LA CONQUÊTE DU SAIIAUA
Lci Sahariens : Lct Berbères. — Les Tonûrcgs. — Les Arabcn. — Exiiitlitioii de 1843. — Expéditions de 1«46 et 1847. — Zaatcha, — Sicî,'© de Zaatcha. — Prise do Znatcha. — Sicgc et prise de Laghouat. — Occu|»atioa d'Ouargb. — Occultation d'Er-Golcali.
Dans le Sahara, coiiiine dans le reste de l'Algérie, deux races différentes vivent cote a\ côte, simplement ju.xtaposées, mais nullenieut unies : ce sont les Berbères ou Kaliyles, anciens habitants du sol, et les Arabes conquérants. Toutefois, forcés de vivre côte à côte, et d'une vie qui se complète par l'association, il est arrive de leurs relations quotidiennes que les uns et les autres sont la^aucoup moins sépares que dans le Tell ou sur le rivage de la mer. Pourtant la fusion des races s'est si peu acconq)lie que, malgré plusieurs siècles d'occup^ition , les Arabes n'ont pas encore réussi A fiire disparaître l'élément berbère. Pîirtout ailleurs les vaiiupieurs et les vaincus, après plusieurs générations, finissent par former un type nouveau où se retrouvent dans un harmonieux é<pnlibre les qualités diverses de chaque race. C'est ainsi que les Gauhûs, les Rimiaîns et les Francs ont formé les Français; les Bretons, les Sa.xons et les Normands ont formé les Anglais : nmis les Kabyles et les Arabes ne sont pas encore parvenus k constituer l'Algérien, et c'est peut-être fort heureux pour nous. Ces deux races sont trop différentes ; il y a entre elles trop de sou-
veiiîrs saiip^I.ants et trop de liaînes. Lonprtenips oiicore elles continueront A vivre i\ côte les unes «les antres, mais jamais elles ne se fon- (Iront en une seule race.
Les Berbères du Sahara se subdivisent en <leux groupes distincts : les uns ont sul>i la domination aral>e, et cultivent les oasis, quelcjuefoîs pour leur compte personnel, le plus souvent pour le compte de leurs maîtres. Les autres, d'un caract^^e plus liardi ou plus belliqueux, ont clierché un refuge dans une région oîi les Arabes ne pourront jamais les atteindre. On les nonuiie les Touaregs. Les premiers, les cultivateurs des ojisis, forment la masse des tribus sahariennes. Aussi actifs, aussi lal>orieux que leiirs congénères de Kîibylie, ils ont laisse passer le flot des invasions qui ravagèrent successivement l'Afrique, et sont toujours restés les amis de ceux qui assurèrent leur bîen-etre , niais la longue oppression dont ils ont souffert les a rendus méfiants.
Une preuve curieuse de cette méfiance est leur attitude vis-à-vis des étrangers. Ils n'<iiment pas à montrer leurs demeures , ni à parler de leurs affiiires , nî même à dire leurs noms. Ils bâtissent leurs maisons aux endroits les moins apparents, comme ils feraient d'une embuscade, de manière à ne pas être vus, mais à pouvoir tout observen « Du fond de cette retraite invisible, le Saharien a l'oeil ouvert sur les routes, il surveille les gens qui puassent, en remarque le nond)re et 8*assure avec inquiétude du chemin qu'ils prennent. Quelquefois un de ces campagnards soupçonneux vous €icconq)agne ainsi fort loin à votre însu, et ne vous penl de vue que lors(|u'il n'a plus aucun intérêt, réel ou imaginaire, h vous suivre. > (Fromkxtix, une Année dans le Sahara,)
Le Saharien ne se croit tran(piille possesseiir (pie «le ce qu'il détient. Le reste l'embarrasse. La terre elle-même lui semble ccmipromet tan te. Il n'occupe ostensiblement que le petit coin qu'il a ensemencé. Il est vrai de dire que notre <lomination a été la bienvenue, car elle l'assurait de notre protection. Avant notre arrivée, l'iuibitant de l'oasis, le Saharien sénlentaire, était trop exp<»sé aux brigandages de l'Arabe. Il était oblige' de se réfugier «lerrière l'inextricible dédale de ses canaux
d'irrigation et de ws iiiiirw fk- vlôtiirf. Nr.inmmns il fallait tnnjoiirM payer riiiipût, ut, tomiin; i-\'tait l'Aral'f qui seul avait «k-s finuls i\ sa ilispositioii , k- Siiliiirifii t'iii,'aj,'i.-ail si-s janliiis, vt , |it*n à ih.'II, <k- pro- |»ric'taire <kvcii;iit ti:riiiiir. Aujounl'IiHi tmit v»t iliaugé : la loi règne; k* Saliarieii n'a [ilns i\ craiiKlrc tiî vxarti<ni>!, ni ])illa;^s. Il en a |iro(ît('
pour prendre k costume de t'Aralie, ciul n'a pn voir sans tolère cette transfoniiation. Il s'est même donné le luxe de deux ou [dusieurs femmes. Ce fut toute une r^'-volutioii sociale, et elle dure eiieorc.
Le» frères d'origine <k- tes Saliariens, les Toiiâregs, n'ont jamais perdu leur indépendance. Habitués i\ eoiirir dans les solitudes tlu grand dô- Bert, pillards ou, suivant l'occasion, ]irotcetcurs des caravaiie-s il» ont peu Apeuaccapan'Ie coiiunerce entre le Soudan d'une part.etde l'autn,'
la Tunisie, rAI;^érie et le M«iroc. Ce sont de toute antÎ4uîte les possesseurs du sol, mais ils n*oiit ôtô défiuitiveinciit refouK^'s dans le sud que par l'invasion aral>e. Entre eux ils s'appellent les Iniosliag, c'est-A-dire les nobles, les libres, eonforni^'uient A l'usage des races primitives de se d^'signer entre elles par des titres d'honneur.
Les Touaregs sont divisés en quatre groupes princi[>aux : les Ouéliniiniden sur le Kouara, les Kélouï dans r<»asîs d'Aïr, les Azkars dans l'oasis de Gliat,et les Aluiggars dans les montagnes et les plateaux du même nom. Nous n'avons eu jusqu'il présent de rap[)orts qu'avec les deux dernières tribus. Les Azkai-s occupent un grand territoire. Ils étaient jadis divisés en neuf familles, et cliafpie fann'lle en clans. L'une d'entre elles a une importance liistoricpie, car elle a probablement donné son nom au continent , la i;imille des Aouraglien ou Aaouriglia, d'oîi est venu le latin Africa. Quant aux Aliaggars, bien que peu nombreux, ils sont redoutés, car ils sont braves, bien armés, riches, et trouvent un asile presque assuré dans leurs montagnes encore inconnues.
Au-dessous de ces Toualregs et à leurs côtés vit une race dégradée, une population servile, qu'on pourrait comparer aux ilotes de l'antiquité. On les nomme les Imguds. Ils sont bien plus nombreux que leurs maîtres, et soignent leurs troupeaux ou leurs jardins. Les conquérants touaregs n'ont pas voulu les reconnaître pour leurs frères d'origine. Ils le sont pourtant, et quelques-uns d'entre eux s'appellent encore les Varvaren ou Berbères.
