‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 87 sur 90 · II · texte numérisé non relu

II

petites médailles en cuivre à l'effigie de l'empereur Anlôain le Pieui.

«Eu quittant la Macta, on remonte la côte est, etaprèi avoir pris connaissance du village de Mazagran, habile par les Arabes et qui n'est défendu que par des murs de peu d'élévation , on aperçoit Mostaganem, ville assez considérable, entourée de murailles et pourvue d'uoe casbah. Le mouillage le moins mauvais est à six encablures de la côte, par douze à quatorze brasses, fond de vase. On relève alors la citadelle à Test, quarante degrés sud. On y est en prise aux vents du N. N. O. jusqu'à l'ouest, qui régnent assez fréquemment sur cette côte pendant l'hiver.

«A l'exception de cet emplacement, le fond est semé de rochers, ce qui rend indispensables les càbles-chaines en fer. Les vents de N. N. E. jusqu'à l'est descendent par bouffées et avec force des montagues. Ils sont peu à craindre; ils portent dans le golfe et permettent de prendre le large.

«H faut, surtout en hiver, se tenir sur ses gardes contre les vents de N. N. O. et même d'ouest. Il est prudent* lorsque la houle s'élève de celte partie, et que le temps parait incertain, de mettre sous voile. Une fois la brise faite, elle fraîchit promplement, et l'on essuierait le mauvais temps sur ses amarres.

«La communication avec la terre est assez difficile par rapport à la houle presque continuelle qui existe sur cette plage. Les bateaux maures, qui viennent d'Oran chercher des légumes, de la volaille, et d'autres menues denrées, sont obligés de se hàler à terre ; aussi viennent-ils souvent mouiller à Arzeu pour attendre que le temps leur permette de faire celle mauœutre. »

M. Despointes n'a point examiné la côte de la baie au delà de Mostaganem. M. Jules Tessier, commissaire du roi dans cette ville, a signalé à trois milles à Test une crique eotourée de rochers, où, suivant lui , on pourrait, avec une

dépense d'une centaine de mille francs, procurer un excellent abri aux petits uavires de commerce.

Note AE, page 70.

On a souvent débattu les prééminences respectives des chevaux anglais et des chevaux arabes, et Ton a rarement tenu assez de compte des diversités de circonstances agricoles ou territoriales qui rendent telle ou telle race supérieure dans une localité donnée, et inférieure dans une autre. En France, par exemple, l'étalon anglais réussit mieux que l'étalon arabe en Normandie, et l'arabe mieux que l'anglais en Limousin. Abstraction faite de ces considérations, la souplesse, la sobriété et l'habitude de se passer de soins de la race arabe la rendent très-préférable pour le service de la cavalerie légère.

Dans une circonstance peut-être unique , la lutte s'est établie entre chevaux arabes et chevaux anglais, et les premiers ont eu l'avantage. C'était sur la plage d'Aboukir, trois jours avant la bataille qui fut perdue par l'ineptie du général Menou; les Anglais, comme il convient dans une expédition si lointaine et si épineuse, n'avaient reculé devant aucun sacrifice pour mettre leurs cavaliers en état de se mesurer avec les vainqueurs des mameluks. Voici comment le général Revoter , dans son curieux livre de V Egypte après la bataille d' Héliopolis (in-8°; Paris, 1802), raconte ce petit événement :

«Le 27 ventôse an ix, dit-il, le 12e de dragons légers «anglais rencontra vers Bedah cinquante hussards du «7e régiment, détachés, avec une compagnie de carabiniers «de la 21e légère, pour reconnaître la position des Anglais «sur le canal. Les dragons chargèrent les hussards qui se «lancèrent en même temps sur eux, renversèrent leur

«escadron, puis, retournant tout à coup leurs excellents «chevaux arabes , prirent à dos les Anglais; ceux-ci ne « pouvant arrêter les leurs , furent ainsi poussés sur la cornet pagnie de carabiniers, dont le feu acheva de les détruire.» Il a été fait, dans les haras de la Compagnie des Indes, une expérience qui mérite d'être ici rappelée. On a fait saillir des juments anglaises par des étalons arabes, et des juments arabes par des étalons anglais. Les produits des premiers croisements ont été mauvais , ceux des seconds excellents. Ces résultats confirment les observations déjà nombreuses qui prouvent l'influence prédominante de la jument sur la santé de son fruit, et la préférence due aux bêtes acclimatées sur les autres poulinières. Les principes de la reproduction veulent donc , d'accord avec ceux de l'économie, que les haras de l'Algérie soient presque exclusivement remontés en juments du pays.

Note ÀF, page 72.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que je crois à l'utilité de cette réunion. Elle a été, entre M. le maréchal de Trévise, alors ministre de la guerre , et moi , le sujet d'une conversation , à la suite de laquelle il me proposa de faire partie d'une commission chargée d'examiner les résultats du système de remontes organisé par l'ordonnance royale du 15 octobre 1832. Alors comme à présent, convaincu que, pour opérer quelque bien dans cette importante branche du service public, il fallait commencer par placer sous une direction commune les haras et les remontes, j'écrivis le 6 février 1835, au ministre, la lettre que voici :

Monsieur le Maréchal,

«Ayant été chargé l'an passé, par la sous-commission du budget de la guerre, de recueillir quelques documents sur le système de remontes aujourd'hui en vigueur, j'eus à ce

sujet, avec M. le duc de Daim a lie, une conférence, dans laquelle je me permis d'étendre la question, et de chercher à compléter, par des vues qui m'étaient personnelles, un système différent , déjà recommandé par de bien plus compétents que moi. Sous la condition qu'il se départirait de certaines parties de son organisation des remontes, j'offrais à yotre illustre prédécesseur de me charger de prendre à la chambre l'initiative de la réunion des haras au ministère de la guerre. Cette seconde partie de ma proposition fut accueillie avec une faveur marquée; mais, comme on, repoussait la première, et que , dans mon esprit , les deux choses marchaient ensemble, je me vis à regret réduit , dans cette circonstance, à un rôle agressif.

