‹ L'AlgérieChapitre 11 sur 52 · INSURRECTIONS ARABES · texte numérisé non relu

INSURRECTIONS ARABES

Boo-Maza. — Insurrection dans le Sud-OmnaU. — Insurrection de 1864. — Si-Lala. — Expédition

d*ATn-Chaîr. — Les Otded-Stdi-Chcick.

Bien que privés de direction depuis la prise d*Abd-el-Kader, les Arabes ne renoncèrent pas du jour au lendemain à lutter contre la France. Ils essayèrent, à diverses reprises, de recommencer contre nous la guerre sainte. Un des lieutenants de l'émir, ce Bou-Maza, dont nous avons déjà raconté les exploits, eut un instant Tespoir de remplacer Abd-el-Kader.C'étaitunenfantdupeuple, un inspiré, dont les troupeaux euxMnêmes, disajt-on, reconnaissaient la puissance, et qui avait eu d'abord pour servante une simple chèvre, dont le lait intarissable aurait suffi à nourrir des tribus entières. Tant il est vrai que le peuple, quand il est abandonné par ses chefs, ne renonce pas à la lutte, mais, comme s'il comprenait d'instinct la nécessité d'une autorité supérieure, environne de légendes miraculeuses le berceau de celui qu'il a choisi comme le représentant de ses haines et de ses espérances ! Ce nouvel aventurier était hardi, entreprenant, et, moitié terreur, moitié persuasion, il entraînait beaucoup de monde avec lui. La crédulité des Arabes le favorisait, et son courage, ainsi que la fortune, le servaient. Bon- Maza souleva d'abord les tribus de l'Ouarensenis, puis celles du Dalira.

Il lutta pied à pied contre les colonels Saint- Arnaud et Canrobert, et acquit rapidement une grande r<^'putation. N'était-il pas connue le type de riiomme du peuple! Ardent, infatigable, violent, plein de ruses et d'expédients , éloquent, mais d'une éloquence brutale et familière, il s'était séparé avec éclat d'Abd-el-Kader, dont il ne comprenait pas les tempéraments politiques, et combattait de son côté : mais ce ne fut jamais qu'un chef de partisans. Nulle combinaison stratégique. Aucune vue d'ensemble. Redoutable par son activité et son audace, Bou-Maza n'était ni un général, ni un homme d'État. En 1847 il pénétra i\ l'improviste dans la division d'Orléansville, mais le colonel Saint-Arnaud venait de recevoir la soumission du pays, et de prendre ses mesures pour faire rentrer l'impôt. Bou-Maza comprît que la partie était perdue, et ne songea plus qu'à se rendre. Le 13 avril il entrait dans la tente du caïd des Ouled-Jonnès, et demandait i\ être conduit i\ Saint-Arnaud. € Tu es, lui dit-îl, le Français contre lequel j'ai le plus combattu ; c'est à toî que j'ai voulu me rendre. »

Cette démarche ne manquait pas d'une sauvage grandeur. Aussi notre vengeance resta-t-elle désarmée. Bou-Maza avait alors à peine ▼ingt-cinq ans. On le conduisit en France oii il resta notre obscur prisonnier. Plus tard il entra au service de la Turquie. S'il avait eu de la naissance, de l'éducation, des clients et des amis, il aurait pu, comme Abd-el-Kader, jouer un grand rôle. C'était l'Arabe dans toute 8a sève native.

Abd-el-Kader, le représentant de l'aristocratie, et Bou-ÎIaza, le représentant de la démocratie arabe avaient disparu. Apres eux il ne resta que des aventuriers, et des chefs de bande. Suivre les opérations militaires est désormais aussi peu intéressant que d'étudier les mouvements d'une brigade de gendarmerie à la recherche de voleurs.

