités réguliers ; c'est que le sultan étant aux yeux des croyants le DISTRIBUTEUR DES COURONNES , la légitimité des droits territoriaux qui sont conférés par lui n'est jamais contestée par les sujets : ils s'y soumettent

comme à l'arrêt du destin. Aussi , lorsque le car* dinal de Richelieu eut obtenu d'A murât IV la sanction solennelle de nos concessions de la Galle et de Bone, il put en retirer la force militaire: le traité de 1 024 nous avait donné pour auxiliaires les préjugés religieux du pays qu'avaient révoltés les actes du duc de Guise; notre présence sur la côte n'était plus que l'exécution de la volonté souveraine. Bonaparte se garda bien de heurter en Egypte les mêmes sentiments : afin d'aplanir les voies à sa conquête, il déclarait n'être venu que pour châtier les mameluks, esclaves révoltés qui opprimaient les peuples et outrageaient les amis du Grand Seigneur. Ne pas faire ce qu'une politique éclairée conseillait à ces grands hommes, c'est laisser à nos ennemis un moyen de soulever contre nous , dans un moment de crise , le fanatisme des indigènes. Je sais que l'autorité du sultan n'a jamais compté dans la province d'Oran, et que depuis 1 624 elle a beaucoup perdu dans l'est. Cependant , le prestige religieux y a survécu au pouvoir politique. Achmet- Pacha , dans les négociations qui ont précédé la prise de Constantine, en 1837, ne trouvait de difficultés à se soumettre à la France que dans les droits du sultan sur sa personne ! ; autrement il nous eût servi volontiers. J'ai moi-même consulté des

1 Correspondance des généraux Danrémont etJValée, du commencement de mai à la fin d'octobre 1837.

hommes influents de la province sur les effets à attendre d'une sanction donnée par le Grand Seigneur à notre conquête. Ils m'ont répondu que tout bon musulman verrait dans cet acte une manifestation de la volonté de Dieu. Le moment actuel serait» à la vérité, mal choisi pour entamer à Constantinople une semblable négociation; la Porte ne délibère pas seule, comme du temps d'Amurat IV : elle a néanmoins plus d'intérêt qu'alors à ce qu'un arrangement se conclue. Pour ne parler que de ce qui se rapporte à nos possessions , une partie des revenus des fondations pieuses d'Alger , dont il a été question plus haut, revient aux villes saintes de la Mecque et Médine, une autre aux corporations religieuses de Constantinople, et dans l'anarchie à laquelle la régence est en proie, ces rentes ne sont point payées. Sultan Mahmoud, qui avait d'autant plus besoin de ménager les personnes que ses réformes blessaient plus de préjugés, n'a cessé de demander à notre ambassade qu'on le débarrassât des plaintes des prêtres , fort susceptibles sur l'article de leurs revenus. Les circonstances ne permettent pas à son successeur de négliger davantage les corporations et les villes saintes , et elles lui sauraient gré d'assurer le service de leurs rentes en retour de la manifestation de son assentiment à notre conquête ; la Porte s'est elle-même ôté tout prétexte à hésitation. Lorsque,

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