«La droiture de vues, avec laquelle voua voulez aujourd'hui, monsieur le Maréchal , étudier le système des remontes , me conduira probablement à reprendre ma proposition. J'ai cet avantage que rien, dans ma position , ne prête au soupçon le plus éloigné d'esprit de corps ou de. prétentions personnelles. J'ai été conduit à cette pensée par de constantes observations sur les intérêts de l'agriculture, et par l'examen que j'ai fait de l'état des haras, à l'époque où, sou Srsecré taire d'État de l'intérieur, j'avais besoin, pour renoncer à la direction de cette branche de l'administration, de faire taire tous mes goûts, et toutes, mes illusions sur le bien que je me croyais capable d'y introduire. Les haras ont coûté, depuis leur réorganisation, plus de soixante millions. La mesquinerie des résultats, accusée de tous côtés, se manifeste surtout dans l'état de notre cavalerie. Cette espèce d'avortement tient à des causes très-multiples , parmi lesquelles il en est deux capitales. L'administration actuelle, manquant de but précis, n'a pas pu se donner de direction, et n'en a reçu que des caprices de la mode; elle manque d'action sur les éleveurs, près desquels il n'y a d'encouragement efficace que l'achat des produits.

«Le ministère de la guerre étant, au contraire, le plus

grand consommateur de chevaux du pays, embrassant dans ses besoins toutes les espèces bonnes à la course , les chevaux légers et nerveux pour la cavalerie légère, les carrossiers pour la cavalerie de réserve , les chevaux de poste et de diligence pour l'artillerie, le ministère de la guerre, dis-je, ne pourrait s'écarter des vrais principes de l'amélioration des chevaux , sans y être immédiatement ramené par le contrôle des résultats obtenus : il souffrirait ou profiterait, dans les remontes, de toutes les fautes commises ou de tout le bien opéré dans les haras, et les effets qu'il rechercherait pour lui-même s'étendant à lout le pays , la réserve de chevaux de guerre, dont nous sommes aujourd'hui dépourvus, se formerait d'elle-même, au grand avantage de l'agriculture et du commerce.

«D'un autre côté, la moindre intelligence des procédés et des intérêts de l'agriculture suffit pour montrer quelle autorité auraient les conseils des officiers des haras, lorsqu'ils seraient donnés au nom d'un aussi puissant acheteur de chevaux que le ministre de la guerre. L'effet en serait autre que celui des primes et des courses.

«Si je ne craignais d'affaiblir, en le traitant moi-même, un autre point delà question, je montrerais l'influence que la bonté des remontes exercerait sur le moral de nos cavaliers ; je dirais comment la réunion proposée étendrait les vues, l'instruction de nos officiers, les affectionnerait à leur métier par l'attrait des grands intérêts agricoles au développement desquels elle les initierait; comment elle ferait pénétrer l'esprit militaire dans nos pays de chevaux , et multiplierait eufin les liens entre les citoyens et l'armée, qui sont une des plus larges bases de la grandeur et de l'indépendance de la France.

« Il n'est peut être pas inutile d'ajouter que l'admission de ee projet serait facilitée par des résultats économiques incontestables. L'inspection des haras deviendrait une attribution des inspecteurs généraux de cavalerie, et les do-

cuments que les officiers chargés des remontes trouveraient près de ceux des haras simplifieraient singulièrement la besogne des premiers. Les dépôts d'étalons serviraient oalurellement et sans aucuns frais décentre aux opérations de remontes , de rendez-vous aux chevaux achetés pour les régiments.

«En vous soumettant cette esquisse imparfaite, je ne demande, monsieur le Maréchal, ni concours, ni marque d'adhésion. Ces vues provoqueront une vive résistance de la part de l'administration actuelle des haras , et je sais trop les ménagements à garder de ministère à ministère, pour ne pas sentir que c'est de la chambre que doit partir le premier projet de réforme. La responsabilité de mon opinion n'a rien qui m'effraye, et tout en acceptant aide et secours, je prendrai seul celle de l'initiative; seulement, si ce projet vous paraissait pouvoir être , même à une époque éloignée, pris en considération, j'oserais appeler votre attention sur quelques recherches qui seraient, en tout état de cause, instructives pour nos officiers de cavalerie : telles seraient celles sur l'organisation de ce qu'on appelle en Autriche Remuntirung department, lequel comprend les haras militaires , les remontes et l'inspection de la cavalerie. En Prusse, les choses sont, si je ne me trompe, sur un pied aualogue , et la bonté de la cavalerie de ces deux puissances établit un préjugé favorable à leurs institutions. Beaucoup de personnes éclairées ont publié des opinions sur l'industrie chevaline; en recueillant des faits, on ferait avancer davantage la question.

«Agréez, etc.»

Continuant dans la commission des remontes l la tâche que je m'étais imposée :

1 Cette commission était composée de MM. les générant Sparre, Laroche- Ayraon, Grouvel, Wolf, Clerc; le colonel Naudet, le comte de Turgot, Barada , Évrard-Saint-Jean , le commandant Descarières, Bande , le capitaine Pnibusque , secrétaire

a La nouvelle organisation des haras et des remontes, disais-je, serait fondée sur la couneiité que la nature des choses établit entre ces deux services. Leur réunion n'aurait, du reste, rien de nouveau. Sous Louis XIV, à l'époque des plus grands travaux d'organisation de l'armée, Louvois était à la fois miuislre de la guerre et grand maître des haras. La régénération de la race limousine date de cette époque, et fut principalement due au maréchal de Turenne, qui réunissait les fonctions de colonel général de la cavalerie légère à celles de gouverneur du Limousin.

