I. »I. — 'W.li *" niïlroni il» D>i*-iM
fine RaM'iniicnsc c-t f|n<l(jiic clmsc d'nu f^rîs plus McuAtro, connue K- Ht altamlonn*' «i'nnc rivirn- aussi larj;c que «Iriix fois k Scîih'. t>
LaKlitutat t-st ilonc, ainsi que Zaalcha, la <a|iit!tlL' d'uiic oasis, wuleiiu'ut sa {MiKitiuri pins cinhali- et yiiu iso|«'nn.-nt lui (lonncnl une tout autrv iniiK»rtarni'. C'est la véiitjtl.j.- caiiîtaN- «lu fV-sert à phtsiciini centaines «le kilnniMns à la ronfle. S<-s notulireux [taliiiii-rs assurent la riflicsse «le ses Iial-îtanls, ainsi <|iie ses foires et ses niartln'-s, qiiî vn font en quelque sorte le rernlez-voiis olili^p' lies tribus i^iiliarieniH-s.
Laghoiiat auniît pu vivre lieureuse et tranquille sans çraffreuscs «lissensîons qui la conduisirent & sa i>erte. Chacun des deux mamelons sur lesquels est bâtie la ville appartenait à une faction rivale : à Test les Hallaf, à l'ouest les Ouled-Serim. Civique quartier avait ses chefs, son gouvernement, ses intérêts à part, ses fortifications même. C étaient deux petites républiques rivales, dont les citoyens étaient toujours prêts à s'eut retuer. La tradition de ces querelles, qui dataient de plusieurs siècles, s'est perixîtuée jusqu'à nos jours. Tour à tour dominaient les Hallaf ou les Ouled-Serim. En 1844 le chef des Hallaf, Achmet, demanda au gouvernement français l'investiture de Laghouat, et obtint en effet le titre de khalifat. Notre domination fut acceptée, car elle avait été prédite. Vers le commencement du dix-huitième siècle, le martiWit Sidi-Aïssa avait annoncé à ses compatriotes qu*îl les condamnait i\ vivre comme des lions enfermés dans la même cage, jusqu'à ce que les Français vinssent les prendre tous ensendde et les museler. Les deux factions rivales se souvinrent à temps de la prédiction , et se résignèrent à nous ol)éir.
Cette ol)éissancc ne fut pas de longue durée. Malgré la terrible leçon de Zaatcha, plusieurs tribus s^diarien nés n'avaient pas encore renoncé à leur antique autonomie. Nos procédés administratifs, notre régularité financière, tout les obsédait , jusqu'à notre supériorité militaire, qu'ils n'avaient pas encore éprouvée. D'ailleurs deux grandes tribus, les Ouled-Naïl et les Larba , n'avaient pas voulu reconnaître notre khalifat, et ne cachaient pas leur intention de faire parler la poudre.
Ce fiit à ce moment qu'un agitateur au<lacieux, un marabout, que son voyage à la Mecque et ses prédications avaient mis en relief, Mohammed-ben-Abdallah, msolut d'entraîner les mécontents à la guerre sainte, et de tenter à Laghouat ce qui avait failli réussir pour Bou-Zian à Zaatcha. Mohammed n'était pas un adversaire méprisable. Il avait une habileté consommée, et cette absence de scrupules, qui, paraît-il, caractérise les hommes d'Etat dignes de ce nom. Déjà maître d'Ouargla, en plein désert, il avait peu à peu rattaché à sa cause les tribus sahariennes, auxquelles il avait persuadé que nous serions
liîciitC't cli.iss»'» (lu |iays, vt c'est A leur ti-'tc fine, |iar un an'larà-iix cniip (lu main, il n'iissit i\sVii)|«iriT Av Lîij;Iiiniat.
Dti-juur a» k-riiK-iiiaiii la sîliiation i1<-vt'ii:iit •;i-avi'. Si lions lais»!niis le inaralinut on imjksl'ssîoh ilf La<r|iMnat, lions rt-om naissions par t-elii niCnio litni nsuri>ati'iii, c-t nous senililiotis lu! alian'lmnier ta ttonvcRiinfti'<lu clrsvrt. I>'«ii antri.- c'it'' ci- itV-tail |>as nnv iin'fli'.HTcafrairi,' «jiie
d'aller assit-ger, si luin dans le ilésLit, une ville qui mais opimseRiit une nîsistaiicc aussi désesiK-n'e «[tie Zaatilia. Un des [ilns braves oRÎcicrs de l'année d'Afn<iiie, le g<'nr'ial Yi.nsonf, es|M'ra «juV-n coiimiit tout de snitc an danger il eitiiiêilurail l'iniendie de sV-K-iidrc, mats il commît la fantc de n'amener avec Ini ((iie des fun-e» insudisaiites, et, quand il se |>résL'iita devant la ville, nial;;n* son cwira^ ut celui de ses soldats, Il ne n'nssit cin'à enfermer les reltelles derrière leurs murailles, Tmp failde \»n\r eiitre|ireiidre Ii- sifrgv de cotte place, dont
les liabîtaiits so (lîs.iîent dîsjHisrs à mourir pour l'XpîiT le crime <le leur ancienne alliance avec les clirétiens, il appela h son aide le commandant de la province, le gt'néral Pelissier, et, en attendant son arrivée, surveilla l<*s approches de la ville, esiK*rant coui)er les communications entre l'oasis et la campagne. La résistance s'était concentrée à Laghouat. Il n'y avait pas «le temps à perdre pour la vaincre, car, si elle 8e prolongeait , le noml»re de nos ennemis augmenterait rapidement. Pelissier le com[U'it, et se dirigea aussitôt sur Lagliouat. Le 2 décembre 1852, il ojK'rait sa jonction avec Yousouf, et commen^*ait le 8Î^ge n'gidier de l'c^asis.
Sans |)arler de deux grosses tours dominant li*s deux quîirtiers rivaux, Lagliouat était de plus'protégée par mie enceinte qu.ndrangidairc, crénelée, percée de meurtrières, et, sur cliîique flanc, par toute l'épaisseur de jardins plantés en palmiers. La défense était donc assez fiicile. Heureusement la cliapelle élevée en l'iionneur du marabout Sîdi-Aïssa dominait un des deux cotés de la ville, et ce fut contre elle que l'attaque française fut <lirigée. Le saint avait bien pnnlit la catastrophe, maïs sans amioncer qu'il aurait la doideiir d'y contribuer. Ce fiit là en effet que s'eng«ngea le cond)at le plus ineurtrier.