C'est seulement dans la province d'Oran qu'il y eut de sérieuses insurrections. Notre frontière avec le Maroc avait été fort mal tracée par le traité de 1845. La frontière naturelle serait la Molouïa, fleuve important qui se jette dans la liléditerranée, à très peu de distance du point même où commence la frontière actuelle, mais décrit ensuite un large demi-cercle vers l'ouest. Il n'eut pas été difficile en 1845

LA RëSISTAKCE AKAIIE.

d'obtenir le cours *h la Molouïa, et on cftt ensuite prolonge* la frontière au sud par rOtied-Za et rOued-CIiaref. C'était pour le mariïchal Bugcaud une excrlleiit*- <K;c:ision du faire oiiIilitT ses étranges défaillances de la Tafiia, et la Frain-c y aurait gagné non seulement l'iinportante ville d'Ouchda, qui est restée un foyer d'intrigues antî-françaïses,

mats encore quelques tribus remuante.-:, qui sont devenues dangereuses et menaçantes pour notre domination. On a en effet partagé les tribus limitrophes entre les deux pays voisins. Au Slaroc ont été donnés les Beni-Guill, les Uouï-Menia, les Amours, et il l'Algérie les Oïded-Sidi- Cheick; mais ni les uns ni les autres n'ont accepté cette convention, et ils se sont si bien considérés comme indépendants qu'A vrai dire, depuis 1815, ils n'ont jamais déposé les armes, tantôt en guerre contre la France, tantôt en contestation avec le Maroc. Ce sont des cou-

peurs de routes, doublés de fanatiques, qui opèrent des razzias, pillent, volent, assassinent, et croient faire œuvre pie en massacrant les chrétiens.

Du côté du Maroc ces tribus hostiles s'appuient sur les deux places d'Ouchda et de Figuig. Qptte dernière place est ce qu'on nomme lui Irsar^ formidablement armé pour la défense, avec ses grandes murailles de terre, ses maisons en pisé, et sa foret de palmiers. Du côté de la France nos soldats et nos colons sont protrgés par les deux villes de Tlemcen, qui surveille la frontière avec ses avant-postes de Lalla-Maghrnia et de Sebdou, et de Géry ville, véritable colonie militaire au milieu du désert oranais, rattachée par des routes plus ou moins sûres i\ Saîda et Frenda, et qui protège contre les incursions des nomades nos villages extrêmes, Tiout, Asla, Chellala, l^rezina.

Ce coin reculé de nos possessions africaines, entre Ouchda et Tlemcen au nord, Figuig et Géry ville au sud, pourrait ctre comparé à une de ces marches du moyen uge, territoires indécis que se dispu- Udent les civilisés et les barbares. On s'y bat constamment. Ce sont,. la plupart du temps, des engagements sans importance, et même des aggressions individuelles. Tribus marocaines ou algériennes se pillent et s'entre-tuent. On fait de temps à autre, à Ouchda ou h, Tlemcen, le compte des préjudices réciproques : on arrête la balance, on fixe les diiffres, et les choses en restent h\. Parfois la lutte prend un caractère plus sérieux. Les Ouled-Sidi-Cheik se mettent à la tête du mouvement. Les Amours , les Beni-Guil , les Douî-Menia s'élancent à leur suite. Quelques-unes de nos tribus font défection, et c'est alors comme une trombe qui se jette à l'improviste sur nos villages , ravageant les récoltes, enlevant les troupeaux, massacrant les indigènes et nos soldats isolés. Avant môme que les autorités françaises aient été prévenues de l'attaque, l'expédition a disparu soit derrière les remparts de Figuig, soit dans les profondeurs du désert.

En 1864 le danger fut sérieux. Les Ouled-Sidi-Cheick avaient toujours tenu i\ notre égard une conduite très équivoque. Jusqu'au dernier jour, ils avaient été pour Abd-el-Kader des auxiliaires dévoués. Ils lui avaient envoyé des contingents, et l'avaient soutenu dans le mal-

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heur. Après la chute de Témir, leur bcich-agali Si-IIamza avait {Kiru se résigner à sa défaite. Il était iiienie venu se tixer A Alger, mais il n'avait pas cessé d*etre notre ennemi secret. Il razziait sans pitié les Sahariens qui avaient accepté notre patronage, il conservait des relations avec les réfugiés marocains et se serait certainement révolté, si nous n'avions eu sa famille et ses trésors sous notre main à Ghassoul et Brezina. 11 trompa le commandant Colonieu, quand ce deniicr voulut explorer le Touat, et l'aurait, s'il l'avait pu, sacrifié à ses ressentiments.