«Les haras deviendraient pour la cavalerie à peu près ce que sont pour l'artillerie les manufactures d'armes; ils seraient, ainsi que ces dernières, en dehors de l'action de l'intendance ; les préfets en surveilleraient l'administration, et en ordonnanceraient les dépenses. Cette disposition serait aussi couforme aux règles établies , que bien appropriée au but qu'il s'agirait d'atteindre. Les préfets sont, dans les rapports du gouvernement avec les citoyens , les organes de l'autorité répartie entre les divers départements ministériels, sans exception de celui de la guerre; ils dirigent en cette qualité les opérations du recrutement. L'administration des haras devant puiser ses principaux moyens de succès dans ses relations avec les propriétaires et les fermiers, dans la concordance de sa marche avec les intérêts de l'agriculture et du commerce, renoncerait à une partie de son action, en se plaçant en dehors de la magistrature chargée de veiller à ces intérêts. Elle a, d'ailleurs, beaucoup à attendre du concours des conseils généraux de département , et ce n'est que par les préfets qu'elle peut entrer utilement en communication avec eux.

«Considérée en elle-même, l'organisation intérieure des haras resterait à peu près ce qu'elle est; seulement, l'intervention des chefs d'établissement dans les remontes les obligerait à être un peu plus au fait qu'il n'est nécessaire aujourd'hui des ressources en chevaux de leur circonscription.

« Le ministre de la guerre, ayant à la fois sous f es yeux le tableau des ressources disponibles dans chaque arrondissement , et celui des besoins des divers corps à cheval de l'armée, balancerait les uns par les autres, et ferait de la répartition de ses achats un moyen d'encouragement pour les pays de production.

«À chaque haras ou dépôt seraient annexées des écuries suffisantes pour recevoir les chevaux de remonte, entre le moment de l'achat et celui du départ pour les corps.

« Les achats seraient faits , non par les directeurs des haras, mais d'après leurs indications, avec leurs conseils et sous leur surveillance, par des officiers envoyés par les régiments. Il serait rendu compte aux préfets du nombre, du prix et de l'origine des chevaux achetés; ces chevaux seraient soignés , aux haras et en route , par des soldats tirés des corps auxquels ils seraient destinés.

a On comprend de quel secours seraient dans ce système, pour les officiers envoyés en remonte, les connaissances locales de directeurs de haras, dont les rapports avec les éleveurs seraient continuels. Les officiers agiraient avec beaucoup plus de promptitude et de sûreté qu'il ne leur est donné de le faire aujourd'hui. De retour au corps, leurs opérations seraient soumises au contrôle de leurs supérieurs et à la critique de leurs camarades; la bonté des remontes ou leur défectuosité deviendrait un titre d'honneur ou de blâme, et la qualité des chevaux provenus de chaque arrondissement serait pour le ministre de la guerre un excellent moyen de juger des progrès ou de la décadence de la production. L'inspection des régiments servirait de contrôle à celle des haras, et une tendance irrésistible porterait les achats sur les circonscriptions qui fourniraient les meilleurs chevaux; une réaction continue, éclairée, efficace, s'exercerait sans cesse de la sorte entre l'agriculture, l'administration des haras et l'armée.

«Tous les avantages de cette organisation ne pourraient pas être immédiatement recueillis. La principale difficulté

viendrait d'une circonstance snr laquelle il ne fout pas que notre vanité nous fasse illusion. L'armée ne possède pas aujourd'hui un personnel pourvu des connaissances nécessaires pour diriger le service des haras et satisfaire à celui des remontes, tels qu'ils sont entendus ici ; mais l'inexpérience de nos officiers' de cavalerie tient à l'inaction dans laquelle on les a laissés. On ne cherche guère à acquérir que les connaissances qu'on se croit appelé à appliquer, et ce ne serait pas le moindre avantage de l'organisation proposée que d'ouvrir aux études et à l'émulation des officiers de cavalerie une carrière large, attrayante, à laquelle leur métier les prépare, et où ils compléteraient leur instruction. L'administration actuelle des haras possède des hommes de lettres ou de salon, qui se sont formés par la pratique et dont personne ne méconnaît aujourd'hui l'habileté et les services. Il existe assurément dans la cavalerie, l'artillerie et le train, des officiers dont l'aptitude est aussi grande et l'éducation plus avancée. Au reste, le maintien des employés actuels des haras dans leurs grades et fonctions serait, en même temps qu'une justice due à des hommes qui ont bien servi, un moyen de transition qui résout toutes les difficultés.

«Les avantages qui résulteraient de cette organisation pour le service de la cavalerie , et les économies qu'elle procurerait au trésor, sont palpables , et parmi celles-ci la plus efficace serait probablement celle qui tiendrait à la bonté et à la durée des chevaux introduits dans l'armée : ce point de la question mériterait à lui seul d'être l'objet d'un traité spécial.

«Cette circonstance, que le personnel des haras serait choisi sur celui de toutes les troupes à cheval , offre une garantie de bonne composition , que ne saurait présenter une administration peu nombreuse, où les sujets une fois entrés restent, pourvu que leur incapacité ne soit pas extrême. Le contrôle de tous les jours auquel les opérations de remontes soumettraient radministration|des haras la tien-

draient perpétuellement en haleine ; les expériences comparatives faites dans les régiments sur le service et la durée des chevaux de races et de provinces diverses , la tendance des achats vers les lieux de la meilleure production , entraîneraient l'amoindrissement des établissements mal placés et le développement des autres ; en présence des résultats constatés, la faveur accordée, aux dépens du pays , à telles ou telles influences locales ou parlementaires, s'effacerait. Enfin, ces relations établies entre les producteurs et les consommateurs ouvriraient un champ nouveau d'observations , et parmi les branches de la science agricole, l'éducation des chevaux deviendrait bientôt celle qui marcherait avec les guides les plus sûrs.»