Pendant toute la journée du 3 décend>re, la chapelle fut pris*» et reprise, a C'était le point faible. Il fut énergîquement défentlu. Sans être escar]/', le mamelon est roide à monter, surtout liérîssé de gros cailloux, de volume à cacher aisément un homme. On l'aborda par le sud; tout le sommet, toute la pente opposée étaient garnis de combattants, couchés à plat ventre, ajustant entre les pierres et tirant à coup s(\r. Il fallut viser à chaque pierre, puis monter quand même, par moments se battre corps à corps. C'est un genre de guerre qui plaît aux Arabes, et, depuis Zaatchti, jamais ils ne Favaient pratiqué avec plus de fureur. Ce ne fut qu'à la troisième tentative qu'on put enfin garder le marabout, le hérisser de feux, tirer en plongeant sur tout le revers du nord et faire évacuer cette formidable redoute. Une fois maîtres du terrain, ou creva le marabout; on y poussa une» pièce d'artillerie; on fit une end>rasure en perçant le mur qui regarde la ville, et la pièce une fois mise eu batterie
LA nÉSISTANCE XATIONALE.
dans le centre- ^h ce iwlit mimmnoiit uiivrït son fou contre In tour «le l'est. La ville «lurs w garnit de fusils, it convrit i\ smi t<tnr de Isilk-s ce iK-tit iKtint Idane, itn emitre diuiiicl un viivait nii tnni nuîr d'où wtrtaît n'gniitrenient et sans rcljulie un Imnlet dans un fluctinde fumée. > (Fkomkntix. T/ne année rlaiis le Suhai-tt, [t. 132.)
Au lendemain matin, 4 décend)rc, ta l'nVhe ('(ant jugée suffisante.
±^:^gi^^:LBî^-^-<^^
- CnlniBr jirii dt Li«houiil
nos Soldats ciitrirelit dans ta ville. Au moment uti l'altentioii des en' liomi» se concentrait dans cette diieetimi, Yousouf fi'aiteliiswiit aVcc Jea écliclles les murailles non ^ai'décs, et liieniôt donnait la inalli à Pelîiisier. On se liattit alors dans lis rues et les maisons. Cette guerre est atroce, et l'Iiomme y devient fou, soit qu'il attaiine, soit «[u'Il se défende. Le peintre Frorni-ntin , «inî visita Laglioiiat [leii après la priNC delà ville, raconte que les maisons |Mirtaiint encore les traces d'uiiu
L*ALGERIK.
résistance à outrance». Il n'y avait pas <lc pierre qui ne fut IalM)uive <lc plusieurs balles et marquée de hieu comme une plaque de tir. Quand il fallut inhumer les morts, ils étaient si nombreux dans certaines rues qu'ils formaient comme des barricjides. On prît des cordes à fourrages, des longes de chevaux, les hommes s'y attelèrent, et on jeta les cadavres partout où l'on put, surtout dans les puits. Un seul en reçut deux cent cinijuante-six !
Pendant quelque tenqis la ville sentit la mort. Des le premier soir des nuées de corbeaux et de vautours arrivèrent ou ne sait hI'oîi, car il n'y en avait pas un seul avant la bataille. Pemlant un mois ils volèrent au-dessus de Laghouat comme au-dessus d'un charnier, en si grand nombre qu'il fallut organiser des chasses pour écarter ces hôtes inconimo<les et sinistres. Les chiens épouvantés et privés de leurs maîtres émigrèrent en niasse et ne revinrent plus. On essaya de les ra])peler, mais sans y n'ussir. Tant «pi'ils eurent de quoi manger autour du chamj) de btitaille ou dcins les cimetières, on fut tranquille, mais plus tard ces betes, redevenues sauvages, se mirent à attaquer les passants, surtout les Euroi)éens. L^i mn't ils battaient la canq)agne, faisant la ronde autour des jardins , chassant dans les enclos , déterrant ce qu'ils trouvaient, et, depuis la tombée du jour jusqu'au matin, poussaient des aboiements, qu'on était tout étonné d'entendre de la ville*. Des hôtes plus gracieux émigrèrent également : les pigeons des palmiers, et on les comptait par milliers. Sans doute le bruit les avait ef&irouchés ; mais depuis ils sont revenus.
Les habitants émigrèrent aussi. Ce fut dans les premiers jours comme une désertion générale. L'auteur principal de la catastrophe, le marabout ^lohammed, avait été assez heureux |K)ur s'échapper. Dans la nuit du 4 au 5 décembre, une vingtaine de cavaliers se présentèrent à la porte et trompèrent le poste en disant qu'ils faisaient partie de nos auxiliaires et portaient des dépêches. On sut depuis que c'était le marabout qui, avec cette faible escorte, s'échappait sain et sauf de la hit te, dont il avait été le promoteur. Un graml nombre de Laghouatis le suivirent dans sa fuiti.». Le vide se faisait aut(»ur de nous, et cette solitude était plus <langereuse que ne l'eut été le voisinage
crune iK>puIatioii Jiostîlr et clifiîrîlo à roiiteiiîr. Les Arabes en effet ont la rancune lon;^ne. Ils attemlent, niais se souviennent, et, quan<l arrive riieure de la vengeance, ils savent tr6s bien, eux qui la veille vous accablaient «le protestations, vous remplir le ventre de cailloux cliauffi's au rouge ou vous i^rorcher vivant pour fîiire de votre peau un tanibfuir. II était donc néeessaiie <1(^ ramener au plus vite le» Lagliou<itis <lans leur ville, et c'est Ti ipioî s'em|»loya Pelissîer dans les jours qui suivirent la prise d'assaut.
Trois partis se présentaient à nous : nous établir à Lagliouat et ou faire un |M>ste avancé vers les régif>ns saliarieiuies ; rabandonner eu laissant à ses anciens liabitants le soin de la relever de ses ruines; raser la ville, coui>er les palmiers et détruire les jardins. Or le dernier de ces projets était un acte de vandalisme contraire à notre mission cîvilisatrice. Ik» second aurait permis A Mohammed de repremlre l'œuvre que nous avions interrompue, c'est-iVdire que n(ms l'aurions laissé maître non seulement du Sahara, mais de tout le pays jusqu'à Bogliar, sans parler du sud de la province d'Oran, cette terre classique des insurrections. C'eût été en quchpie sorte l'abdication de la France. Le seul parti vraiment digne de nous et utile à nos intérêts était donc tic conserver Laghouat et d'y compléter notre installation en la renflant définitive.
C'est le parti auquel on s'arrêta, d'autant plus volontiers qu'il rentrait dans le plan d'ensend)le que le gouverneur, c'était alors le général Randon, s'était proposé, celui de pousser notre domination dans le sud jusqu'à ses limites naturelles. Dans le sud s'étendait devant ijous l'espace, sans eau, sans abri, sans végi'tation. Pour y atteindre un ennemi insaTsissabh', il (allait drvenîr aussi mobile que lui. La première condition était <hmc «h* rap|»rocher autant que possible nos postes de ravitaillement du lieu «les opérations, et la possession de Lighouat nous faisait gagner .jOO kilomètres dans le sud. Lagliouat n'est pas seuh'ment une |»osition militaire importante, c'est aussi une station commerciale de premier ordre. L'oasis, arros<'e en toutes saisons par «les eaux limpides et abondantes, se trouve sur la principale ligne d'eau qui se dirige vrrs le sud. C«'tte cireonstanr(» g<M»grap1iique
Af/itolK.
L*ALGERIK.
fait lie Laj^liouîit lYtaiH» <>Mî}^<V <lo toutes les caravanes qui voyajçent Jaiïs ees parajces. Elle est «lès à présent Tentrrpot ilrs tribus qui y trans|K)rtent leurs dattes et prennent en érlian;re <les eliargeuïents (le blé. Elle ileviemlra sans «loute le jjran^l niarelié «les laines et des produits de nos manufactures, et peut-être la tête d<* ligm» du clieniîn de fer transsaliarîen.