En résumé ce n'était pas un rallié, mais un suspect. Après sa mort (1861) ses- fils continuèrent sa politique. Si-Sliman, investi par la France des dignités paternelles, se montra son digne héritier. Riche, intéressé, peu fanatique, mais fier comme un gentilhomme de vieille roche, on eut le tort de le blesser dans sa dignité. Un de ses secrétaires fut condamné i\ la bastonnade*. Il voulut le soustraire à ce supplice infamant, qui devait porter atteinte 2\ sa propre considération, insista, se fâcha, se vit lui-même menacé de la bastonnade et reçut un soufflet. Dès lors il ne vécut plus que pour la vengeance. A sa voix, les tribus se soulèvent et poussent droit sur Géry ville. Le commandant de Tiaret était alors le colonel BeauprCtre, soldat de fortune» brave, héroïque, qui connaissait TAIgérie, mais n'avait eu que des succès dans sa carrière militaire, et afiectait une confiance imprudente. Il s'était porté à la rencontre de Si-Sliman, mais se laissa surprendre (8 avril 18G4) à la fontaine d'Aïn-bou-liecker. Il sort en toute hâte de sa tente et se trouve en face de Si-SIiman qui lui brise l'épaule. Le blessé a encore l'énergie de le tuer d'un coup de pistolet, mais il est massacré avec les cent hommes de son escorte, et Si-Mohammed- Ben-Hamza, frère de Si-SIiman, prend la direction de la révolte.

A cette nouvelle tous les Ouled-Sidi-Clieick, les Laghouatis, et d'autres tribus oranaîses se soulèvent. En plein Tell algérien, près de Mostaganem, la tribu des Flittas fait défection et entraine les Harars, les Beni-Ourag et plusieurs autres. Il n'était que temps d'éteindre l'incendie qui menaçait de prendre de grandes proportions.

Le maréKîhal Pelissier était gouverneur de l'Algérie. Il organisa une

^» rALGÉRIR.

exp^'dîtîoii, dont îl confia le commamlenicnt au g/»n(5ral Dclîgny, et sous SCS ordres anx gi^^n^Taux Martineau Des Chenez, Yousouf et Lîébcrt, Le 20 avril première rencontre à Aïn-Lagta et victoire de ^lartineau Des Chcnez ; nouveau succès le lendemain. Le 30 avril Deligny atteint l'ennemi , et le 12 mai il lui inflige des pertes sérieuses.

Ces quatre combats avaient dégagé Géryville. Deligny, feignant de marcher au secours de la ville menacée, tourne à gauche, s'empare des passages difficiles et arrive à Stiltten, la capitale des Ouled* Sidî-Cheick. Ce ksar riche et fertile fut détruit. Assurément il est déplorable d'avoir i\ livrer au pillage et à l'incendie ces utiles bourgades, mais il n'y a pas d'autre moyen de réduire ces remuantes populations. An même moment Yousouf opérait contre les Laghouatis et les refoulait dans les oasis. Les tribus du sud-Oranais étaient donc dispersées , et il ne restait plus qu'i\ aller sur le territoire de chacune d'elles pour leur imposer dos contributions de guerre et leur demander des otages.