Le gouvernement des Touaregs est une sorte de monarchie féodale dans laquelle le roi, Yaménoukalf gouverne avec le concours des principaux chefs de tribu. La couronne est héréditaire, et transmissible non pas au fils direct, mais au fils de la sœur ainée. La raison de cette étrange coutume est que les pères, par suite de la grande licence des Hiœurs, se défient de la légitimité de la naissance de leurs propres enfants. Leur religion fut jadis le christianisme. Ils appellent encore Dieu Mc»si et le bon génie l'Angelous. Ils ont même gardé l'usage du signe de croix. Sans doute, après la conquête arabe ils ont embrassé le culte de leurs vainqueurs, mais ce ne sont pas des musulmans bien
rîgîtles. Ils île pratiquent ni jeunes ni aMutions, et ne font que de rares prières. Peut-être ne serait-il pas înipossiMe <Ie les ramener au christianisme. *
Les Touaregs portent la moustaelie longue. Leur tête est rasce à la chinoise y mais ils portent des tresses de diverses formes. Envelop|)os d'une grande robe , hlanehe ou noire, la djéha^ ils fixent autour des hanches par mie eôulîsse et par une large ceinture de laine un pantalon flottant. Leur tête est surmontée d'un Itonnet élevé, la cliacliia^ fixe par une pièce d'étoffe roulée en turhan, et ramené sur la figure de manière A cacher les yeux. Quand ils montent sur leurs chameaux de course, les rapides viéharis^ ils jettent sur leur tête un voile noir destiné à les protéger contre la poussière et le rayomiement des sables. Ils portent une épée longue, large et droite. Ils y ajoutent, connue armes offensives, mi poignard, une lance, un fusil h, pierre, et, comme armes défensives, des boucliers couverts de peaux d'éléphants. Ils «ont en général grands et bien découplés. Leur teint est non pas noir, mais couleur de cuivre ou légèrement bistré.
Les Touaregs ne sont pas encore des sujets français. Il serait à désirer qu'ils le devinssent, car ils sont braves et énergiques. Ils assureraient la sécurité de nos futures transactions avec le Soudan. Ou avait espéré un moment que leurs frères d'origine, les Sidiariens des oasis, leur serviraient d'interméHliaires et comme de trait d'union. Une convention qui remonte au mois de novend)re 1802 avait même été sîgné»e avec quelques-uns de leurs chefs ; mais «lepuis (lUelques années les relations ont été bnisquement interrompues et même sont devenues hostiles. Etait-ce redoublement de fanatisme, ou défiances exagérées? Fallait-il attribuer ces antipathies, qui malheureusement se sont traduites par des assassinats, à des pré<lieants «m à des agents politiques? On l'ignore encore : mais il n'est «pie tenq»s de prendre une dwisîoii à leur égard; non seulement si nous voulons franchement inaugurer la politi<iue commerciale qui doit un jour ou l'autre nous ouvrir les marchés du Soudan, mais même pour assurer la s(Vurité des tribus aljjériemies du sud.
Restent les Arabes : quelques-uns d'entre eux rési<lent dans les
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oasîs, et y font exploiter leurs jardins par les Sahariens , mais le plus grand nombre est noniacje. Ils vivent Tliiver dans les oasis et Tété sur les plateaux. Obéissant ù leurs instincts *séeulaîres, ils se dqdaeent sans cesse. Vouloir les attacher A un poste fixe, c'est niécoiuiaître la loi de riiérédité. Errer est en effet devenu pour TArabe un besoin îni|)érieux, irrésistible, aucpiel il ne saurait se soustraire. Voudrait-il se fixer qu'il ne le pourrait pas. Kien pour lui, ni l'attrait de la propriété, ni la richesse, ni le confort, ne conijiense les charmes de la vie libre et errante (pi'il intne depuis tant de générations. € Des siècles sont nécessaires pour chan«^er des instincts (pii sont l'œuvre des siècles. C'est une loi de l'organisaticui vraie pour les hommes, vraie |)Our les animaux. L'hirondelle se brise la tcte contre les barreaux de sa cage, quand l'heure de la migration est venue. L'Arabe est de même. Il faut qu'il parte, et si vous le retenez, il dépérit et meurt. y> (Mautixs, Sahara.)
Il est vrai que le Sahara, par la rareté des terres labourables et l'immensité des terres de parcours ouvertes i\ tous, est très favorable à la vie nomade. C'est le i>ays qui convient le mieux aux descendants des comi)agnons de Mahomet. <( Ils y retrouvent dans ses traits essentiels leur patrie primitive. Ici, plus encore que de l'autre côté de l'Atlas, ils ont conservé intacts leur esprit aventureux, leur passion pour lachcisse, leurs mœurs bibli(pies, leur organisation ft»odale, leurs manières graves, élégantes et nobles. Leur hosi)ît€ilité a quclcjue chose de grandiose qui touche profondément l'étranger. » (Clamacîkuax.)
Aussi bien l'hospitalité est ordonnée aux musulmans par le Coran : Ils reconnaissent trois sortes d'hospitalité : l'hospitalité publique qui est donné'e par le gouvernement, rhosi)italité religieuse, et l'hospitalité privée, qui sert de base, pour ainsi dire, aux deux autres. Ce principe préside aux circonstances les [dus ordinaires de la vie arabe : en station, en marche, x\ la guerre, à la chasse, dans les fêtes, partout.
A peine l'étranger a-t-il pénétré dafis la tente qui lui est destinée qu'on lui offre tout de suite une collation pour l'aider i\ prendre patience jusqu'à ce que le dîner puisse être servi. Alors le maître de
LA RÉSISTANCE XATIOSAI-E.
la lente qui, jiisi[iic-U\, a [lourvu à t<iiit «iiis so n-iulrc l'iiiniyeux cm imliscrt-t [la'lnl k- piviiii(.T |ilat tin'ini apiK>rti' ot k- pose Iiii-niC-iiie sur la tatik- eu face de smi hCAv. Ijc« feuiruos ne i»ar.usscut jamais; triais, »i elk-B se «léroU-ut i\ la vue du |mldie, ee sont elles «[ui préium-nt les aliments et, de plus, il tie leur est pas iuteijlit de jeter iiuelijues regarda furtifs i\ travers k- rideau qui sépare toujours la eliamlire de i'Iionimc de celle des femmes.
Tous les aetes dii repas wuit déterminés, eouuue un saeriliee, par des règles, on dirait volontiers par des rites tnnuualdes. On mange
Hff, >1. " 1m I«it4 Uq Towrtf en cmiipauiH.