A tous les points de vue roeeupatînn <le Laglmuat |»ar la France a donc ^'té très ûu|M»rtante. (V fut ronuue la prise de possession officielle du Sahara. A partir <le cette é[K>que nous n'y avons plus renqiorté que dea succès. Cliaeune de nos étaiK»s en avant a été marquée par une victoire. Ia»s unes après les autres toutes les oasis ont été conquises ou d'elles-nieînes ont accepté notre domination. Nos limites vers le sud n'ont pas cessé de recider.
Ce fut Ouargla qui succond»a la première. C'était la capitale pn'tentieuse d'un royaiune minuscule. Perdue dans le S«diara, .connue un îlot de verdure dans un océan de feu, défendue par des nuirailles en bon état, elle se targuait de son isolement pour jouer h la royauté : mais c'étaient d'étranges souverains «pie les rois d'Ouargla. Leur règne commençait et se terminait par des massacres. Le troue appartenait au plus brave. C'est lî\, dans le ksar de Rouîssat, près d'Ouargla, que 3Iotianuue<l^ érliapjH' par miracle h la prise de Lagliouat, était allé cacher sa défaite. Le chef des Ouled-Sidi-Cheick, Si-Hamza, lui avait voué une haine implacable : il demamia et c»btint la i)enuission de- le rejeter dans le désert. Appuyé par des colonnes françaises, il se porta contre Mohaunued, s'empara de Rouissat qu'il détniisit, entra clans Ouargla et força le mandKnit à chercher un refuge t\ Insalah, k 160 lîcues au sud. Ouargla fut aussitôt proclamée ville française , et cnglol)ée dans le cercle de Géryville, poste fortifié que nous venions de fonder en plein désert, jwuir bien montrer aux Sahariens que nous étions déterminés h ne plus reculer.
Mohammed resta plusieurs années à Insalah, dévorant ses regrets, et épiant, avec cette confiance fataliste qui est l'apanage du vrai croyant, resi)oir d'une revanche.. Huit ans se passèrent ainsi k nous guetter. <c Exploitant adroitement l'espèce d'inquiétude semée dans
LA BËSISTANCE N'ATIOXAI.I^.
les populations Ealiaricnncs par rexlcnsion <lc notre conquC-tc, par l'iiiflucnce de nos officiers sur les populations nomades et qnelcpics explorations lointaines qu'il n-pri'sentait comme des reconnaissances pr^c^dant nn envahissement prochain , il parvint !i se Taire écouter et & persuader & un certain nombre de fanatiques et d'aventuriers de venir nous menacer dans nos possessions, v D'ailleurs la guerre civile
If ■
Ht. Iwl. — Cuif dw Cluuulù', Hia de UuwvU
avait éclaté dans Ouargla. Rensiignû sur toutes ces intrigues , ÎIohammcd vînt camper à la tête de quelques centaines de Touûregs fious les murs de la ville. Il avait recruté en chemin des Chanihiuis, pillards du désert, toujours disj'osés ■\ s'associer i\ un coup de main. Ouargla lui ouvrit ses portes. Sans pordre de temps, Mohammed s'attaque aux tribus voisines, qui avaient accepté notre domination. Quelques heureuses razzias lui valurent de nombreux adhérents : mais Si*bou-Heckcr, le fils et l'héritier de Si-Ilaniza, était accouru il la tf-le
des Sahariens restés fidèles. Les Touaregs d'Insalali, qui n'étaient venus que pour piller, abandonnèrent leur chef, et Tinfortunë Mohammed, réduit :\ la protection des seuls Chambaas, fut bientôt obligé de se rendre à son heureux rival. Ouargla fut aussitôt réoccupée par la France, et, depuis cette époque , nous est toujours restée (1860.
Après Ouargla, qui se trouve a 8W kilomètres d'Alger, en plein désert par conséquent , nous nous sommes avancés plus loin encore, à 75 lieues au sud, jusqu'à PIl-Goleah. Les Touslregs et les Chambâas en effet n'avaient pas renoncé i\ leurs incursions. [Is les avaient même, i diverses reprises, poussées très loin jusque dans l'intérieur de nos provinces. II devenait urgent de les châtier.
Le général de Lacroix les avait une première fois poursuivis dans l'extrême sud (1872), mais les chaleurs de Tété rempCchèrent de s'avancer jusqu's\ El-Goleah, le principal de leurs ksours, et leur meilleure forteresse. El-Goleah est bâtie au sommet d'un cône de 70 mètres d'élévation, sur les pentes duquel s'étagent les maisons de la ville, creusées pour la plupart dans l'argile du monticule. Son isolement, au point de rencontre des caravanes,* en fait un poste stratégique de haute importance. Le général de Gallifet, qui commandait la snbilivision de Batna, et avait la garde et la responsabilité de ces régions lointaines, reçut l'ordre d'occuper El-Goleah. Il réussit, à force de précautions et de vigilance personnelles, à rassembler, pour une colonne relativement nombreuse, les vivres et surtout les provisions d'eau nécessaires. Les tribus nouvellement soumises procurèrent gratuitement les chameaux dont on avait besoin, pareils h ces Numides antiques qui, insurgés de la veille, affectaient le zèle et le bon vouloir.
Vers le L5 décembre les troupes étaient prêtes. Elles se composaient d'environ sept cents hommes. Parti de Bî^kra le 20 décembre, Gallifet arrive à Tuggurt le 30 et à Ouargla le 8 janvier 1873. Il fait aussitôt monter ses hommes à dos de chameaux, et la colonne se remet en marche le 11 janvier avec quarante jours de vivres, mille tonnelets d'une contenance moyenne de 50 litres et quatorze cents outres de la
LA HKSIijTANCE NATiUNALI^.
contenance de 15 i 20 litres. Le gûii^ral prit la route <le l'ouest, plus longue et plus dilKcile, mais qui oiïre trois puits, Haci-el-ira'Iger h 120 kilonic-trcs d'Ouargla, llaci-el-lîergliiîoui à 1G() fcilonifctrcs plus loin et Haci-el-Xiara, qui n'est guère qu'A CC kilomètres «l'EI-Golcah. On partait au point du jour et on ne s'arrêtait guère qu'à la niiît. Le 24 janvier l'oasia était en vue. Les liahitants surpris ne songèrent
rW' lOI- — l« n'illuMit 'le dnm.»l>lni du r'-ncnl do CialIU^t.
même pas ù résister. Aussi bien te générât usa noiileinent du sa victoire. Il se contenta de faire compter les palmiers de l'oasis, et de baser sur ce cIiifTre l'impôt, qui fut payé sans cou testât ion. I^a colonne revint ensuite Ti Ouargla, par une route plus courte, mats Bans puits dans l'intervalle entre l'oasis et Iluci-el-lU'Iger. Kn sept jours les 307 kiloniètreaquiséparcntKI-Goleali d'Ouargla étaient francliîs. Les Chambi'^as ont été confondus de l'extrême facilité avec laquelle nous
nous passons d'eau et surtout de la rapidité du retour. De leur propre aveu la colonne aurait pu aller facilement en douze jours jusqu'à Itigàlah. Les précautions avaient été si bien prises que cette longue marche de cinquante jours k travers le désert, en plein pays de la soif, s'eiTectua dans les meilleures conditions. La colonne ne laissa sur sa route aucun de ses soldats. Un seul homme avait été malade. Nous avions vaincu la nature!
