‹ L'AlgérieChapitre 13 sur 52 · s>^/,^ fei, Wm · texte numérisé non relu

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LA RÉSISTANCE NATIONALE. St9

missent correspondre aux Imsissen, et les Isaflenses aux Iflissen ou Flissas. Quant aux Jubaleni, leur nom se retrouve dans celui d*Qne tribu puissante des environs de Bougie, les Beiii-Jubar.

D'après Julius Honorine , les voisins de ces cinq tribus se nommaient les Baouares et les Abonnes. Or l'identité des Baouarcs et des Babores est acceptée par les archéologues et le nom des Abcnncs est, encore aujourd'hui, porté par le col des Aït-aben. Le nom des villes et des accidents de terrain s'est aussi bien conservé que celui des tribus. Non loin des ruines de Kusazus réside encore la tribu kabyle d'Azuzen, et le Jurjura ressemble à s'y méprendre au Girgyris de Ptolémée.

Ce ne sont pas seulement les dénominations géographiques, c'est la langue elle-même qui s'est conservée avec sa grammaire et ses formes essentielles. Saint Augustin {Cité de Dieu^ XVI, 6) disait déjà que les tribus du littoral ne se servaient que d'un seul langage. Plusieurs siècles après lui, lors de l'invasion arabe, les historiens musulmans s'accordent A reconnaître que les conquérants se trouvèrent en présence d'une seule et même langue parlée par les indigènes. Jusqu'à nos jours les Kabyles ont conservé leur di<ilecte particulier, sans doute mélangé de turc ou d'arabe, mais qu'ils sont seuls à parler et à comprendre. Or un peuple qui, après plusieurs siècles et plusieurs conquêtes, a réussi à conserver sa langue est bien un peuple autochthone. Les Egyptiens de nos jouris sont les descendants directs de ceux qui jadis se courbaient sous le sceptre des Pharaons, et c'est en étudiant leur idiome actuel que Champollion a retrouvé et reconstitué la langue figurée par les hiéroglyphes. Il en est de même de nos Kabyles : ils parlent comme parlaient leurs ancêtres, il y a plusieurs milliers d'années, et, pendant que tout se renouvelait autour d'eux, pendant que le flot des invasions battait leurs montagnes, ils maintenaient leur langue et leurs traditions.

Leurs coutumes ont changé moins encore, car elles se sont perpétuées par l'usage et le patriotisme , en sorte que, décrire les mœurs kabyles contemporaines, c'est presque revenir à* plusieurs siècles en arrière, et, pour ainsi dire, étudier l'anticiuité sur le vif.

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Dans cette étude à la fois rétrospective et actuelle, il est un préjugé avec lequel il nous faudra rompre tout d'abord : celui qui consiste à identifier le Kabyle et TArabe. Ils ne se ressemblent nullement. L'Arabe vit à cheval; le Kabyle ne se sert du cheval que pour travailler. Le premier est nomade, et le second sédentaire. Celui-ci ne vit que du produit de ses troupeaux ; celui-là est uniquement agriculteur. L'Arabe ne connaît pas l'industrie : A peine s'il parvient à fabriquer quelques grossiers tissus; le Kabyle, au contraire, est habile ouvrier. Il pratique avec zèle certains métiers, fabrication des huiles et des tissus, préparation des cuirs, confection de la cire, savonnerie, poterie, bijouterie, teinture, art du forgeron et même du faux monnayeur. La population arabe est très clairsemée ; la population kabyle au contraire est fort dense , soixante-quinze habitants en moyenne par hectare , cent dix-huit même dans le cercle de Fort National , tandis qu'en France elle atteint à peine le chiffre de soixante-huit.

L'Arabe et le Kabyle sont deux peuples différents. Ils ont vécu plusieurs siècles à côté les uns des autres, mais juxtaposés et jamais confondus. Comme nous avons eu i lutter d'abord contre les Arabes, nous avons pris l'habitude de croire que tous les habitants de Tancienne régence étaient des Arabes. L'administration elle-même a commis cette erreur, et, jusqu'à ces .derniers temps, les documents officiels confondaient sous le nom d'Arabes tous les indigènes, n n'en est rien. Bien que nous soyons entrés beaucoup plus tard en relations avec les Kabyles, nous commençons à les connaître maintenant, et c'est bien une race sut gencrîs^ très originale, très caractéristique, que nous avons devant nous. ,

Les Kabyles sont des républicains, mais des républicains d'une espèce toute particulière, qui ont horreur de la centralisation et ne la comprennent même pas. L'idéal du gouvernement est pour eux l'autonomie locale ou plutôt communale. Ils poussent jusqu'au fanatisme l'amour de la communauté et de la communauté aussi réduite que possible. Ils répudient toute protection sociale assurée par un pouvoir indépendant de ceux qu'il gouverne. La monarchie leur ré-

pugnc; ils ne comprennent pas davantage le gouvernement représentatif, pas plus que la république unitaire ou fédérale : ils eut simplement <c formé et groupé, les unes à côté des autres, de petites républiques souveraines. L'élément essentiel de leur organisaition, c'est le village. L'assemblée du village, la djemâa^ composée de tous les mâles majeurs, constate les coutumes , les réforme au besoin, les fait respecter, décide de la paix et de la guerre, lève les impôts, en un mot légifère, gouverne, administre et juge ; quelquefois elle exécute elle-même sans délégation intermédiaire ses propres jugements. » (Clamageran.)

Pendant longtemps nous n'avons même pas soupçonné l'existence de la djemâa. Fidèles à notre routine bureaucratique, nous avons voulu assujettir les Kabyles aux règles uniformes de notre administration , et nous nous sommes heurtés à des résistances désespérées. Plus éclairés et mieux inspirés, nous avons enfin compris qu'au lieu de lutter contre la djemâa, nous devions l'utiliser à notre profit, et, dès lors, comme par enchantement, les Kabyles se sont soumis.

En voici une preuve entre mille. M. Masqueray , le savant et infatigable directeur de TÉcole supérieure des lettres à Alger, avait été chargé d'une mission du gouvernement eu Kabylie. Arrivé au village de Menguellat, il fut un jour réveillé, lui et son compagnon de voyage qui était chef de bureau arabe, par un Kabyle, qui se mit à leur débiter des phrases obscures avec une volubilité inimaginable. L'ofhcier finit par comprendre qu'il s'agissait d'une revendication contre la commune. Le Kabyle réclamait la propriété d'une source, et était soutenu par ses parents et ses amis. Certes le représentant de la France n'aurait eu qu'un mot à dire, et on se senut incliné devant sa décision, mais que d'inimitiés n'aurait-il pas soulevées! Que fit-il? II se rendît à la source, et y trouva une quarantaine de Kabyles, divisés en deux camps, qui s'injuriaient avec tant de violence que son ordonnance fut obligé de les éprendre à la gorge pour les faire taire. Après avoir écouté les deux parties, il conclut au renvoi de l'affaire devant la djemâa. L'assemblée se fit aussitôt, le bruit cessa brusquement, et une députation annonça

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à nos compatriotes que la djeiuaa avait jugé en faveur de la commune. La cause était dès lors entendue et irrévocablement décidée. Pas un Kabyle ne songeait même à protester. Si au contraire nous avions rendu un jugement ^ au moins la moitié du village nous aurait été hostile. II faut donc laisser à la djemaa toute sa liberté d'allures, et, en effet, depuis que nous pratiquons cette sage politique, il n'y a plus d'insurrections, et, de jour en jour, les Kabyles se rapproclient de nous. II est vrai que c'est nous qui nommons le clief de la djemiia, Vavwie ou maire, et que d'ordinaire l'amiue, qui nous doit son élévation, nous est tout dévoué. Qu'importe! Les formes ont été respectées, et les peuples, autant que les individus, tiennent avant tout à la forme.

La djemâa pourtant n'est pas absolument souveraine. Son autorité au contraire est contenue et même contrariée par cinq institutions spéciales au pays, la rebka, l'anaïa, le çof, la juridiction des marchés et l'autorité religieuse.

La rebka est le droit de vengeance privée. C'est un vieux reste de la civilisation primitive, qui se retrouve à peu près chez tous les peuples. Ce droit de rebka la famille kabyle l'exerce contre ses propres membres ou contre l'étranger. L'individu, lésé dans ses intérêts matériels, peut l'exercer, à titre de représailles, même contre un objet appartenant à son adversaire. La djemaa est impuissante contre la rebka, c'est-à-dire que le droit pénal public est tenu en échec par le droit pénal privé, et cette confusion est regrettable, car l'homicide par imprudence, le meurtre commis par un fou, par un mineur, par un animal domestique, créent la dette de sang, tout aussi bien que l'assassinat avec préméditation. En vertu de la rebka, chaque individu peut se venger, et il transmet ce pouvoir à ses héritiers, à ses parents, à ses amis. De là, en Kabylie comme en Corse, des vendettas séculaires, des haines inexpiables de famille à famille, de tribu à tribu. A vrai dire^ la guerre privée serait l'état habituel de la Kabylie, si, dans l'usage, la rebka n'était atténuée par divers tempéraments : ainsi le rachat de la dette de sang est toléré, et même encouragé par l'opinion : en ce cas la djemâa reprend ses droits, et prononce une peine proportionnée

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un simple particulier, un village ou une communauté quelconque. Elle suppose d*une part confiance, (le l'autre dévouement. Comme on Ta dit avec éloquence, Fanaïa est la fleur de la civilisation kabyle. Sous peine d'infamie, celui qui a promis Tanaïa doit à tout prix tenir sa promesse, même aux dépens de sa fortune, même au péril de sa vie. La dernière des hontes est de la laisser violer par autrui. Nous aurions mauvaise grâce à méconnaître Tinfluence bienfaisante de l'anaïa. Sans doute elle n'a pas suffi poiir pacifier le pays, mais que de meurtres et que de spoliations n'a-t-elle pas prévenus, et ne prévient-elle pas encore! Il est vrai que l'anaia a parfois été conférée à des personnes qui ne la méritaient guère, et que, par conséquent, elle a soustrait bien des coupables à la juridiction de la djemâa, mais ne vaut-il pas mieux pécher par miséricorde que par excès de sévérité?

La troisième institution kabyle qui restreint les pouvoirs de la djemaa est l'association volontaire sous toutes ses formes. Tantôt elle s'applique à l'universalité des biens, mis en commun par plusieurs familles, tantôt elle n'a qu'un objet déterminé : ainsi le travailleur qui n'a que ses bras s'associera avec le propriétaire, et, suivant les conventions, recevra le cinquième, ou le quart de la récolte; plusieurs propriétaires s'associeront pour là culture des vergers, la cueillette des olives ; les femmes pour élever des canards ou des poules ; les enfants pour chasser aux gluaux, etc. C'est la règle pour les petites comme pour les grandes choses : jusqu'ici rien de mieux, car l'association, ainsi limitée, non seulement est légitime, mais encore s'impose comme une nécessité sociale : mais le mal commence lorsque l'association s'étend aux affaires politiques, administratives, judiciaires, crée un pouvoir rival de la djemaa, et tend à se substituer à son influence.

Or ces associations existent en Kabyiie de temps immémorial. On les nomme des qo/s. Le çof a sa hiérarchie, ses chefs, son budget. Il est fort élastique, car il n'a rien de fixe, ni dans le temps ni dans l'espace : on peut en eflet changer de çof sans être déshonoré, et le çof franchit parfois l'enceinte du village. On pourrait le comparer à ces corporations, jurandes et maîtrises de notre an-

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cienne France, qui furent balay^^es par la premî6re révolution. Aussi, bien que Tintervention du çorsoît parfois utile, quand îl s'agit par exemple de protéger les minorités contre l'oppression des majorités, faut-il autant que possible lutter contre les çofs, et tacher de les anéantir : mais ce ne sera pas une triclie aisée. ^Supposons, et c'est ce qui arrive journellement, un village partagé entre deux çofs égaux en pouvoir, cette compétition neutralise ou plutôt annihile la djeniaa. D'ailleurs le çof est tellement entré dans les habitudes kabyles que, dans chaque village, on trouve une sorte de halle longue et couverte, au travers de laquelle passe une petite rue. Des deux côtés sont des bancs de pierres dallées. C'est h\ que se tient la djemaa ; mais, comme il y a toujours au moins deux çofs, un çof s'assied d'un côté, l'autre lui fait face, et de la sorte on est bien phis à l'aise pour s'injurier et 8*injurîer encore.

Par ce qui précède, on a déjil compris que l'autorité centrale manque absolument en Kabylie. Il est pourtant impossible de rester cantonné dans son village, sans communiquer avec ses voisins, ne serait-ce que pour échanger les produits de son travail. De là la nécessité d'un règlement spécial pour les marchés et les foires. En principe la tribu propriétaire du terrain oîi se tient le marché en a la police. Le chef du marché préside aux transactions, juge les délits et fait punir les coupables, mais cette justice sommaire entre souvent en conflit avec la djemaa.

La loi de Lynch, c'est-à-dire le droit barbare en vertu duquel on se fend justice à soi-même, s'applique en Kabylie tout aussi souvent que dans le Far "West américain. La foule, témoin d'un délit, s'empare du coupable, ne laisse pas au juge le temps de prononcer la sentence, lapide le prisonnier, et l'enterre sous les pierres qui lui ont doiiné la mort. Ce mode de supplice est employé pour éviter larebka, car, dans la lapidation, on ne Stiit pas au juste quelle est la pierre qui a donné la mort. II y a là évidemment un abus, un abus criant, contre lequel nous ne saurions trop nous élever.

L'autorité religieuse est également en dehors de la djemaa. Les Kabyles, bien que musulmans, n'acceptent pas sans restriction la

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loi du Coran. Les prêtres ou marabouts forment une classe à part qui se perpétue par l'hérédité. Ils occupent avec leurs ramilles des villages entiers qu'ils administrent à leur guise, sans vouloir reconnaître l'autorité de la djemâa. A côté des marabouts, n'oublions pas leskliGifans^ ou membres des ordres religieux, recrutés par des adhésions volontaires dans toutes les classes de la société, et qui tendent à dominer les marabouts, de même que les çofs dominent les djernaas.

En résumé, bien quelle ait à lutter contre la rebka, l'anaîa, le çof, contre la juridiction spéciale des marchés et contre les marabouts et les khouans, la djeniaa est souveraine. Malgré ces obstacles accumulés, elle n'a rien perdu de son prestige. A chaque instant elle intervient dans la vie de l'individu. Par exemple, un vol a été commis, un Kabyle a été insulté, c'est ia djemaa qui condamne le coupable et impose une amende. Le Kabyle veut-il se marier : il n'aura pas le droit de payer aux parents de la jeune fille qu'il épouse la somme qui lui convient, car la djemâa a établi un maximum. En un mot, dans cette société divisée à l'infini, la djemâa seule est souveraine, et c'est une nécessité, car, chaque groupe étant responsable des fautes des individus qui le constituent, il est indispensabfe que l'assemblée soit armée de pouvoirs fort étendus.

Aussi bien, il ne faut pas nous plaindre de l'étrangeté de ces coutumes. Elles aident notre politique, au lieu de la combattre, car elles sont en contradiction avec la loi musulmane, et c'est cette loi qu'il nous faut détruire, si nous voulons être les maîtres de l'Afrique. Chaque institution kabyle est donc entre nos mains un précieux instrument. Plus nous nous eii servons, plus les deux tiers de la population qui couvre le sol de l'Algérie s'habitue à nous considérer comme des libérateurs.

