‹ L'Algérie (volume 3)Chapitre 7 sur 17 · ÉQUIPAGES · texte numérisé non relu

ÉQUIPAGES

et, de même que nous avons à Cherbourg, suivant l'expression de Vauban, une auberge de laManchCf ii est bon d'avoir dans ces parages dangereux et fréquentés une auberge de la Méditerranée.

La réalisation des avantages maritimes et commerciaux attachés à celte possession sera relardée par deux sortes d'obstacles : les uns tiennent à no^formes administratives, les autres à l'état des lieux.

Les premiers devraient être faciles à lever. Nous nous sommes bien gardés de dispenser la côte d'Afrique d'un seul des registres et modèles d'écritures sous lesquels plient les bureaux des douanes du Havre et de Marseille; et, comme si cela ne suffisait pas, nous y avons ajouté tous les assujettissements imposés dans une place forte dont le voisinage est occupé par l'ennemi. Cette double compression neutralise tous les avantages commerciaux de la position d'Oran. Le remède à cette impuissance se trouverait dans l'adoption des règlements appliqués à Gibraltar au commerce spécial de ces parages. Il exige, avant tout, de la promptitude dans les expéditions, et il est impossible de remplira Oran, en moins d'une journée et demie, des formalités qui sont, à Gibraltar, l'affaire d'un quart d'heure. J'ai entendu des négociants qui connaissent parfaitement les deux places affirmer que le seul emprunt de ce régime expéditif amènerait en moins d'une année, à Oran, la moitié du commerce auquel il s'applique près de nous avec

tant de bonheur. Cette mesure n'entraînerait pas le moindre danger, car la guerre que nous avons du côté de la terre ne fait rien à la paix profonde dont nous jouissons du côté de la mer.

L'amélioration complète de l'atterrage exigera plus de temps et de soins. La ville d'Oran est à une lieue et demie deMers-el-Kebir. AMers-el-Kebir, le mouillage est sûr, mais les roches abruptes que baigne la mer n'offrent aucune place aux constructions nécessaires au commerce; à Oran, les constructions existent, maisellesdonnentsur l'anse de la Moune, où les bâtiments ne sauraient rester sans danger. Ils mouillent donc à Mers-el-Kebir, et les mouvements de marchandises entre la rade et la ville s'opèrent sur des allèges qui font rarement plus d'un voyage par jour. C'est ainsi qu'on met quinze joursà embarquer ou à débarquer une cargaison, lorsque, dans un port bien organisé, cette opération n'en exigerait qu'un seul. Ce n'est pas tout : le mauvais temps interdit quelquefois pendant des semaines entières la communication entre la ville et la rade. Cet état de choses impose, sous diverses formes, à la marchandise, de six à sept francs de frais de surrestaries par tonneau ; c'est à peu près ce qu'il en coûterait pour venir de Marseille, si Oran fournissait des retours.

M. Pézerat, ingénieur civil, a proposé de former à Oràn un port de commerce suffisant pour une douzaine de gabares et autant de petits bâtiments. Dans son système, les navires stationneraient à

Mers-el-Kebir, et n'entreraient dans le port que pour charger et décharger. Il a évalué les travaux

à la mer à 917,000 fr.

la construction d'une douane à . . 400,000 celle de magasins de commerce à . . 550,000

1,647,000 fr.

Il a remarqué que les deux derniers articles seraient une source de revenus, et que le premier serait couvert par un droit de deux francs par tonneau, bien compensé par la suppression de frais de surrestaries triples et de retards encore plus préjudiciables. Le commerce souscrirait sans doute avec joie à des sacrifices si bien entendus. Mais il ne faut pas que la séduction d'une mesquine économie nous entraîne à précipiter l'exécution de travaux dont un avenir prochain ferait regretter l'insuffisance. Si l'on prenait le mouvement actuel du port d'Oran pour mesure de l'étendue à donner à son bassin, les jetées construites risqueraient bientôt d'exclure beaucoup plus de navires qu'elles n'en protégeraient.