La commission , dans son rapport en date du 23 mars 1835 , s'exprima sur le projet dans les termes suivants :

«La commission a dû s'occuper de trouver les moyens d'obtenir des chevaux meilleurs et à moins de frais.

«Elle a été unanime, et a pensé que la première condition pour parvenir à ce but serait la réunion des haras au ministère de la guerre; elle croit que le consommateur est nécessairement le plus intéressé de tous à une bonne reproduction, et que lui seul est apte à bien connaître les encouragements à donner et à les diriger convenablement. Cette réunion eût évité à la commission un long et pénible travail ; elle lui eût fourni les moyens de présenter de beaucoup plus notables économies, et un système de remontes beaucoup plus complet. Mais cette réunion ne pouvant être demandée par la commission, elle a dû se borner à faire connaître ici que, d'après son opinion, la reproduction des chevaux de selle en recevrait une amélioration sensible, et que les remontes des corps 'pouvant, dans la majeure partie des localités, être confiées au personnel des haras , il y eût eu dans cette réunion économie majeure pour le trésor , et chances non douteuses d'améliorer les races, par conséquent, certitude de donner à la cavalerie des remontes plus satisfaisantes que celles que

les corps ont reçues jusqu'à présent, et dont la qualité, par ce système, devrait toujours aller croissant. Cette opinion, émise plus spécialement par M. Baude, a unanimement été accueillie par la commission, qui a regretté de ne pouvoir prendre pour base de son travail cette réunion qui lui semble offrir de grands avantages pour la reproduction , la consommation et les intérêts du trésor , liés si intimement avec ceux des contribuables. »

Note AG, page 94.

Peu de voyageurs ont visité les pays d'arrosage sans en remarquer la richesse, et nombre d'auteurs ont traité de cette matière. Parmi les recherches dont elle a été l'objet, il faut citer la description des canaux d'arrosage des Hautes-Alpes de M. Farnaud , et les traités de M. Jaubert de Passa sur les cours d'eau , les canaux et la législation des irrigations en Espagne et dans les Pyrénées-Orientales. M. de Gasparin a publié en 1835 un mémoire d'un .haut intérêt sur le parti que l'agriculture devrait tirer des cours d'eau, et spécialement de ceux du bassin du Rhône ; mais il n'existe jusqu'à présent aucun traité complet où soient résolus les nombreux problèmes d'hydraulique que soulève l'exécution des travaux d'arrosage, et où soient discutés les moyens d'obtenir le maximum d'effet d'une quantité d'eau donnée. Pour atteindre en grand ce résultat, ce n'est point trop que des méditations réunies de l'agronome , de l'ingénieur et du législateur.

Note AH, page 102.

Étant à Londres en 1829, j'ai reçu de M. Sauquaire-Souligné communication d'un mémoire sur le forage des puits,

qu'il avait remis à M. Carmin g pendant son ministère. Il y proposait de creuser des puits artésiens sur les lignes que suivent les caravanes au travers des sables de l'Afrique , et de faire ainsi disparaître le principal obstacle à la circulation dans le désert. Les pratiques suivies à Gadamès et dans l'Ouedrig prouvent que ce projet méritait plus d'attention qu'il n'en a obtenu. Les pluies abondantes qui tombent sur les revers méridionaux de l'Atlas s'infiltrent immédiatement dans les terres , ou forment des rivières qui se perdent dans de vastes marais , comme l'Elchott et le Melgilt. Ces eaux, soustraites à l'évaporation , doivent se retrouver quelque part, et qui sait jusqu'où s'étend la stratification du terrain de l'Ouedrig?

Les difficultés que présentent les sondages, aux profondeurs indiquées par Shaw, ne doivent point effrayer. Il était permis au savant antiquaire d'accueillir sans examen, en fait de travaux souterrains, un renseignement erroné: des moyens grossiers ne suffisent pas pour creuser dans le sable des puits de 100 à 200 brasses , et la longueur du tronc de palmier est probablement , à Tuggurt comme à Gadamès, la mesure de la profoudeur des puits.

Les études géologiques à faire dans cette contrée, si peu connue des Européens, peuvent avoir pour résultat l'ouverture de communications régulières entre le bassin du Niger et la Méditerranée. Ce serait, pour la race noire, quelque chose déplus important que nos lois sur la traite; mais quand on ne ferait qu'établir dans le désert une ligne de stations parallèle à l'Atlas, ce serait pour le commerce intérieur de l'Afrique un bienfait, dont les auteurs seraient, aux yeux des Arabes, des envoyés de Dieu. Cette région reculée recèle plusieurs grandes ruines romaines, et ce serait une recherche utile et curieuse que celle des motifs et des moyens qu'ont eu ces conquérants d'y former des établissements.

Note AI, page 121.

Abou -Zacharia-Iahia-Abeo-Mobammed-ben-Ahmedebn-el-A wam , de Séville , écrivait au VIe siècle de l'hégire v qui correspond au xne de l'ère chrétienne. Il paraît, d'après quelques passages de son Traité d'agriculture, qu'il possédait des terres à AIxarafe, village des environs de Huelva, à vingt lieues ouest de Séville.

La bibliothèque royale de Paris et celle de Leyde possèdent chacune , dans leurs collections de manuscrits arabes, la première partie du traité d'agriculture d'Ebnel-Awam. L'ouvrage complet existe à la bibliothèque de l'Escurial. C'est un manuscrit, format in-4° , de 426 pages. Il présente celte particularité qu'il est en papier de coton, papel de algodon ; d'où il suit que les Arabes obtenaient en Espagne des produits durables d'une fabrication qui en France est encore loin de remplir de semblables conditions. Des fragments de ce manuscrit ont paru, à diverses époques, en Espagne: en 1802, don Joseph Banqueri , prieur de la cathédrale deTortose et savant orientaliste, en a publié le texte arabe complet, avec la traduction espagnole en regard, en deux volumes petit in-folio.