C'est ainsi qu'une création toute récente, la chka'ia^ est appelée à rendre de grands services. La chkaïa est une séance publique dans laquelle tous les indigènes peuvent venir porter plainte aux représentants de la France. Chaque tribu a son jour, et, ce jour-h\, malgré le temps ou malgré la distance, les aminés de chaque djemâa sont fidèles au rendez-vous, et viennent rendre compte de leur admi-

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LA RÉSISTANCE NATIOXALE.

nistratioii et exprimer leurs plaintes ou leurs vœux. C'est une exceU lente coutume que d'interroger ainsi les indigènes à intervalles périodiques. Nous nous attachons do la sorte, plus qu'on ne saurait croire, ces populations soucieuses surtout de leurs intérêts locaux.

Maintenant que nous connaissons le gouvernement et les coutumes kabyles, pénétrons dans leurs villages et essayons de trcicer le tableau de leurs mœurs.

Les Kabyles aiment i\ vivre en société, à coté les uns des autres. Point de maisons éparses dans la campagne, mais de nombreux villages, fortifiés pour la plupart. La nécessité a produit eu Kabylle le même résultat que dans la France féodale ou la Castille. Tous les petits groupes de population ont été contraints à s'isoler dans des lieux fortifiés par la nature, par exemple sur des pitons de montagne indépendants et faciles à défendre.

Qu'on imagine un pâté de maisons en pierres brutes et inégales, semblables à celles de nos paysans d'Auvergne ou de Daupliiné, serrées les unes contre les autres, et s'ouvrant par une porte unique sur des ruelles intérieures. Peu ou point de fenêtres. Rarement un petit minaret s'élevant au milieu de la masse. Tel est le type constant du village kabyle. De loin, rien de plus coquet. On dirait une ruche encadrée dans un bouquet de frênes et d'oliviers. Cette ruclie peut se transformer brusquement en forteresse. Il sullit de pousser la porte de la rue principale. L'enceinte du village devient alors inabordable, et les- maisons agglomérées forment une enceinte circulaire de facile défense, d*oh les femmes même peuvent combattre. Si on parvient i\ forcer Tentrée, on se trouve en face d'un dédale de ruelles tortueuses, coupées par des barricades, véritables coupe-gorge, où le Kabyle se fera tuer, mais non sans résistance. Chaque village est donc une forteresse, et c'est là que, tous les soirs, hommes, femmes et bestiaux sont rassemblés À l'abri d'un coup de main.

Entrons dans un de ces villages, pénétrons dans une de ces maisons ; nous serons vite désenchantés. Les Kabyles sont en effet d'une saleté révoltante. Ils s'étalent effrontément dans l'incurie et la malpropreté. Non seulement l'usage dos bains est inconnu, mais nicme, malgré la

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religion^ celui des ablutions. Enfants et femmes vivent pele-melc avec les animaux domestiques. On entre d'abord dans une grande pièce où la lumière ne se glisse que p«ir une petite ouverture du côté de la rue. Au milieu est un trou entouré de pierres plates, c'est le foyer, le hanonn^ autour duquel se tiennent accroupis dans leurs burnous les hommes et les enfants. En contre-bas de cette pièce, qui est la pièce de réception, d'apparat, se trouve Técurie ou nfhlaxnin^ creusée en partie dans le sol ; au-dessus de l'écurie est un plancher en bois sur lequel sont entassés, avec des sacs de fèves et des bottes de paille, les femmes et les petits enfants. C'est la chambre à coucher ou plutôt la pièce des femmes, car le maître est le plus souvent près du kanoun. La porte une fois fermée, n'a-t-il pas tout sous la main, famille, bestiaux, provisions d'hiver? Personne ne peut toucher à quoi que ce soit, sans qu'il en soit informé, et, si vous venez l'attaquer, sa résistance Bera désespérée.

Quelles sont les occupations favorites du Kabyle? Il est agriculteur ou industriel, jamais inoccupé, car il n'est pas riche et de plus très économe ; aussi ne perd-il pas son temps. Quand il n'est pas ciux champs, c'est qu'il fabrique son huile ou sèche ses figues. Ceux qui n'ont pas de propriétés font des souliers, tissent des burnous, forgent ou cisèlent, et avec beaucoup d'habileté.

II est pourtant une heure à laquelle le Kabyle aime à ne rien faire, c'est quand l'un des siens, saisi de l'inspiration poétique, se met à déclamer les poésies qu'il vient d'improviser, car le génie poétique ne fait pas défaut à celte race encore primitive, et qui voudrait recueillir les chants populaires du pays serait assuré d'y récolter une riche moisson. Il est une autre circonstance où le Kabyle fdit également trêve à ses occupations, c'est quand il se réunit A quelques-uns de ses amis pour manger de la viande. Il n'en mange en effet que rarement, et alors l'usage a prévalu qu'il ne la mange jamais seul. D'austères censeurs ont reproché à ces pauvres Kabyles leurs achats de viande faits en commun, et suivis d'un partage égal entre tous les membres du village : ils ont mcme i\ ce propos lâché le grand mot de communisme; mais n'est-ce pas une singulière exagération? La

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viande est rare en Kahylie : aussi les Kabvles bc font-ils une fî-tc d'en tnan<;er tous enscnililu h certains jours, et ils <|ualifîent de gloutonnerie l'acte d'égorger en caclictte un animal et de le manger solitairement Ceci peut nous paraître étrange, ruais combien est-il de nos lois qaï doivent leur paraître à tout le moins aussi (.-xtraonlinaircs! Laissonsles donc manger en commun leurs moutons ou leurs volailles. G'vst un usage : rL-spectons cet usage.

rif '<■ — ftBane k^>ll fc.

Aussi bien il est peu de pays oîi riiospitalité suit pratiquée plus largement et avec plus du bonliomic. i Nulle part, peut-être, les exigences de la communauté k l'égard des rielies et des forts ne sont aussi grandes. Si une maison est incendiée, tous les membres du village contribuent i\ la rebâtir. Il y a une multitude de cas oh Ton est tenu, sous peine d'amende, de prêter secours aux amis, aux voisins, aux simples passants qui se trouvent dans le besoin. L'hospitalité est considérée comme un devoir impérieux qui p6se ÎV la fois sur

les individus et sur le village Dans le terrible hiver de 1867 à 1868

personne ne mourut de faim en Kabylie. Un pareil fait compense bien des abus. > (Clamaokkan.)

Pour achever ce rapide tableau de la civilisation kabyle, il nous reste à parler des femmes. Leur condition est honteusement inférieure à celle des hommes. On achète la femme, on la possède à peu près comme une esclave. On peut la répudier et elle n'a pas le droit de répudiation. Bien que non pratiquée en fait, la polygamie existe en principe, et le seul obstacle qui rempcche de se développer est l'absence des grandes fortunes. Les femmes kabyles sont chargées de tous les travaux qui fatiguent. Elles servent de bêtes de somme, et remplacent les chevaux et les mulets qui sont rares dans le pays. S'agit-il de transporter des pierres pour construire une maison, de chercher des poutres dans la foret, de descendre plusieurs fois par jour plusieurs centaines de marches pour aller chercher à la source la plus voisine Teau qui m<anque a la djemaa, c'est l'œuvre de la femme. L'homme n'est certes pas inactif; mais la grosse besogne, le travail de pure fatigue, il le réserve à sa compagne. Rien de plus extraordinaire, on dirait presque de plus répugnant pour un Français, que de voir ces malheureuses courbées sous le poids d'amphores qui, pleines d'eau, pèsent jusqu'à cinquante-quatre livres. Pour se maintenir en équilibre, elles sont obligées de s'accrocher avec leurs pieds nus aux moindres aspérités des rochers.

n arrive pourtant, dans ces cantons oii la femme est si mal traitée, que parfois elle élève la voix pour rendre des oracles, et les Kabyles, en ce cas, s'inclinent devant elle. Il y a des saintes en Kabylie. La plus haute cime du Jurjura est même consacrée à l'une d'entre elles, À Lalla Kadidja. Ces femmes d'ailleurs semblent prédestinées au rôle de prophétesses. <c Elles réalisent presque l'idéal de la beauté violente qui domine les âmes fanatiques et mobiles. Leurs têtes, quand elles sont parées, sont entourées d'un diadème d'argent très large, émaillé de vert et de bleu. Leur cou est enveloppé d'un collier large de deux doigts, composé de sachets carrés, émaillés et reliés par des cordons de corail ou des tubes d'argent. Leurs oreilles sont chargées de bon*

LA RÉSISTANCE XATIOXALU

des d'argent, d'oîi pendent de petites chaînes terminées encore par des grains de corail. Une pla(|uc ronde entour<!c de gouttelettes d'argent s'applique sur In poitrine dos jeunes filles et sur ta tète des femmes. Des agrafes de mêinc style s'attachent près des épaules. lueurs bras sont chargés de bracelets, et leur vêtement tout entier est l>leu foncé, serré autour des reins par uitc ceinture rotige. La plupart sont tatouées : elles ont les ongles rougis par le henné et les paupi&res bordées d'une teinte bleue. )> (Masijukieav, 181.) Ces ornements compli-

Jlr T*- — ifing^ de ^BUIK kilijk (U|i'iit rUrk).

qués sont curieux. Il y en a de fort anciens et de très authentiques. Od y ïoit des monnaies consulaires de Rome mûlé-os t\ des scqnins de Soliman ou à des t'eus de Louis XIV. Par malheur ces bijoux commencent & disparaître. L'art kabyle se transforme. Bientôt sans doute de jeunes Kabyles vendront i\ Tizi-Onzou ou i\ Fort-National des bracelets en niolz ou des boucles d'oreilles et des anneaux en plaqué.

Telles sont les femmes kabyles : \ la fois durement traitées et fort respectées. Leurs maris les achètent pour quelques centaines de francs et les rouent de coups, mais ils les aiment pourtant. Ils les gardent avec jalousie, et les tuent sur un soupçon. Quand ils combattent, ils

les rangent cle^ri^re eux sur des rochers à pîc, par^*es de leurs présents nuptûaux, qui sont souvent toute la fortune de la maison. Ces femmes, nous n'en avons que trop souvent fait Texpiîrienee, savent parfois se battre à côt6 de leurs maris et se font tuer aussi vaillamment qu'eux. En résumé les Kabyles constituent une population fort originale. Nous aurions pu nous les attacher dès les premiers jours de la conquête, et, aujourd'hui, ils seraient déjà presque Français. Nous les avons maladroitement dédaignés, injustement maltraités, et, au lieu de nous les assimiler par la civilisation, il a fallu les réduire par trente années de guerres atroces.

Les Kabyles se sont montrés constamment rebelles aux dominations étrangères qui se sont succédé sur le sol africain. Ils ont, dans leurs montagnes, fièrement maintenu leur indépendance contre les Romains, les Vandales, les Grecs, même contre les Arabes et les Turcs. Si, parfois, les envahisseurs pénétraient dans leurs vallées, ils ne pouvaient s'y maintenir. Les Kabyles pourtant n'étaient pas les ennemis déclarés de toute civilisation étrangère, mais ils entendaient garder leur langue, leurs usages, leur nationalité en un mot. Notre grande faute a été de ne pas comprendre, je ne dirai pas leurs besoins, mais leurs sentiments, et de vouloir les astreindre par la violence à notre domination.

Les Kabyles pourtant n'auraient pas mieux demandé qu'à vivre en paix avec nous. Tant que nous luttâmes contre les débris de l'Odjeac, tant que nous eCimes à briser la résistance des Arabes conduits par Abd-el-Kader, ils assistèrent en témoins indifférents h ces luttes qui pourtant les touchaient de si près. Quelques-uns d'entre eux avaient, il est vrai, pris les armes, soit au service de la France, soit en faveur de nos ennemis, mais c'était uniquement en qualité de mercenaires. La masse de la nation continuait paisiblement à cultiver ses oliviers et ses figuiers, à fabriquer ses armes et ses bijoux, et vendait indifféremment les produits de son travail à l'un ou à l'autre parti. Il aurait fallu respecter cette neutralité, qui nous était si utile, et n'abonler la Kabylie que les bienfaits à la main. Peu à peu la fusion on du moins l'union des deux races se serait opérée, comme elle

s'opère de nos jours, depuis qu'on a eu le bon sens d'adopter la seule politique qui convienne, celle des ménagements et des égards. On préféra la guerre et la violence, et il fallut trente ans de luttes sanglantes, avant d'obtenir la pacification du pays.

On pourrait distinguer trois périodes dans l'histoire de nos relations avecles Kabyles : la première s'étend de 1844 à 1852. Elle est tout entière remplie par les trois expéditions du maréchal Bugeaud et des généraux Pelissier et Saint- Arnaud. On pourrait l'intituler la i)ériode de Voccupation. La seconde comprend les années écoulées de 1852 u 1871. Son vrai nom est celui de la période des tmurreciions. La troisième commence en 1871 et se continue jusqu'à nos jours. C'est la période de la consolidation. Nous les étudierons successivement.

Abd-el-Kader| quand il était à l'apogée de sa fortune , en 1839, avait essayé d'entraîner les Kabyles contre les Français. Il s'était présenté dans leurs montagnes avec une faible escorte de cavaliers, par conséquent sans arrière-pensée d'agression, et dans l'espoir de leur faire accepter sa suzeraineté. Quand il fut au milieu d'eux, il leur demanda oii étaient leurs chefs. Le général Daumas nous a conservé , dans son curieux ouvrage sur la grande Kabylie, l'échange de paroles qui eut lieu à ce sujet entre l'Émir et les Kabyles : « Oiisont vos chefs? > — c Nous n'en avons pas hors de notre nation. Nous obéissons à nos aminés et à nos marabouts. » — <i Mais au moins quel est celui qui réunit à lui seul les volontés de tous? » — « Personne n'exprime à lui seul la volonté générale. Chez nous elle se concentre dans la réunion des aminés élus par le peuple. 2> — a Puisqu'il en est ain.si , je prie vos aminés de vivre en bonne intelligence avec mon khalifa et de lui obéir. » — « Nous ne demandons pas mieux que de vivre en bonne intelligence avec votre khalifa. Quant à lui obéir, jamais! Nos ancêtres n'ont pas payé d'impôts : nous n'en payerons pas. » — c Au moins donnerez-vous le zaccat et Tachour : ces contribution& sont d'origine divine. i> — <( Oui, nous les donnerons, mais A nos ma- ' rabouts, pas k toi, et nos pauvres seuls en profiteront, i»

Le dialogue s'animait, mais, en ce moment, on apportait la tltffa^ ou repas de l'hospitalité. Abd-el-Karler refusa d'y toucher, jusqu'à ce

que les Kabyles lui eussent dit s'ils maintenaient ou non leur résolution. Les aminés rinterrompirent alors avec vivacité, i Vous êtes venu chez nous comme un pèlerin^ et nous vous avons offert la diflfa. Cessez de nous parler d'impôts, ou bien, au lieu de couscoussou blanc, nous vous régalerons de couscoussou noir. > Le couscoussou noir c'était la poudre. Un mot de plus et la guerre éclatait. Abd-el-Kader se tut et disparut sans avertir personne. C'était la condamnation de toutes ses espérances. Les Kabyles étaient libres, et voulaient rester libres. Nous aurions du respecter cette liberté.