M. Poirel, ingénieur des ponts et chaussées, s'est montré moins timide. Suivant lui, il faudrait prolonger de 500 mètres la jetée de la Moune, commencée par les Espagnols, et en enraciner à l'est, sur le rivage, une seconde de 2150 mètres de long, qui se dirigerait obliquement vers l'extrémité de la première; l'espace d'environ loO mètres qui resterait entre leurs musoirs serait marqué par

une digue extérieure et isolée , aux deux extrémités de laquelle s'ouvriraient des passes opposées. Les bâtiments pourraient ainsi entrer et sortir, mais non pas sans précaution, partons les vents, et le port jouirait d'un calme parfait : la dépense serait de o,oOO,000 fr.

Un calme intérieur parfait. n'est peut-être pas la propriété la plus précieuse d'un bassin situe dans ces parages, et le rétrécissement des passes par lequel cet avantage serait acheté est assurément le plus grand inconvénient qu'il puisse présenter. Il faut à Oran un port assez vaste , et surtout assez ouvert, pour faire dans les gros temps le service d'une rade dont les imperfections sont encore nombreuses. La principale condition que doit remplir ce port, c'est d'être largement accessible par tous les vents, c'est que les grands bâtiments de guerre et de commerce entrent et sortent avec aisance; on se repentirait amèrement, en cas de guerre, d'avoir négligé ces considérations. Le but que nous devons avoir en vue serait, je crois, beaucoup mieux atteint par un ouvrage dont les résultats auraient une grande analogie avec ceux du brise-lame et du brise-glace que le gouverncmentdes Etats-Unis a construits, de 1829 à I8oo, à l'entrée de la Delaware,en retour du cap llenlopen (note F). Il consisterait en une digue droite de 1000 mètres de longueur, établie par onze à quinze mètres de fond devant la ville, et laissant des passes de 200 mètres de largeur entre ses extrémités 5 13

elle fort Sainte-Thérèse à l'est, la pointe de la Moune à l'ouest. L'espace abrité serait de trente-cinq hectares, et si, plus tard, la nécessité d'établir des bassins se faisait sentir, on les construirait sous la protection de cette jetée, à bien moins de frais qu'aujourd'hui.

De si grands intérêts politiques et militaires se rattachent à l'avenir d'Oran, qu'on ne saurait étudier avec trop de maturité les moyens de les faire prévaloir. A moins donc de se borner à des ouvrages susceptibles de se coordonner avec tous les agrandissements qui pourraient, par la suite, devenir nécessaires, il sera prudent d'attendre, pour adopter des projets définitifs, que l'expérience ait déterminé les conditions auxquelles ils devront satisfaire.

Le temps nécessaire pour ces études peut être employé à des travaux dont les avantages seront immédiats, et sans lesquels la construction du port ne serait elle-même qu'une œuvre incomplète. Le plus important de tous était l'ouverture de la roule militaire du fort de 3Iers-el-Kebir à la ville. Terniinéeavecuneéconomieremarquableparle génie, elle permet maintenant aux voitures de suppléer aux allèges, sans plus de frais directs, et avec bien moins de retard; l'établissement d'un bon débarcadère au mouillage, la restauration du phare, le perfectionnement des moyens d'amarrage dans la rade, qu'a recommandés le commandant Bèrard, suffiraient à la modestie actuelle de notre com-

îuerce; un régime de douanes analogue à celui de Gibraltar achèverait de lui donner l'essor.

Voilà pour les relations avec l'Europe. L'ouverture d'un entrepôt assorti, comme celui de Gibraltar, en marchandises variées, est ce qu'il y a de plus propre à rappeler à Oran les caravanes qui, depuis dix ans, en ont oublié le chemin. Elles étaient autrefois fort considérables : arrivées dans le Tafilet avec plusieurs milliers de chameaux, elles se bifurquaient; une partie allait à Maroc, l'autre à Oran. Deux circonstances les ont rejetées sur le Maroc, notre présence d'abord, puis l'abolition qu'a prononcée le sultan actuel d'une partie des nombreuses entraves que mettent à l'exportation les habitudes des pays musulmans. Quoi qu'il en soit, malgré l'établissement de plusieurs maisons européennes à Mogador, le commerce y est resté soumis à trop d'avanies et de dilTicultés pour qu'Oran ne l'emportât pas promptement. Abdelcader lui-même a tenté d'attirer à Mascara l'ancienne caravane du Tafilet; le succès aurait associé à nos vues les intérêts de tous les Arabes de celte province.

Lorsque la régularisation de ce mouvement aura rendu nécessaire la création du port d'Oran. l'entreprise sera facile, car les ressources grandiront encore plus rapidement que les besoins.