La prodigieuse apparition du drapeau français dans le sud produisit une grande impression sur les indigènes. La limite de l'influence française sur les oasis du désert se trouva, du jour au lendemain, reportée h une centaine de lieues vers le sud, et des protestations d'amitié nous arrivèrent de tous cotés.
Certes El-Goleah ne doit pas être et ne sera pas notre dernière étape. Insalali nous provoque déjà. Il est probable que nous Bnirons par nous y établir. Ce sera comme une nouvelle station dans cette grande voie méridionale, que nous traçons péniblement mais sûrement, et qui joindra, espérons-le, un jour ou l'autre, l'Algérie au Sénégal.
Telle est, à l'heure actuelle , notre situation. Nous sommes les mai-^ ires, non pas incontestés, mais réels de l'Alg^érie. Sur tous les points nous avons entamé le gran 1 désert, et, résolument, nous marchons à la conquête de l'Afrique intérieure. Plaise à Dieu que nous ne nous laissions plus arrêter en si bonne vole, et l'Algérie sera décidément la continuation et le prolongement du territoire national !
Ou a remarqué que la soumission définitive des Kabyles, qui assura la possession de l'Algérie, eut lieu peu de temps avant la chute de Napoléon m ; que la soumission d'Abd-el-Kader,qui consacrait la chute de la domination arabe, fut obtenue deux mois avant la chute de Louis- Philippe; que la prise d'Alger, qui détermina la chute du dey Hussein et l'introduction de la domination française en Afrique, précéda de trois semaines seulement le renversement de la royauté de Charles X. Il semble que la branche aiuée et la branche cadette de la maison de Bourbon, tout aussi bien que le second Empire, aient eu juste le temps d'accomplir leur œuvre en Afrique, avant d'être emportés par la République.
Est-ce il dire que toutes nos guerres soient finies en Algérie? Xon! Il y a eu et il y aura cucore des insurrections et des cxpiîditions, mais tl D*y aura plus de ces luttes dont l'issue était douteuse, comme sous les mure d'Alger et de Coastaiitine, comme dans les gorges du Jurjurn ou l'oasis de Zaatcha. Xoiis abordons une nouvelle période. I/t'-re de la conquête est acheva : celle de l'organisation commence, avec toutes ses conséquences économiques et sociale;:.
DEUXIKMK PARTIE
ALAiHIK.
LIMITKS, RELICT, CLDCAT.
LImilcf tt raiierficic. — Gi-ologic. — Cùtei algirivoni?!. — Divlston il'.-* tcmii. I.e Tdl. — La riatoiinx. — La Bahïrn. — Le iclicr iln iiol. Clialac Tcllicnnc. — Cli:itni; 5li1iaiicnnc. — IIji]n>-„i«t>hic. — Ttrtant de la Mil-dit errance. — Vcrrnnt if |>latcpni. — Venant du Suhara. — La mer intCriciirc du Satura. — Le clUn.-it de l'At},-vrie.
JsHTi^TjT/^N— l'.vLOKitiK cst Umit^'C 311 nord par la Méditer*
ranéé, A l'est par la r(**p;ciicc de Tunis, t\ l'ouest par l'empire du Maroc, au sud |>.ir le Sahara. Jupr^^^I\ ce jour la seule frontit'-rc uaturellc -est la uier. Ihi cûti' dti Tunis et du Maroc des plaints , des moutaffues etdfs fleuves tomnieucés cliez noua finissent chez ncis voisins. Au sud la limite avance incessanimcnt dans le Sahara. A vrai dire îl n'y aura de frontières s<;ricHses que lorsque la Tunisie et le Maroc, rattachas et unis A l'AIfîf'rie, forincront une sorte d'Afrique Mineure sous la dépendance ou le protectorat de la France.
La superficie actuelle de TAlg^^ie peut être évaluée à soixante millions d'hectares, représentant un peu plus de la surface de la France ; niaiS| comme ses limites ne sont pas 6xes dans la direction du sud, elle peut, d'un jour k l'autre, et suivant les 6vi5nements politiques, s'étendre consid(5rablenjcnt. Avec ses trois provinces de Constantine, Alger et Oran, elle répond à la Numîdie des Romains à Test, A la Mauritcinîe Sitificnne au centre, et à la ^Mauritanie Césarienne h Touest. Les Arabes la nommaient Moghreb-el-Oust, le couchant du milieu, ou bien encore le Gliarb, Tîle de l'ouest. Nous lui avons conservé le nom de sa capitale dans les temps modernes, Alger.
L'Algérie est constituée par un massif montagneux, l'Atlas, qui se décompose en une série de chaînes parallèles au rivage maritime. Dans les intervalles de ces chaînes régnent des plaines élevées ou plutôt des plateaux qui s'étagent vers le sud, où ils ne sont dominés que par des sommets peu saillants, tandis qu'ils sont abaissés dans le nord. Ce massif, isolé du reste de l'Afrique par le Sahara, tient à l'Europe plutôt qu'à l'Afrique en raison de sa structure et de sa constitution géologique. Il n'a dtl se détacher du continent européen qu'à une époque récente. L'ancienne lîerbérîe n'était qu'une province européenne. La France, en s'eiTorçant de rattacher ce pays à l'influence et à la civilisation européenne, n'a donc fait que réparer un caprice de la nature.
La géologie de l'Algérie n'a encore été étudiée que dans ses linéaments principaux. En voici les caractères essentiels :
Terrains azoiques. — Ils sont cantonnés dans la région littorale ou ils forment les caps et les massifs avancés, tels que l'Edough, le Boudjareah, le Matifou. Ils comprennent des gneiss et des micaschistes traversés par de nombreuses éruptions de rochers granitoïdes.
Terrains paUozoiqucs. — 1* Primaires. Ils sont peu connus, et mal représentés. Leur maximum de développement se rencontre dans la province d'Oran, où ils forment les caps C^irbon, Fcnel, de l'Aiguille, les falaises de Mers-el-Kebir et du Faucon Blanc, ainsi que la cote entre la Tafna et le Maroc.
2* Secondaires. Le terrain jurassique et le terrain crétacé sont bien représentés. Ils composent les massifs du Tell et des plateaux, et se
GÉOGRAniIE IMIYSIQOE.
prolongent jusque dans le Sahara. T^ terrain jurassique se rencontre surtout dans la province d'Oraii. Il y fonne une bande discontinue (jui
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commence sous le cap Ferrât prfcs d'Arzcw, et s'accentue dans le massif des Traras pour continuer au îlamc. Le terrain cr<-tac£ dans l'Atlas se prolonge jusqu'en Tunisie.
374 L*ALGËKIK.
3* Tertiaires. Les terrains éocènes sont fort dispersas et encore mal étudiés. Les terrains miocènes com1)lent les dépressions des massifs secondaires. Les terrains plîocènes se trouvent sur la zone littorale.
4" Quaternaires. C'est au Sahara surtout qu'il faut les cherclier, mais on les rencontre également dans les formations lacustres et marines.
Boches volcanîqtfps. — Les roches volcaniques en Algérie sont d'origine récente. Elles paraissent ne pas remonter au-delà de la période miocène. L'intensité des éruptions fut considérable, si on en juge par les espaces énormes recouverts par leurs produits. Les petites iles qui s'espacent sur le littoral, depuis le Maroc jusqu'à la Tunisie, sont toutes volcaniques, à l'exception de l'île Plane, près d'Oran. Le massif du ToQïla l'est également.