Bîins parler, comme si on faisait une prièR- mentale. Mallienr à vous si vous n'oliservez pas les mille règles du cérémonial! Ainsi, êtes-vous préocciijH', eacliez vos pensws : c'est le devoir comnmn de l'inviti; et de l'Iiûte de ne pas ass«»mlirir le repas. N'allez ])as contrarier votre hôte en lui laissant soup^-onner ([lie Sii n-ception laisse à dt'-sirer. Ne vous occujk'Z ni de votre elieval, ni do vos domestiques. Ne cracliez jamais h terre. Ne v<nis plaignez i«is de la dureté des temps et surtout ne prononcez jamais le iioiit de votre femme, et ganlez-voiis de donner le m'iîrslre conseil A votre litite. L'hospitalité est due à tout le monde, même à des ennemis. Il n'est pas sans exemple, îLssure-t-on, que le même Aralie qui vous a reçu BOUS sa tente, et vous y aurait défendu au péril de sii vie, ira vous at-
tendre, quand vous l'aurez quittr, loin de sa tril»u, pour vous piller ou même vous tuer.
Parfois encore il arrive que, tout en se conformant aux rî*gles de rhospitalîté, les Arabes journt de mauvais tours A leurs hôtes, surtout à leurs liotes clinîtiens. Ainsi ils prépareront leurs aliments avec du lieurre rance, ou dresseront leurs tentes sur renq)lacenient d'un marché, ou sur un campement îihandonné, oîi ils seront nifirtyrisés par des insectes aussi nombreux «pie famih'ers. Pour varier les plaisirs, surtout qu<ind il s'agit d'un individu venu dans le pays pour en étudier la topographie ou pour répartir les inq>ots, ils étcibliront dans le voisinage un jeime chameau, réc-emment sevré, qui contera bruyamment aux ét-hos la douleur de la séparation, ou bien un coq, dont le cri strident réveillerait un mort. Prenez garde, lorsque, le lendemain matin, votre hôte vous abordera avec un air de bonhomie parfaite, de lui exprimer votre mécontentement : vous passeriez pour un homme mal élevé et vous feriez trop de plaisir à votre prétendu ami. Telles sont les règles de l'hospitalité chez les Sahariens, et, A l'heure actuelle, malgré la focilité plus grande des communications, elles continuent i\ être strictement observées.
Essayons maintenant de pénétrer dans l'intérieur d'une famille arabe. Ce sera bien difficile. L'Arabe ne vit que rarement sous la tente : il serait montré au doigt! Apr{»s avoir acconqdi les devoirs qui lui sont imposés par la religion , par l'état du pays , ou par la surveillance de ses terres et de ses troupeaux , il se réunira i\ ses amis, loin, bien loin des femmes, et s'égarera eu longues causeries, mais son maintien restera toujours grave, car la prudence lui est commandée par la nécessité. Il sait que dans un pays livré à l'arbitraire et soumis A la domination étrangère, rien ne doit être livré au hasard. Il est vrai que, lorsque rien ne gène l'expansion, il se dédonunage de la contrainte subie. Ses conq)agnons et lui mentent, médisent et se moquent à plaisir. Le Coran , assure-t-on , a permis de mentir pour sauver sa tête. Les Arabes du S«diara usent de la permission comme s'ils étaient en contiimel danger de mort. Quant A la moquerie, ils y sont passées maîtres. Conime la langue aral>e est fort riche en mots A double
w^P^p^— n ■!■ ■■ !■ . jii^«^wwpwp^^i»iwi»<qi^BWWWP"'"^iP"**'!^W!ywH^P^i"*p"p^w^iPWf|
Mâk**ai^ii^Mto^ta^iUk>^«iM*MaftaMMM*a^M«Mhl
jifcB laiÉM w I- 1 I ÉÉ fcii II II ■ .^aa^NMaftÉKiiÉNiÉklhi^hi
sens, si vous n'eu coiapreiicz pas la iiialîce, vous serez, sans vous eu douter, couvert de ridicule aux yeux des assistants, parce que vous aurez pris une raillerie pour une louange, ou une injure pour une gracieuseté.
Surveillez surtout la gliomza : c'est un clignement d'yeux presque imperceptible de la paupière inférieure, au moyen duquel deux Sahariens peuvent s'entendre pour vous bafouer, vous voler ou vous trahir. Si vous traitez avec l'un d'entre eux, ne vous moût rez jamais presse d'en finir. Parler peu, rester impénétrable, est l'unique moyeu de réussir. Ne criez pas, ne jurez jamais : car les Sahariens ne sont que trop portés à se montrer impitoyables ix)ur ceux qui leur paraissent manquer aux règles de l'étiquette orientale. Dans la pratique ils ne valent certes pas mieux que les autres peuples : on ne peut cependant leur refuser de posséder le respect de la forme extérieure, quelque gênante qu'elle puisse être.
\\ est donc fort diflicile de connaître le Saharien, si ou se contente de l'extérieur. On ne le connaîtra pas davantage, si on essaye de pc*nétrer dans son intérieur. A vrai dire , il n'en possède pas. Êtes-vous admis dans sa tente : qu'y verrez- vous? Rien. Elle est partagée par un rideau en deux parties. Celle du fond est réservée aux femmes ; celle du devant aux hommes. Vêtements, sacs et provisions occupent le milieu. Les harnachements reposent dans un coin. Les armes sont attachées aux supports. Point de mobilier. A quoi serviraient les lits? Il n'y a chez les pauvres que des nattes et chez les riches que des tapis plus ou moins moelleux. Quant aux tables et aux chaises, on mange sur le sol et on s'assied par terre. D'ailleurs chez un peuple toujours prêt à lever le camp , quel genre de meubles ré*sisterait à la vie nomade ?
Il en est un i>ourtaut qu'on rencontre sous toutes les tentes, le semdouckf grand coffre solide, plus ou moins incrusté de cuivre, qui, chez les riches, sert à enfermer les étoffes précieuses, les titres, les papiers inqtortants et les bijoux, (pie les fennnes ne peuvent emporter sur elles. C'est en ipichpie sorte l'arche de famille. Il est fabri<iué de manière à être rapidement jeté sur une bête de soiame, en cas de départ pn'^cipité.
Si Ton coniKiît si mal les Sahariens , à plus forte raison leiifs compagnes sont-elles à peu près impén^'traliles. Il paraîtrait cependant, si <lu moins on prête l'oreille à quelques indiscrétions, que les aventures amoureuses sont tout aussi frcVjuentes sous la tente «pie dans les villes. Dans certaines triKus, particulièrement celle des Ouled-Nciïl, la prostitution est même une sorte d'institution légîde, et ce n'est qu'apri-s avoir servi aux plaisirs du pulilic, et s'être ainsi ramassé une dot, que les jeunes filles de cette tribu, de même que ces Assyriennes dont Hérodote a raconté le honteux trafic, reviennent au payS| trouvent sans difficulté des épouseurs, et deviennent de bonnes mères de famille.
Que dire de la sobriété des Arabes, et tle l'incomparable vigueur de jarret déph»yé'e par quelques-uns d'entre eux? Ils supportent avec facilité des jefuies prodigieux, jusqu'à cinquante-deux heures sans boire et trois jours sans manger, et font des marches étonnantes. Le général Marguerite, qui a longtemps conunandc }\ Laghouat, avait pris à son service le Saharien Ben-Saaï<laiie, qui, en vingt-six heures, parcourut une fois 216 kilomètres, sans aiitre nourriture que huit à dix onces de farine. Une autre fois, en cent deux heures, il alla de Tuggurt àBou-Kakhîl, et la distance était de 500 kilomètres. Depuis 1862 Ben-Saaulane fut attaché à notre service en qualité de coureur. Il tenait beaucoup A sa réputation de marcheur infatigable. Afin de s'entretenir les jand)es, disait-il, il allait souvent de Djelfa à Laghouat, et parcourait en quatorze heures les 116 kilomètres qui séparent ces deux villes. Parfois îl lui arrivait de forcer à la course des autruches. Le général Daumas cite un certain Thouamy, ([uî se rendit, en vingt heures, de Xegoussa à Benij.ine, distance, 180 kilomètres! et il n'avait mangé que quelques dattes et bu la valeur de deux & trois litres d'eau.
