‹ L'Algérie (volume 3)Chapitre 8 sur 17 · AGRICULTURE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE

Céréales. — Oliviers. — Mûriers. — Arbres fruitiers. — Produits divers, — Chevaux. — Bêtes à cornes. — Moutons. — Dessèchements. — Arrosages. — Forêts.

Si j'avais à écrire sur les méthodes de culture du canton de mon département que je connais le mieux, je me sentirais bientôt arrêté parla rareté des faits bien observés et des expériences dio^nes d'une entière confiance : à plus forte raison n'aije ni assez de connaissances, ni assez de présomption pour entreprendre de traiter à fond de l'agriculture de l'Algérie. Je me bornerai à l'exposition de quelques faits généraux qui. si je ne m'abuse, montreront quelle place peuvent prendre les cultivateurs européens sur le sol de l'Afrique, quelle place doivent y garder les indigènes, quelles rela-

lions s'établiront naturellement entre eux, et quels gages nouveaux seront ainsi donnés à la pacification du pays.

Le capital employé dans une opération commerciale s'en dégage à une époque prévue, et, dans le pays le plus agité, on fait sans danger des avances, toutes les fois qu'on peut calculer avec précision combien on a de temps devant soi. Il n'en est pas de même en agriculture. Les capitaux immobilisés dans des défrichements, des plantations, des constructions, n'ont point de refuge contre les ébranlements du sol qui les a reçus; tant que ce sol est menacé, ils courent la chance d'un anéantissement complet. Le cultivateur ne peut pas, comme le négociant, se contenter d'une sécurité temporaire, et c'est ce qui explique comment il s'est trouvé tant de gens pour spéculer sur les terres d'Afrique et si peu pour les cultiver : il serait injuste de s'en prendre uniquement aux hommes de ce qui est le résultat inévitable de la force des choses.

Le haut prix de l'argent en Afrique est une preuve que les temps de sécurité dans lesquels se développera la culture ne sont point encore arrivés; il est de plus un obstacle insurmontable au développement des travaux. Quelles sont, en effet, les opérations agricoles qui supportent un intérêt de dix à vingt pour cent?

D'un autre côté, les défrichements sont plus chers en Afrique qu'en France : le manœuvre y

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exige une journée double de celle des ouvriers de nos campagnes; l'Arabe payé moins cher ne travaille pas, au bout du compte, à meilleur marché; dans réloignement où Ton est des ressources des pays de fabrication, la rupture d'un instrument suffit pour désorganiser un atelier; les animaux n'ont ni la conformation, ni les habitudes qui les rendraient propres à aider les hommes. Ces sources de mécomptes balancent en réalité tout l'avantage du bas prix des terres; on ne peut donc adopter qu'avec une extrême circonspection les méthodes européennes de culture. Enfin, certaines cultures nous semblent interdites par la concurrence qu'au premier moment de paix nous feraient les produits analogues des indigènes. Cet inconvénient n'est pas, à la vérité, sans compensation : le commerce, dont les denrées fournies par l'Arabe et le Cabyle deviendraient l'objet, convient mieux aux habitudes et aux facultés de la population qui, jusqu'à présent, vient chercher fortune en Afrique, et tout en rattachant par un lien puissant les intéressés à notre politique, il laisserait à l'industrie agricole et aux capitaux des Européens plus de place qu'ils ne seront de longtemps en état d'en remplir. C'est ce que va prouver un rapide examen des principaux emplois qui s'offrent à l'une et aux autres.

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