L'analyse abrégée de l'ouvrage se trouve dans la table arabe des trente-quatre chapitres dont il se compose :

Chapitre Ier. De la connaissance, au moyen de certains caractères indicateurs, des terres bonnes, médiocres ou mauvaises pour les plantations et la culture. Signes auxquels se distinguent les terres stériles. Arbres ou plantes qui conviennent à chaque espèce de terrain , suivant les écrits d'Aben Hajaj sur les bonnes et les mauvaises qualités du sol. (Le chapitre est divisé eu sept articles, et contient quatre-vingt-dix-sept pages.)

Chap. II. Des engrais et de leurs qualités, de leur préparation , de leur usage; manière de s'en servir et de les appliquer. Indication des arbres et des plantes qui ont ou non besoin de fumier, suivant Aben Hajaj. (Onze art. , trente-sept pages.)

Chap. III. Des diverses qualités des eaux d'arrosage pour les arbres et pour les plantes , et de leurs rapports avec les objets de la culture. De rétablissement des puits et norias dans les jardins. Du nivellement de la terre pour que l'eau puisse s'y répandre et l'arroser complètement. Indications des signes auxquels on reconnaît si l'eau est près ou loin de la surface de la terre , et observations à ce sujet. (Trois art. , quatorze pages.)

Ghap. IV. Des vergers; de l'ordre et de la disposition des plantations , d'après fe livre où Aben Hajaj traite de cette matière. (Quatre pages.)

Ghap. V. Des plantations d'arbres dans les terrain secs, et de l'arrosage des vergers. Arbres qu'il est inutile d'arroser. Du parti et des avantages à tirer des arbres. (Douze art., quarante-deux pages.)

Ghap. VI. De la plantation des arbres fruitiers et de la culture des plantes potagères, suivant les combinaisons qui s'établissent ordinairement entre elles, et qu'il est utile d'expliquer. Des moyens de tirer parti de la terre avant de lui confier les plantations. De la destruction des végétaux nuisibles. Du choix des espèces et de la transplantation. Du temps à choisir pour planter, greffer ou semer les arbres. De l'arrosage , de l'engrais, delà taille et du meilleur temps pour ces opérations ; de l'avantage , suivant Aben Hajaj , de planter les arbres fruitiers en automne. De la manière de faire les plantations; de la capacité des trous pour chaque arbre ; de la préparation de la terre et des distances à mettre entre les arbres. (Trois art. , dix-sept pages).

Ghap. VII. Des arbres les plus cultivés da s les diverses provinces de l'Espagne. Propriétés de chaque "èce. et description de quelques-unes d'entre elles; de la nature du sol , de l'arrosage , de l'engrais et de la culture qui convieoneut à chaque espèce. Les espèces dont il est particulièrement question dans ce chapitre sont : l'olivier, le laurier, le caroubier, le myrte, l'arbousier, le châtaignier, l'yeuse, le poirier, le jujubier, le pistachier, le cerisier, le néflier, l'aubépine , le grenadier ordinaire, le grand grenadier, l'amandier, le pin , le cyprès , le mûrier, le noyer, le figuier, le rosier, le jasmin , le jaiziran, le citronnier, l'oranger, le coignassier, le limonier, le sorbier, le dadi, îe

cadi, le pommier, l'alizier, le cinnamome , l'abricotier, le duracinier, le prunier, le palmier, le noisetier, la vigne, la canne à sucre, la canne à flèches, le frêne, la platane, le laurier rose, le saule, la ronce des baies, l'azerolier. (Quatre- vingt-une pages.)

Chap. VIII. De la greffe ; analogies entre les espèces à greffer; manières diverses d'exécuter l'opération et remarques particulières sur sa conduite. (Quinze art., quatre-vingt-quatre pages.)

Chap. IX. De la taille, de l'élagage des arbres, et du temps de les exécuter; de la taille de la vigne , félon le livre d'Àben Hajaj. (Trois art., onze pages.)

Chap. X. Des travaux pour l'amendement du sol des vergers , et du moment de les exécuter. De l'emploi du fumier. Du plus ou moins de culture à donner aux arbres. De la manière de provigner le sarment dans les espaces vides. JDes qualités à rechercher dans les ouvriers employés à ces travaux. (Six art., vingt-etune pages.)

Chap. XL De l'engrais à donner aux arbres sur les terres déjà plantées, et sur celles qui ne le sont pas. Fumiers qui conviennent à chaque espèce d'arbres et de terres. Comment les terres salées s'améliorent par les engrais. Des quantités de fumier em ployées, et des époques de les répandre, dans l'agriculture nabathéenne. (Deux art., douze pages.)

Chap. XII. De l'arrosage des arbres. Du temps qui convient à cette opération. Du plus ou moins d'eau qui convient à chaque espèce , d'après les livres d'Aben Hajaj , Abou-Âbdallah , Ebnel-Fascl, Haj, Abou-el-Jair, et autres auteurs. (Cinq art., vingthuit pages.)

Chap. XIII. Des moyens de féconder les arbres et de leur faire donner en abondance , avec l'aide de Dieu , des fruits savoureux, doux, succulents. Des amours et des aversions mutuelles des arbres (Sept pages.)

Chap. XtV. Des soins à donner aux arbres et à divers arbrisseaux et plantes ; des moyens de les guérir de la langueur et des maladies dont ils sont attaqués, suivant le livre d'Aben Hajaj. (Cinquante-sept pages.)