L'iiisucecs d'Alwl-cl-Kadcr auprès des Kabyles est en eflet la condamnation des expAlitîuns dirigées contre eux par le maréchal Buge«iud. Ce fut sa grande faute militaire et polîtîtiue. Lorsque, en 1840,1e duc d'Orléans fit sa fameuse promena<le militaire des Purtcscle-Fer, pour relier Alger k Constantine, bien qu'il fût acconq)agné d'une colonne expéilitionnaire et marchât comme en pays ennemi, les Kabyles, au lien de les arrêter, ce qui leur eût été bien facile dans ces inextricables défiU'*s, regardèrent nos soldats avec une curiosité sympathique. Quand on les fit avertir par des inter[)rètes qu'on détruirait leurs villages, s'ils s'opposaient à notre passage : c Pas de menaces, répondirent-ils, elles sont inutiles. Nous ne sommes par les ennemis des Français. >

Si, en 1844, la guerre éclata entre eux et nous, la faute en doit être imputée a Bugeand, et rien qu'à Bugeand. Il s'imagina, trc's h tort, qu'il fallait montrer la puissance de la France aux petites républiques indépendantes et guerrières qui peuplaient le Jurjura et les Babors. Sans occuper leur pays d'une manière permanente, il crut indispensable de leur faire au moins reconnaître notre supériorité. Assurément cette expédition n'était p«ns nc*cessaîre. Les Kabyles ne nous avaient jamais provoqués, mais Bugeaud était alors comme enivré de ses succès. Il n'attendait plus les ordres du gouvernement pour prendre l'initiative. De plus le brillant état-major qui l'entourait ne cherchait cjuc les occasions de se distinguer sur de nouveaux champs de bataille. « Il se peut encore que le gouvernement ait vu dans la guerre d'Algérie un moyen de satisfaire, sans troubler l'Knnqie, les as-

tA RESISTANCE NATlUN'ALE. 2^0

|iinitïoiis militiiin-s ik' l'aniiiV dont II [icmvjut avoir besoin, et cii niêiiiu temps de i>réi»arer tctte aniiéo aux l'vL-nttialiti'-s dy l'avenir. > (Nettkmkxt.) Quoi «{ii'il en soit, la giierro fut poussée aii-<lelà du uéeessaire. Au lieu do les suliîr, ou rwlieivlia k-s ocTasîons d'outrer en cauipague, et ks expéditious de Kabylie fitreut certainement nu nombre de celk's «i«'on aurait pu et clû éviter.

On k- savait si l>ien en France ipie l'opposition avait beau jeu |>our

r». — rBf*gE ili* miom nu fuflïnio-FM put Im tmu|-o« (nnf il*Ft.

critiiiuer ces eiitivprIseN. Tn jour, en 1847, le député Dufour interpellait A la cliand)re le ministre de la guerre, Mulîue Sjiint-Yoïi, A propos d'une dé|ieuse irrégiilière de |i!usie»rs millions. Ce dernier, qui avait ses misons pour ne pas être pré-eis, évita de répoudre directement, et allé;,'ua fpu- l'expo lit ion de Kaliylie n'était ipi'une démonstration paciliipie. K Kst-ee possible, .s'étria M. de lîeaumout, UUC d<îuionstralio» paei)ii[iie avec dts réj^inieuls et du canon! C'est i\ De pas croire ce qu'on entend. Quoi! vous voulez enjçjijier dans ces montagne» si fièrement indéiaiidaiites une ariiitt.' française, et vous avex parlé du caractère imciliipie qu'elle doit conserver. Celui qui la c«ni-

mande aur«iît-il sînctreinciit cette intention, qu'il ne sera pas le maître «les événements. >> Le débat devenait eniliarrassant : M. Guizot, sous le prétexte que le gouvernement, en Franee eoinnie en Algérie, disposait sous sa responsabilité des forces militaires, refusa de répondre. Un autre député, M. Dufaure, réplicpia aussitôt avec ce bon sens incisif, qui est resté comme le trait earaetéristicpie de son éloquence. <c Ah ! vous refusez de ré[»ondre. Je vous en demande pardon, vous avez répondu, lorsque vous avez dit que vous n'examineriez pas si l'expéilition était bonne ou mauvaise. Je fais troj) d'honneur au chef du cabinet et au cabinet tout entier pour croire qu'ils aient autorisé une expédition avant de s'être demandé si elle était bonne ou mauvaise. Il est clair que l'expcilition commence sans avoir été autorisée. > C'était rigoureusement vrai! Bugeaud s'engageait contre les Kabyles, parce qu'il lui plaisait d'agir ainsi, et le gouvernement, qui u'appré*ciait que mt'diocrement cette dictature militaire, était forcé de la couvrir de sa responsabilité. Les Kabyles et aussi, par malheur, nos soldats allaient payer les frais de ses fantaisies belliqueuses.

Voici quelques fragments du manifeste adressé par Bugeaud aux tribus kabyles, et de la réjionse adressée par ces derniers au maréchal. € Tout le |niys autrefois gouverné jiar Abd-el-Ka<ler, disait le premier, est maintenant soumis i\ la France. De tant de tribus vous êtes les seuls qui ne soyez pas venus à nous. Plus d'une fois je vous ai dit : soumettez- vous , car vous obéissiez au vaincu, vous devez obéir au vainqueur. Venez me trouver dans mon camp sur l'Isser. Soumettez-vous à la France. Il ne vous sera fait aucun mal. Dans le cas contraire, j'entrerai dans vos montagnes, je brûlerai vos villages et vos moissons, et alors ne vous en prenez qu'a vous seuls, d — < Lorsque la guerre était active entre vous et El-Hadji Abd-el-Kader, répondirent les Kabyles, vous nous é'c riviez dans ces termes : Gardez la neutralité, et il ne vous arrivera aucun mal de notre part. Forts de ces promesses, nous avons gardé la neutralité... L'annc*e dernière vous nous avez érrit en d'autres ternies. Cette année vous nous avez renouvelé vos lettres nous ordonnant d'aller vous trouver, de vous servir, nous menaçant, a défaut, de marcher contre nous, de brfder

. wi

LA RIÏRISTAKCE NATIONALE.

nos doiiiL'ures,«]i.' i-cuiikt iicis nrl>n-s. Nous ne iloiim-niiis ricii, nous ne recevrons auciiiiu investiture; nous ne l'avons jamais fait. Kn nwtrc qualité de Ka^jles, nous ne reconnaissons puni" ulieft que îles Knliylwii comme nous, et pour nrliitre souverain que Dii-u qui iHiiiît rinjuste. * I) est diflieile de le nier : la raison était du rôté des Kaliyles , innÎH la force était <!u côté de lîuf^'and, et il le prouva.

PI». It. - Vil. K*1- n.tn .1

Le 27 avril lS-1 1 un crps d'aruié-e d'environ 7,000 liommes <piittait Alfier et eiitraïl en campagne. Le maréelial avait résolu de preudre sur la nier .sa Itase d'opérations. Sun oliji-etif était la petite ville et le port de Dellys. Il voulait en faire son port de ravitaillement, mais le mauvais temps rendit eette marelie très pénible, ear nos soldats curent il traverser des terrains détrempés par des pluies récentes. Ils ne rencontn'-rent d'aliord amime ré-sistaiieo. La plus ;;rand<' irré-solufion reliait parmi les Kalivies : les pauvres ne deinandaienl qu'à se battre, mais les puissants et les lielies, qui voyaient li-iirs maisons et leurs cliamps

i88 L'ALGÉRIE.

expos^« A nos del^vastcitioiis, se scnhnîcnt disposés i\ traiter; seulement ils n'osaient p<is le faire avîint d'avoir fait parler la poudre, et ils iU^ siraient que le menu peuple eût assez souffert pour prendre l'initiative de la soumission. Bugeaud, sans s'arrêter i\ ces considérations, poursuivit sa marche sur Dellys, et l'occupa sans peine : mais, pendant qu'il mettait cette petite place à l'abri d'un coup de main, les contingents k«nbyles arrivèrent de toutes parts, et se disposèrent h l'arrêter dans son mouvement oflensif.

Un premier engagement eut lieu i\ Taourga. Nos soldats dispersi»rent sans beaucoup de i)eine les paysans mal armés cpii essayèrent de leur disputer le terrain. Cette aflaire produisit une vive impression sur les Kabyles, particulièrement sur la tribu des Flissas. Bon nombre d'entre eux, comprenant l'inutilité de la rcn^istance, auraient voulu entamer tout de suite des négociations. Ce furent les femmes qui les ramenèrent au combat, indignités de cette pronq)te soumission. Les paysans ktibyles, excites par les railleries de leurs épouses, prirent honte de leur Iftcheté, et décidèrent de livrer une grande bataille. Ils se rassemblèrent au nombre de près de 20,000, et occupèrent les crêtes escarpées de l'Ouarez-Eddin. Il était audacieux de notre part d'attaquer avec 4 à 5,000 baïonnettes une infanterie quatre ou cinq fois plus nombreuse I etcampcH) sur de fortes positions, mais Bugeaud répondit à un Je ses aides de camp, qui lui soumettait quelques objections, qu'il professait depuis longtemps la tlic*orie de l'impuissance des masses îrrégidières , et que le moment était venu d'appliquer ses principes. Malgré la pluie qui tombait en abondance, il donna le signal de l'attaque, qui fut impétueuse. Les Kabyles se défendirent avec énergie et repoussèrent plusieurs fois les assauts de nos soldats, mais ils ne purent tenir longtemps contre nos feux habilement dirigés, et cc^dèrent le terrain. Leur retraite se convertit bientôt en déroute. Les Français, em|K)rtés par leur ardeur, eurent le tort d'oublier qu'ils n'avaient plus devant eux que des vaincus, et ils massacrèrent in<Iistinctement tous ceux qu'ils rencontrèrent.

Au contact des Arabes notre arnicH) d'Afrique avait en effet contracté de déplorables habitudes de sauvagerie et de représailles h

outrance : elle ne le prouva que trop dans la journée (rOuarez-ccl-Diiu Sans doute la chaleur du coinl»at peut excuser quelques exci's, maïs, en Kabylie, ces odieuses exceptions furent troj) souvent la rt'gle, et certaines cniautcs, que tolérait rinsouciance des chefs, dénu»nilîsaient les troupes. En voici deux exemples, rapportés par un témoin oculaire du combat d'Ouarez-ed-Din.

Dans la matinée, une jeune lîlle kahyle ayant vu toinl>cr a ses côtés un vieillard, qui était peut-être son jrtc, ramassa le fusil tlu niort et tua un de nos sohhits. Frappée i\ son tour d'un coup de fusil en pleine poitrine, elle resta sur phice. Dans raprc\s-niidi cette malheureuse nllait encore, et quelques individus, indignes de runiforme français, avaient imaginé d'alhnner de chaque coté de ses flancs de petits fagots d'épine, et, en face de cette horrilde agonie, avaient le triste courage de se livrer a de cyniques phiisanteries. Le lendemain, à la pointe du jour, on amena au niarc*chal un enfant d'une dizaine d'années, qu'on avait surpris errant parmi les cadavres. Il pleurait à chaudes lannes. Son pcre et sa mère avaient été tués. Il refusa tous les soins , car il voulait aussi mourir. IJugeautl ordonna qu'on le renvoyât du camp. Quelques minutes après, un coup de feu retentissait. Le malheureux orphelin venait d'être tiré comme un litvre! Ne nous étonnons plus si l'esprit de vengeance, surexcité par de tels actes, nous a parfois valu de si eflroyahles représailles!

La victoire d'Ouarez-ed-Din eut un innnense retentissement. Il est certain que l'occupation de ces crêtes inaccessiMes, défendues par «les montagnards belliqueux, faisait le phis grand homieur à notre armée d'Afrique. Les Kabyles conq)rirent cette fois l'impossibilité de prohmger la résistance sans provoquer des désastres. Leurs aminés se pré-scntèrent au maré*ch«nl, et, s'excusant sur l'insistance de leurs femmes à les mener au combat , deman<lèrent pour toute grâce î\ être dispensés de payer l'impôt, car ils ne l'avaient jamais [>ayé ni aux Turcs ni ai l'émir Abd-el-Kader. IJugeaud leur répondit que la France était autrement puiss^uite que l'avaient jamais été le dey ou l'énn'r, et tpi'elle voulait astreindre aux mêmes lois tiuis k*s Algém-ns sans excepticin. Ils baissèrent alors la tetc en signe de résignation. Remarquons cepen-

ALOiHIK. S7

daiit curaprus les avoir coiitraîiits a subir lu prînciiK», ou ne leur eu fit iju*uue applicatiou très douée.

Ainsi finît Texpédition de 1844, Ce ne fut a vrai dire qu'une reconnaissance militaire. De part et d'autre, pour employer une expression suldates«|ue , on s'^'tait taté, mais il n'y avait encore rien de dcridé, et, bien que Bugeaud, dans son rapport oflîciel, se lut vanté d'avoir étendu de plus de vingt lieues u l'est le rayon de la banlieue d'Alger, d'avoir ajoute A notre domination un territoire fertile et peuplé, et d'avoir conquis de vastes et bonnes terres pour la colonisation européennCi en réalité, il n'avait ajouté qu'un nom a la liste des victoires firauçaises. La Kabylie n'était pas conquise, et les Kabyles n'avaient pas fait leur soumission. La meilleure preuve en est que le marcx-lial fiit forcé à deux reprises, en 1845 et en 1847, de recommencer cette expénlition.

En 1845, l'émir Abd-el-Kader, après sa diversion manquc^edu Jifaroc, revînt en Algérie prêchant la guerre sainte, et réussit à soulever contre nous les Arabes. Nous savons déjà que, grâce aux précautions de Bugeaud, cette insurrection fut durement compriuiév, et que l'émir, bientôt réduit & toute extrémité, fut obligé de chercher un refuge sur les cimes du Juijura. Les K.ibyles ne l'aimaient pas, pas plus d'ailleurs qu'ils n'aimaient les Français, et surtout ils ne voulaieiit pas que leur pays devînt le théâtre des hostilités. Ils se hâtèrent donc de prévenir nos géiiéniux, et ceux-ci combinèrent si bien leurs opérations qu'Abd-êl- Kader fut obligé de chercher un refuge plus sfir que dans la Kabylie. Un bien petit nombre d'indigènes s'était prononcé en sa faveur : quelques chefs déjà compromis, et, dans les classes inférieures, quehpies dé*classc*s, toujours prêts â saisir une occasion de brigandage. La masse de la nation était restée neutre. Il n'y avait donc pas, dans cette attitude de quelques Kabyles, de raison suftisante pour diriger une ex|>é*ilition contre la grande Kabylie.

