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Fl« III. GouiU du lu n !■« lia ClicUff
d'eau qui, avant notre arrivée, ne trouvant pas de déboucliés suffisants, s'épandaicnt en marais pestilentiels. Aujourd'hui cet ancien cimcti&ro des Européens est devenu le jardin de l'Afrique et le grenier d'Alger. Les marais ont été dessécliés (ancien lac Halloula,, les ruisseaux boueux ont été canalisés, d'importants bassins de retenue ont été créés, et des canaux d'irrigation répandent hi fertilité dans tous les sens. Voici l'énuniération des cours d'eau de la Metidja : le Corxo (35 kîl-)»
le Iio9fdoHaou (42 kîl.), la Ifet/haia^ VITnmis ou Khamis (57 kîl.), dont les eaux sont retenues par un gigantesque barrage, Vlhtrrach (75 kii.) grossi par le Djemmah, le Mnznfran formé par la Chîffa, célèbre par ses gorges, et le Djer (81 kîl.) : ce sous-affluent est retenu par une digue qui pourra irriguer 18,000 hectares ; le Bou-Roumi (78 kil.) est le dernier aflluent du Mazafran, et le Nador le dernier fleuve de la Mctidja.
Le Dhamous descend du Tachetas 2\ une hauteur de 1,127 mètres. Il parcourt un pays tounnenté^ et se jette à la mer après un cours de 42 kilomètres.
Le Chéliff (Asar) est, après le Xil, le cours d'eau le plus important de rAfrique septentrionale. II prend sa source sur le versant nord de l'Amour, traverse les hauts plateaux désolés et brûlés de Taguin et de Zerguin, s'épanche dans les marais de Kseria, s'ouvre un passage entre les monts de Boghar et de Titteri, et pénètre enfin dans le Tell, à 500 mètres d'altitude. II parcourt alors une admirable vallée. Les monts de Dahra lui barrent la route, mais il en contourne la base, en se creusant un lit dans de profondes gorges, et se jette à la mer non loin de Mostaganem, après un cours de C9o kilomètres. On dirait une Loire africaine. Il en imite la courbure. II en a les irrégularités de débit, les bancs de sable, et à peu près la longueur. Ses affluents de droite sont l'Hakouin, FEI-Had, l'Harbène, le Boulan (48 kil.) et rOuaran. Ses affluents de gauche, plus importants, se nomment le Nahr-Oaassel (170 kil.), le Moudjelîl (68 kil.), le Deurdeur (72 kil.), dont un important barrage ménage les eaux, le Fodda, l'Isly (116 kil.), dont les déviations arrosent 5,000 hectares, le Riou, laDjediouïa, et la Mina (195 kil.), remarquable par sa charmante cascade de Hourara (42 mètres) et la fertilité de la plaine qu'elle parcourt.
La ifac/aA sort de marais où se rejoignent le Sig et l'IIabrah. Un important barrage- retient les eaux du Sig, et permet d'irriguer un terrain de 240 kilomètres carrés de superficie. Quant à l'IIabrah elle coule entre deux collines fermées, à 12 kilomètres au sud du village de Perregaux, par un barrage gigantesque de 478 mètres. L'IIabrah est grossi par le Traria, dont la source débite 450 litres par seconde, et
qui reçoit à son tonr le Saîda et le Felcan, l'Hoaenet et le Melreter.
Le Bio Snîmlo (Flunien Salaum) prend sa Boiirce dans la forêt ties Ouled-Zeir, et traverse le dc-filû de la cliaine, où fut an^'antie, en 1543, nne armée espagnole.
La Sehka d'Oran couvre une suporficîo de 32,000 hectares, n'a pas d'écoulement vers la mer, et reçoit trî-s peu d'eau. Il est question de la
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n» lit. — CÉttc du !■ pUlM
desséclier, afin d'utiliser les masses de ecI qui s'y sont accumulées et de rendre i l'agriculture un terrain fertile.
La-7'q^a (Slga) a dus eaux très abondantes. FJle sort de la vallée pittoresque d'Aïn-lIaltalet, dans le massif «le TIemceti. Elle traverse des plaines fertiles, et 'se jette & la mer après un cours sinueux de 170 kiloinitres. Ses alHuents de rive droite sont le Sclxlou et l'Is&cr occidental qui prend sa source non loin de Tleincen, et s'épanche par une belle cascade de 12 niùtres. L'Isscr reçoit i\ son tour la Sikkali, le Telouet et la Safsaf remarquable par sa cascade d'El-Ourit. Sur la rive <;auc1ic la Tafnn reçoit te Tafrent, le Mouitab qui a sa source au Maroc et reçoit l'Ibly.