En résumé, la géologie algérienne est à peine esquissée, et nos savants ont, pour de longues années encore, un vaste champ d'études à explorer.
Cotes. — La côte, presque rectilîgne dans son ensemble, s'étend de l'est à l'ouest, sur une longueur de 1,100 kilomètres, sans tenir compte des sinuosités secondaires. Rocheuse et escarpée d'un bout à l'autre, elle présente une succession de hauts promontoires et de golfes peu profonds, ouverts aux vents du nord et de l'ouest, mais dans lesquels la nature ou les hommes ont creusé de sArs mouillages et des ports excellents. Dans le département de Constantine, tout près de la frontière tunisienne, et non loin du cap Roux, s'ouvre le golfe de la Calle. Il est évasé, bordé de rochers et de dunes, peu sur par les vents du nordouest. C'est le premier point de la côte algérienne qu'aient fréquenté nos négociants, les Marseillais Lynch et Carlin Didier, qui, dans la seconde moitié du seizième siècle, y fondèrent des établissements pour la pèche du corail. De gros rochers, à l'aspect pittoresque, forment les caps Gros et Mzera, auxquels succède bientôt le cap Rosa, dont la falaise, taillée à pic, porte, à 247 mètres d'altitude, un phare dont les feux ont une portée de 22,224 mètres. Le cap Rosa à l'est et le cap de Garde }\ l'ouest dessinent la courbe harmonieuse du golfe de Bone. Ce golfe formé par une longue suite de «lunes basses a 40 kilomètres d'où-
UÉOUKAriIIK l'IIYSlyUE. 31*
vvrture sur uiiu profoixlvar de 1 1 kiloiiiôtrus. L't'Xccllutit port Je lîouv avec 8C8 rocliers est tibritC- contre Ivs vents de l'ouest pur le massif boisé de l'Edough aux furmes ctntngos.
Le cap de Garde ou Ras-el-llautra, iiurnionté d'un pliarc dont la portée est de i'7,720 lu^t^es, se termine par une montagne de marbre blanc veiné de bleii. Jusiiu'at! procbain promontoirL', le cap de Fer, commence une côte cscar[)ée, droite comme une muraille, sentéc de précipices et de rocliers singuliers. La Voile noire et le Takoucli, les
FI». IW. - tf Vvlh- ilr ."U™.
plus connus de ct-s rocbcrs, passent pour receler dans les grottes creusées sur leurs Hancs d'incalculables trésors : mais la cûtc u'est pas liospîtalière. Des falaises abruptes, des plages étroites et te sombre îlot de Takoucb défendent ces trésors contre toute visite indiscrète.
Le cap du Fer, éperon du Kefkala, projette t\ I.SO mitres d'altitude sa masse blanctiâtri', aux concrétions ferrugineuses, qui lui ont valu son nom. Aucune végétation ne pare ses bizarres contours. Il est surmonté d'un pliare de 37,(^)0 mî-tres de portée. On dirait la sentinc-lic qui garde un des côtés dn golfe de Ktora ou Pliilîppevillc. L'autre cwté
est gardé par le cap Boujaronc, saillie la plus septentrionale de TAfrique. Deux autres^ promontoires sont encore à signaler dans cette vaste échancrure de 30 kilomètres d'ouverture, le cap Filfila, remarquable par ses marbres et ses blocs erratiques de fer, et le cap Srigina surmonté d'un phare de 18,520 mètres de portée. La cote d'abord est basse et bordée de dunes sablonneuses ; elle se relève et devient pittoresque jusqu'à CoUo.
Les meilleurs ports du golfe sont ceux de Pliilippeville (44 hectares de superBcie) et de Collo, ce dernier défendu par un haut rocher aride, de 60 mètres d'altitude, séjour ftivori des oiseaux de mer.
Le cap Boujarone est encore nommé des sept têtes, parce qu'il est échancré et forme sept pointes distinctes. C'est le Triton de Strabon, le Metagonium de Mcla : masse énorme de terre qui projette au loin ses mamelons, ses falaises et ses baies fréquentées par les corailleurs. II est surmonté d'un phare de premier ordre, dont les feux sont visibles à 27,412 mètres. Au sud-ouest du Boujarone s'ouvre la baie de Mers-el- Zeitoun ou port des olives. La côte est bordée de falaises abruptes dans lesquelles sont découpées de nombreuses criques. Non loin du petit port de Djidjelli commence une série de roches basses, dont l'une, le cap El-AHa, supporte un phare de 35,188 mètres de portée, et dont l'autre, le Cavallo, présente une forme conique assez étrange.
Du cap Cavallo au cap Carbon, le golfe de Bougie décrit un demicercle d'une régularité parfaite. Il a 42 kilomètres d'ouverture et s'enfonce de 20 kilomètres dans l'intérieur des terres. Sur des dimensions plus considérables, il ressemble li s'y méprendre au golfe de Bone. Les derniers rameaux du Jurjura viennent mourir sur la côte et projettent de nombreux caps, presque tous garnis de phares, ou des îlots, tel que celui de la Mansourah, rattaché i\ la terre ferme par une chaîne de rochers. Le plus important de ces caps est le cap Carbon, d'une altitude de 147 mètres, surmonté d'un phare à feu tournant d'une portée de 27,760 mètres. La partie extrême du promontoire est percée de part en part : la mer pénètre dans ce tunnel creusé par les vagues, et permet aux barques d'y passer.
Aux côtes du département de Constantine appartiennent encore le
nÉOGRAPIIIE l'IlYSIQUE.
cap Sigli, dont le sommet est couronné de roclicrs qtii ressemblent & des ruines, et la petite île Pisan, roclicr de 500 mètres de superficie sur 50 d'altitude. Le cap Corbcliii, éperon des montagnes kabyles, est le premier des promontoires de la côte du département d'Alger. Il abrite, ïi l'ouest, le Mers-el-Falim ou port au charbon.; Le rivage se continae en ligne droite jusqu'aux caps Tedlès et Bcngtit, qui protègent la petite rade de Dellys, puis il s'abaisse et s'arrondit jusqu'aux caps - Djinel et Matifou.
Au cap Matifou comnicncc la rade d'Alger. Le cap a 74 mètres d'altitude, et il est surmonté d'un pliarc dont les feux sont visibles à 16,850 nn'-tres. C'est un amas de terres peu élevées, mais occupant un espace considérable. 11 couvre la petite baie dans laquelle débarqua Charles-Quint le 30 octobre 1511. La rade d'Alger, quî se prolonge jusqu'à la pointe Pcscadc, décrit un demi-cercle de 20 kilomètres de largeur sur 7 de profondeur. Klle est bordée d'abord par les dunes do l'Hamiz et do l'Harracli, puis par les contreforts du Saliel et les ravissants coteaux de Mustapha. Une longue ligne de collines ver-
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doyantes, couronn/''es par le sanctuaire de Notre-Dame d'Afrique, se continue jusqu'aux pointes Pescade et Caséine. Cette dernière, surmontée d'un phare de 4C,3(K> mètres de portée, se termine par des rochers d'un vert grisâtre presque taillés à pic.