Bugeaud cnit le contraire. Il pensa qu'il fallait avec empressement saisir ce prétexte pour donner une nouvelle leçon aux Kabyles et leur démontrer la supériorité irrésistible des armes françaises. Sans doute ils n'avaient pas donné asile â l'émir, mais ils ne s'étaient pas non

La KESISTANCK XATIOXALK. 291

jl l>lus (liVlan's roiitiv lui, vt il laflaît Its |mnir, coiinnr d'nno tniliis^n,

I (le cette neutralîtr. C'était un alms de la fnive, et la leçon fut |iliis

digne d'un peuple lmrl»are que d'une nation civilisiV.

Au niili(»u di* l'annA» IS 15, le nianrlial mobilise tout h coup la p^anle nationale d'Aljîer, attire h lui la j^arnîson de cette ville, met en nVjuîsition toutes les betes de soiume employ^Vs h la culture, et envaliit la Kabylie sur plusieurs pc»îuts a la fois. L'ordre* avait vtr d(»nné de faire une guerre de dévastation, et il fut rîgoureusfuient exévuté. C'était une déplorable i>oliti(pie. Le maréchal ne compremiit pîis que les razzias, justifiées contre des nomades qu'on ne peut atteindre que dan» leurs maisons et leurs troupeaux, n'ont plus leur raison d'être quand on les exécute contre des populations sé^lentaîres. Aussi bien ses soldats se comportèrent avec férocité. On efit dit une seconde dévastation du Palatinat.

Femmes et enfants tué*s, maisons brftlées, arbres coupe^ii au pîe<l, rien ne fut épargné. Il y eut même des act(\s atroc^es de commis. Presque toutes les femmes kabyles portent, rivées aux bras et aux jani1»es, des cercles d'argent, dont elles se parent. On vit des soldats couper lc*s quatre mend>res A des fennues pour s'emparer de ces cercles, et ce n'étaient pas toujours des cidavn^s qu'on nnitilait ainsi. A vrai dire, il n'y eut pas d'engîigements sérieux, car b's Kabyl(.*s en connaissaient l'inutilité. La campagne fut pourtant meurtrière, î\ cause du ^rand nombre de traînants ou d'hommes isolés que les Kabyles surprirent et massacrèrent. Bon nond»re de sentinelles furent également leurs victimes. Les Kabyles ranq\aient daus l'ombre pendant la nuit ou aux heures indé^cîses oîi commence le jour, toud)aient sur nos sentinelles engourdies et les égorgeaient. Pour les dépister, on s'avisa d'un singulier stratagème.' On dressa contre eux de grands chiens europ/'-cns , comme aux premiers temps de l'oeeupaticm de l'Amérique par les Espagnols, et cette chasse A l'honnue donna de si bons ré*sultats que ces chiens furent répartis par conq»agm'e, et que leur nourriture futassun''C par les soins de l'administration militaire. N'est-ce pas la condamnation d'une semblable guerre que d'être obligé de conq»ter sur de |»areils auxiliaires I

Les K;il>yles, qui ne voulaient pas sérieusement tenir la eanipajçne, vinrent de tous k*s côtés protester de leur soumission. lîugraud, <iui cherchait à faire croire que la domination française avait été éhraidéc par cette prétendue révolte, et s'attendait aux vives eriti^iues que soulèverait cette extvution militaire, rassembla la garde nationale d'Alger, i\ son retour dans cette ville, en février 184G,et fit aux colons la dc\:laration suivante : « Nous avons beaucoup incendié, l^eaucoup dc^truit. Peut-être (»n me traitera de barbare, mais je me place auilessus des reproches de la presse, quand j'ai la conviction d'avoir accompli une œuvre utile h mon pays. L'armé^^ n'est pas faite pour protéger les intérêts des colons, mais pour marcher à la conquête de l'Algérie et s'illustrer par des victoires. i> Le marc'chal se trompait. Il avait outrepassé les droits de la conquête; il avait compromis la France; il avait maladroitement engagé l'avenir. Sans doute il se faisait craindre, nmis il se faisait aussi haïr, en adoptant ces moyens de gouvernement à la turque. D'ailleurs, ii*était-ce pas la pire des |)olitiques que de semer ainsî des rancunes inexpiables, qui, d'un moment i\ l'autre, pouvaient constituer un véritable péril pour notre domination?

Le maréchal Bugeaud avait comme le pressentiment des graves dangers que pourrait entraîner pour l'Algérie, d'un jour à l'autre, une insurrection sérieuse de la Kabylie. Fidèle i\ sa politique de répression, il voulut conduire une troisième expcMlition dansée pays, et, cette fois, le conquérir définitivement,. car les deux campagnes de 1844 et de 1845 n'avaient guère été que des promenades ou plutôt des cxc'cutions militaires. Encore fallait-il un prétexte : mais le mart*chal n'était pas embarrassé pour en trouver.

Un des témoins oculaires et des acteurs de cette campagne, le général Daumas, qui a raconté, non sans une secrète sympathie pour Bugeaud, les principaux événements de l'expédition, ne peut s'empêcher de reconnaître que les Kabyles étaient tranquilles. « La gran<le Kabylie, écrit-il, commençait à se démembrer de toutes parts, et ses morceaux dérivant, pour ainsi dire, vers la domiiiation française, gravitaient autour de Bougie, Sétif, Dellys, ou Alger même, d'après leur position géographique. Le centre seulement demeurait inuuobile, mais

LA RÉSISTANCE SATIONAI.K

on iitf tlistiii<;i(ait niitoiir <Ii> lui ni di-s nissL-niliK-nicnts di' fi>n.-CK cnn- 8i(l(TiiliK-s, ni (k's |iiv|i;uati(s imiiiii'taiits, ni lU-s velIéîtfV do n'vistaiR-c fnnnti^inv. i CV-taît ilniic pour nous Iv nioinciit do rvstcr trampiilk's. «: Cotait l'instant le niimx i.Iiiiisi, iVrira le {,^4'nrral Daunias îivim; une «in^ilièix' natvc'ti', iicnir ciini|ilrtt.T, par uiio deinmistration importante,

Flg '■ »

l'œuvru de la cumiuètv. >■ Il ewt dinic lùen t'taMi nu'tin vcnilait i-uiiqm'rir |iour coi»iui'rir t-t rinlli.-nit.-nt pour se dt'fendro. Si le nianx:liiil entrait en tautpa;,'ue, t'était pan-c «lu'il niettîiit inie snrti' de point d'honneur i\ ne rîi-n laisser h taire ;i|irî;s lui.

Cette troisième eariipaj;iie fut d'ailleuis lialiilenieiit conduite et vigoureusement menée. Alin de diviser l'atteiitiitu et les foives de l'ennemi.

(U»ux coloinirs (Icvah'îit oporcr siniiiltaiirmciit : la i»r('inî?»n», coiuînaiHl/v par IÎ(Mlc»au, partirait (h S<'tîf et aurait lîmi^^îo pour olijectif, La secoikIc, cr»iiiiiiaH«l('c par le nianVIial, partirait d'Al^jcT et aurait ej^aleiiient Iîi>ujîio pou'* oly'eetîf. De» la sorte, I<»s territoires iiisouuiis seraient jiareounis s\ peu près en entier, et, en même temi»s, la niarelie des deux colonnes servirait «le reeonnaîssanee prealaMe aux futures routes de la Kal>ylie. Pe plus, eomme l<\s Kal»yles songent avant tout A défendre leurs ]»ropriétés et leurs familles, nienaeés «pfils seraient de jdusieurs cotés i\ la fois, ils ne son;;eraient qu'i\ faire faee A Fenvahisseur, et nullement s\ se coaliser. Kn effet, il y eut bien entre les indigènes un essai de confédération. Quelques triluis éehtingerent entre elles des promesses ; maïs elles ne parvinrent pas A s'entendre sur un plan de défense commune.

Pendant ce temps, les Français précî|Mtaient leur marclie. La colonne de Bugeaud .se trouva la première en pré'sence de renn<Mnî. Le 15 mai 1847 elle entrait sur le territoire des lîeni-Al»l»as, et se mettait en mesure d'emporter le village d'Azrou, qui passait pour încx[uignaMe. Le 10 au matin l'attaque connnença : elle fut hrillante. Les Kabyles avaient incendié quatre de leurs villages, qu'ils avaient convertis en places d'armes. Ils en furent délogés, et se réfugièrent alors sur les hauteurs, oîi ils espéraient se maintenir. Nos soldats les y poursuivirent, car Bugeaud ne voulait pas laisser aux ennemis le temps de se rallier et de reprendre du courage et de l'enseuible. Le combat recommença donc A trtivers les rochers. L'élan de nos troupes fut tel que les Kabyles épouvantés s'enfuirent bientôt dans toutes les directions, et que le village d'Azrou fut emporté. Les deux tours qui dominaient le pays, et qu'on nonuuait les Cornes du taureau^ tombèrent avec fracas sous les coujïs de notre artillerie. Bientôt des torrents de fumé-e noire, épaisse et fétide, se répandirent dans la plaine. C'étaient les maisons et les moulins A huile qu'on brfdait, les récoltes et les arbres qu'on incendiait.

Sur le soir, quan<l ils revinrent A leur campement, nos soldats étaient chargée de butin. Ils emportaient des armes en graiulc quantité, des pièces d'étoffe, des tapis et des burnous. Les plus heureux

BESrSTASCE XATIONALE.

avuiciit raiiiîWstMk*» bracelets ou dus aiinuaiix iK- lùed, îles collier», «U-s IifiKhuits irorville, des j.lîuiui-s d'argent ciselé, et des ceititmx-s brwlées (l'or. D'autn-'S étreij^naielit des elievreaiix, des tiioiltoiis on des volailles, qui se déUittaieiit et mêlaient K-iirs l^'lenielits et leurs cris aux îiiiprL-catiuiis de lenrs ravisseurs. Ta- plus liouteux fut <|ne, le leiKlemiitii de la bataille, une sorte de iiiarelié bizarre se tint h l'un des nn^K'S de notre eîiin|i. Les l'enî-.VbbaK rarliet.deut » vil prix ou iVlian^-aîent

.!«i»,PfWih^r"-?^.' -««!»

S^mh'f^* ■ î

- Vue i^ninikt <la BuhkIv.

la plujiart des objetH qu! leur avaient été ravis la veille, et c'était » l'ombre dn drapeau frau^'ain que s'aetunipIisKalelit eeS liontuiiscH transactions! La victoire d'Azn.u était diVisive et elle lie nous avait

coftté que quaniiite-sept I nies. L'armée dès lors lie reiicontni piis

une seule tribu qui n'eût envoyé à l'avaiiec ses ollVe» de souinissioil. Itcilean, <le son côté, était [lartî de Sétît", et s'était i\ soti tour eligjiyé; dans la nionta;;ne. Li- Ifi mai un premier combat rions ouvrit le territoire de la tribu des lîcboiilas. Le jour suivant les UeUiulas Turent culbutés et soumis à l'impi'.!. Le 19 lîcdcau opérait sa jonction. Le 23

2tl6 L*ALGÉKIE.

l'ariiiw eiitîrre, formant un oITectîf «IV'nvîron ({iilnze iiiîlle 'lioniincs, entrait h Hongîe. Les Kal)yles n'avaient jamais vu nos soMats en aussi j^raiid noml>re. Ils en furent frapiKS. <c Nous avions bien «appris, disait 2\ ce propos l'un cle leurs aminés, rpie c'était folie a nous de résister, tant votre puissance est grande, mais nous ne l'avions pas vue; maintenant notre œil est satisfait. »

Certes cette campagne fut bien menée, et d'importants résultats avaient été accpiis : mais convenait-il de dé-clarer imc guerre à outrance ace peuple qu'on pouvait appeler à soi jiar les bienfaits de notre civilisiition? Les Kabyles ne nous aimaient pas : des lors ils nous <létesterent. On alluma dans leurs c«eurs de légitimes ressentiments et d'atrcK'CS rancunes. L;i France, a ce terrible jeu, perdit plus cpi'elle ne gagna. Elle s'imposa par la terreur au lieu d'attirer par les services. En effet, toutes les fois cpie les Kabyles se crurent autorisés a profiter de notre faiblesse momentanée pour reconquérir leur indépendance, ils s'insurgèrent en masse, et, h diverses reprises, ces insurrections furent assez sérieuses pour compromettre notre domination en Algérie. Les esprits é'clairés de la colonie conq)renaient le danger. Aussi le général Daunuis termine-t-il par ce singulier aveu son ouvrage sur la grande Kabylic : a L'absorption de la Kabylie par la Fnuice est une (cuvre si délicate; elle exige une telle mesure de prudence et de fermeté, tant d'acconl et de constance dans les vues du pouvoir; elle peut se trouver conqiromise par des accidents si inq>révus, par des agents si subalternes ; elle exige si inq)érieusement le maintien d'un grand effectif militaire en Algérie; en un mot elle dépasse si fort la puissance des plus grands et la prévision des plus sages, qu'au milieu même des espérances les mieux fondées, nous ne pouvons nous défendre d'un certain sentiment d'inquiétude en méditant cette question sans bornes : Que deviemlra la grande Kalnlie? »

L'avenir a répondu : la grande Kabylie devint un foyer de révoltes et d'insurrections. Elle fut aussi un clianq) de bataille pour les andntieux et même pour les aventuriers, qui avaient besoin d'ajouter une étoile i\ leurs épaulettes.

Il est vrai de reconnaître que les Kabyles ne reculèrent plus devant

LA RKSISTAXCE NATIONALE,

la îK'tTSsît*' de jçncrres nouvelles. Ils ne s'étaient sounn's (jifA contre- C(uur, L'inipût qu'ils n'avaient jamais payé sous les gouvernements pm:<Hlents leur seniMaît oïlieux, mais ils détestaient jilus eneore Tolilîj(atîon «(u'on leur avait inn^oséc irol»éir à des Aral»es étrangers A leur race. Aussi étaient-ils fort «lisposés î\ se s<»ulev.er î\ la première oeeasîon. Kn 1850, un eertain Bou-Iiagla, «jui, eoii<lamné pour vol, avait passé plusieurs années au bagne de Toulon, s'avisa de se donner jiour un niara1)out et de prêcher la guerre sainte. Comme il avait acquis a\ Toulon nne certaine iulresse de i^restidigitation, il pré'senta connue tics miracles ses tours de passe-passe et réussit a soulever quehpies tribus ktibyles. Al)d-el-Kader, avec tout son génie, avait échoué aupr<*s fie ces guerriers , et ils acceptaient pour chef un misérahlc jongleur, tant il est vrai <pie, par ses exigences imp(»liti(pies et la rigueur de ses exécutions, Bugeaud avait laissé de profonds ressentiments dans ces cœurs ulcérés!

L'insurrection se projiîigea rapidement. La grande Kahylie fut bientôt toute en armes. La répression fut impitoyahie, car on s'imagina très2\ tort, qu'il n'y avait qu'î\ suivre les errements anciens. Le l'^jniii 1851 les généraux Camou et Bosquet entraient encanq»agne, et bientôt ils s'enfonçaient dans le i»ays, brûlant et ravageant tout. Ils n'épargnaient même pas les tribus qui fuyaient \ notre approche.

Plus de trois cents villages furent incendiés. On fit aussi la guerre aux plantations et aux arbres. Dans le bassin du Sjdiel furent détruits plusieurs milliers d'oliviers, perte irréparable pour toute une génération, puisqu'un olivier n'est en pleine production (pi'apres plus de trente aimées. Il y eut même de cruelles méprises, car des tribus amies furent égorgées connue si elles étaient emiemies. On cite lui village dont tous les habitants furent fusillés sur un soupçon, quoicprils fussent tran<pnllement restés assis «lans leurs demeures, quand nos soldats pénétrèrent chez eux.