L'avenir réservé à la ville d'Oran commence à se manifester dans le progrès de sa population. Réduite, sous les Turcs, à 5.000 âmes, elle approche aujourd'hui du maximum qu'ont atteint les

Espagnols, et depuis six ans elle a presque triplé. On y comptait, aux recensements de décembre 1833 1839

Européens!. . . 1,0452 hab. 4,837 hab. Musulmans. . . 440 1,003

Israélites. . . . 2,372 3,364

Totaux. . . 3,8o4 9,204

Les Français, parmi les Européens, ne sont que la septième partie de la population totale, tandis que les Espagnols en sont déjà le quart; les juifs y entrent pour plus du tiers, et, de dominante qu'elle était avant la conquête, la fraction musulmane perd, malgré son accroissement absolu, son importance relative. Nous reviendrons ailleurs sur ces faits, dont il y a plus d'une conséquence à tirer. Ainsi les éléments divers de la population d'Oran semblent, dans leurs développements, se régler sur les intérêts commerciaux auxquels ils devront correspondre, d'une part, dans la Méditerranée, de l'autre, dans l'Algérie et l'empire de Maroc.

' La population européenne d'Oran se décompose aujourd'hui en :

1,342 Français.

2,535 Espagnols.

824 Italiens.

180 Maltais.

158 Allemands et autres.

Total. . . 4,837

Pour accomplir ses destinées politiques et commerciales, Oran n*a pas plus besoin que Gibraltar de l'annexe d'une vaste étendue de territoire : son importance est dans son port, dans ses remparts * -, nous aurions pu, sans compromettre aucun intérêt sérieux, restreindre notre occupation dans ces limites, nous borner, vis-à-vis des indigènes, au rôle de médiateurs, et ne leur imposer d'autre condition que celle d'un respect religieux pour le libre accès de nos établissements. Nos débats dans la province n'ont pas permis qu'il en fût ainsi : nous avons charge de* gouvernement direct dans une étendue d'au moins deux cents lieues carrées autour de la ville. Les produits de ce territoire ne suffiraient pas à la prospérité du port d'Oran ; mais il est assez vaste pour que la justice avec laquelle y seront traités les Arabes devienne aux yeux de leurs voisins un terme de comparaison favorable à notre influence.

Je n'ai jamais considéré la fondation de colonies agricoles comme nécessaire à l'approvisionnement

» La superficie d'Oran est, en de«lans des fortifications, de 7o hectares : la population y est de 123 individus par hectare. Elle atteindrait, à la densité de celle de

Sedan — 181 individus par hectare — 13,575 âmes. Metz — 2il — — 18,075

Paris — 264 — — 19,800

Bayonne — 415 — — 31,875

Toulon — 524 — — 39,300

Toutes ces villes sont fermées cotiime Oran.

de la ville d'Oran et à l'assiette de notre dominatioFi dans la province. Sous ce double rapport, un bon système administratif et militaire nous procurerait à bien moins de frais des avantages beaucoup plus complets. Cependant, il existe à dix lieues E.-N.-E. d'Oran un point sur lequel nous formerons nécessairement un établissement maritime et commercial : c'est le mouillage d'Arzeu. Du fort qui le commande, à la Macta , s'étendent des terres fécondes baignées d'un côté par la mer, bornées de l'autre par le territoire stérile et salé qui règne jusqu'à Oran, et auquel les Espagnols avaient donné le nom de plaine de Télamine. La culture de cette oasis se marierait à l'exploitation de l'atterrage sans compliquer nos relations avec les indigènes. Les ruines romaines dont il est couvert attestent la possibilité d'y former de grands établissements. Si l'on voulait fonder dans la province d'Oran quelque colonie militaire, comme en propose le général Bugeaud, la place en serait marquée par le choix des Romains, sur le golfe d'Arzeu, et l'on n'aurait, pour y bâtir une ville , qu'à relever les débris de leurs demeures.