Les Flittas et les insurgés qu'ils avaient entraînés résistèrent plus longtemps. Sous le commandement d'un certain Sidi-el-Azreg, ils s'étaient portés, au nombre de plusieurs milliers d'hommes, contre le caravansérail de la Raouïa, alors occupé par huit cavaliers de la remonte et une vingtaine d'indigènes. Un assaut furieux fut donné par les Arabes à cette bicoque. Ils ne purent triompher de la résistance des assiégés qu'en incendiant une meule de foin dont la fumée aveuglait et étouffait les Français. Ils avaient perdu dans cette affaire quarantecinq blessés et soixante tués. Les vainqueurs se portèrent alors contre le fortin d'Ammi-Moussa, où s'étaient enfcnnés cent soixante-quatorze Français ou indigènes. La défense, dirigée par le capitaine Marchai, fut héroïque, et l'acharnement des Arabes extraordinaire. Ne s'approchaient-ils pas du mur pour essayer d'y pratiquer des brèches avec leurs pioches! Pendant ce temps, les troupes de secours arrivaient. Une vraie bataille homérique avec défis et combats singuliers s'engagea i\ Dar-Ben-Aldallah. Elle fut perdue par Sidi-el-Azreg, qui, désespérant de la fortune, se fit bravement tuer. Dès lors tout était fini. Les Flittas demandèrent l'aman, les autres tribus insurgées les imitèrent, mais

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après avoir fait [larler la poudre, aîiisî qne l'iiomicur l'exigeait : tout Bembla fini, et l'empereur crut qu'il pouvait ailresser une lettre de Klîcitatioiis au général Delignv.

En réalité, les rebelles s'étaient L-nfoncés ilaus le désert, et on ne se battait plus, parce qu'on ne pouvait plus tes atteindre, mais ils se te-

naîent tout prûts à bondir sur nos bMldats et nos eolons, di;s que notre viplancc ne serait plus éveillée. Non seulement Si-^loliamnied-bcii- IFamza n'avait pas renoncé à la lutte, mais un maraliout célèl>re et influcrtt, Si-Lala, s'était joint i\ lui. A la fin de septemltrc 186-1, il traversa les cliotts, et envahit notre territoire. I^ général Jolivet, prévenu de cette incursion, organisa uiiu colonne légère, qui se laissa lîurprcndrc, le 30 septembre à PM-lîeul.l. Le général n'avait que trfcs [wn d'hommes il sa disiK>sitiori. Pendant quatre heures cette poîgnéu

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de soldats tint tête à des masses ennemies que chaque minute augmentait. A cinq reprises les Arabes s'ébranlèrent pour nous charger, maïs ils furent cinq fois arrêtés par l'énergique attitude de nos troupiers. Par malheur les cartouches commençaient à manquer, et nos rangs fléchissaient, lorsque heureusement arrivt^rent des renforts attirés par le bruit de la fusillade. Les Arabes ne se retirèrent que le soir, et sans être poursuivis. Nous avions perdu quatre-vingt-deux tués et vingt-sept blessés. Cette journée d'El-Beïda était un véritable échec. Le maréchal de Mac-Mahon, alors gouverneur de l'Algérie, ordonna aux généraux Legrand et Jolivet de le réparer coûte que coûte. Le 11 octobre en effet ils atteignirent Si-Lala à Ras-el-Ma, et lui infligèrent une sanglante défaite. Le marabout s'enfonça de nouveau dans le désert, mais, malgré l'optimisme des bulletins officiels, affirmant que a l'insurrection perdait chaque jour du terrain et que nos colonnes poursuivaient avec succès leurs opérations, i> il était si peu réduit à l'impuissance que, pendant cinq années encore, il allait courir le désert, guettant toujours l'occasion favorable.

Le 4 février 18C5, le général Deligny réussit à rencontrer les rebelles, connnandés par Si-Mohammed-bcnrHamza et Si-Lala à Garet- Sidi. Il les aborda sur-le-champ, eut l'heureuse chance de tuer Si- Mohammed-ben-Hamza, s'empara des bagages et des troupeaux, et refoula vivement les insurgés dans le désert : c'était certes un grand succès, mais l'insaisissable Si-Lala tenait toujours la campagne.

En février 1866 le marabout rouvrait les hostilités. Il envahissait subitement notre territoire, et décidait les Chambaas à faire défection ; mais il était repoussé, et ses alliés battus. Le lieutenant-colonel de Sonis, parti à la tête d'une colonne de Laghouat, faisait monter trois cents zouaves et chasseurs à pied sur des chameaux, et, le 25 mars 1866, tombait à l'improviste au milieu des insurgés. Leur défaite fut complète. Si-Lala dut nous abandonner sa tente et les trésors qu'elle conten<iit, mais il réussit à s'échapper, et continua à enrégimenter des fanatiques.