La conséMpience de ces atrocités inutiles fut (pie les Kabyles s'acharnerent cette fois «laiis leur résistance, et (jue la cause de Bou-Iîjijçbi devint nati<»nale. Il n'y eut pas i\ vrai «lire tie l»atailles rangé'cs, mais de fréipieiites attaques, surtout pendant la nuit. Bien de plus curieux, et

AuaàHiK,

sî Ton pouvait employer cette expression vu p.nreîlle eireonstnnie , rien de [Jus pittoresque (pie ces attaques iiorturnes. Nos soldats restaient i\ leurs postes, silencieux et immobiles, après avoir cteint leurs feux. Ce silence produisait sur les Kal»yles une sorte de terreur niyst/'*rîeuse, ou jdutot d'ivresse sauva;^e qui les lançait contre nos retranclieineiits. La lumière éclatante des pots à feu (vlairait alors tous les environs. Les olms (Vlataient sur] les assaillants <pii fuyaient en desordre, et tout rentrait dans la nuit et le silence; mais, le lendemain, il fallait recommencer, et, lûen que toujours victorieux, nous ne laissions pas que d'éprouver des pertes sérieuses. Camou et IJosipiet n'eurent bientôt plus assez de soMats pour re<luire les Kabyles. 11 fallut ai>pcler des renforts. Pelissier, alors gouverneur par intérim de l'Algérie, les conduisit lui-même, après avoir averti les indigènes des cliatiments qui les attendaient. Quelques fragments du Moniteur algérien nous donneront une idée suillsante de cette canqiagne.

€ Pendant cette fuite honteuse, le colonel allumait partout l'incendie, et achevait sa mission brillante par une babile retraite sur Pizitt- Mahmoud. Vingt-neuf villages, dont plusieurs considérables, ont été brfdés dan» cette journée. De son coté, le général Cîuny portait la dévastation autour du camp, chez les ^hlatka terrifiées. On comprend qu'il fallait achever la ruine morale de Bou-B.ngla, et briser tout espoir de résistance chez les Maatka. Ce but fut atteint grâce t\ l'élan des troupes, aiisaccagement et à l'incendie de trente villages, dans un rayon de quatre lieues, malgré la présence de nombreux contingents. »

« Dans la journc^e du 14 novend)re, le lieutenant-colonel Bourbaki arriva avec un de ses bataillons sur une crête domiiuuite, d'oîi nos obusîers, prestes au sommet de la montagne, et le feu de son infanterie pouvaient atteindre la pt>pulation fugitive. Kn arrière de ce coteau, le reste de ses troupes «létruisit à son aise tous les autres villages de cette tribu récalcitrante. )»

Ce rdcît officiel n'a pas besoin de commentaires. En 1830 nous nous étions présentées aux Algériens comme des libérateurs, et peu A peu nous imitions les procénlés de leurs oppresseurs. Nous ne savions plus que brftler des villages, cou|»er des arbres et des têtes, et, comme l'enivre-

iiieiit (le lu victoire* altrrait en lums lu sons «le Injustice, nous traitions tle inîséraMes des lionnnes «jui défendaient leurs foyei*s et leurs faniilles. Ces Kabyles, en effet, quels crimes avaient-ils ct»nnnîs pour être traîtc-s si durement? Ils avaient accordé riiospitalité à IJou-Bagla, c'est-îVilîre qu'ils avaient airomiiii un des devoii^s prescrits par leur religion, et cVtait pour ce prétendu méfait qu'on fVa|»pait indistinctement aiiiîs ou

te

Fi|r. 80. — Comlnt rn Kali}Uc.

emtetnis. neutres ou nuVontents. Que de liaines nous accumulions ainsi contre nous, et «pie de ferments «le révolte jetions-nous d.-ms les unies!

Pendant (pie Pelissier dévastait la jurande Kal»ylie,le ;î('n«'ral Ssiint* Arnaud envahissait de son coté la |»etite Kal»ylie, et la soumettait en moins de trois mois,. apnV vîn;^t-sîx conduits j^lorieux.

En résumé la ^randr et la petîti* Kal»ylie étaient con(pnses, mais non Houmîses. La force luiitale, à laquclK* nous avions recouru, nous avait <luniié raîs(»n : mais, si nnus étions tolén's, nous n'étions pas acceptes. Les Kal»yles se taisaient, mais ils n'attendaient ipi'une (Mjcasion favti-

aoo

VALQtniE.

raMc pour rentrer en campagne. Ce fut assnr<?nieiit la plus jçrave <les fautes que nous ayons conunîses en Aljferîe que ee mauvais choix des moyens employés pour rnluîre les Kal>yles. On pouvait les attirer i)ar des bienfaits, et on leur fit une jjuerre a outrance. Au lieu de les opposer à Télément arabe, bien autrement réfractaire et antipathique, on prit ]daisir t\ les fouler aux i)ieds, et à les extenniner. Or les Kabyles étalent nond>reux, sédentaires, industrieux, commerçants, beaucoup moins éloignés que les Arabes de nos niœurs et même de notre religion. Ils ne demandaient (pi'à se rapi>roclier de nous. La diplomatie convenait mieux que la guerre, car on serait arrivé au même but, et par un chemin meilleur, qui n'aurait été ni parsemé de ruines ni arrosé de sang. Si, pemlant vingt années encore, il nous follut lutter avec acharnement contre les Kabyles, si nous n'avons réussi A les soumettre qu'en lais.'iant daiis le pays et aussi dans l'histoire la trace sinistre de massacres iniques et d'incendies inutiles, c'est que nous avons méconnu cette vérité : nous aurions dft coloniser et non pas conquérir!

Parmi les tribus kabyles qu'il nous eût été facile de rattacher à notre politique des les premiers jours de l'occupation , la plus connue était celle des Zouaouas. Ces indigènes nous avaient accueillis avec plaisir. En 1830 ils étaient descendus les premiers de leurs mont.ignes t't avaient offert leurs services à l^urmont. Ce sont eux qui formèrent les cadres du prenu'er régiment de zouaves, et qui lui donnèrent leur nom. Il eût été bien aisé d'en faire les amis de la France. On les a sunionmiés les Auvergnats de l'Algérie. Comme eux, eu effet, ils vont eu tournées lointaines s'engager comme domestiques, terrassiers ou moissonneurs. Ils amassent un petit pécule, et reviennent au pays pour s'y marier et se crêper une famille.

Nous aurions dû profiter de ces bonnes dispositions et nous attacher les Zouaouas par la reconnaissance. D'ailleurs, en cas de dissentiment, il n'était pas besoin de diriger contre eux une guerre à outrance : il suflisait, puisque ces montagnards dépendent de la plaine, de les bloquer dans la montagne. On pouvait leur fermer les issues peu nombreuses de l'oued Sahel et de l'oued Sebaou, faire saisir sur tous les

iiiarch^ti algrrk'iis cvtix inii aiiriiifiit x'nAé \a consigne, et Ii-s n^liiîa' ainsi [Kir tiriu simiilo nu-siirc; ailininistrRtivc. Mii-tix val;iit rifourir aux n<'g<K;i!iti<nis qu'à la l'uno Iniiiak'. Ce fut la politiiiiie ([iiVii nilnpta vu 1852,il est vrai |i:irlV-ITctirtiii|iiirliiisar(l,iiiaisflIfn'iissitailiii!rnMf mont.

n- Kl- — U m»-

Ia> giHiveniciir grii^ial île l'Algérie d-tait alors le géiirritl Ramloii, lequel jaldiisaît fort si.ii eollfegne Saiitt-Aniam!. Les Zoiiaoïias fort liiaUrait<5s faisaient mine <le se smilever, et <in parlait «le Saint- Ani»(i«l cunime du elicf de la rutuit.- e-vj'i'ilitiiiii. Uaiiditn d<'-clara <in'il coiisitlérerait cette noinïnatîdn coriinu' nne injure, et donnerait sa dciiiissîoii ta l'Eniiieri-nr ne teiiail pas coiiiiiti; de sun privilège ile gouvcrrifiir. îl

d02 L'ALGÉRIE.

était néaiiinoîns à craîiidre ([ue rinfluence du vaîiKiueur de Dcccmlïrc ne remportât sur ces considérations toutes personnelles. Randon , bien conseillé, tourna la diffîeulté. Il envova aux Zouaouas un émissaire adroit, qui leur fit entendre le péril dont ils étaient menacés, et le seul moyen d'y é'chapper. Les Zoujvouas comprirent à demi-mot. Ils se soumirent immédiatement, et non seulement consentirent à recevoir un chef des mains de la France, mais encore permirent à nos colonnes de circuler librement dans le pays et à nos négociants de fréquenter leurs marchés. On les vit même s'associer à nos soldats qui. avaient échangé leurs fusils contre la pioche du terrassier, et construire avec eux des voies carrossables à travers la montagne. C'était le vrai moyen de les rattacher à la France et cette conquête pacifique en valait bien une autre.

Les leçons de l'expérience , malheureusement , ne profitent pas plus aux gouvernements qu'aux individus. On affecta de ne pas tenir compte de la négociation de 1852, et de considérer les Kabyles connue des rebelles dangereux, toujours disposés à reconquérir leur indépendance. On les traita donc avec une rigueur excessive, parfois avec injustice, sans ménager leurs habitudes.

Le général Bandon, qui n'avait plus à craindre la compétition de Saint-Arnaud , mort en Crimée, avait lui-même oublié sa sage politique, et ne demandait qu'à illustrer son nom aux dépens des Kabyles. L*enipereur Napoléon III hésitait. Il n'avait pas d'opinion arrctc^e sur l'Algérie I il tenait même ce pays en méiliocre estime, puisqu'il avait eu la maladresse de dire que l'Algérie était un boulet que la France traînait au pied! Apres la guerre de Crimée, ses sentiments se hioilifièrent. L'armc»e d'Algérie en effet, par ses soldats et par ses officiers, avait joué un rôle prépondérant sous les murs de Sébastopol. De plus la colonie avait fourni, pour les besoins de l'armée, d'abondants approvisionnements d'orge et de foin. Elle s'était subitement révélée comme un champ d'exercices et comme un grenier d'abondance. Loin d'avoir compromis les intérêts militaires de la France , elle lui avait au contraire porté secours d'une manière dé^cisive. Or l'Enq^reur, une fois la paix signée, songea tout de suite à d'autres entreprises, et il voulut

avoir sous la maîn une j>q)îîu'ero (rottîciers intelligents et comme un réservoir de soMats eprouviS*, L'Algérie pouvait seule lui fournir les uns et les autres et c'est à l'Algérie t^i'il les (leinanda. Cette fias encore les Kal»yles devaient servir à cette expérience in anima rtli.

Les Kal»yles pourtant ne s'étaient pas révoltés. Il y avait bien eu quelques émeutes locales , mais ([uî lUMlénotaîent que des nuVoiitentements particuliers, lîien ne faisait prévoir une insurrirtion générale. Ou affecta de croire î\ l'inuninence <lu danger, et une véritable armée fut mise sous les ordres de Randon. Le gouverm^ur venait d'être nommé marcclial et se devait h lui-même d'i»rner de lauriers son nouveau titre. Aussi ne clierclia-t-il pas cette fois î\ entamer des négociations avec les Kabyles. Il pressa les préparatifs de l'expéMlition, et bieiitut vingt-cinq mille liommes, coimnandés sous ses ordres par les généraux ]\Iac-]\raliou , Renault et Yousouf, monttrent i\ l'assaut de la Kabylîe,

Au point de vue militaire la campagne fut très bien conduite. La grande Kabylie est cernée en quelque sorte par les quatre villes de Bougie, Dellys, Aumale et Sétif On dirait (piatre sentinelles aux an- ,gles d'un carré destiné h se resserrer de jour en jour en enveloppant 'de toutes parts le massif kabyle. De ces quatre villes partirent î\ la fois quatre colonnes qui devaient, après avoir refoulé sur leur passage les tribus kabyles, se retrouver au centre de la confiMlération, sur le territoire de la tribu des Beni-Raten. Chacune de ces colonnes prit sa part A ce qu'on pourrait apj)eler la prise i)ar escalade de la Kabylie. Ce fut même le caractère <le cette expédition ilurant la<iuelle nos soldats eurent à chaque pas A gravir ou plutôt A em|»orter des positions formitlables, défendues avec liabileté et courage.

Après deux mois de campagne, nos divisions opérèrent leur jonction au pied du Jurjura, A l'abri (huiuel se tenaient les tribus les plus belliqueuses et les plus fières, grossies des fanât îquis et des nuVontents, accounis avec leurs familles et leurs troupeaux, dans ce dernier retranchement de rindépemlance nationale. Ces tribus se croyaient inexpugnables derrière leurs rochers et Kurs villages fortifiés. Elles ne se laissèrent pas intimider par la présence de nos soldats canip<'s A leurs pieds, et attendirent conrageus(»ment Tassant.

904 L*ALGÉItIE.

Il y eut [ilusîuiirs eiigajj^cmoiits srrîi^iix. Lr 24 mai, la «livîsîon ÎLk- Malioii enleva, après une résistance désespériv, le village <le Taelieraïrh et le pîton de liélias, maïs près de deux cent rin<inante soldats fincnt mis hors decond»at. Le 24 juin, a lelic'riden, eut lieu la hataîlle d<Vi- BÎvc, Les Kîibyles s'étaient fortifiés le l«»ng de la montagne et avaient comme enserré une vallée en forme d'entonnoir, dans laquelle nos tr(»upes allaient avoir Timprudenee de s'engager. Leurs travaux de défense étaient solides. Ils y avaient entassé de grosses pièces <le Im/is, et y avaient adapté les portes des nuiisons, au travers ilestpielles ils s'étaient ménagé un grand nombre de meurtrières.