Il est vrai que , par la vie rude et pleine de périls qu'ils sont forcés de mener, les gens du désert sont admirablement préparés h la marche, aux fatigues et aux privations. C'est une honte chez eux que de s'exposer par la paresse ou par l'intempérance A être appelé Jiou- Kachj le père du ventre. ^ Peut-être est-il permis de regretter que
ces exemples de vigueur inuseulaîre, développée par une Aluctitioii professionnelle, disparaissent de l'Europe, et cpie les hommes appartenant aux raees civilisées se trouvent presipie toujours, sous ce rapiMirt, en état d'infériorité flagrante vis-à-vis des peuples plus voisins de Tétât de nature. On sait quel prestige exercent encore sur ces peuple*» les qucilités pliysitpies ccuume la force et l'agilité , et souvent il serciit à désirer, dans l'intérêt même de la civilisatiiui, qu'ils eussent ce motif de plus pour nous estimer et n(»us craindre. > (V. Daumas, Vte aralcy p. 398.)
Tels sont les Siiliariens. Ils avaient vécu à peu près libres jusqu'à l'arrivée des Français. Sans doute ils reconnaissaient la suprématie politique des maîtres de rOdjeac,et même leur pay.iient un léger tribut, mais Ic^ milices tunpies ne s'aventuraient que rarement au sud de l'Algérie, et les Sahariens, (pi'ils vc*cussent «lans les oasis ou errassent sur les plateaux, pouvaient se considérer comme libres. La présence et le voisinage des Français les iiKpiiéta. A diverses reprises ils aidèrent de leur argent et même de leurs contingents nos princiimux ennemis. Ahmed, le boy de Constantine, et Abd-el-Kader curent panni eux de nombreux partisans. Encouragés par une huiguc inqmiiito, les Sahariens ne tinrent aucun compte de nos avertissements, et leur attitude devint promptement si hostile, qu'il fallut songer à les réprimer.
A vrai dire, on entrait dans l'inconnu. Ni les Ronmins, ni les Arabes eux-mêmes ne s'étaient avancés aussi loin, sauf dans quelques expéditions aventureuses, dont le retentissement avait été plus considérable que le résultat. Pourtant la nécessité s'imposait de prouver à ces récalcitrants que la domination française était sérieuse. C'est en 1843 qu'un des fils de Louis-Philippe, le duc d'Aumale, fut chargé d'opérer dans le sud de la province de Constantine afin d'enlever & l'influence de l'émir les tribus du Zal» et de l'Aurès. On .appelle Zali les villages et campagnes situés sur la limite du Scdiara, dont IJîskra est la capitale, et El-Kantara la porte <r<?ntrée.
Un lieuten.int d'Abd-el-Kader, Mohammed-Sgher, s'y était établi et commençait à devenir dangereux. Quant h l'Aurès, c'est-Anlire à
cet énorme massif de mont«agnes qui sépare les liants plateanx dn bassin des Chotts, notre ancien ennemi de Constantine, Ahmed, s'y était réfngié, et, avec la connivence des Ouled-Sultan et d'autres tribus, entretenait une dangereuse agitation. Le duc d' Aumale se dirigea contre eux vers la fin de février 1843. Iltitteignît rapidement Biskra, où il établit une petite garnison, visita Sidi-Obka, Tebessa, Bouçaïa, et s'engagea dans l'Aurès. Le 24 avril la colonne française se trouvait dans un pays upre et tourmenté. Une brume épaisse cachait le pays. Les Oïded-Sultan nous attaqucTent à l'improviste. Il fallut, pour dégager les fuyards, que le prince, ses aides de camp, et ses officiers vinssent en personne h leur secours. Le ch.imp de bataille nous resta, mais les guides ne voulurent plus nous conduire et il fallut battre en retraite. Le 1*' mai, le prince rentra dans la montagne. Cette fois le temps était clair. Les Ouled-Sultan' voulurent encore nous tenir tOte, mais ils furent culbutés, et nos troupes, en signe de victoire, allèrent camper à Bir, position qui passait pour inexpugnable et o& les Turcs n'avaient jamais osé se présenter. Le 8 mai un nouvel eng.igement avait lieu. Les Ouled-Sultan. ne s'attendaient pas à notre brusque attaque. Tous leurs biigages tombèrent entre nos main». Ahraed-Bey, abandonné de ses ser\'iteurs et dénué de tout, s'enferma dans l'Aures, oîi il fut impossible de le rejoindre. Les colonels Noël , Lebreton et Bouscarins poursuivirent les tribus dans leurs retraites , aidés cette fois par les indigènes qui , voyant nos succès, accouraient en foule. Ils leur imposèrent de fortes contributions de guerre, et firent partout respecter le drapeau nation<al.
Nous avions besoin de ces succès. Déjà, sur nos derrières , à Batna, se formaient des rassemblements, et le lieutenant d'Abd-el-Kader était rentré à Biskra, dont il avait massacré la petite garnison française. Mais le duc d' Aumale, après sa course victorieuse dans l'Aurès, n'eut qu'à paraître, et les villes menacées rentrèrent dans le devoir et furent désormais mises à l'abri d'un coup de main.
Dès l'année suivante tout était à recommencer. Cette fois le général Beileau entrait en campagne et, par la rapidité de ses manccuvres, forçait l'ennemi à demander l'anian.
LA BÉSISTANCK NATION'ALR.
Ce ii'étaii'tit h\, itialli(.'iiri-iis(^-riio)it, ([iic lU-s runiiitiitiss^inccs militaires. Dès que ims trim|n-s avaii'Ut «lîs|iani, !w Siiliariciw reiKirai»saient cii ariiius. Eii li^l5 un faiiatî'|ii'', Sî-S;uiil, a|ipota A la riSvoIto les tribus du lloiliia. L'- ;^»:iiéral Luvasscur, eiivuyû contre lui, remporte d'alionl (le grands stietts ù Fi»u»i-]î<iu-ïliaK-l> et :\ Gas-oueil- Sisly, et réduit les insurgés à se disjitTser ou j\ rentrer dans le devoir.
Le 2 janvier 18-iG ime tein|iête de neige se décliaiiia.sur la inouta;r|,c^ et le général ordonna la retraite dans la lUreetion de Sétif. Cette retraite fut désastreuse. Nos ^ildats, engourdis |iar le Iruid, s'asseyaient pour ne plus se relever. Ils iiYroutaiciit jdiis k-iii-s officiers et iiioumicnt 8ili'neieusi.-iiteiit. Quand la eolimne atteignit SétiT, après neuf heures de ntarclie, soixanti- et <iuat<>r/(.- eadavre.s avaient été laissés sur la route, et près de eimi lents malades entrèrent à l'Iiôpital iiour no phiH en sortir. Ce fut une véritalde retraite de la llérézïiia. Li nouvelle
clinlés.i.stre se répaiMlit dans les tribus, qui, plus que jamais, persistèrent dans leurs sentiments de révolte.