Ghap. XV. De quelques expériences curieuses et ingénieuses exécutées sur des arbres et des plantes , telles que l'introduction dans les arbres fruitiers , par les branches ou la semence , de substances aromatiques ou médicinales qui communiquent aux fruits leurs propres qualités ou des qualités analogues; le tout suivant Haj le Grenadin et d'autres auteurs. (Vingt- quatre pages.)

Ceap.XVI. Des moyens de conserver les fruits frais ou secs, les grains, les semences, les légumes, la farine et les plantes vertes. (Vingt-deux pages.)

Ghap. XVII. Du mode, du temps, des dépenses et des profits du labourage et des préparations du sol qui doit recevoir la semence. ( Huit pages.)

Ghap. XVI11. Des granifères et légumineuses qui améliorent le sol ou le font reposer. Du choix des plantes qui possèdent cette propriété. Manière de. procéder à cet examen, et de distinguer celles qui sont saines et robustes de celles qui ont des qualités nuisibles. Du temps le plus convenable pour les semailles , et des qualités des terrés propres, suivant Aben Hajaj , à chaque espèce de grains ou de légumes. (Quatre art., vingt-deux pages.)

Ghap. XIX. Des semailles et des époques où elles se font; observations particulières sur celles du froment et de Forge ; des motifs de hâter ou de retarder les unes ou les autres , et de la quantité de semence à confier au sol suivant son état. (Sept art., vingt-quatre pages.)

Ghap. XX. De la semaille des grains dans les terrains arrosés et dans les terrains secs. De la culture et de la récolte du riz, du millet, dupanis, des lentilles, des haricots etdu sésame. (Neuf art., vingt-neuf pages.)

GnAP. XXL De la semaille dans les terrains arrosés et dans les terrains secs, des légumes, tels que les fèves, les pois, le fénugrec, le lupin, le carthame et autres. (Six art., vingt pages.)

Ghap. XXII. De la semaille dans les terrains arrosés et dans les terrains secs, du colon, du lin , du chanvre, du safran, du troène, de la garance, de la luzerne, du chardon et du pavot. (Dix art., trente-trois pages.)

Cau*. XXIII. Du tennis des légumes vert* daat les jardins , de leur culture, des soins à leur donner. Du choix du sol du jardin , et des natures de terrain qui conviennent le mieux aux diverses espèces de légumes. (Douze art., quarante pages.)

Coap. XXIV. De la culture des racines dans les jardins, des navels, des raves, des panais, des oignons, de l'ai! , des poireaux , du piment noir. (Neuf art., trente-six pages.)

Chap. XXV. Du semis des melons , des concombres , des pastèques, des melons dinde, des courges, des aubergines, etc., et des légumes du même genre qui , comme nous l'expliquerons , Dieu aidant, veulent les uns des terrains arrosés , les autres des terrains secs. (Huit art., trente- neuf pages.)

Cas*. XXVI. Du semis des plantes qui s'emploient dans les assaisonnements ou dans la médecine , comme le cumin , le carvé,

la nielle r le cresson, l'anis, etc. (Neuf art., quatorze pages.)

Chap. XXVII. Du semis des plantes odoriférantes, telles que la giroflée, le lis, le nénuphar, l'œil-de-bœuf , le narcisse t le chrysanthème , la rose de la Chine , le basilic et autres semblables. (Dix-huit art., trente-quatre pages.)

Chap. XXVII 1. Du semis des hortolages d'aspects -divers, tels que le glaucium , le persil , la sarriette , l'asperge , le câprier et autres dont , Dieu aidant 9 nous traiterons.

Chap. XXIX. Du temps de scier les moissons , des aires pour battre le grain , et des greniers pour le conserver. Du choix des cultures dont on peut chaque année attendre un résultat avantageux. Aperçu sur certains préservatifs, ou talismans auxquels •n croit la propriété d'écarter des arbres et des plantes les accidents fâcheux. Moyens de mettre les choses qui servent à la nourriture de l'homme et les arbres à l'abri des bétes sauvages , des animaux nuisibles, des insectes , des mouches , des vers et des oiseaux. Mode de pétrissage et de fermentation du pain de froment. Amélioration des fruits et des graines sauvages. Moyens de rendre mangeables les herbes et les racines sauvages, et de les substituer au pain dans les temps de disette. ( Quinze art., soixante-et-une pages.)

Chap. XXX. De Te* position des bâtiments. De la coupe des bois de charpente. De l'établissement des moulins à huile. Des apnées où les plantes produisent le plus de fruits. De la distillation de l'eau de rose. Du vinaigre, du moût de raisin et d'autres préparations analogues. Des caractères des mois de Tannée et des travaux d'agriculture pendant chacun d'entre eux. Signes indicatifs de la pluie, du beau temps, du froid, des vents; influence des vents. De la construction de la herse pour l'égalisation des terres labourées et l'extraction des gramens et autres plantes qu'arrache la charrue. (Onze art., soixante-onze pages.)

Chap. XXXI. Des animaux utiles à l'agriculture. Des troupeaux de bêtes à cornes. Des moutons et des brebis. Des boucs et des chèvres. De l'amélioration des troupeaux. De l'accouplement et de La gestation. Du pâturage et de l'abreuvoir. De la médecine des bêtes malades. De l'hygiène. De la convalescence. ( Deux art., dix-sept pages.)

Chap. XXXII. De l'éducation des chevaux, des ânes, des mulets, des chameaux. Des chevaux destinés à la reproduction , à la selle , au travail. Du choix des étalons. Du temps de la monte. De la durée de la vie de ces animaux. Des pâturages et des eaux qui conviennent à leur santé. De leur nourriture. De la manière de les dresser et de corriger leurs vices ou leur mollesse. De la ferrure et des particularités relatives à ce sujet. (Vingt art , quatre-vingt-onze pages.)