La côte prend alors la direction du sud-ouest. Elle est déterminée par le Ras-Knater ou cap aux Arcades et par la presqu'île de Sidi-Ferruch, qui sépare deux baîi^s trrs ouvertes. De Sidi-Ferruch jusqu'au cap Tenès elle est bordée de terres hautes et peu échancrées. Peu d'accidents de terrain à signaler, sauf le rocher des Amants, et le rocher des nouveaux ]\[ariés. La baie des Assassins et celle des Suchulia n'ont pas d'importance ; le port de Cherchell est médiocre.
Le cap Tenès s'appelle encore Ras-Nakour ou de la Cloche , h cause d'un rocher ouvert à la base, et qui ressemble à une cloche. Il est formé par une masse de rochers escarpés, de 640 mètres d'altitude, et est couronné par un phare de 46,300 mètres de portée. Tenès bâti ii l'ouest du promontoire est un port artificiel.
A partir de Tenès et jusqu'au cap Khamis oîi commence le département d'Oran, la cote est peu sinueuse. Elle présente un aspect triste et monotone à cause des montagnes du Dahra qui la resserrent. La plage est hérissée de rochers noirâtres abritant plusieurs petits ports de pécheurs. Au large s'étendent les petites îles Colombi ou des Pigeons.
Des falaises taillées \ pic, dont la partie saillante est au cap Khamis, et qui abritent dans leurs replis la baie de Teddert, détenninent la côte Oranaise. Le cap Ivi, surmonté par un phare de 48,152 mètres de portée, marque à l'est la baie d'Arzew, fermée à l'ouest par le cap Carbon. Le rivage, en forme d'arc de cercle, est bas et plat, sauf à Mostaganem oh se dressent quelques rochers escarpés, et à Arzewdont le port est fermé par un îlot. Deux phares , de 18,520 mètres de portée, signalent aux voyageurs ces deux ports, qui présentent un excellent mouillage aux navires de commerce.
Le cap Carbon, qu'il ne dwit pas confondre avec le cap voisin de Bougie, et deux promontoires voisins, le Ctip Ferrât et la pointe de l'Aiguille, ne sont que les trois saillies d'un même cap t\ l'aspect sombre et triste.
UÉUUBAl'HIE IMIVSlgUE.
L'une de ces sailliv», la i>otute Je l' Aiguille, se coutiuuc dans la luc-r par QD rocher pyramidal, couiui sous le nom ile yy'Hfce fh Pharaon. Elles projettent des rocs escarp^'s et des falaises abruptes <\\û resscnibteut & des murs en ruines. Au sud de la pointe des Aiguilles coninioiicc le golfe d'Oran et la rade de SIcrs-el-Kcbir. Ce golfe est dominé sur sa côte orientale par le pic aride et nu, qu'on nomme la montayne aux
Tig, IM. — Vue pauuruuihiac ih la riUt il'At|[tr i-t ilo lu n<W.
Lioiis, et sur sa côte occidentale pur la haute muraille de rochers, sur laquelle se détachent les blanches maisons de Mers-el-Kebîr.
Le cap Falcon, surmonté d'un phare de 46,;î0<) mt-tres de portée, et le cap Lindlfcs bordent une baie, qui fait face iV l'île Plane, hantée par les éperviers. Jusqu'à la frontître du Maroc, la côte suit la direction du sud. Elle est déterminée par les caps Sigala, Figalo, Hassa, Noë, Elkada et Milonia. Les îles Ilabibas et lîachgoun, séparées du conti-
nent par un iiiînce détroit, la prolongent au large. C'est reniboucliure de la Moulouïa, rancîenne Malva, qui sert de fronticTe au Maroc et à TAlgérie, de même qu'elle séparait autrefois la Mauritanie Césarienne de la Mauritanie Tingitane.
Dtnswn des terres. — Le Tell. — L'Algérie n'est pas, comme la France, composée de plusieurs parties, qui, bien que différant notablement les unes des autres, ont néanmoins des caractères généraux qui leur sont communs. Elle ne présente que trois grandes divisions, mais qui offrent les contrastes les plus frappants, car elles ne se resseinblent ni par leur aspect, ni par la nature du sol, ni par le climat, ni par leurs productions, ni même par leurs habitants. On les nomme le Tell, la région des Plateaux et le Sahara. Le Tell est au nord, la région des Plateaux au centre, le Sahara au midi.
Tell est un mot arabe qui signifie butte, monticule, et par extension colline, petite montagne. Le Tell est donc le pays montueux et accidenté. En effet, depuis les premiers renflements de terrain sur la côte de la Méditerranée, qu'on nomme le Sahel ou littoral, jusqu'aux hautes montagnes de la région des Plateaux, sur une étendue de terrain qui, divisée comme la France, comprendrait vingt-quatre à vingt-cinq de nos départements, on dirait une mer en mouvement, qui aurait été pétrifiée. Tantôt le sol s'élève brusquement, tantôt au contraire il s'abaisse et se creuse en profondes vallées. De loin en loin quelques plaines, partout ailleurs des horizons bornés.
Cette disposition du terrain est un grand bienfait. Entre une mer tiède et un désert brûlant, entre la Méditerranée et le Sahara, une Algérie plane n'aurait pu nourrir une race virile. Grâce à ces nombreuses extumescences, & deux pas d'un rivage oh, fleurit l'oranger, et tout près des oasis oîi le palmier dresse son vert panache, des prairies et des champs de blé montent jusqu'à la lisière des chênes et des cèdres et au-dessus se dresse la roche couverte de neige. Le Tell, en un mot, a tous les climats, à l'exception du climat intertropical si funeste aux Europé^ens, et cette variété d'expositions et d'altitude assure la variété de ses produits.
Il est vrai que cette terre salubre a pendant longtemps passé pour
UEOGUAPIIIE PHYSIQUE. 381
DU laboratoire de fièvres et de maladies. Oii a pu loiigteiiips dire que le Tell ue valait h la France que des dattes et des malades. Cette déplorable réputation n'était que trop méritée, mais nos premiers colous ont longtemps laugui dans les marais, un sur les rives de cours d'eau empoisonnés par les lauriers-roses : du plus nos soldats ont en i\ lutter contre les rigueurs d'un (.limât qu'ils ne connaissaient pas : brusquement ils passaient de l'incandescence d'une gorge surcIiiufTée par
^i^tOI^Êbi
Flf. IM.— GourUi du» k TtlL
le soleil aux froids extrêmes d'un campement sur la neige : aussi les maladies firent-elles dans leurs rangs plus de victimes que la balle ou le couteau des ennemis. Aujourd'liui les colons sont acclimatés, et les soldats instruits : non seulement la mortalité a diminué, mais le nombre des naissances l'emporte sur celui des décès, et dans une proportion singulicremeut encourageante. Il faut donc rompre résolument avec le préjugé et proclamer lien haut qu'il n'est pas au contraire de pays aussi salubre que le Tell.
Il en est peu d'aussi fertiles. C'est le grenier et le cellier de l'Ai-
gérie, sa terre à bl6, i\ viu, à tabac, i\ coton, & arbres fruitiers. Les Romains nommaient Tellua la terre par excellence : auraient-ils par hasard traduit par ce mot une des plus anciennes et des plus légitimes dénominations indigènes?