Une revandic s'im|)osait. Le jj^énéral Cavaijçnac fut chargé de la prendre. On le chargea d(' soumettre les tribus du Sud-Oranais, qui aidaient encore Abd-el-Kader, de montrer à ce pays qui ne l'avait jamais vu le drapeau de la France, et de rassurer les négociants et les caravanes interrompues par les courses contimielles de l'émir. Cavaignac, averti par le malheur de son c<»llègue Levasseur, prit toutes ses précautions pour assurer le succès de l'expédition. Bien qu'on l'ait parfois accusé de dureté, il poussa la prudence jusqu'à donner à tous ses soldats un voile pour les garantir des ardeurs du soleil, 8Î bien qu'on les surnonuna les demoiselles de Cavaignac. Avec ses officiers, il organisa des commissions scientificiues pour relever tous les faits qui pourraient être utiles à la science. Aucun service ne fut négligé. Les équipages comprenaient cinq cents mulets et deux mille chameaux.
Cette inmiense Ctiravane quitta Tlemcen le l** avril 1847. Le 4 elle atteignait Daya, alors notre établissement le plus méridional. De h\ elle s'engagea dans la région des Chotts. Le 13 elle se trouvait au puits d'El-IIamra; le 14 elle touchait Sounta et traversait le col de Sidi-Mohammed-el-Aouri qui (h»nne passage dans le désert. Le 18 avril elle était aux puits de Nebeli : mais la tempérciture changea tout à coup. De tropicale elle devint glaciale. Une neige al>ondante recouvrit comme d'un linceul le camp et l'armée. Les soldats commençaient à s'effrayer, les guides indigènes refusaient d'avancer; il fallut que Cavaignac et ses officiers donnassent l'exemple. On se roidit contre l'atmosphère, et on arriva sans encombre au ksar d'AsIa. D'Asla à Tiout, la seconde oasis, il y a quarante-cinq kilomètres. Nos sohhits les franchirent en une étape.
Le beau tenq)s était revenu et avec lui la confi<nnce. Les h<ibitants de Tiout s'étaient enfuis. Cavaignac ordonna de respecter leurs propriétés, et précipita la marche de ses troupes vers les deux Moghard. Des parlementaires envoyés vers h» ksar de Moghanl-Thatania avaient été égorgés : nos soldats les vengèrent en pillant l'oasis. Ils se
portèrent de là vers k- ksar Mn^'linnl-Foiikaiiùi, ilitiit les lialntants nous avaient i>n.vi«iiiiîs. Il y viit là un en^ja-jenient sërîenx. II fallut déloger les Saliitrieiis k itKips iVuhm et par l'assaut .
Tiuut, Aïii-Seiifrji, S'fissiDi, Laïuhâa, Ta.iussera, Am-I«m-Klielil
rif. »i.— W l'ik'nl CiTii^-n
K UHiOiTjplil» <k ttp'V*-
lurent suecessivciueut reconnus et iK-cupés. Après avoir ainsi {lorté le dra|K.'au français jusqu'à l'exlréinité des montagnes saliaricniics, Cavaignac revint à TIeiiieen aveu la cavalerie, laissant l'Infantcriu et les <"**|ui|iiiges poursuivre leur ruute, sous les urila-s du eolonel Mac- Malioii, iKir un antre clieiiiin. Aiieiiii sinistre n'avait été h d«'pIorvr dans cette longue et péiiilile raiiipaglie.
344 L*ALQÉRIE.
Au îiiemc inoiiieiit les généraux Yf)ii.souf, Maroy et Renaut exécu-. talent des opérations parallèles. Elles curent le même succès : le général Renaut s'avança jusqu'à El-Biod, la ca[)itale des Ouled-Siili- Cheîck. Comme il se présentait en pacificateur; il ne reneontra nulle part de résistance.
Pourtant ce n'étaient U\ que des recoimaissances militaires. Il n'y avait pas d'occupation réelle. Tant que la France ne résiderait pas à poste fixe dans les oasis, il était à craindre que son autorité ne fût reconnue que dans les endroits ou elle s'exerçait directement. Ce sont surtout les tribus des cercles de Bîitna et de Biskra (pii manifestaient des velléités d'indépendance. Elles étaient entretenues dans ces sentiments par le elief de l'oasis de Zaatclia, un certain Bou-Zian, qui, se fiant i\ la prétendue înaccessil/dité de sa retraite, finit par prendre une attitude tout ii fait hostile, et remlit notre intervention nécessaire.
Zaatclia est dans la province de Constantine, au sud-ouest de Biskra, i\ peu près i\ égale distance entre les sommets du djebel Ennaïma, dont les fiers profils se dessinent i\ l'horizon, et le djeddi, un des plus consiilérables parmi les cours d'eau qui traversent le Sahara. La population spéciale h l'oasis do Zaatcha se compose, comme dans tous les oasis, de Bc»rbères et d'Arabes. Elle s'était toujours distinguée par sa fermeté i\ repousser les prétentions gouvernementales des conquérants successifs de l'Algérie. En 1833 Ahmed, le terrible bey de Constantine , qui s'était présenté en personne devant Zaatclui, dut subir l'humiliation de battre en retraite devant la ville rebelle. En 1838 Abd-el-Kader avant voulu étendre son autorité sur les tribus sahariennes de la province de Constantine, envoya contre l'oasis ses réguliers, qui furent honteusement battus. Yaï 1845 pourtant, lorsque le duc d'Aumale entra pour la première fois à Biskra, et reçut la soumission de la ville et des régions environnantes, les habitants de Zaatcha se résignèrent ai cette nouvelle domination, et consentirent à nous payer un tribut, comme ils l'avaient jadis payé aux Arabes ou aux Turcs.
Ce calme était trompeur. La révolution de février 1818, qui venait d'éclater en Fr«ince, eut dans toute l'Algérie un déplorable retentis-
LA RÉSISTANCE NATIOXALK.
sèment. Bon noml>rc <k»s liaMtants «le Bîskra, Je Zaatclia et des oasis voisines ont Flialiitudc* iVallcr tous les ans \ Alger, où ils exercent diverses professions infîmi^s, et reviennent au pays nuan*! ils ont ramassé un petit [léeult». Or,4uan«l ils virent une partie de nos tron|»eH algériennes revenues en France, «juand ils a|»|»rin*nt «jue notre roi était détrôné, et que nous étions menaeés de soutenir la guerre contre l'Europe entière, l'espoir de nous expulser se réveilla, et tous ceux qui, de retour au pays, portèrent la Ixuuie nouvelle, eurent soin de
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Flf. >4.- — À|ir{-« U tciiipite «le iH*l)rr.
l'exagérer dîins le sens de leur fanatisme satisfait. La guerre sainte fut precliée. Les maraliouts annoncènnt qu'ils avaient vu apparaître de saints guerriers, destinés à chasser les infidèles. Plusieurs chefs se mirent en état de révolte ouverte», et hientôt l'exciltatifui des Sah.iriens ne connut plus de bornes.