Chap. XXXI II. Des maladies qui atteignent les chevaux depuis le crâne jusqu'au sabot « et de leur cure par des médicament» de prompte et facile composition , ou par des opérations chirur gicales aisées , telles que la saignée à l'encolure , au bras , à la poitrine» à la croupe , et la cautérisation. Caractères des maladies et indications des médicaments à leur appliquer. Principes de l'art vétérinaire. (Douze art., douze pages.)

Chap. XXXIV. De la basse-cour et des oiseaux qu'on entretient dans les habitations, les jardins et les fermes, pour l'ornement ou pour l'utilité. Des pigeons, des canards, des oies, des poule»,

des abeilles. De la .connaissance et du choix de ces animaux De leur régime , de leur nourriture , de leurs maladies.

a Ici, dît l'auteur, se termine le traité d'agriculture sur les terrains et les animaux que se proposait d'écrire, avec le secours des livres des agronomes et des sages du temps passé,Mahia-Aben-Mohammed-ben-Ahmed-ebn-el-Awam , de Séville , que Dieu veuille recevoir dans son pardon, et traiter avec miséricorde ! »

À la suite de la table est un catalogue arabe et espagnol de cinq cent quatre-vingt-six plantes nommées dans l'ouvrage.

Ebn-el-Awam discute, avec une rare sagacité, plusieurs opinions des auteurs grecs et romains qui ont écrit sur l'agriculture , notamment d'Aristote , et les emprunts qu'il fait aux écrits des Arabes prouvent combien l'étude de cette science était répandue parmi eux.

Note A J , page 1 69 .

Le déchet qu'éprouvent les laines au lavoir est d'autant plus grand qu'elles sont plus fines, et que les troupeaux ont vécu sur un sol plus sec et plus poudreux. Sur les laines du Roussillon, par exemple , ce déchet est de 0,75 du poids brut; sur celles de l'entrepôt de Marseille, où il en arrive beaucoup d'Afrique, il est de 0,40 à 0,50; il y aurait donc à faire le lavage au point de départ une économie de frais de transport considérable ; et comme la rapidité de la dessiccation importe beaucoup au succès de l'opération, il y aurait avantage à la faire sous le soleil d'Afrique.

Les issues des excellents blés de la Numidie ne doivent pas être de plus du huitième de leur poids total; mais les caravanes ont un tel intérêt à réduire au moindre poids possible les valeurs qu'elles transportent, qu'elles préféreraient de beaucoup la farine au grain.

Ces circonstances sont faites pour fixer , sous les murs de Constantine, l'exploitation de deux branches de commerce très-considérables.

Note AK, page 198.

Si les marines de deux pays qui commercent -ensemble sont également bonnes et économiques, il leur reviendra des parts à peu près égales dans les transports à faire de chaque pays à l'autre. Si, par l'effet de circonstances quelconques, l'une des deux devient plus chère que l'autre, le commerce frétera de préférence les navires de celle-ci , et la part de la marine la plus chère, dans la navigation internationale, se rétrécira graduellement

Cette situation d'infériorité est celle de notre marine marchande vis-à-vis de la plupart des marines étrangères.

En 1839, le mouvement de la navigation faite concurremment avec l'étranger a présenté dans nos ports le tableau suivant

Français. Etrangers. Totaux.

' Navires. . . . 11,323 14,213 ,25,086

Tonnage. . . 1,009,561 tx. 1,486,652 tx. 2,596,213 tx. Équipages . . 90,909 h. 131,477 h. 222,386 h.

Ainsi, le tonnage total de la navigation entre la France et les pays étrangers étant de 100, la part de la France est de 39, et celle de l'étranger, de 61. Nous n'avons d'avantage que sur des contrées à peine constituées ou en décadence , qui n'ont pas encore ou qui n'ont plus de marine ; quant à celles avec lesquelles nos relations sont le plus multipliées , voici dans quelles proportious nous sommes entrés en partage de la navigation :

Angleterre

Italie

États-Unis.

9HOQB •••••••»•

Espagne et Portug.

Turquie

RuMie

Algérie

rkisçAU.

TONNAGE

ETAA1TCIA.

TOTAUX

PAKTSGR 100.

riAVCA1*v

■TiAnozm.

Ce* faits méritent au plus haut degré l'attention de la nation 9 et il est très- remarquable que, lorsqu'ils sont parfaitement appréciés en Angleterre, ils paraissent ignorés de ceux de nos compatriotes, qui , dans ces derniers temps, ont été les plus ardents à pousser à la guerre. L'étude des causes de l'infériorité de notre marine marchande n'est point un travail stérile qui conduise à l'aveu de notre impuissance. L'examen attentif des éléments des prix de notre navigation et de ceux des navigations étrangères contient l'indication des moyens de mettre notre marine marchaude au niveau de ses rivales. L'enquête faite en 1824 a déjà procuré , à cet égard , des lumières qui n'ont pas été entièrement perdues; mais outre qu'elle a été incomplète partout, et assez mal dirigée en plusieurs lieux , il aurait fallu qu'en même temps qu'elle nous montrait nos côtés faibles, elle nous signalât les améliorations à emprunter à l'étranger. Les progrès qu'a faits chez nous, depuis vingt-cinq ans, la marine royale, sont la garantie de

ceux que peut faire la marine marchande. Le bâtiment de guerre français est aujourd'hui supérieur au bâtiment de guerre anglais ou américain ; mais notre flotte n'a point de réserve en matelots , et si une guerre , dans laquelle nous débuterions par des victoires, se prolongeait longtemps, nous atteindrions avant nos rivaux le terme de nos ressources. Il dépend de nous de les augmenter beaucoup, en uous occupant un peu de la marine marchande ; et si j'insiste sur la nécessité de fonder l'établissement maritime algérien, l'une de mes principales raisons est qu'il comble* rait une partie du vide de nos équipages. Nous pourrions de* ce moment embarquer un millier de matelots indigènes.

JSote AL, page 204.

