‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 81 sur 90 · INDIENS · texte numérisé non relu

INDIENS

Infanterie 132,815 I

Cavalerie 11,011 j 152,585

Artillerie. . 8,759 )

Ace total de 182,838 h.

il faut ajouter 25,000 hommes de troupes natives irréfçulières , dont 17,000 d'infanterie et 8,000 de cavalerie.

tion excellente, et que nous devrions leur emprunter , si nous tenons à l'Algérie.

Notre régiment de zoaves et nos spahis arabes, notre infanterie irrégulière, composée de Turcs et de Couloglous, constituent , à la Ter i té, un commencement d'organisation d'armée indigène : mais ces corps, dont la fidélité est de si bon augure, manquent de hiérarchie; tout est incertain et provisoire dans leur formation; aucune' disposition n'est arrêtée sur l'avenir des hommes qui en font partie ; le recrutement n'en est point assuré ; ce ne sont enfin jusqu'à présent que des essais informes qui donnent de grandes espérances.

Les noirs , dont la fidélité ne sera distraite par aucune préoccupation , qui ne connaîtront d'autre patrie que celle qu'ils attendront de nous, offrent un précieux élément de recrutement L'armée marocaine en compte de dix-huit4à vingt mille , et ils en forment la partie la plus brave et la plus disciplinée. Leur solde, sur laquelle ils se nourrissent, équivaut à 40 centimes par jour ; ils s aident de quelques travaux particuliers , et reçoivent du sultan l'armement complet, deux chemises, deux caftans, et un burnous bleu par an '. Nous leur devrions un traitement un peu meilleur et un peu plus satisfaisant pour leur vanité. 11 serait très-fa-

1 Observations du capitaine du génie Buret sur le Maroc, 18 fO. — Graberg t>! Hkmso, Specchio Mi' impero di Marocco.

cite de maintenir au complet un corps de cinq à six mille noirs. Nous pourrions en tirer une partie de nos établissements du Sénégal et acheter le reste aux caravanes : ces troupes offriraient de l'emploi a deux à trois cents officiers blancs. Gomme les indigènes , les nègres s'attachent à la personne beaucoup plus qu'ils n'obéissent au grade , et ce serait là une raison décisive de n'avoir dans les troupes algériennes que des officiers destinés à y remplir toute leur carrière.

Enfin , les Européens qui se fixent sur la côte d'Afrique doivent aussi se mettre à concourir à la défense du pays. C'est bien moins ici une question d'équitable répartition des charges sociales, qu'une affaire d'intérêt direct pour une classe qui doit aspirer à prendre une part importante dans le gouvernement de l'Algérie, et à devenir le principal point d appui de l'influence européenne ; elle tomberait bientôt dans le mépris des indigènes, si elle ne portait pas les armes comme eux. Ce n'est point assez pour elle de s'organiser en garde nationale et de protéger l'ordre dans les murailles des villes ; elle ne saurait se faire respecter qu'en se soumettant à des institutions militaires fortes.

Je ne me hasarderai pas à rechercher ici quelles seraient la force et l'organisation à donner à l'armée algérienne ; d'autres les détermineraient avec toute l'autorité qui me manque, si le but de notre

occupation était une fois défini. Je me bornerai à émettre, dans l'intérêt commun de la France et de l'Algérie, le vœu que les troupes françaises tiennent toujours le premier rang dans cette armée , et que, dans les troupes indigènes , les deux tiers au moins des officiers soient français. Des motifs qui seront compris de chacun porteraient sans doute le gouvernement à ne recruter dans le pays que l'infanterie et la cavalerie, à envoyer d'Europe l'artillerie et le génie , et à confier à des garnisons exclusivement françaises les points stratégiques , tels qu'Oran , dont l'action s'exerce sur l'Europe au moins autant que sur l'Afrique. C'est ainsi que, pénétrant comme une sève bienfaisante dans les institutions qui fonderont la nationalité algérienne , le patronage de la France se développera avec elles.

Il est urgent d'améliorer la condition de l'armée d'Afrique, et d'appliquer à la nostalgie qui la dévore des remède* faciles à trouver. Par un système que nous payons cher et dont les événements prennent à tâche de prouver la fausseté, nous avons cru faciliter la conquête de l'Algérie en y livrant tout au département de la guerre, en faisant table rase autour de l'armée, en sacrifiant le gouvernement, pour mettre le commandement plus à l'aise. C'est précisément de là qu'est venu le mal. La puissance des forces employées et la mesquinerie des résultats obtenus ont constaté

que la fondation d'un grand établissement n'est point une œuvre exclusivement militaire. Aucune classe d'Européens n'a souffert autant que l'armée des vices du système suivi ; elle seule sait ce que lui ont valu de dégoûts et de souffrances l'anéantissement du commerce intérieur, la stagnation des relations avec l'Europe, la suppression de la culture, la nullité de l'administration. Les flatteries des bulletins ne la dédommagent point de là réalité de ses maux, et elle prend en dégoût une entreprise que tant de sang et de douleurs ne font pas avancer d'un pas depuis dix ans. Qu'au lieu 'de cela, l'armée devienne ce qu'elle doit être, l'instrument le plus énergique d'un plan d'établissement sagement conçu , que son action cesse d'être isolée, que toutes les forces d'une société civilisée concourent avec la sienne à constituer en Afrique une nouvelle nation , et bientôt elle trouvera la récompense de ses travaux dans les conséquences des progrès qui s'accompliront autour d'elle. La mesure dont la salutaire réaction lui profitera le plus est peut-être celle à la réalisation de laquelle elle apportera le moins de concours, la constitution de la propriété.

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