‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 83 sur 90 · II · texte numérisé non relu

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pas mûres pour une réforme si profonde. Les mœurs, les alliances, le voisinage ou F éloignera en t des villes, les difficultés des communications, la nature du sol, les placent, à cet égard, dans des conditions très-différentes; mais on a remarqué que toutes les fois qu'un long repos est accordé aux Arabes , ils en profitent pour établir des cultures sédentaires, et j'ose affirmer, par exemple, que dans la province de Bone, les tribus des Kharesas, des Seybas, des Ouled-Djeb, des Merdes, et surtout de Djaballah, accepteraient avec reconnaissance l'investiture de la propriété foncière , et la défendraient avec fermeté. Ces dispositions seraient encore plus faciles à développer chez les tribus cabyles.

Le parti que nous avons à tirer de l'abrogation des principes de la loi musulmane sur la propriété foncière donne la mesure de notre intérêt à ne pas souffrir qu'ils soient altérés ou méconnus, dans les parties de la régence que nous n'administrerons pas directement. Son maintien importe à l'exercice d'un de nos principaux moyens de gouvernement , et constituera la supériorité de condition des tribus qui s'associent à nous sur celles qui restent séparées. Quant aux tribus qui nous font la guerre, ou qui n'observent pas les conventions arrêtées avec elles , le sol occupé par elles sera marqué d'avance pour devenir la récompense de

nos amis, demeurer domaine de l'Etat, ou recevoir des Européens pour habitants. Nos alliés et nos adversaires sauront ainsi ce qu'ils auront à espérer ou à craindre.

L'indigène dont nous aurons fait un propriétaire comparera promptement cette position à celle dont il jouissait sous les Turcs ou sous ses compatriotes ; le maintien de notre autorité lui semblera la garantie de sa possession; ayant quelque chose à perdre, il ne craindra rien tant que le retour d'un régime de spoliations; l'attachement à la propriété privée et l'attachement à la France s'identifieront dans son esprit. L'Européen établi en Afrique lira, de son côté, dans ses titres de propriété, ses obligations envers notre pays. La distribution régulière des terres s'avancera ainsi derrière nos soldats , et les bornes plantées par nos géomètres , pour marquer les champs livrés à une nouvelle civilisation , ne reculeront pas plus que le dieu Terme que les Romains plaçaient aux limites de leurs conquêtes.

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