La famine de 1867 n'empêcha pas les rebelles du Sud de rentrer en campagne, mais ils ne furent pas heureux dans leurs tentatives. A

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Aïn-Melali et i\ I)ayrt-Moiil-el-l>jeîii, nos alli^*s rencon traient et battaieut les însiirgrs. En dcpît de ces succts partiels, la révolte iiY* tait pas comprimée. Tout allait au hasard. Le maréchal de Mac-Malion u'avait aucun plan d'ensemble et laissait ses lieutenants agir au gré des circonstances. Ces efforts partiels ne pouvaient amener un résultat définitif.

nJK'^ip^

Fig. «i. — TeiiU* U'uu chef amijc.

L'année 18GS tut relativement tranquille. A la fin de janvier 1869, les rebelles s'avancèrent jusque près de Taguîn, mais le colonel de Sonis les atteignît le l*""^ février, les mit en fuite et les poursuivit jusque dans le désert.

En 1870 on résolut de prendre Toffensive. 11 n'était que temps. Les tribus marocaines de la frontière faisaient cause commune avec les insurgés. Elles avaient formé avec les Ouled-Sidi-Cheick une véritable coalition, et menaçaient nos colons et nos soldats. Le maréclial de

Mac-Mahon, après avoir obtenu de Tempereur du ]Maroc la permission de poursuivre jusque sur son territoire des populations qui ne reconnaissaient plus aucune autorité , chargea le général de Wimpffen de diriger Texpédition. On lui avait donné de singulières instructions, qui dénotent de la part du gouvernement une profonde ignorance de la situation. Ne lui avait-on pas défendu de rien entreprendre 'contre les oasis et les centres de populations : mais ils servaient de points de ralliement aux dissidents! N'avait-il pas l'ordre d'obtenir des otages : mais on lui défendait de combattre les tribus qui devaient donner ces otages !

En dépit de ces obstacles, Wimpiïen s'acquitta de sa mission avec autant de bonlieur que de talent. Le 14 avril, à El-Bahariat, il rencontra Tennemi qui s'était posté, en arrière de l'Oued-Guir, sur une série de dunes reliées latéralement entre elles et protégées sur leurs fronts par des canaux d'irrigation. Les dunes furent enlevées, et les Arabes vigoureusement refoulés, surtout par le général Clianzy. Sur le soir quelques tribus dissidentes demandaient l'aman, Douï^Menia, Oaled-Slim<in, Ouled-Sidi-Aïssa, Ouled-Sidi-Guiz, et livraient leurs armes. Les derniers rebelles s'enfuyaient i\ Ja bute, abandonnant leurs troupeaux, et cberchaient un refuge dans le ksar d'Aîn-Chaïr.

Ce ksar est entouré de trois cotés par des bois de dattiers qui facilitent la défense. Le général de Wimpffen y arriva le 24, au soleil levant. Avant de donner le signal de l'attaque, et pour épargner à la population les désastres de la lutte, il tenta un eSbrt suprême de conciliation. Ses ouvertures furent repoussées. L'offensive fut aussitôt prise sur quatre points différents, et sur le soir l'oasis fut emportée et ses défenseurs rejetés dans le ksar. Le lendemain 2G ils se rendaient à discrétion, et un parti de nomades qui accourait à leur aide reprenait bien vite le chemin du désert.

Cette énergique démonstration nous valut quelques mois de répit; mais les foudroyantes défaites que nous infligèrent les Prussiens, et la raine de notre vieille armée d'Afrique, qui portait la peine de son imprévoyance et de ses déplorables habitudes, firent croire aux rebelles du sud que le moment était venu de reprendre la lutte. Sous les ordres

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d'un nouveau chef, Si-Kaddour-ben-Haniza, ils passaient audacîenscment entre nos colonnes postées sur les chotts, et pcnétraîent dans le Tell : maïs le général Osmont se mettait à leur poursuite, les rejetait dans le désert, et les atteignait le 23 décembre 1871 à Mégoub. Sî- Kaddour était obligé de s'enfuir presque seul, en compagnie de Sî- Lala, et l'insurrection paraissait terminée.