C'est Ace moment que surgit à Zaatrlia, pour animer du feu de sa haine toute une population ennemie, le red<»utal»Ie adversaire que nous avons dcjà signalé. En 1833 et en 1838 lîou-Zîan s'était fait renmrquei' lors de la doid>Ie atta^pie d'AInned et d'Alul-el-Kader. Ses relations
Ai/iiniK.
étendues, ses ruliesses, son niiitiition, et, pouninoî ik» pas ravoiior, son patriotisme le reuïlaîeirf fort «langerenx.
II commença ses prédications an mois de mars 1849. Les Sahariens ne les ée(>utèrent d'ahonl que froidement, rar ils trouvaient Tadniinistration française snjiérieure 51 toutes celles qui l'avaient pnVr<lée; les Arabes au contraire les suivirent avec em|)ressement , car ils étaient exaspérés par la prospérité toujcMirs croissante des Saliariens et surtout par les i»roj;res des idées égalitaircs. Avec un art infini ils surent persuader aux Saliariens que leur cause était la leur, et que d'ailleurs les Français les accablaient d'inqjots injustes. De plus ils se moquèrent d'eux pour s'être soumis sans avoir seulement fait parler la poudre. Par ignorance autant que par amour-propre, les Saliariens finirent par prêter l'oreille à ces perfides insinuations, et devinrent les meilleurs auxiliaires de 6ou-Zian.
Le mal était déjj\ fait quand la France, enfin avertie, se dé»cida A întervenir. Avec une extrême audace, que justifiaient les circonstances, un officier adj(»int au bureau arabe de Biskra, le capitaine Seroka, espénint couper le mal dans sa racine, se rendit & Zaatclia et fit prisonm'er le fanatique. Le j(>ur même la guerre sainte fut proclamée du liant de la mosquée, Bou-Zian fut délivré par les siens, toutes les oasis voisines de Zaatclia entrèrent en insurrection, et l'appel aux armes fut entendu dans presque tout le sud de la jirovince de Constantine.
L'entreprise avortée du capitaine Seroka avait du moins dissipé nos illusions, et démontré la né*cessité d'une intervention énergique. Le colonel Carbuccia, commandant du cercle de Batna, eut le tort de croire qu'une simple démonstration suffirait pcMir ramener le calme. Ses huit cents hommes se heurtèrent >\ une résistance désespérée? et durent battre en retraite. L'échec fut grave, surtout A cause de l'effet moral. Il fallait de t(>ute nécessité, et rapidement, marcher contre la cité rebelle, et concentrer contre elle Téiiergie de l'attaque. Le général Herbillon, connnandaiit la pri»vince de Constantine, le comprit. II partit avec environ trois mille hommes, prit sur son passage les garnisons ih Batiia <»t dt» lîiskra, et, \o 7 ortobre 1840, parut devant
LA RÉSISTANCE NATIUNALK.
Zaalclm & la tC-ti.- tU- (imita- mille si.Mats de tmircs minus. l)e pliw l'unliv avait été «I..1111.' .riiivoyi.r .k-s R-nfoits, vt le reiidez-vons gcuéTu\ était Zaatilia. II lallait vu ilïtt laiiv toiiiLci cette place ïK.ur eiiii»Éclier riiisiiiieetioii ik- s etemliv aux pnniiiees voisines.
Zaattlia, eoinriie toutes ks vilks «les oasis, était liâtîe an iiiilîeti «l'une forêl <Ie palriiîiTs. <Vs iialiuiers étaii-nt enfermés ilans nii v<tî-
nr. M. — irais .\* d'^nn J'uix <i»i>.
table laWrintlie de iniii-s de elôtme, séparés par de petits clieniiiis creux, véritaWes sentiers (pii eomluisaieiit à la ville. Ces murs de clôture et ces elieniins creux eunstîttiaieiit une preruifTe li;;rie de déleust', propice aux embuscades. Au-delà dr ces jardins, ou arrivait à un large fossé, de sept mètres, qui elitonniit la forteresse d'un redoutable obstacle. Puis s'élevait l'enceinte bastiouné'e et crénelée à différentes liauteursatin de mutti|ilier les feux. Acette muraille K'adossuieut une partie des maisons tïv la ville, en si.rteque, sans sortir île cliez eux, k's ik'fcn-
seurs pouvaient preinlre part i\ la lutte. A rintérieur, enfin, de granules maisons carrées étaient disposées pour les ressources extrêmes de la défense. Une seule |Mjrte donnait accès dans Zaatclia, et elle était dominée par une grande tour crénelée.
La forteresse était donc recloutable, et Bou-Zian avait tout disposé pour une résistance désespérée. Afin de mieux montrer sa résolution, il B^était enfermé dans la place avec sa famille, mais il avait fait sortir toutes les bouches inutiles. De plus il avait amassé beaucoup d'approvisionnements et de munitions. Il avait même poussé la précaution jusqu'à faire confectionner des balles avec des noyaux de dattes recouverts d'une feuille de plomb.
Les Français commencèrent par s'emparer d'une zaouîa ou école, isolénî de la ville , et d'une fontaine dont les eaux leur étaient indispensables. Excités par ce premier succès, ils voulurent pousser plus loin, mais tombèrent dans une embuscade et firent des pertes cruelles. Le lendemain de cette malheureuse affaire, quand ils reprirent les jardins abandoiuiés, un terrible spectacle s'offrit à leurs }'eux. Les blessés de la veille, enlevés par les ennemis, mutilés par eux et attachés à des palmiers, expiraient dans les plus cruelles souffrances. Les femmes surtout s'étaient montrées impitoyables envers ces infortunés. Ce souvenir resta dans les cœurs, et, i\ Theure de la vengeance, les représailles furent atroces.
Malgré la prudence et le soin avec lesquels furent conduits les travaux préparatoires du siège, nous n'avançâmes, grâce à la disi)osition des lieux, qu'en achetant le terrain par des pertes cruelles, surtout dans le cor2)s des officiers. Les batteries de siège furent enfin installées, et on commença à battre les nuirailles, mais le terrain était difficile, de plus les munitions s'épuisaient rapidement, et, connue les connuunications avec Constantine étaient interceptées, il y avait nécessité de presser la fin du siège.
Le général Herbillon venait de recevoir mille cinq cents hommes de renfort, conduits par le colonel de Barrai. Malgré l'imperfection des travaux du génie, il résolut de tenter un assaut. Ce fut le 20 pctobre. Deux colonnes avaient été formées. La première, celle de gauche.
parvînt assez faeilemciit au haut dv la briVlie , et s*établit sur la terrasse d'une maison qu'elle trouva devant elle ; maïs cette maison était minée : elle s'écroula sous les pieds îles assiûllants, et les engloutit avec une horrible fraeas. La seconde, celle de droite, fut arrêtée par le grand fossé, et tous ceux de nos soldats qui réussirent & le franchir mouillèrent leurs cartouches et ne purent plus se servir de leurs annes : ils durent battre en retraite , fusillés presque î\ bout portant. Eu quelques minutes, il y eut trente tués et quatre-vingt-dix blessées. D'un côté comme de l'autre l'assaut était manqué. Tout était dune à recommencer.