Noël de la Moriuière est mort , beaucoup moins connu qu'il ue méritait de l'être, il y a une vingtaine d'années. Entraîné par uue véritable passion , il avait passé une laborieuse et savante vie à recueillir les matériaux d'une Histoire générale des pèches anciennes et modernes : soins, études, voyages, rien ne lui avait coûté pour atteindre complètement son but.

Lorsqu'en 1814 le gouvernement voulut rendre à notre marine son ancienne activité , il comprit de quel intérêt il était de rappeler l'attention de la nation sur la grande industrie de la pêche. Sur une décision, en date du 23 août 1814 , de M. d'Âmbray , chancelier de France, l'impression de l'ouvrage de Noël de la Morinière fut commencée , à l'imprimerie royale, avec un grand luxe. 11 fut tiré mille cinquante exemplaires du premier volume; deux cent cinquante furent remis à l'auteur; le reste paraît avoir été plus tard vendu comme vieux papier. La publication prochaine du second et du troisième volume a été annoncée en 1818 dans le Moniteur; mais il n'en a été composé qu'une demi-douzaine de feuilles.

Le volume imprimé contient l'histoire de la pèche maritime dans l'antiquité. Peu de livres d'érudition présentent un intérêt aussi soutenu; peu d'ouvrages interrompus ont un commencement qui en fasse autant désirer la suite. On croyait les manuscrits de Noël de la Morinière perdus, et j'ai moi-même fait pendant plusieurs mois des recherches infructueuses pour en retrouver la trace. Ils avaient été recueillis par M. Cuvier, qui les a légués en mourant à son collaborateur, M. Valenciennes , professeur d'ichthyologie au jardin du Roi. M. Valenciennes est très-disposé à faire une publication dont les sciences naturelles , le commerce et la marine auraient tant à profiter. J'ai eu un moment , et je n'ai pas tout à fait perdu l'espoir qu'elle serait facilitée par le département de la marine.

Note AM , page 206.

Vella (Joseph), Maltais de naissance et chapelain de l'ordre, se trouvait à Palerme eu 1732,' en même temps que Mohhammed-ben-Othman , envoyé de Maroc , avec lequel son intelligence de la langue arabe le mit en relation. Après le départ de Mohhammed, Vella annonça qu'ils avaient découvert ensemble, dans la bibliothèque de l'abbaye de Saint- Martin, un manuscrit arabe contenant une partie de l'histoire de l'établissement des Arabes en Sicile. Quelque temps après, il reçut de Fez des lettres où Mohhammed était supposé lui faire part de l'existence dans cette ville d'un double du manuscrit de la bibliothèque de Saint-Martin , et, qui plus est, de son complément. Ces nouvelles firent grande sensation dans le monde savant de Palerme. Monsignor Airoldi, archevêque d'Héraclée, ambitionna entre 'tous la gloire de faire publier sous son patronage de si précieuses découvertes ; il enrichit d'une préface et de notes la traduction italienne des prétendus manuscrits arabes ,

et comme c'était lui qui payait, il fut doublement en droit d'inscrire au frontispice du Gode diplomatique : Pubblicato per opéra e studio di Alfonso Airoldi. Six volumes avaient paru en 1792 , et Vella n'avait pas perdu son temps, car il avait obtenu, en récompense, une bonne pension et le bénéfice de Saint- Pancrace ; mais ce n'était le terme ni de ses travaux, ni de son ambition. L'archevêque, dont le zèle ne se ralentissait pas davantage , avait acheté de Bodoni une fonte de caractères arabes, et l'on imprimait les textes si heureusement retrouvés, lorsque des doutes sérieux s'élevèrent de plusieurs côtés sur l'authenticité des découvertes de Vella; sa fraude fut démontrée , et il finit par en faire lui-même l'aveu.

Les victimes de cette longue mystification pardonnèrent d'autant moins à l'auteur le ridicule dont les couvrait son crime , que les moqueries du public aiguillonnaient sans relâche leur ressentiment : le pauvre archevêque Airoldi , surtout, ruminait avec amertume les peines qu'il s'était données pendant dix ans pour exhausser le piédestal sur lequel il était exposé aux traits de la malignité. Il réunissait à ses dignités ecclésiastiques celle de juge de la légation apostolique et de la couronne de Sicile; il eut en cette qualité la satisfaction de condamner son ami Vella à quinze années d'emprisonnement, et à la restitution de toutes les dépenses faites à l'occasion des malencontreux manuscrits. Malheureusement, sa rigueur ne fit oublier à personne qu'il avait voulu paraître savant orientaliste et savant historien , sans rien connaître à l'arabe ni à l'histoire.

Cela dit, je me garderai de reproduire ici les détails qui se trouvent dans le Codice diplomatico di Sicilia , sur la, pèche du thon par les Arabes , et les correspondances de Témir Abd'Allah-ben-Moussa avec l'émir Abou -Iusuf-ben- Abd' Allah : tout cela fût-il vrai , chacun esfen droit de le déclarer faux , et j'ose à peine indiquer aux curieux les pages 139, 156, 158, 159, 164, 174 et 179 du troisième vo.

lume de l'ouvrage supprimé par arrêt de l'archevêque, qui avait compté dessus pour aller à la postérité.

Note AN, page 221.

Les écoles d'hydrographie réorganisées par ordonnance du 7 août 1825 sont au nombre de quarante-quatre , cinq de première classe , cinq de seconde, six de troisième et vingt-huit de quatrième.

Si l'on veut comparer sous le triple rapport de la population , de la capacité des navires appartenant an port , et des tonnages d'entrée et de sortie réunis , les villes pourvues d'écoles sur nos côtes de la Méditerranée, et les villes d'Afrique qui pourraient prétendre les premières au même avantage , on trouve, daus les divers comptes officiels rendus en 1838, les éléments suivants :

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