Le Tell borde la Méditerranée dans toute son étendue. Sa largeur est variable. A l'ouest et au centre elle varie entre 110 et 120 kilomètres, à Test elle atteint 2G0 kilomètres. Ou évalue approximativement sa superficie h quin/e millions d'hectares.
Héf/ion des Plateaux. La région des Plateaux, qu'on pourrait encore appeler la région des steppes ou des landes, couvre dix millions d'hectares, & peu près l'aire de seize à dix-sept de nos départements français. On donne ce nom à un ensemble de plaines, plus ou moins accidentées, d'une largeur moyenne de 200 à 250 kilomètres, comprises entre les chaînes parallèles de l'Atlas.
Quelques-uns de ces plateaux ressemblent singulièrement au Tell, c'est-à-dire qu'ils peuvent se convertir en terres labourables, en prairies ou en forets. Le Hodna, cette vaste cuvette sans écoulement, qui est située entre Bougie et Constantine, a même été surnommé la Meticlja du sud. De mcme que la Metidja algérienne, il se couvrirait d'abondantes moissons, si les eaux fournies par les torrents de la montagne étaient distribuées en canaux fécondants au lieu de se perdre dans une dépression de terrain, où elles restent stagnantes et putrides. A Chelalla, sur le haut Cliéliflf, existent de splendides jardins. Partout ailleurs, malgré la sécheresse de l'air et l'altitude des sites, s'étendent à perte de vue des champs d'alfa et de diss, des jujubiers et des térébinthes. La vigne pourrait s'emparer de ces mamelons ; sur le flanc de ces collines pourraient grimper et pousser de véritables forets.
Sans doute, il n'en est pas encore ainsi, et, dans cette région des Plateaux, on rencontre trop souvent, surtout dans le voisinage des lacs salés, d'immenses espaces qui semblent voués à une éternelle désolation ; mais on commence à comprendre que ces plateaux ne sont pas voués à l'impuissance, et qu'ils peuvent supporter d'autres habitants que des nomades errant de citerne en citerne, produire d'autres récoltes que l'alfa ou le jujube. N'avons-nous pas en France des plateaux dont
ttÉOGUAPIIIK IMIVSIQUE. 383
le sol n'a pas autant de puissance créatrice, et sous un soleil moins capable de prodi;5cs? Pourtant ces iilateaux ont été fécondés et ils jouent leur rôle dans réconomîe de la France. Il eu sera de même pour ' les plateaux aljj^érîens : ils seront conquis et fécondés par la civilisation; ils deviendront, un jour ou l'autre, partie intégrante du Tell.
Peut-être en sera-t-il de nicme pour le Sahara, c'est-à-dire que ce pays classique de la stérilité sera conquis A son tour et transformé par le travail incessant des Franco-Algériens. Ce sera le plus bel épisode de ce sublime poème de la civilisation française combattant et minant la barbarie africaine.
Le Sahara. — De près ou de loin le Tell et la région des Plateaux ressemblent à certaines parties de la France. Le Sahara est au contraire un pays sui gêner !sj et tout à fait spécial k l'Afrique. En général on désigne sous ce nom la contrée où les pluies du ciel sont insu (lisantes pour la culture des céréales. C'est un pays plat et vaste, oîi îl n'y a que peu d'habitants, et dont la plus grande partie est improductive et sablonneuse. Les Arabes ont donné au mot Sahara une étymologie poétique : d'après eux c'est le pays du Snhanr^ c'est-à-dire de ce moment presque insaisissable qui précède le point du jour, et pendant lequel, en temps de jeûne , ils peuvent encore manger, boire et fumer. Les habitants des plaines dont rien ne borne l'horizon peuvent seuls saisir cette nuance indécise. Du nom du phénomène on aurait formé le nom du pays, oîi il est plus particulièrement appréciable, et c'est ainsi que le Saliaur serait devenu le Sahara.
Oîi commence le Saliara? à l'endroit où finissent les plateaux, c'està-dire au sud d'une ligne, qui partirait du djebel Sidi-Labed sur la frontière marocaine, à vingt lieues de Tlemcen, pour aboutir à la frontière tunisienne au sud de Tcbessa, en passant au sud de Daîa, Saïda, Frenda, le lac de Ilodna, la montagne des Cèdres, Batna, Lambessa et le massif de TAurès. Où finît le Sahara? nulle part, ou du moins il s'enfonce dans la direction du sud jusqu'à ces profondeurs mystérieuses, que si peu d'Européens ont encore reconnues.
Pour bien comprendre ce qu'est le Sahara algérien il faut tout d'abord se. défaire d'un pnjngé géographique trop répandu en France :
nous nous imaginons volontiers que le Sahara est une immensité déserte, mais il n'est désert que de loin en loin, et alors on le nomme Falat; quand il est habitable, mais d'ordinaire inhabité, il prend le nom de Kifar^ et quand il est habité, celui de Finji, Ces trois mots représentent chacun un des caractères du Sahara. <t Falat c'est l'immensité stérile et nue, la mer de sable, dont les vagues éternelles, agitées aujourd'hui par le simoun, demain seront amoncelées, immobiles, et que parcourent lentement ces flottes appelées caravanes. Kifar, c'est la plaine sablonneuse et vide, mais qui, fécondée un moment par les pluies de l'hiver, se couvre d'herbes au printemps, et où les tribus nomades, campées ordinairement autour des oasis, vont alors faire paître leurs troupeaux. Fiafi, c'est l'oasis où la vie s'est concentrée autour des sources et des fruits, sous les palmiers et les arbres fruitiers, à l'abri du soleil et du simoun, d (Gkxékal Daumas, Le Sahara^ p. 3.)
• Suivons cette triple division : le Falat est donc le désert proprement dit. Il ressemble i\ une mer qui se serait solidifiée pendant une violente tempête. Des dunes, semblables à des vagues, s'élèvent Tune derrière l'autre jusqu'aux limites de 'l'horizon, séparées par d'étroites vallées. <t Tantôt elles s'amincissent en crêtes tranchantes, tantôt elles s'effilent en pyrann'des ou s'arrondissent en voûtes cylindriques. Vues de loin, ces dunes rappellent les apparences du névé dans les cirques qui avoisinent les plus hauts sommets des Alpes. » (Mautixs, Le Sahara^ p. 5C1.) Elles sont composées uniquement de sable siliceux, très fin, semblable à celui de Fontainebleau. Elles ont été formées sur place et non point amenées par les vents de la région montagneuse.
Ces dunes portent un nom spécial, larej. Elles sont plus ou moins épaisses, et affectent des formes variées. Bien nuo sans cesse remaniées par le vent, elles ne se déplacent pas et conservent leurs traits caractéristiques. Seulement le vent enlève parfois le sable de la surface. On voit alors une couche de poussière mobile courir dans les vallées et remonter de l'une à l'autre. Deux vents régnent dans le désert, celui du nord-ouest et celui du sud ou simoun. Leurs effets se
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neutralisent ; l'un ramène en place le sable <[ue Vautre a enlevé, et la dune, de la sorte, conserve sa forme. Quand le temps est claîr, il n'est pas trop difficile de se diriger h travers ces solitudes, mais, quand souffle le simoun, Tair se remplit d'une poussière impalpable, qui se tamise à travers les objets les plus liermrtiquenient fermes, et pénètre dans les yeux, les oreilles et les organes de la respiration. Une chaleur brfdante, semblable à celle qui sort de la bouclie d'un four, embrase l'air, et brise la force de l'iionmie et des animaux. Vu à travers ce nuage poudreux, le disque du soleil est prive de rayons. Il devient blafard comme celui de la lune. Il arrive parfois que les vents ensevelissent sous des masses énormes de sable des caravanes et même des armées.