Ce fut alors que le général Herblllon, afin de donner plus de rectitude & nos feux, et aussi pour se venger des habitants do Toasis, ordonna de couper les palmiers. Pour des gens qui vivent de la récolte des dattes, c'était un tort irréparable qu'on allait leur faire subir. Malgré leurs fréquentes sorties, l'œuvre de dévastation ne 8*arrcta pas. Le bruit de la chute de ces arbres magnifiques alla porter dans le cœur des habitants de Zaatcha plus de rage que les détonations incessantes de notre artillerie.
Il est vrai que le camp français avait alors un asi)ect des plus tristes. Il était exposé au vent du désert, et un sable fin, sans cesse soulevé en tourbillons, inconnnodait nos soldats, et rendait le repos des tentes aussi fatigant que le travail des tranchéHîs. Ce sable se mêlait aux aliments, et quels aliments, des botes qui mouraient de faim, des biscuits moisis et pleins de vers, jadis fabriquées pour l'année de Paris en juin 1848! Les officiers n'étaient pas nn'eux traitées, car, eu expé^dition, les vivres sont les mêmes pour tout le monde. Comiiie les difficultés des communications avaient fait tout sacrifier au transport des choses les plus indis2)ensables, nos soldats n'avaient inCine 1 pas une goutte de vin ou d'eau-de-vie pour la mêler à l'eau sauniatre
! des rigoles de l'oasis. Nul pourtant ne se plaignait, et six cents
honunes avaient déjà succombé. Il était grand temps de recevoir des renforts.
Ce fut le colonel Canrobert qui les amena. Cet officier supérieur s'était fait un nom par son courage héroïque et son lionhcur. Il avait
conquis la confiance et l'afTection de Tannée (rAfrîque. Mallieurensenient le cliol/»ra s'était «KVIaré dans sa colonne, et il avait déjà penhi près de deux cents lioinines pendant la niarelie. Des ce jour la terrible maladie exer^;a ses ravages. L'arrivée de (,'anrul»ert donna le HÎgfial de la reprise vigoureuse des hostilités. Les travaux d'investis- Hcuieiit et de siège furent poussés avec vigueur. On réussit à couper toute communication entnî les n'inllcs et Ifs oasis voisines. Le 16 novembre, dans une grantle razzia, le général en chef enleva plusieurs inîlliers de têtes de bétail, et soumit quelques tribus. C'était notre premier succès depuis que nous canqjions devant cette cité maudite : aussi Tarmée le salua-t-elle par de vives sicclanuitions. Tout l'intérêt de la lutte se concentrait «lésormais sous les nnirs de la place.
L'auxiliaire le. plus redoutable des ennemis dans cette lutte tragique était encore le choléra. II nous enlevait trente à quarante hommes par jour, car ragglomératlon de tant de monde sur un si petit espace, les détritus d'animaux abattus, le voisinage des cadavres mal enterrés dans les sables, et souvent découverts par les botes féroces, toutes ces causes aggravaient l'épidémie. Les nuits pluvieuses que Ton passait dans les tranchées devenaient mortelles. Les cris de douleur poussés par les malades se mêlaient au bruit continuel des coups de feu, et au mugissement mélancolique des palmiers agités par le vent. Aussi la tristesse était-elle profonde.
Les travaux de siège avançaient pourtant, avec lenteur, mais avec sftreté. Nos diverses attaques enserraient la ville comme une tenaille de fer. Exaspérés par l'imminence du péril, les défenseurs de Zaatcha tentèrent un dernier effort. Dans la journée du 24 novembre, au moment oîi Ton relevait les gardes dans les tranchées, ils se jetèrent sur nos travaux. Un combat corps à corps s'engagea aussitôt, coinbat auquel prirent part, avec un acharnement indicible, les femmes arabes. Le commandant Bourbaki réussit i\ balayer la tranchée, mais nous avions fait des pertes sensibles, et il fallut de toute nécessité retarder de vingt-quatre heures l'assaut, qui avait été fixé au 25 novembre.
Trois brèches avaient été ouvertes, et elles étaient toutes les trois
LA HKSISTAN'CK XATIONAl.K 351
praticaMi'i". Tmis coliniin-s, i-.iiii|ios<'cs clianiiR' iK- trois ct-iits si»MatH tlY-Iiti', iluvaiviit I.s iilM.nl.r, ti.ii<liiit.-s par ks coltuii-Is Catrmltfrt, de Itjirral ot LMiiriiu-I. Pinilint «[ii'ainait lii-u l'aswiiit, k- tomiii.imlaiit Bciurkaki siirvcilkTaît hs alHtrtIs «k- la [Atwv [«mr îritiTri-iiler K-s coiiinmiikatidiiK (k- IViimiui, et les («iloiirls Diiinontot i-t Jotlivi-t c«>in-
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Ttg. M. — Cumfern; il'«pni nii' llihorrmjlih-
■1 lUMfnlUHUfiMCl-nn XIX" M
niainUTak-rit k'K rf'-stTvffi. Ij<-s iK-diiscuis ik- ïîîiatcha ne iKiraissait-iit [MIS HO ikmtcr iki sort qui leur «'tait ivsirv»'. Ils rciimiswV-nt avt-c <I<'- (Initi k'K projMwîtîotis qui- crut «k-vnir k*iir faire k- gi'm'ral IlL-rl>illiiii, nRn (If rester fi<kMe aux luis il..- ki •îni-rri-. Ils si- n'iuiiulin-iit, coiiniic ils avaient l'Iiakitiiili- «k- Ii- Pain- ckaiiiu; wiîr, sur k-s murailles ik* In ville, et iioiw proiligiièn-ril Ii'urs injnn-s et leurs coups tle fusil. Ix-
S52 L*ALQÉRIE.
reste de la miît se plissa dans ce calme sîîiîstre qiiî précMe les catastro]>hes. u
Le 20 novembre, à sept heures du matin, h peine le commandant Bourbaki, qui devait tourner la place et couper toutes les communications avec rextérieur, avait-il prononcé son mouvement que le signal fut donn/'. La colonne Canrobert sYIança la premi?»re avec un tel i^dan qu'elle arriva bientôt au milieu de la ville. La ccdomie Lc»urmel eut le même bonheur, et bientôt la c(donne de Biirral, après un moment d'arrêt caus<' par un /'•boulement , donna la main aux deux autres. Ces trois colonnes enlaçaient alors la ville presque entière, mais il restait t\ prendre d'assaut clicique maison, et ce fut la tache la phis difficile. Heureusement nos soldats sont excellents dans cette guerre de mes. Les uns apr^s les autres ils tuèrent i\ cou[)s de Imïonnettes ou ensevelirent sous les ruines de leurs maisons tous ceux qui essayèrent d'y prolonger la résistance.