Mac-Malion commença le combat en faisant canonner les retranchements. Après quelques salves, les Kabyles ne se montraient plus mdle part. Pas un coup de fusil ne se faisait entendre, et les retranchements senddaient dégarnis de <léfenseurs. La brigatle lîourbaki se précipite à l'assaut, mais elle s'engage sV l'aveugle dans l'entomiciir, et aussitôt une traînée de feux non interronqme court le long de la ligne de défense. Nos soldats lié^sitent et sont bientôt ramenés en arrière. L'artillerie tonne de nouveau, et Mac-ilahon ordonne un second avisant. En même temps il fait tourner la «Iroite des barricades ennemies. Ce mouvement, ordonné plus tôt, aurait épargné bien du sang. Les Kabyles en effet s'arrêtent éperdus; les zouaves profitent de leur inquiétude pour s'emparer des retranchements, et bientôt Ichériden est en notre pouvoir : mais nous avions h déplorer trois cent soixante et onze lionnnes mis hors de combat. Quelcpies jours plus tard la Kabylie entière était soumise. Parmi les villages réduits a\ reconnaître notre suprématie était Aït-el-Arbas, perché sur un des pitons du Juijura. C'était la grande fabrique de fausse monnaie qui depuis deux sitrles inondait l'Afrique de ses produits. Notre conquête de 1857 termina cette coupable industrie. Après une dernière affaire a Aguemoun-Isen (30 juin) les derniers dissidents renonçaient à la lutte, et toutes les tribus, soit qu'elles comprissent l'inutilité de la résistance, soit qu'elles éprouvassent une crainte salutaire, venaient successivement faire leur soumission et donner des otages. Tous les villages furent fouillées et leurs habitants désarmés. Jusqu'alors on n'avait entamé le pfiys que

LA BÈSISTANCE NATIUNALE. 305

par 8(.'S extrôiiiiu'-s. Lt-s oxpiMitMiiis iirtVnk-iiti-s n'avaient été lUrigiV'» qiw.' Miir ccrtiiîiis points isolt'-s. A partir du 1857 la soiiiuîssiiHi fut e»iiiipR-lo. Ia*s Kaltylt;s W (.■oiiipHa-nt si l»ii-n qu'ils ri.-iiimc(Tciit i\ la lutte. Undu Ifiirsp(K'tes,uiMlvet.'S improvisateurs, (li'iit le facile génie ot In verve entraîiiaiile ctianuont ni voloutiei-s les veillées de leurs eonipa-

m. M. - vb »«»« j-AftH»'.

triotes, a consacré lui de ses chants i\ la grande bataille d'icliéridcn. Il est renianpialde par l'expressitm de dé-eoiiraj,'eiiient et d'auK-rs rcgruts qui remplissaient le cieur du pente. Le voici dans sa naîve sinqdïcitc : c Le Français, quand il se met en marche, roule comme les flots d'une rivière; il a fait avancer des bataillons nombreux, des zuuavcs plu» encore que des autres; il s'est aliattu sur nous comme la glace ou

ta neigi', lorsqu'elle couvre et durcit la terre Notre tribu était pleine

d'émigrés : de tous côté-s cbacmi se réfugiait cliez les Aît-îraten. K Allons,

disait-on, allons dans la coiifcMorationiMu.ssaiitc, la nous habiterons en lieu sûr. >f LViuiemi n'en est pas moins tombé sur nos têtes, guidé par le iiiaréclial, le père de la sagesse, dont la tête mûrit les projets. Le mercredi à Taurore a été pour les hommes un jour terrible. Les étoiles brillaient encore qimnd la lutte commença. Bientôt cavaliers et fantassins s'entremêlent, la fumcv s'élève en nuages, elle monte et descend dans le ciel. Il en est peu dont la vie se prolonge ; mais celui qui meurt enlevé une hourî ; ses pc-chés sont lavées ; il est pur. Comprenez, ô vous qui savez comprendre. L'Alger des Zouaouas est tombée. Ce qui arrive aux Ait-iraten ne s'est pas vu depuis le commencement du monde. »

Ce qui ne s'était pas vu non plus, sinon depuis le connnencement du monde, au moins depuis que les Kabyles avaient une histoire, c'est que leurs vainqueurs ne voulurent pas avoir remporté une victoire stérile , et que, pour mieux assurer leur domination, ils s'installèrent u poste fixe au centre du pays conquis. Ils construisirent en effet un vaste fort, destiné à dominer le pays et à le tenir en respect, et ils relièrent ce fort par des routes carrossables à Alger, Bougie et Constantine. C'était l'application de la politique romaine. Populus romanus^ ubtque vicit^ habitat. Ce fort est aujourd'hui devenu presque une ville. Il se nommait au début Fort-Napoléon. En vertu de la singulière habitude que nous avons de changer les noms en même temps que nos gouvernements, on l'appelle aujourd'hui Fort-National.

La position en fut heureusement choisie. Du haut des remparts on domine le bassin du Sebaou. Au nord l'œil est arrêté par la chaîne maritime qui longe la Mé^literranée de Dellys i\ Bougie; au sud il suit les contreforts du Jurjura, et plonge dans les profondes ravines qui découpent les plateaux des Zouaouas, puis il remonte jusqu'aux crêtes qui bornent l'horizon. Comme altitude Fort-National ne se trouve qu'à 961 mètres, moins que Batna ou Sétif, mais son emplacement est très heureux pour une forteresse centrale. Les connnunications avec Dellys et Alger sont assurées par la route de Tizi-Ouzou. Deux autres routes conduisent au sud-ouest à Dra-el-Mizan et à l'est à Bougie. Le maréchal Randon avait posé la première pierre du fort le 14 juin 1857. Cinq mois suffirent pour le terminer. On ne saurait trop rendre jus-

'mi 'AW\

tîce A riiaMlcto de nos officiers, (jiiî iiiiproviserent une cîta<lollo're<lo!itable sur un terrain oîi tout était h crcVr, et A l'aetivitt' courageuse de nos soldats, qui laissèrent le fusil pour manier la picK-Iie et la truelle. L'enceinte du fort est de 2,000 mètres. Il est flanqué de dix-sept bastions, et renferme une aire de 12 liectares, coupée de larges rues, bordées par les bâtiments militaires nécessaires h une forte garnison. L'aetîvité coloniale s'y est développer si rapidement (pu» deux cent cinqu.mte à trois cents maisons particidieres ont déjVi été construites sur les deux côtés de la me centrale. C'est une ville nouvelle qui s'élève, et une ville française, la future capitale de la Kabylie française. Fort-National a déjà reçu le baptême du sang. Cest sous ses murs que fut brisée en 1871 la dernière révolte des indigènes.

Depuis 1857 les Kabyles n'avaient pas bougé, sauf quelques petits soulèvements trop insignifiants pour être nicontés. On croyait le pays soumis. Survint la terrible guerre de 1870. Toutes nos garnisons disponFldes d* Algérie partirent pour la France, ne laissant en Afrique que leurs déi>ots, leurs malades et quelques conscrits.

L'occasion parut favorable à ceux des indigènes qui n'avaient sidû qu'à contre-cœur notre domination. Ils prêchèrent la révolte et ne furent que trop écoutés. Sî même on en croît certaines rumeurs, ils auraient été secrètement poussés à la révolte par un eiuiemi sans scrupule qui, non content de fouler nos provinces, voulait encore en soulevant l'Algérie tarir une de nos sources de prospérité. Ce ne sont là que des rumeurs, mais il se peut (pie les Prussiens, afin d'opérer une diversion en leur faveur, aient promis aux insurgés des encouragements et même une aide effective. En effet on trouva plus tard entre les mains des Kabyles de nond>reux chassepots (pii n'avaient certes pas été pris sur nos soldats ou du moins sur nos soldats d'Algérie. Serait-ce donc que les Prussiens avaient mystérieusement fait passer aux rebelles ces armes dangereuses?

Quoiqu'il en soit, au moment oùnotn* pauvre ptiys sedébatt.ait sous la pression d'un impitoyable vainqueur, au moment où la guerre civile dé^chirait Paris et la France, en un mot, au moment le plus critique et peut-être le plus désespéré de notre histoire nationale, en avril 1871, on

310 UALGÉRIR.

apprît tout h coup (|ue les Kabylis s'otaîent rrvoltrs sous les onlros «l'un Arabe noninir Mokraiii, qui appartenait s\ une des premières familles du pays.

Mokrani avait été comblé des faveurs impériales. Il était commandeur de la Léjçîon d'honneur, avait été invité a\ C(»mpiègnc et était traité par Napoléon III non comme un clief kal»yle, mais connue un Montmorency. 11 avait les yeux Meus et les cheveux l»lon<ls, type très rare en Alf^érie : aussi se vantait-il de descendre d'un Montmorency. Il en avait les armes et portait un drapeau Manc fleurdelisé d'or. Il affectait des manières de grand seigneur. Toujours couvert de riches vêtements et montant de superbes chevaux, il était très fier de sa prétendue origine. On aurait du le ménager. Les bureaux arabes le traitèrent avec insolence. Aussitôt il se mit en état de révolte, renvoya sa dé»coration et son traitement, et y joignit une véritable déclaration de guerre. Au lieu de l'arrêter sur-le-champ, on le laissa org«aniser la révolte. On commit même l'imprudence d'irriter à plaisir des çofs qui se réconcilièrent à nos dépens. Ce fut à vrai dire rautorité militaire qui provoqua Vifisurrection par ses impru<lences, et ne fit rien au début pour la réprimer.

Le mcmvement avait été fort bien cond)iné. Sur tous les points à la fois |>arurent des insurgés, qui, le fer et la flatume à la main, se nièrent sur nos établissements et , partout oîi ils se trouvèrent en force, massacrèrent nos colons. A l'Aima, i)etit village à l'entrée de la ICabylie, et surtout à Palestro, fondé tout récemment, ils se sigUcilèrent par d'atn>ces vengeances. Ils en voidaient surtout à Palestro, parce que, jaloux de son nnpide accroissement, ils s'étaient concertés pour enqicclier d'y établir un maadié qui ferait concurrence «lux leurs. Le samedi 22 avril, après trois jours de lutte, ils finirent par s'en emparer, et nuissacrèrent tous ses défenseurs.

€ A notre arrivé^e dans ce village, érrivaît le docteur Ccdlin qui se trouvait d.ans la colonne arrivé»e trop tard au secours de ces infortunés, une odeur infecte nous saisit ainsi que la vue de nombreux ca<lavres gisant épars dans les rues. Nous en conq>tames quarante-sept, le plus jeune paraissant avoir quinze ou seize ans. D'après l'inspection des

corps et des lieux, la bande infernale me lirait avoir procède comme il suit. Après s'être emparés des défenseurs les plus vigoureux, ils les dépouillèrent et les firent briller vifs au-dessus des brasiers dont les cendres et les charbons sont encore là. De larges ampoules entouré-es d'une rougeur inflammatoire in<lî(picnt ce genre de mort chez les victimes trouvées à l'entrée du vîllaw. La face et d'autres réirions presque carbonisées, ainsi cpie les signes d'une horrilile lutte, démontrent d'ignobles et barbares raflinements. J) A Tizi-Ouzou, à Dellys, et à Fort-National nos colons furent plus heureux. Ils trouvèrent un refuge derrière les murailles de ces villes, mais durent y subir un siège, et attendre l'arrivée des colonnes destinées a les déjjcawr.

Il y eut en Algérie comme une suq>rise mélangée de stupeur, quand on apprit cette formidable insurrection, dmit le contre-coup pouvait se faire sentir au loin. Les tribus oranaises ou sahariennes Tf'avaient pas fait leur soumission depuis si longtemps qu'elles ne fussent peut-être tentées de se soulever de nouveau. Ce qui augmentait encore l'incpiiétude générale, c'est que nous n'avions plus d'année en Algérie. A peine quelques conscrits ou des mobilisés; mais ils se conduisirent bravement et se montrèrent partout oîi il y avait un danger à courir.

Le plus pressé était de débloquer nos colons et nos soldats assiégées. C'est surtout à Tizi-Ouzou, à Dellys et a Fort-National qu'il fallait porter secours. Tizi-Ouzou est bâti à 250 mètres d'altitude, sur le sommet d'un mamelon qui commande le cours moyen du Sebaou. Comme la route ne peut suivre la vallée du fleuve dans ses gorges étroites, elle doit nécessairement passer par le col de Tizi-Ouzou. Les Romains avaient remarqué cette position stratégique, et, comme le prouvent les inscriptions latines qu'on y a trouvées, y avaient fondé un grand établissement. Les Turcs ks imitèrent. En 1851 les Français l'occupèrent, et en 1855 ils y bâtirent une citadelle. Oe fut dans cette citadelle que, pendant vingt-ciiKj jours, du 17 avril au 11 mai, quehpies soldats français et les colons (pii avaient réussi à s'éehai)per soutinrent les attaques de plusieurs milliers de Kabyles. On était sans cesse sur le qui-vîve, car les murs de la plaee n'avaient été qu'ébauchés. Toutefois il n'y eut i)as de tentative d'assaut. Les Kabyles sont peu entrepre-

nantSy quand il faut agir à découvert. Ils se venj^rreiit sur Ir village euro|>^'n qu'ils saccagèrent. D'ailleurs ils savaient que la garnison n'avait que des ressources liornées, et ils attendaient patiemment que la famine leur efit livré les défenseurs de la place. Heureusement il y avait des provisions et de l'eau. La garnison, l>iên que rationnée, n'eut à souiïrir ni de la faim ni de la soif, mais il était grand tenq>s que la coloime vînt la déMoquer.

Tizî-Ouzou de nouveau entre nos mains, c'était la clef de la Kaliyliê à notre disposition. Seulement il fallait se liater. Dellys et Fort-Xational avaient également besoin de notre aide. Comme la garnison et les ressources de Fort-Xatî<inal passaient pour être plus considérables, on se dirigea d'abord sur Dellys. Les colons établis autour de la place avaient été massacrés par les insurgés. Rien (jue dans le village de Reybcval on trouva quatorze squelettes à demi consumés. Tous ceux quî le purent clierclierent un refuge derrière les murs de la place, dont les Kabyles commencèrent aussitôt le siège. Le blocus dura un mois, mais l'investissement ne fut jamais bien conqdet, car les insurgés n'avaient pas de navires pour intercepter les communications par mer, en sorte que Dellys n'a jamais connu le danger d'être réduite par la famine ou par le manque d'eau potable. La petite garnison repoussa sans grandes pertes tous les assauts, dont un seul, celui du 28 avril, fut vraiment sérieux. Le blocus devint moins étroit , dès que la coloruic expéditionnaire eut pénétré dans le bassin du Sebaou , et la garnison put même opérer quelques scirties ; en sorte que nos soldats n'eurent pour ainsi dire qu'A se présenter pour s'ouvrir le chemin de Dellys. Il n'y eut d'engagement qu'à lîab-P^nzaouab.

Le déblocus -de Dellys avait une grande inqiortance. Maîtres de Tizî-Ouzou et de Dellys, c'est-iWlire du passage et du port qui conduisent en Kabylie, nous pouvions maintenant tenter la grande opération , c'est-à-dire dégager Fort-Xational, et de là porter la guerre et la vengeance dans toutes les directions. Les Kabyles avaient concentré leurs efforts contre cette place, car ils conqirenaient d'instinct que, tant que la citadelle fran^*aîse se maintiendrait au milieu de leur pays, la France en serait toujours la maîtresse. Dès les premiers jours d'avril

1871, «les asKOssiiiiits ijmli's déiiotnic-iit (|m- \v jinys itVtait \>an tlaun son ^■tat normal. Ou avait <)<*fi-inlu aux soldats «K- s'c'lciigtier <Iu fort. Si 1.1 garuisoi) avait V-t^ assi-x uoinbn-use pour qu'un pût eu di-tncltcr un millier «l'IiorumeH i-t Ks etivujrr ru c<»Iouue i\ travers k'S trilms diaiicelantfs.cc d/'-ploit-uiciit lU- forcvs aurait iuipr^-ssiourié lus ïmlifTt'ruils, rasKurc les fidèles, et iutiiuiili'; les uialveillauls ; iiialx ou ne ]Hmv.iit le

Ilf, M. — Ph-v *■"■» ri'*'" '" K»*TlK

faire. Le» Kaljjles ri'-a.lurecil il"iii: 'l'en finir, >'t, le IC avril, m dirigèrent par masses contre le ft,rt. Ils eoiiiiaelieèrelit l,:ir investir IVtolo des arts et ni.'tierti, bâtie A 800 niMres au nord du fort. Citait une &oIc oii tous eeux des Kaljjles .|ni le .lésiiiiient reeevaieiit une Bolide instruilion |,rofessionnello. Elle n'C-lail défen.Inc- nue |,ar une trentaine d'houuues qui lurent obligés de l'abandonner, et se retirèrent aii fort sans avoir subi de pertes. Aussitôt le sic'ge cninmc-nça.