On ne trouve dans le Falat que du sable et du gypse, aucune autre pierre. Peu ou point de végétation. Le Falat doit son aspect désolé et son inhospitalité à l'absence ou à rirrégularité des pluies. Comme elles ne proviennent que d'orages ou de tempêtes, elles sont torrentielles, s'écoulent rapidement sur un sol peu pennéable et y produisent des érosions qui se convertissent en fleuves temporaires. En présence d'une telle sécheresse atmosphérique comment la vie |K>urrait-elle se manifester?
Telle est pourtant la force de la nature que, de temps à autre, surgissent des sables quelques arbustes rabougris, des ezels {calHyonum eomosum) qui ne s'élèvent jamais à plus d'un mètre, et une grande graminée, le drin^ dont les longues feuilles, si recherchées par les chameaux, montent jusqu'à deux mètres au-dessus du sol. Ces végétaux sont bien certainement primitifs et tels qu'ils ont été créés par et pour le sol. On dirait une zone botanique A part. La ligne de démarcation est nettement tranchée. La latitude n'est pour rien dans le phénomène. C'est la différence dans la nature du sol qui explique tout : mais l'impression est profonde. On entre réellement dans un pays étrange, inconnu, nouveau. Peu de plantes et par conséquent peu d'animaux, sauf un renard blanc à longues oreilles, le fennec, et quelques gazelles, qui franchissent les dunes dans leur course légère. Tel est le Falat : triste et lamentable pays! Les dunes jaunâtres qui se
succèdent & perte de vue semblent les replis d'un vaste linceul étendu à la surface de la terre : aussi ne s'engage-t-on dans ces solitudes qu'à son corps défendant.
Le Kifar est une région autrement pittoresque. Qu'on se figure une surface unie, formée par des couches horizontales de limon et de gypse. Ce sont les apports des courants marins à l'époque où le Sahara était une mer, ou bien des torrents diluviens descendant de la mont^ne.
On a prétendu que le Sahara était un ancien fond de mer : mais cette hypothèse n'est pas prouvée. Les phénomènes actuels suffisent pour expliquer le désert. Les pluies torrentielles agissant sur des terrains dénudés y produisent des érosions et dénivèlent le sol. Les matériaux arrachés, puis abandonnés par les eaux, sont repris par les vents secs qui les effritent. Les vents du sud en emportent les parties les plus ténues à des distances considérables, souvept jusqu'en Europe. Quant aux parties dures, elles constituent des sables semblables à ceux qui ont une origine sénlimentaire. Ces sables qu'on désigne, sous le nom spécial de hanimada^ -s'étendent sur des espaces immenses. La surface en est si unie que des voitures pourraient rouler des lieues entières sur ce pavé naturel, qui résonne comme une voûte sous les pieds des chevaux.
Le Kifar n'est pas stérile. Une végétation brûlée par le soleil en été, mais verdoyante après les premières pluies de l'hiver, le recouvre entièrement. Ce sont d'abord des arbustes épineux qui, retenant la terre autour d'eux, forment comme autant de buttes, puis des arbrisseaux de la famille des salsolacées, ou plantes ne prospérant que dans les terrains contenant une certaine proportion de sel marin. De temps à autre des plaques vertes, formées de plusieurs espèces de géraniums et d'héliotropes, coupent la nudité du terrain. On rencontre encore la stipe soyeuse de l'aristida pygniiea, que les indigènes nomment plus poétiquement le voile de la néyresse^ et la curieuse plante de couleur grisâtre, que les Arabes nomment la vmin de Fatma et les chrétiens la rose de Jéricho. Si on la trempe dans l'eau, ou si le vent la transporte sur un sol légèrement humide, ses fleurs, qui semblaient dessé-
r.EooitAriiiK riiYSigi'E.
chéea et mortes, sY-paiionîsscnt de nouveau. C'est dans ces prairies sahariennes, et surtout dans les rares d»!prcssiou3 oîi le sol conserve un reste d'iininiditc, que l'Arabe mène paître pendant l'hiver ses moutons et ses cliamcaiix. Aussi Lien le Kifar n'est pas înaniiné.
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On y rencontre des alouettes, des penlrix et des lièvres. Une troupe de gazelles & peine entrevues disparaît :\ l'Iiori/oii, quelques antniclies s'enfuient i\ l'aspect des iioiiiaileii;. La rolic de ces animaux du désert est uniforme. Pas de coulfurs vives. Tons sont gris, d'un jaune ptile ou d'un Llniic jaunâtre, qui se confond avec le sol sur lequel Us vivent.
388 L*ALOÉRIE.
En résumé, le Kifar ne semble pas beaucoup plus attrayant que le Falat, et nous avouons ne pas partager l'enthousiasme d'un grand artiste contemporain, qui fut en mcnie temps un grand écrivain, Fromentin, pour ces plaines uniformes. Il est vrai que ce qu'il appréciait le plus dans le Kifar, c'était le silence : <( Le silence est un des charmes les plus subtils de ce pays solitaire et vide. Il communique à l'âme un équilibre extraordinaire... Loin de l'accabler, il la dispose aux pensées légères ; on croit qu'il représente l'absence du bruit : c'est une erreur. Si je puis comparer les sensations de l'oreille à celles de la vue, le silence répandu sur les grands espaces est plutôt une sorte de transparence aérienne, qui rend les perceptions plus claires, nous ouvre le monde ignoré des infiniment petits bruits, et nous révèle une étendue d'inexprimables jouissances, i^ Il est difficile d'exprimer avec plus de délicatesse des sensations plus délicates : ce n'est pourtant pas dans le Kifar que jamais on fera un voyage d'agrément.
Le Fiafi est le Sahara habité ou l'oasis. On nomme oasis un assemblage de jardins et de cultares entourant un ou plusieurs villages. Chaque oasis est arrosée par un cours d'eau ou par une source abondante, on bien encore par des puits naturels ou artificiels. L'oasis se compose principalement de palmiers dattiers qui, vus de loin, semblent former une forêt continue, mais en réalité sont plantés en ligne dans des jardins séparés par des murs de terre, entre lesquels circulent des chemins creux. Les eaux, qui ont arrosé les palmiers , se déchargent dans ces chemins creux, d'oîi elles coulent vers les chotts^ ou lacs, et forment des marais que l'incurie musulmane ne songe pas à dessécher.
Sans les dattiers il n'y aurait pas d'oasis. C'est vraiment l'arbre nourricier du désert. Quand nous étudierons la production végétale de l'Algérie, nous aurons l'occasion de reparler de cet arbre précieux. A l'ombre des palmiers poussent de nombreux arbres à fruits, et toutes sortes de légumes. De petits carrés de luzerne fournissent jusqu'à huit coupes par an. On y récolte encore le henné, qui sert à teindre en jaune les ongles des femmes, et le tabac rustique. En hi-
OÉO(îRAPniE IMIVSIQUK.