La situation de Bou-Zian n'était plus tenable. Il s'était n'fugié avec ses fidèles dans une maison crénelée. Ceux de nos soldats qui se présentèrent les premiers furent reçus par une fusillade terrible. On essaya de canonner la maison , mais les artilleurs furent tués sur leurs pièces , enfin un sac à poudre fortement chargé fît sauter une i)ortion du mnr et laissa à découvert environ cent cinquante personnes. Enivrés par le feu du cond»at, nos soldats tirent sur ces malheureux entassés, et se pré»ci[)itent à la baïonnette pour en finir. Il n'y eut pas 3e quartier. On n'é2>argna personne, pas même les femmes. Bou-Zian avait été fait prisonnier. On le. fusilla sur riieure et un zouave eut le triste counige de cou[)er la tête à son cadavre. Il apporta ensuite le sanglant trophée «au colonel Canrobert, et le jeta à ses pieds.
Sur les autres {H>ints de la ville continuait la guerre des étages supérieurs et des scmterrains. Quand nos soldats ne jwuvaient i)énétrer dans les maisons ou dans les caves, ils se servaient de s«ics à |>oudre, et d'horribles explosions renversaient les murs. Ceux qui n'étaient pas écrasés par la chute étaient étouflés par la fumée, et le soldat, avide de^ vengeance, tuait ceux qui res[»iraient encore.
Sur ces entrefaites, quelques centaines d'auxilmires ét.iient .accourus
au secours des assîi'^gés. Ils es|KTaîent leur ouvrir uu passage et leur assurer un ryfnge, maïs le gc'îiéral irerMIIon avait pris toutes ses mesures, et le coniiiuuMlaiit lîourlmki les attendaît. Pendant plusieurs heures, les Sahariens essayèrent de percer les rangs de nos soldats pour arriver jusipi'à hi ville, mais ils se heurtèrent à une Résistance obstinée, et durent battre en retraite.
Vers le inilieu du jour tout était fini. Il ne restait ipie des vainqueurs et des ruines. Le reste de la soirée et toute la journée du lendemain furent consacrés à raser la place. On voulait détruire à tout jamais ce foyer de résistance et on avait raison. Lorsque sauta en Taîr avcHî un fracas épouvantable le nn'naret de la mosquée de Ziuitclin, l'armée poussa un h uig cri de joie. La chute «le rédifice, du haut duquel avaient si longtemps retenti contre nous d'implacables malédictions, annonçait la fin de ce siège meurtrier, qui ncms avait coûte, sur un effectif qui varia entre 4,000 et 7,000 honnnes, plus de 1,500 tués ou blessés.
Quelles furent les conséquences <le cette victoire et de cette impitoyable répression? Les Sahariens des oasis voisines se soumirent sans conditions. Ils étaient comme consternés. Ville détruite do fond en comble, p«ilmiers cou[)és, habitants massicrés, tribus nomades dispersées et déiKHiillées, quel spectacle et quel enseignement! La Ic^çou était dure, mais elle fut [)rofitable. La su[»erstition s'en mêla. Le choléra, qui acheva notre œuvre, parut le signe du châtiment céleste. Ce fléau i)orta la désolation au sein des tribus, et les déeinni. Si [pourtant on envisage froi<lement la situation, n'hésitons pas k l'avouer, notre victoire fut k demi déshonorée, k Le sang, la poudre, la fureur du cuinlmt avafent produit cette terrible et homicitle ivresse devant laquelle les droits sacrés de l'humanité n'existent plus. Il y eut des enfants dont la tête fut broyée contre les nnirailles devant leurs mères, des femmes qui subirent tous les outrages, avant d'obtenir la mort, qu'elles imploraient comme un grâce. » (NK'rrKMKvr.)
Les bulletins militaires ont Insisté sur l'effet [uoduit par cette exécution dans toutes les oasis du désert. Il se peut qu'elle ait en effet augmenté la terreur qu'iiis|iiraît la France, mais cette terreur fut
ALOKKIIC
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mêlée de haine. Au lieu de gouverner les oasîs par la eîvilîsatîon et les bienfaits, nous fûmes mluits au triste ressort de la force bnitale. Nous courbions sons le jou;^, au h'eu de nous les attacher, les populations, c'est-à-dire que nous devions nous attendre à de prochaines insurrections. En effet, elles éclatèrent bientôt, et furent bien difliciles à réprimer.
Le général Daumas, clans son beau livre sur le Sahara algérien, fait remaniuer que le Tell est le grenier «lu Sahara , et «pie les Sahariens sont par conséquent dévoués au peuple qui occupe fe Tell. (( L;i terre du Tell est notre mère, disent les tribus nomades, mais celui qui l'a épousée est notre {mtc. d II sendde donc au premier abord que le maître du Tell peut affamer à s(ui gré les Sahariens, mais, comme il y a aussi un Tell tunisien et un Tell marocain, tant <pie la France ne bcra jKis nuiîtresse du Maroc et de la Tunisie, les Sahariens qui, par ces deux points, se procurent tout ce dont ils ont besoin, ont la possibilité de rester indépendants de nous. Par nos procédés de gouverneinent et d'a<lministration, nous leur avons donné le gofit de cette îndé- [lendance. Nous eûmes en effet beaucouj» dc;^ peine à soumettre les diverses oasis du Sahani. Lagliouat, entre autres villes, nous op{K)sa une résistance presque aussi sérieuse que Zaatcha.
L'oasis de Ltighoiuit est dans la province d'Alger, à 45(j kilomètres au sud de cette ville. Laghouat forme deux anqdiithéatres, qui se font face sur les flancs de deux nuuiielons allongés. de l'est à l'ouest, dont les sommets sont distants Tim de l'autre d'environ 1800 mètres. C'est entre ces deux mamelons que les eaux «le l'oued Mzi sont amenées par des canaux d'irrigation.
Rien de plus saisissant que l'aspect de cette oasîs A une certaine distance : « Le ciel était d'un bleu de cobalt pur, é»crit à ce proiK>s un maître styliste, le grand peintre Fromentin, l'éclat de ce p.iysage stérile et abandonné le renflait encore plus extraordinaire. EnHn le terrain s'abaissa et devant moi, mais fort loin encore, je vis apparaître au-dessus d'une plaine frap[>ée de lumière, d'abord, un monticule isolé de rochers blancs , avec une multitude de points obscurs, figuramt en vioh't les contours suin'rieurs d'une ville armée de
LA UKSISTASCE N'ATIONALK.
tours, an l>as s'.nlî<îii;ut un fi.nrn' d'un viTt froîil, coiuiwtc, If'^p'-ivliH'iil I/tiks*' <'oniiii<> la siirfjHT liarlnii- il'uii c'Ii;nii|t «lY-pis. l^iio tiam; vitjicttu, t-t qui un- [uirut miiuIui.', s<- luoutniît à •;:)||c)k>, |)ri-si|ur an iiiveamK- la villt-, rf|>arjiis^ai( i\()n>iti.' timjnuiH aussi miflc, et frrniaît l'iiorizon. CVtti.' barre tram-liaît cniirn-nt sur lui ùmA <I<- cît-l rmili-nr d'argftit mat, vt n-ssonitilait , innîns It> ton, à uni- nuT sans liiniti's. Païus rintiTvalle qui me séparait encore ilv la villi-, il y ,i%-aît une /'tcn-
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