Versant fies Ilautn Plairaux. — Toutes les eaux de cette r/^^îon se perdent dans des lacs temporaires, auxquels on donne le nom de rkotts^ gtiernhs et sellris. Ces lacs ont peu ou point d'eau pendant une partie de Tannée, et leur surface se couvre en ét6 d'une couche de sel. Voici les principaux de ces lacs.
La Guerah'i'I-Tfti'f {IS kil. de long sur C à IC de large) n'a pas d'écoulement, et reçoit les e«aux de l'Ouilman et du Feîd Couar. Trois lacs plus petits, VKI'GneUf ou lac dn Inaon^ VAnk'DJi.mel ou yorije du chameau^ El-Marsel ou lac du lurafjc^ situés au nord-ouest de la Guerrah-el-Tarf communiquaient probablement avec ce lac»
Dans la grande plaine comme sous le nom de liledjana se trouvent les petits lacs Tinsilf et Mzoun. L'un et l'autre ij'ont d'eau qu'en hiver. Ils se couvrent en été d'une couche de sel de quatre centimètres d'épaisseur. Nous citerons encore dans la mcme plaine les lacs Bnda^ Efrainij El-Zem/et^ El- fJaoffasd et Jft/loud. Ils n'ont d'ailleurs aucune importance.
Le bassin du Ilodita est vaste, fertile, riche. Il le serait plus encore si les eaux qui descendent des monts Dira, Ouennougha et lîou-Taleb, retenues par des barrages, se répandaient ensuite en canaux d'irrigation. Il est probable que ce travail sera entrepris quelque jour. II modifierait les conditions économiques de toute la région. Bien que la sebka de Ilndna n'ait pas d'écoulement, elle reçoit les eaux de divers aflluents importants : le IWika (130 kil.), le Melah, le 8i-Ataïa, le Bou- Amadou, le Ksab (I5i> kil.), le Chellal (ICO kil.),.et le Chaïr.
Le bassin dus Zahrez a 120 kilomètres de longueur sur une trentaine de large. Il forme une dépression séparée en deux cuvettes : la première est occupée par le Zaltrez-Chcrgui {^(y kil. sur 14 et 771 mètres d'altitude) grossi par le Dj.il et le Djemcl, et la seconde par le Zahrcz-Jiharhi {\i> kil. sur 5 et 11, à 857 mètres d'altitude), grossi par le l^Ielah. En hiver le lîharbi présente une couche d'eau très salée d'environ trois mètres de profondeur. En été une nappe de sel le recouvre entièrement. Aucun ctre animé ne peuple ses rivages. La région des Zahrez est le pays de la désolation.
Le Chéliff, qui appartient au premier versant, sépare le bassin des
geo(;rai'IIIE I'IIvsich'k.
Zalirez du bassin du cliott FJ'(!1tf!niHi\ vaste cuvette de I lOkilotnètres de longueur, sur 10 A 20 de large. Le Clierguî reçoit TEI-ifay, le Kallet, rHamnian, le Guesniir, rKl-Naceur, rKl-Maliden et rKl-Gliodjcilad, mais ces cours d'eau n'<»nt pas d'importance. On a remarqua que les rives du lac étaient souvent perpendiculaires, comme si elles étaient travaillées par la main de Tliomme : ce sont de vraies fadaises, qui,
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ruinées i\ leur base par le travail incessant des eaux, s'alTaissent soudainement, et augmentent de jour en jour la superficie du lac.
Le chott A7-/iV//(rt2' appartient î\ l'Algérie et au Maroc. La partie française a 41 kilomètres de long sur 7 à 20 de large. Le Rliarbi est très encaissé, et reçoit peu d'eau. On peut le traverser A gué, mais à condition d'éviter les fondrières qui sont fort dcingereuses.
En résumé, dans la région des plateaux le régime des eaux est fort défectueux. Il pourrait sans doute être modifié, mais de pareils travaux ne s'improvisent pîis.
408 L*ALOÉRIE.
Versant du Sahara. — Le système hydrographique du Sahara est encore peu connu ; car la phipart des eaux qui l'arrosent sont souterraines, et on est réduit i\ les chercher sous les sables. Les rivières sahariennes sont en quelque sorte /les gouttières qui, au moment des pluies, se transforment en torrents temporaires. En ét6 leur cours n'est plus marqué que par une traînée de sable et de gravier, que termine une dépression couverte d'une végétation chétive. Le long de ces torrents sont dispersés, de loin en loin, quelques bassins naturels qui retiennent plus ou moins longtemps l'eau des crues. On les nomme des rhedirs ou traîtres, mot heureux, car celui qui compterait sur un rhedir risquerait de mourir de soif. D'après les traditions locales, les rivières du Sahara coulaient jadis à pleins bords; mais peu à peu leurs lits se comblèrent, et un nouveau sol se forma, trop poreux pour retenir les eaux à la surface, et sous lequel continua l'écoulement, qui se faisait autrefois à ciel ouvert. L'eau, en effet, se rencontre partout dans le sous-sol, et il est facile de l'amener à la surface en creusant des puits artésiens.