Elle ne Tétait pas en réalité : elle ne l'a mcme jamais été. Les Ouled-Sidi-Cheick, avec lesquels on a peut-être eu le tort de négocier an lieu de les combattre à outrance, ont profité de notre patience pour étendre leur domination et leur influence. Si-Kaddour, chef religieux en même temps que politique, a persisté à se considérer comme le maître du Sud. Il a imposé un tribut à nos ksours, comme s'il en partageait la suzeraineté avec la France, et ceux-ci ont dA accepter cette situation, qui leur imposait une double charge. En correspondance mystérieuse avec les disciples de Sidi-Senoussi, établis dans la Tripolitaine, mais originaires d'Oran, en relations constantes avec quelquesunes de nos tribus algériennes, il a, grâce aux derviches, ces commisvoyageurs du fanatisme mahométan, continué de souffler la haine de la France. De temps i\ autre quelque explosion soudaine, dont on ne connaissait pas les causes, trahissait le malaise général. En 1879 c'étaient les montagnards de l'Aurès qui s'insurgaient : on se hâta de circonscrire et d'étouflcr l'insurrection par une expédition habilement menée, mais on commit la faute de laisser tranquilles les Ouled-Sidi- Cheick. L'orgueil de leur chef s'en accrut. En décembre 1879, il razziait notre ksar de Brezina.

C'était l'occasion de rentrer en campagne, de rassurer nos alliés, et de prouver A nos ennemis que nous entendions faire respecter le drapeau de la France. On ne donna même pas signe de vie. Bien plus! une conférence avait alors lieu î\ Sebdou pour le règlement des pillages réciproques entre des délégués français et marocains. Les Marocauns la rompirent brusquement, et sans même s'excuser : ce qui n*était pas fait pour relever le prestige national. Aussi les fidélités commençaient-elles a\ s'émousser et les défections i\ se préparer. Le souvenir de nos désastres de L'^70 hantait ces imaginations promptes &

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ils ont jusqu'à présent trouvé un refuge. Quand* le drapeau français flottera sur les murailles de Figuig et d'Insalati, il est probable que les Arabes seront domptés, et les insurrections i\ jamais conjurées.

Il Dous est difficile de rien augurer de l'avenir. Kn ce moment (août 1883) la parole est k l'action. Nos colonnes sont dans le Sud- Oranais. Bien commandées par des officiers qui ont fait leurs preuves, Saussier, Colonteu; il est probable qu'elles accompliront leur œuvre â la fois de répression et de civilisation, et que les derniers dissidents de nationalité arabe' finiront par comprendre, ainsi que l'a fait leur ancien clief Abd-el-Kader, qu'ils feraient mieux de s'associer franchement à la France , et de devenir ses coopérateurs et ses auxiliaires, an lien de rester ses ennemis.

Aussi bien, tôt ou tard, il faudra bien que la Franco l'emporte. C'est l'œuvre du temps. D'ailleurs l'insurrection de 1830 n'est pas aussi grave que les précédentes. En 18C4 les dissidents occupaient toute la province d'Oran, et, & quinze lieues d'Alger, la subdivision d'Anmale était en feu. Kn 1871 la situation était plus grave encore, puisque, au lendemain d'une guerre néfaste, tout le sud de l'Algérie et la Kabylîe étaient en pleine insurrection. Or en 1880 les insurgés n'ont pas dépassé la région des hauts plateaux. Il nous faut donc envisager la situation avec calme et surtout ne pas répugner aux mesures énergiques. Les Arabes se rient du sentiment et de la philanthropie : ils ne connaissent que le sabre, et ne s'inclinent que devant le sabre. Ils savent que nous sommes les plus intelligents : montrons-leur aussi que nous sommes les plus forts. Ils nous obéiront alors, et ne sauront que répéter la parole de leur prophète : < C'était écrit! >

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