Le mouillage d'Arzeu a sur celui de Mers-el-Kebir l'avantage d'être mieux abrité et d'être adjacent à des terrains sur lesquels on peut construire; malheureusement, la profondeur de l'eau n'y admet que les frégates de troisième rang ; les grandes frégates et les vaisseaux en sont exclus, et cette circonstance fixe à toujours la niarine militaire à

Mers-el-Kebir. La négligence des Turcs a laissé devant Arzeu un singulier monument de l'énorme quantité de grains qui s'en est exportée pendant que la présence des Espagnols interdisait aux indigènes l'atterrage d'Oran : les bâtiments qui venaient y charger sur leur lest en jetaient à la mer l'excédant, et Taccumulation de ce dépôt a obstrué la partie du mouillage la plus rapprochée de la côte. On ne trouve à la place qu'assigneraient à l'établissement maritime les dimensions des navires modernes, que des puits saumàtres, et, pour y amener les eaux dont s'abreuvait VJrseiiaria romaine, il n'en coûterait pas moins de 400,000 fr. C'est le seul inconvénient de la situation d'Arzeu, sur laquelle M. Despointes, capitaine de corvette, qui a tenu la station du mois de mai 1853 au mois de mars 1854. a donné des détails pleins d'intérêt (note G). Quoi qu'il en soit, il ne faut détourner d'Arzeu aucune des ressources nécessaires à l'achèvement de l'établissement d'Oran, et longtemps encore cette plage suffira, telle qu'elle est, à tous les besoins du commerce local, c'est-à-dire aux exportations et aux approvisionnements de Mostaganem et des tribus voisines.

Quoique la nature du sol des environs d'Oran n'admette, en général , que le pâturage des troupeaux, il n'y manque pas, du côté de l'est, de terres fécondes , où la propriété puisse s'individualiser. Avaiit 1850, le coton était cultivé dans la plaine de lu Macta; la garance y croit naturelle-

ment. Le voisinage d'Arzeu offre, dans ses riches salines naturelles, un objet d'échange précieux. Leurs sels valent ceux d'Espagne et de Portugal, ne coûtent qu'un travail auquel sont très-propres les Arabes, celui de les recueillir et de les transporter, et sont livrables à un franc le quintal métrique aux navires et aux caravanes. Indépendamment des avantages directs de cette exploitation, elle peut concourir puissamment, par les ressources qu'elle offre pour la conservation des substances aniles, au développement des pêches, dont nous parlerons plus loin.

Le royaume de Tlemcen, qui comprenait toute la vallée du Chéliff, était jadis couvert de cultures florissantes : sa capitale était renommée pour la grandeur de ses établissements publics, pour l'intelligence et la richessse de ses marchands; elle était le but de la course des caravanes du désert; les Génois et les Vénitiens la fréquentaient lorsqu'Oran tomba entre les mains des Espagnols ^ Dès lors le mouvement qui viviflait la contrée n'exista plus qu'autant qu'il convint à la politique de Ferdinand le Calholique et de Charles-Quint; bientôt il cessa tout à fait : les finances furent ruinées 2, et six cents des Turcs de Khaïreddin, avec quelques milliers d'Arabes à leur suite, suffirent

' L'Afrique de Marmol , liv. v. — Léon l'Africain, liv. «v.

a a Ce royaume a rendu, plusieurs années subséquentes, trois, voire quatre cent mille ducats, tandis qu'Oran était compris en icelui. » Léon l'Africain, liv. iv.

pour précipiter un Etat prêt à crouler *. D'Oran vient donc le bien ou le mal de la province; ses portes sont l'anneau par où passent tous les fils qui réunissent les intérêts de cette partie de l'Afrique à ceux de l'Europe. Sa possession et celle d'Arzeu mettent en nos mains des moyens d'action sur les indigènes, qu'un peu d'habileté à les manier rendrait tout-puissants.

Il y a quarante ans que les territoires de Mostaganem, de Matamore etdeMazagrancomprenaient, de l'embouchure du Chéliffà celle de la Macla, une population de vingt à vingt-cinq mille âmes; elle était réduite de moitié en 1850, mais la banlieue de Mostaganem présentait encore, en 1835, l'aspect le plus riche et le plus frais. Aujourd'hui les arrosages et les plantations ont disparu; les arbres fruitiers ont servi à chauffer nos soldats, et Matamore n'est plus que la caserne de la garnison française. Abdelcader, de son côté, a violemment transporté à Tagadempt l'ancienne population de Mazagran, et elle a été remplacée par des réfugiés des tribus de Bethowa, de Mekalia, de Chourfa, et surtout de celle de Borgia : celle-ci habitait le territoire d'El-Borg, sur la roule de 3Iostaganem à Mascara; elle a été frappée, en 1856, de contributions ruineuses, et transférée sur la Mina, près des Akermas. Au milieu de ces vicissitudes, et malgré notre incurie sur tout ce qui, dans la province, ne

' l'ieux exploits d'Aroudj et d<: Khaireddin, \nt.