L'eflFectif total de la gannsim ne déimssaît pas sept cents hoiiunes, dont cent quatre-vingt-sept mobilisés ^le rarrondissenient de Bi^aune. Il n'y avait que neuf pièces de canon et seulement onze artilleurs. Ces forces nÛTiimes «ivaient à garder dix-sept bastions et une enceinte de 2,300 mètres de circuit. Aussi, depuis le 16 avril jusqu\iu 16 juin, nos soldfits furent-ils obligés de rester jour et nuit au pied des murs, n'ayant que la tente pour cibrî et pour lit que le sol nu avec un peu de paille et une couverture. La plus grande vigilance était nécessaire, car près de vingt mille ennemis nous entouraient et le tracé de la place était fort défectueux. Non seulement elle est dominc*e par des mamelons d'oîi les Kabyles pouvaient diriger des feux plongeants jusque .dans l'intérieur du fort, mais en outre il y a plus de 80 mètres de différence de niveau entre les parties basses et les parties liantes de la ville, en sorte que la plus grande moitié du fort était A découvert. Les assiégés durent improviser des défenses, car leurs pertes étaient cruelles. Ils imaginèrent des rideaux en planches ou en couvertures de canq)ement, faibles remparts qu'une balle traversait aisément , mais qui suffisaient néanmoins pour masquer les passages les plus fréquentés. Les Kabyles, on effet, n'aiment pas A i)erdre1eur poudre en tirant au hasard. •

Du 18 au 29 avril il n'y eut pas d'attaque : on ne fit que tirailler de part et d'autre. Nos soldats n'avaient qu'un très petit nombre de chassepots, mais, comme il s'.agissait de tirer juste plutôt que de tirer vite, cette infériorité n'en était pas une. Dans la nuit du 29 au 30 il y eut une alertci puis, des le 1*' mai, les K.abyles recommencèrent le blocus. Peut-être espéraient-ils que la famine viendrait à leur aide. Leur calcul n'était pas mauvais. Par suite du rapide investissement de la place, elle était mal approvisionnée. Di^s le 30 avril il fallait se contenter de salaisons ou de chevaux, et encore chacjue soldat n'avaît-il droit qu'A 300 grammes de viande fr.iîche pour deux jours. Le pain ne fit J€imaîs défaut, pîis plus que le riz, le café et le sucre. La garnison ne fut donc pas réiluite h la famine, ni même astreinte A un ré»gime débilitant. Par contre, le mauvais temps commença, qui rendit la défense plus difficile. Pour ne pas être surpris dans les nuits obscures, il

LA BÉSISTANCE NATIUNALE.

fallut t-clairvr Il-s aliunls dv lu [ilatt; au iiioyvii tit.- tordic-s imbibct-s dV'SSfUcc du [ictroW, et sus]R'ii(hif« i-ii tk-Kors tics mura avec dva fils (l'aivlial.

Les assit'watits avaient cretis»' ik-s traiieInVs. Ils étaient iiiêitie

rg. W. — Bllluknuil ! -ftpri-t une l.U«oïnil.l.le comuii

iimlquic |«c K. il* DjruD».

parvenu):! si près des retnpaitii iiii'ou entendait le l»ruit de leur» pioches. Il» essayèrent de pénétrer dans le tort par un égofU. On a'eii aperçut i\ temps et on lança <!ans le conduit souterrain des inatièn.-» enflamnnVs «luî les asphyxièrent. On les entendait insulter la France et railler la -îaniisiin. Ils inter|.illjiient eetix des assié};és qu'ils cou-

naissaient pour avoir nY'cu «lans leur iiitiiiiitc*, et menaçaient «le leur couper la calèche (tête). Quant aux fefuiues qui étaient dans le fort, ils se les partageaient par anticipation et le leur eriîiîent. La nuit lisse prunien«iient autour «les murs en fredonnant \^ Marseillaise. Il était grand temps de faire une sortie pour rabattre cette outrecuidance, et pour combler les trîincliées, qui pouvaient d'iui jour à l'autre devenir dangereuses. Cette sortie eut lieu le 12 mai. Klle fut habilement coiuluite par le c<ipit;une Ravez à la tête de cent soixante-six hommes. Il les ramena tous au fort, a l'exception de deux tués et six prisonniers. Nulle pcirt les Kabyles n'avaient terni devant lui, et, pendant qu'il les chassait de leurs embuscades, le reste de la garnison sautait dans les tranchées, détruisait les ouvrages et réparait les brèches. Le succî'S était aussi conq)Iet que possible.

Du 13 au 21 mai les Journé^'s furent trt*s calmes, mais le teiiqis était toujours h, la pluie, et la garnison commençait t\ se dc^courager. Depuis plusieurs jours oti entendait au loin le canon; on voyait même de temps à autre la flamme des incendies colorer l'horizon. C'étaient en effet nos colonnes de secours qui parcourajent le pays, reprenaient Tizi-Ouzou et Dellys, et vengeaient par l'incendie des villages rebelles le massacre de nos compatriotes. Slais la gann'son de Fort-National ne se rendait pas compte du plan militaire adopté, qui consistait À soumettre les abords avant d'arriver s\ la place centrale, et, quand elle entendait le canon tantôt s'approcher et tantôt s'éloigner, elle était tour à tour prise d'espoir et de dc-couragemcnt.

Les Kabyles connaissaient i)eut-etre ces dispositions, car ils rc'solurent d'en profiter, et, dans la nuit du 21 au 22 mai, tentèrent un assaut général. Vers deux heures du matin , ils appliquèrent leurs échelles sur plusieurs points \ la fois , mais furent partout repoussé*s avec des |>ertes énormes. Le lendetnain 23, nouvel assaut également malheureux. On ne s'explique cet archarnement des Kabyles que par la né'cessité a\ laquelle ils se sentaient acculés d'enlever la position avant l'arrivé^e de l'arnR'c de secours. Ce furent leurs derniers "efforts contre la citadelle. Ils la tinrent toujours étroitement bloqué^c, mais fie contentèrent de lancer contre ses renq>arts des balles inutiles* C'é-

tait en dehors de la place (iirallaîeiit ilorénavaiit se frapper les grands coups.

La colonne de secours, cunnnandre i»ar le général J^'dleniand, poursuivait son plan avec inétluMle. Du haut des terrasses de Fort-National on la voyait manœuvrer, et la grande distraction «le nos soldats était de suivre ses niouvenieuts dans la plaine* Le 25 mai ils la découvraient à Tamda, le 26 ils apercevaient un vaste incendie allumé par elle à Mekia, et dans la nuit entendaient des loups de canon qu'elle tirait en réponse à un signal donné de la place. Le 27 la garnison recevait par un espion un ordre du j(iur du général Lalleniand. Le 28 la coloniïe n'était plus en vue , mais le 31 on entendait de nouveau la canon* nade. Dans les premiers jours de juin, les conununications avec l'extérieur furent assez fn'quentes. I-.e 11 juin la garnison du fort voyait sauter la mosquée de Tagmount-Azzou ; le 15 au soir elle distingimit nos sohlats sur les crêtes des Aït-Iraten. Ce fut à ce moment que le commandant Maréchal, dans son impatience, rc'solut de se porter au devant de la colonne libératrice, et de faire une sortie générale. Il espérait, en prenant les Kabyles entre deux feux, déterminer leur retraite, mais il aurait fallu condjîner ce mouvement avec celui de la colonne, et on partit trop tôt, au moment où les Kabyles étaient encore massés aux environs du fort. Trop peu nombreux pour essayer un mouvement tournant, et obligt's d'attaquer les positions de front, nos soMats firent des pertes cruelles. Ils réussirent néanmoins i\ déloger les Kabyles, et c'est a 1200 mètres environ du fort qu'ils opérèrent leur jonction avec la colonne Ijîdlemand.

Fort-National était délivré et cette journée du 10 juin portait un coup dc-cisif à l'insurrection. Le chef le plus important, Mokrani, avait été tué par les troupes du général Lalleman<l, au moment oîi il s'élançait bravement à cheval pour ramener ses honnnes au combat. Nous n'eûmes plus en effet qu'à i)arcourir les villages insurgées, désarmaTit les rebelles, et imposant de lounles contributions. C'est le seul moyen pratique de tenir en respect ces remuants montagnards qui estiment d'autant plus l'argent qu'ils ont plus de peine à le gagner.

Aussi bien les Kabvles rcconiiaîssent leur di'faîte. Voici coiiiiiicTit . un de leurs (luètes la racontait dans un de ces chants improvisés, qui constituent en quel([ue sorte leur histoire nationale :

< Les Kahyles voient les Français i>eu nombreux et ils espèrent la victoire. Nous avons entouré rapidement toutes leurs villes. Nous avons creuso des tranchées, sans chefs pour nous conduire. Nous avons commis de grands crimes et tué les enfants de la femme. Nous nous nipiK,dlerons ce jour; les Français aussi. Ils ont regardé les noms des révoltés sur des registres, et nous y sommes nond>reux connue les sauterelles. Des l'aube de ce jour j'ai compris «pie c'était un jour de malheur. La fumée de leur poudre a fait la nuit. On dit cpi'ils marchent vers le fort pour délivrer leurs frères. Les Aït-Fraoucen commencent k tomber. Chacun se sauve comme les petits d'une poule quand ils voient un chat sauvage. Chaque homme a perdu son honneur et ils sont serviteurs des Français. Les Français font du mal aux Kabyles. Ils écrivent partout pour confisquer les armes. Ils chassent les insurgées dans chaque tribu, et leur inq>osent cent francs, cent trente francs par tète. Le monde s'est étonné. C'est Dieu qui le veut. Le riche, on l'a frappé d'un inq>ôt double, et on l'a rendu pauvre connue les autres. Heureux ceux qui sont en fuite chez les autres puissances. Ils sont loin du malheur et partent pour le paradis. Que Dieu {lardonne i\ tous ceux qui sont prc*sents! d

Depuis 1871, à l'exception d'un mouvement insurrectionnel d'une certaine importance qui éclata dans les montagnes de l'Aures en 1870, mais fut aussitôt réprimé, aucune révolte n'ensanglanta de nouveau les pays occupés par les Kabyles. Il send)le donc «juc les Kabyles sont soumis et bien soumis. N'est-ce pas l'occasion de poser de nouveau la question par la<iuelle le général Daumas terminait en 1847 son ouvrage sur la grande Kakylie : a Que ferons-nous des Kabyles? » Lîi réponse est facile a donner : Il faut en faire des Français, et on peut y arriver par la civilis;ition , par la religion et par l'instruction.

Nous sommes en bonne voie pour la civilisation. Les Kabyles sont intelligents et actifs. Ils conqirennent les avantages et la supériorité

LA BESISTANCE NATIONALE.

de notre imliistri*'. S';i;;it-n «le coiistriiin- un |KHit, «l'ouvrir iiih' route, aiissitût ils «,• J4»igin-nt A ims ouvriers, s'iir;:aiiiw'iit i-ii corvf'tfi, vt contrilna-Tit largement tk- Ii-iir.< -K-nit-j-s an travail entn-pris. U-iir iiuliqiiet-on lin |>nHviIi' iKnivcaii, iMnir raj,'riiultiiR' par fXeini.tc, ils ra|i|>li- «lufiit 8iir-k--eliaiii|t , et avec smets, ear ils foriiprcinieiit les nvati-

tîiges dos in^'tlin<U's noiivellfs, et sont (TrtaineiiK'iit iiumis rmitiuïent et plus avauc/'K (pie tieniiroiip ilc ims im'sniis français. Lcnteiiieiit niaÎM si\n.-itieiit n'itre civilisation s'empare des Kalivles. C'est le pliis sClr (le nos auxiliaires.

Nous n'en dirons {>as autant ]H>ur la n-ll^ion. Certes rintnKluctîon du cliristianisnic en Aljitérie serait le meilleur irisfrumctit d'assiuii- Intion, mais il ne faut pas ennserver ù cet ('■;jard la moindre illusion. Ia's KaKyles ne paraissent p-is )\ la veille de se nuivertir. Ils sont fraii-

S20 L*ALOÉRIE.

clienicnt miisulmcins, et cela depuis plus de dix siècles. Fanatisés par leurs inaral>outs, travaillés par les sociétés secrètes, irrités par des défaites récentes et une compression nécessaire, les Kabyles sont encore nnisulinans, au moins pour plusieurs générations, et les efforts de nos missionnaires é'clioueront contre une invincible résistance. Sans doute on eut au début quelques es[)érances ; on crut que dans cette terre, jadis fé'condée par le sang de tant de martyrs, la prédication clirétienne rencontrerait une matière toute prête. On aimait à répéter que, dans certaines tribus, les Kabyles portent encore, tatouée aux tempes, une croix grossière , symbole dégénéré dont ils ne comprennent plus la signification ; on rappelait qu'en maintes circonstances ils s'étaient montrés sectateurs très tièdes de ]\Liliomet ; mais on sait aujourd'bui h quoi s'en tenir. Les Kabyles, il est vrai, respectent nos prêtres et leurs établissements, mais on sait la déférence que les peuples religieux témoignent aux religions quelles qu'elles soient. Aussi bien l'arclieveque d'Alger a recommandé lui-même ft son clergé <le ne pas engager de controverses avec les Kabyles, mais de se contenter de pratiques médicales et de conseils moraux. Cette grande œuvre de la conversion ou plutôt du retour des Kabyles au clirîsti«anis*îne ne s'accomplira donc que lentement, en vertu de la loi qui veut que tout principe supérieur l'emporte un jour ou l'autre sur un principe inférieur. Ce jour-là la Kabylic sera décidément française.

En attendîint c'est rinstructîcm, largement distribuée, qui nous

rendra et nous rend dcjA le plus de services. Le mîiîtrc d'é»cole sera le vrai conquérant de la Kabylie. C'est lui qui apprendra aux Kabyles que nous ne sonunes pas venus cbez eux* pour leur faire du mal, mais bien pour leur enseigner nos arts, et leur communiquer l'esprit d'initiative et de progrès qui vivifie les nations modernes. C'est lui qui, tout en leur enseignant l'Instoire de leurs «ancêtres, leur fera connaître la notre. Les Kal>yles ne sont encore en relations qu'avec nos soldats, nos missionnaires et nos touristes. Le maître d'école leur révélera notre France agricole et industrîelb^jCelle qui travaille et récompense ses serviteurs. Cela est si vrai que, partout où ont pénétré en Kabylie nos maîtres d'école, les Kabyles les ont accueillis avec empressement.

LA ItÉSISTAN'Ci: NATIUNALE.