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se rapporte pas directement aux opérations militaires, les indigènes placés sous notre domination immédiate s'attachent à nous, en comparant la douceur avec laquelle ils sont traités aux avanies qu'ont à souffrir les sujets d'Abdelcader. A la fin de 1839, la population de Mostaganem se composait de

1428 musulmans, 406 israélites, 282 chrétiens.

Les musulmans sont fort industrieux; leurs femmes travaillent beaucoup; elles fabriquent des haicks, des bournous, et toutes sortes de vêtements. Les marchés de Mostaganem sont Irès-fréquentés, surtout depuis que les négociants Puggimundo, Bugarolas, et Canapa, juif de Gibraltar, s'y sont établis pour exporter des grains en Espagne. Une protection active, éclairée, discrète, accordée à ces agglomérations de musulmans, serait la meilleure guerre à faire à Abdelcader. On voit, à ses violences, qu'il compte peu sur l'affection de cette contrée. Les Couloglous, qui sont, parmi les indigènes, les plus disposés à faire cause commune avec nous, sont les objets particuliers de son animadversion. Ceux de Mazouna et d'El-Callah ayant laissé percer le vœu de se placer sous la protection des Français, il a fait saccager leurs demeures et, enlever une partie de leurs familles pour peupler sa ville de Tagadempl : ils forment la principale

partie du bataillon musulman que nous avons à Matamore. Plusieurs tribus arabes obéiraient volontiers aux tendances des Couloglous : ce sont celles qui trouvent à Mostaganem un débouché pour leurs denrées. En première ligne sont parmi elles les Achems et les Aribs : ceux-ci, voisins du ChéliÊF, ont des troupeaux à laine fine, des bœufs et des chevaux de haute taille; les Achems, dont le territoire est adjacent, du côté du sud, à celui de Mostaganem, ont également des cultures étendues, et nous faisaient des propositions de soumission lorsqu'est intervenue, en 1834, la convention du général Desmichels avec Abdelcader. Les tribus qui habitent le long du golfe d'Arzeu sentent qu'elles ont tout à gagner avec nous qui sommes maîtres de la mer, tout à perdre avec Abdelcader qui a beaucoup à exiger d'elles et rien à leur donner. Il n'est pas difficile de développer ces intérêts, d'entretenir ces tendances, et de nous créer par là des alliés. Cette tâche appartient à l'administration, et l'étendue en est à peine entrevue dans la province d'Oran : il est permis de s'étonner, par exemple, que l'on n'ait pas encore songé à jeter un pont sur la 3Iacta, qui intercepte la communication entre l'établissement d'Oran et celui de Mostaganem, et à rattacher par une route 3Ioslaganem, Mazagran et leur territoire au mouillage d'Arzeu, dont la possession incontestée place sous notre main le foyer des relations commerciales de la contrée.

Une partie de ces considérations s'applique aux

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Douaires et aux Smélas qui habitent à l'ouest d'Oran : ils ont été pour nos soldats de braves et fldèles auxiliaires, et la reconnaissance nous engage envers eux aussi bien que la politique.

La civilisation met le pied sur ce rivage près des lieux où elle aborda jadis avec Scipion : c'est par son secours que nous saurons y affermir et y étendre nos conquêtes. La décadence du pays est due à la direction donnée à l'occupation des Espagnols et des Turcs ; la nôtre doit avoir un autre caractère. Le rétablissement de la force maritime, commerciale et militaire d'Oran est la tâche assignée à notre temps; nos descendants feront le reste, et recueilleront le fruit de notre sagesse et de notre modération, comme nous sommes maîtres de recueillir à Bone ceux de la sagesse et de la modération de nos pères. Mais en attendant, il faut que l'Europe apprenne, aussi bien que l'Afrique, à nous considérer comme inexpugnables ù Oran ; il faut en achever les fortifications. Le reste touche surtout l'Algérie; ceci importe direclemcut à la France.

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