LcHKaliyloscii effvt simt avùlcs iriii-itriii-tidii prinuiin.'. TA*iiniaiiiiii<.-s offrent sWi-livî des iiKiisoii^ et ilcs terrains [Kinr étaMir des l't'ules. Le» enfants viennent & lums. « L'enii»resse ruent et l'attitntle de eescnCints, ^■erit un ténioiiMieidaire, est vrainu-nt elrnse suqtrenante. A njeinâa- Karidji, IV-cole des Pères j('*suites coruitte d<'ji\ [dus de eent «'lèves, et les iMitiineiits de cette écide viennent à jieirie de s' ('-lever. Nous avons assisté à la viiij^fiènie U'Çnn de M. Lf'aiitîer, directeur de l'éeole laïtjno

du Taniazirt. Ses élèves gruupaieut des syllabes et lisaient des mots au tableau, a|ipliqu«'s, <l<»ciles, autant et plus peut-êtix- qne les jviiiius Français de leur û;;e. La plupart n'|M.iidaient Kwilenient aux question» que nous leur adressions en tVaii\;ais, et a|.pli<iuaient les qnatre iv-^lva de l'aritliniétiipie. »

Ce qui contribue i\ ces progrès sinjjuliers, c'est la décadent-*; »>u plutôt la chute rapide de reusei-^uei lient nmsuluiari. Cet eUseignoiiK-iit était distribué d'une main avare par les niarabuuts dans l'-s zaouiait ou

322 L*ALGEKIE.

écoles primaires, et (Lins les mamerats ou imîversîtés secondaires et 8Ui)érieures. Il consistait surtout en exercices de mémoire, et ne profitait guère qu'aux enfants des marabouts, pour la phqiart de race arabe. Dans les mamertits les plus célèl>res il nV a plusaujoiu'criiui que de rares élèves, et les za(»uîas n'existent jiour ainsi dire plus. Les Kabyles, en effet, doués d'une intelligence suj)érieure h celle des Arabes, ont senti vivement les avantages de notre civilisation, et viemient v<dontiers A nous. La langue française s'introduit rapidement chez eux, et nous ne pouvons que nous en réjouir. La chute des mamerats et des zaouïas est fort heureuse pour nous. C'étaient des foyers de haine contre la France. Seulement leur disparition laisse un vide qu'il importe de combler.

Il faut, de toute né'cessité, envoyer des instituteurs en Kabylîe. Grâce à eux la Kabylie sera française dans quelques générations. A-t-il fallu longtenq)S aux Gaulois pour être si vite transformés en Romains? Il y a un siècle, les insulaires des Sîuidwich assassinaient l'illustre Cook : ils ont maintenant un gouvernement constitutioimel. Le Japon n'était-il pas, il y a moins de vingt ans, effroyable ou ridicule, et pourtant il s'est métamorphosé en un clin d'œif. Il en sera de même pour la Kabylie. Lorsque dans chaque vilLige kabyle un maître d'école français enseignera la langue française, la loi française, et l'amour de la France, la transfonuation sera rapide, c«irles Kabyles sont intelligents, nombreux et éminemment perfectibles. On objectera peut-être que les Kabyles instruits seront plus dangereux que les Kabyles ignorants. Nous ne croyons ni à la nc'cessîté de l'ignorance ni aux avantages d'un gouveniement fondé sur l'abrutissement des gouvernés. Le souverain ou le pays qui le pratique se dégrade à plaisir. Donc, répandons l'instruction en Kabylie ; répandons-la h flots ; et bientôt les Kabyles deviendront Français et même bons Français.

Il est d'autres Kabyles, voisins de notre frontière tunisienne, qui tion seulement n'ont jamais déposé les armes, mais encore ont été la cause ou plutôt le prétexte de notre revente intervention en Tunisie. On les nomme les Khroumirs. Comme on a beaucoup parlé d'eux dans ce» derniers tenqis, il n'est que juste de leur consacrer quelques lignes.

LA RE8ISTAXCK NATIOXALE. 32S

Du cap Roux, non loin iK» la Calle, qui détonninc la limite «le TAlgérîe et de la Tunisie, au cap Xcjjro, et en pénétrant au sud dans les terres, sYtend une régi(»n presque inconnue, tellement inconnue, quVlIe est mar«iuée en Manc sur les cartes sérieuses. Jamais EunqHvn, avant

la derniÎTe expédition, n'avait pénétré dans ce pays, dont les Klin>umirs défendaient ^acc^s avec mi soin jaloux. La seule carte de la Klinmmirie, et ce n'est qu'une esquisse, a été tracée par M. Kdmcmd Desfossés, dans la Revue deyéoijniphie^ en 1879. Encore l'auteur a-t-il soin de prévenir que ses in<lications sont très approximatives.

Qu'on se figure entre les caps Rosso et Negro comme un patc de montagnes, traversé du sud au nord par quelques maigres cours d'eau, l'oued Kebir, l'oued Terfer et l'oued Kellcnet. Ces cours d'eau sont profondément ravinés. Dans la siiison chaude ils roulent à grand'|>eiiie un mince filet d'eau. Au premier orage ils se gonflent, ils écument, et se changent en torrents infranchissables. N'étfiit la beauté des foret» et l'étrangeté des rocs qui, «le temps \ autre, les dominent, cette régîtm ftpre, tourmentée, diflîcile, repousse plutôt «lu'elle n'attire.

Quoiqu'une exploration scientificpie n'ait jamais été tentée, ou sait que ce massif est constitué par des roches granitiques, et que le sol en a été profondément bouleversé. On y trouve des carbonates de fer argileux, <les sulfures d'argent, des pyrites, des minerais de cuivre, et des plond>s argentifl»res d'une grande richesse. Des amas de terres près d'anciens puits d'extraction prouvent que plnsieui*s de ces mines ont' été exphïitées : mais la principale richesse de la contrée ce sont de magnifiques forets de chênes blancs, de chênes verts, d'ormes, fie frênes' et surtout de chênes lièges. Par malheur les iu<ligènes n'exploitent pas ces forêts : ils les détruisent. Les plus beaux arbres dépérissent et meurent, parce qu'on en arrache le tannin sans pré^cautioii et avant l'aige voulu. Quand les arbres sont morts, on ne se donne même pas la peine de les abattre : on les brfde pour les convertir en charbon. Or, bien ménagées, ces richesses seraient consi<lérable.s. Rien qu'en 1872 le port «le hi Calle a exp(uté, venant du territoire tunisien, près de vingt mille quintaux de tamn'n, douze mille quintaux de charbon, et six mille traverses en chêne pour chemins de fer. Ces

forets sont assez rîclifs on bonnes essences pour subvenir aux besoins de ]si inîirîne, x\ ceux <les ebemins <le fer et «lU cbarroiuïage.

Après le sol, les babitants : on s'iniaji^îiM» coniniunénient cpic les Kbrouiuîrs sont (l(*s Arabes; ils n'ont p(Mirtant (jue h\ relî;^ion «le commune avec les Arabes. Tout le reste difÏÏTe, traits «le pbysionomîe, moeurs, langues, etc. Ce sont des indigènes africains, tcmt comme nos Kabyles d'Algérie ou les Touîlregs du Sabara. Ils a|»partîennent j\ cette grande race africaine (jue les Romains désignaient sous le nom de race numidique, et que l'on appelle encore race l»erbère. Leurs mœurs sont celles de nos Kabyles, mais plus primitives encore. Ils paraissent en effet ne pas seulement se douter des pratiques les plus élémentaires de la propreté, et leur voisinage est toujours inquiétant, car ils sont escortés d'iuie véritable arméi» de parasites aussi familiers que H

répugnants.

• De l>onne beure les Kliroumîrs ont été convertis i\ l'islam. Ce sont de fidèles croyants, évitant toutes relations avec les cbrétiens ou les juifs. S'ils ont accei>té en tliéorîe la domination du bey de Tunis, c'est .

que, eu vertu des doctrines mabométanes, le pouvoir spirituel découle '

nécessairement du p(»uvoir tenqmrel. Ils ont la plus grande vénération pour le marabout Sidi-AbdalIab-ben-Djemel, et même le sentiment religieux est tellement enraciné cbez eux que le meilleur moyen de nous atbiclier i\ tout jamais cette population serait d'élever au marabout un temple qui deviendrait bientôt un pèlerinage. Aujourd'bui que le berceau du saint est en notre possession, si nous avions la sagesse de donner cet exemple de tolértancc et cette preuve de nuuiificence, nous deviendrions i)eut-ctrc les amis de ces fières populations, et il serait possible d'entrevoir la [ïrocbaine annexion de la Kbroumirie.

Leur g(uivernemcnt est des plus .sinq>Ies. En droit les Kliroumirs déi)endent du bey de Tunis, et, A entendre les agents de ce dernier, ce seraient de fidMes sujets. En fait ils n'acconlent au bey qu'une suprématie d'bonneur, et savent très bien se passer la fantaisie de repousser ses fonctionnaires et de battre ses scddats, si par basant ils trouvent que les prétentions politi<iues ou financières de leur suzerain violent leurs privilèges. A vrai dire ils sont indépendants. En 18fi3, le bey actuel,

LA RÉSISTANCE SATIoSALR.

voulant fairu ac-tt- d'aiitiiriti, viivnva i-oiitrv t-iix «un PriTe, maïs it* <k'niK'r ne |nit jamais [«'iiétrcr <laiiK K-iirs iiiiiiita','iKS. A|ir«'s tmis iiioi:* (rnttciiK-, «k- iié<;<Kiatii.iis vt «rintrifçins, il fut iiMij,'i' ik- ri-iitrer i\ TiihIh ciiiiiiik; il en ('tait parti. A l'Hiivcitiiri- «li- la (.■am|iajîiK' dr 18S1 , K' lK.*y avuit i>niiiiis ik w rliarjjiT Ini-riM'nic de la r^-i'rvssimi (ks Kliroiiiiiim.

Nous aurions cii l)oanji.-u à atr.ii.liv iiitu n'|.ivssi..ii. L<.s Khn.iiniirs se st'raiiiit inorniés du I.tv, tt !«■ Ikv aurail, (.-auiiiK- ctix, ri dt- ix.tiv crAluIïtf'.

Les Klin.uiuiis w.ut divîs^'s < n un cvitaii i.d.ru d.- trîlnis, foniiaiit

«ne corifwlératiari ayant |...ar l.nt |.iiii.i[Kd d<- drlindri- l'entrée du terrltc.in-. Ils se- |.aita;,'rnt m d.-ux fra<ti.>ns distinclt-s, k-s Sl-uil ot k-s

Tofliiuaka. Les prcmk'rs se livrent au ecmiineree, sont les plus rielies et par conséquent les moins h eraîn<lre. L<»s TiMlinaka au contraire sont les pauvres, les prolétaires, les exploités «les Sloul. En temps <le guerre ou (le nazzîa, les triluis élisent un chef qui les conduit au combat, et, aussitôt «iprès le «lanjçer, rentre <lans le droit commun. Ce sont, sans qu'ils s'en doutent, des républicains déterminés et même des socialistes convaincus, car ils usent de toutes les libertés.

Par malheur ils usent surtout <le la liberté de mal faire. Leurs grandies ressources sont le vol et le pillage : le vid , ils le i>ratiquent aux dépens des tribus riches et paisibles de la plaine; le pillage, ils l'exercent sur les navires que les n«tufrages jettent s\ la cote. En 178G Desfôntaines, l'auteur d'un Voyage aux liéfjenccHfle 7\ims et cT Alger ^ écrivait déjA : a Entre la Galle et Tabarque se trouve la tribu «les Nadis, conq»osé»e de sept i\ huit cents hommes, tous armées. Ce sont des montagnards vagabonds, qui ne payent tribut ni au dey d'AlgtT ni à celui de Tunis. Quoi<iu'ils se disent sous la dépen<lance de ce dernier, ils changent de place et exercent leurs brigandages dans les deux Etats. »

Les Khroumirs n'ont pas changé. Pas une année ne se passait sans que lias sujets de la province de Constantine n'eussent 5\ se plaindre des incursions répétéH.»s, dc»s ravages et des assassinats conunis par ces voleurs éhonté^s. C'était surtout contre les mines de Kef-omu- Teboul qu'ils aimaient i\ diriger leurs incursions. Que de fois ontils boideversé les travaux, emporté les nudets, jeté les wagonets dans les précipices et tué ou mutilé les gardiens de la mine! Quant k la côte, elle était inabordable. Ainsi, le 24 janvier 1878, le navire TAuvergnCy appartenant à la conq)agnie des bateaux à vapeur allant de Cette i\ lîone, fut assailli par une épouvantable tenq>éte et brisé sur l'île de Tabarka. Les Khroiunirs, au lieu d'accueillir les naufragées, se jetèrent sur eux, et les dépouillèrent de leurs vêtements avec tant de brutalité qu'ils traînaient sur le rivage, jusqu'à ce que les bottes leur fussent arrachées des pieds, nos infortunés matelots, di^'à épuisés par une nm't d'insommie. Les soldats tunisiens qui gardaient le fortin «le Tabarka ne purent leur sauver que

LA RESISTANCE XATIOSALU

la vif. It(.-stalt k- iiuvîn.'. Li-s Kliroiimirs NViiK-tidiront |i(mr K- pilItT. C'IiaqiK' trilm i-ut suii jour. Tout tut citlov)', jcis(|n'aux Ijoist-rk-s. Il ne resta hk-uU't (.lus qui.- la eaivassi-. De [.aivils attes de harlmrie uiit t'té coiiuuis à (|iiel([ms kilonirtivs «le la IVuutîère, eu i»réseiiee d'uue garnison tttrirsieutie îu![»uissaute à n'|irimcr ces tU'-sonlres. Sans tlonte le gouvenieuieiit fraisais a nV-laiiK* ven^p^-anee , mais le K-y, {ilntût

que lie notts livrer les t'Itels tilu-KUum», euiijteutît à |iayei' île sjl pru|»re liourse nue forte imleruiiitr. f»ilisser de pareils aetes îuiininis, c'était s'exposer à en voir le retuiu" IVé'iueiit. Xotre intervention était donc j.Ius ijue h'gilinie : elle était nécessaire. An printenips de 1881 la Klirouiiiirie tnt envalne par nus si-ldals. Xulle part ils ne renet>ntEfereiit de résistance sérieuse. Ls Tunisiens tirent mine de leur venir en aide : ils turent refoulés jiis.tiic sims Tunis, et le liey dnt si-Tier le

tniité (tti Biinlu (13 mai 1S81) j>ar k-<|iR-l il ri.-aiiii)aissait le |>niti.-<:> torat «le la France.

La question tiinisifiiito iiVst pas ciicore n';,'lc'o à l'IieHrc attiK-Uc : niai.s Il> jKiys ili-s Kliroiiiuirs est et restera sans doute oceii|>c' |iar iio.s troii|»e8. A U'iir contael, il tte pourrait qne nos cimeniis de la %'eillc devinssent nos amis dn lemleTnain. Les Klinminîrs sont linivus et inergiqnes. Une fois ipTils anront reconnu notre su[)<'ri()rit«?, ils feront sans donte eoiiinie toits les Orientaux, e'ust'iV-<lire qu'ils s'inelinerunt devant le l'ait accompli. Peut-être seront-ils quelque jour les instruments de cette civilisation europt'-eiine, ilutit nmis sommes fiers d'être en Afrique comme les porte-ilrapeaiix.

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