Le forage des puits en Afrique date de loin. Les historiens arabes du moyen âge les décrivent. Ibn-Khaldoun, au quatorzième siècle, parle comme d'un fait miraculeux des fontaines jaillissantes du Sahara. Bien avant lui, Diodore, évoque de Tarse, mort en 390 de l'ère chrétienne, parlait en ces termes des puits artésiens de la grande oasis : € Pourquoi la région intérieure de la Thébaïde qu'on nomme oasis n'a-t-elle ni ri- Tières ni puits qui l'arrosent, mais n'est-elle vivifiée que par le courant des fontaines qui jaillissent du soi, non d'elles-mêmes, ni par les pluies qui tombent sur ce territoire et remontent par ses veines comme chez nous, mais grâce à un grand travail des habitants? ]> Olympiodore, qui écrivait i\ Alexandrie vers le milieu du sixième siècle, rapporte qu'il a vu creuser des puits mesurant jusqu'à huit cents coudées de profondeur.
En Algérie le forage des puits s'impose comme une nécessité. A Ouargla, dans les Zibans, dans plusieurs oasis du grand désert, il y avait même une corporation de puisatiers. Voici comment ils s'y prenaient pour établir leur travail. Le propriétaire du terrain commençait par
UÉOnRAl'IMP. )>[IYSI(jaE.
crenser un grand trou qiiî se remplisenit d'eau par les inGltrations sapcrficielles. Parents et amis venaient, sans r^triIii:tion, aider iV l'épuiscnieDt de l'excavation. Alors arrivaient les imisjitiers qui établissaient sur l'ouverlure un écliafaudage cotiiposé de troncs de palmiers enchevêtrés. Au far et & mesure que l'on s'enfonçait <'n terre, le boisage de palmiers
continuait et les déblais on les infiltrations nouvelles étalent cnlev^-a à la main. C'était un travail iliflicile, d'atmnl parce que les ouvriers étaient parfois aspliyxiés par des gaz délétfrrcs, ou noyés par l'irruption soudaine des eaux aprts la rupture du dernier banc du roche dure. Mcino quand le flot avait jailli jusqu'au niveau du sol, les eaux amenaient du snble fin, qu'il fallait extraire en plongeant daiiR la profondeur du puîlo.
Aussi les puisatiers, qui ne périssaient pas de mort violente, étaient presque tous enlevés par la plitîsîe. Dans cette lutte quotidienne engagée contre l'eau et le sable Thomme était souvent vaincu. Le puits se comblait et l'oasis était ruinée. Un linceul de sable recouvrait de ses teintes grises les anciennes plantations. Seuls s'élevaient de loin en loin quelques pans de maisons en ruines ou le tronc desséché des palmiers. Peu à peu le désert triomphait et s'agrandissait aux dépens de la civilisation. Il n'était que temps d'arrêter, la marche envahissante des sables.
Lors de la soumission des districts de l'oued Rirh à la domination française, en 1854, un <le8 hommes qui ont le plus contribué à fonder la puissance française en Algérie , le général Desvaux, comprit que le seul moyen de nous attacher ces populations fibres et remuantes était de dompter les cœurs' par les intérêts, de vaincre les résistances par les bienfaits et de subjuguer les imaginations par les prestiges de l'industrie et de la science. Il résolut de désobstruer les puits ensablés et d'en créer de nouveaux.
Les Sahariens s'étaient résignés. Ils attendaient le jour oii leurs arbres, devenus stériles , ne pourraient plus les nourrir, c Dieu le veut ainsi ! > disaient-ils aux Français. A la suite des observations de l'ingénieur Dubosq sur les nappes d'eau souterraines, le général Desvaux commanda en France un appareil de forage. Substituant la tarière et le trépan h la petite pioche des puisatiers indigènes, il entra en campagne , car ce fut une véritable campagne. Après quelques jours de travail dans l'oasis des Sidi-Raclied jaillit une véritable rivière donnant jusqu'à 4,500 litres par minute. C'était le miracle de Moïse renouvelé en plein dix-neuvième siècle. Cet événement excita une joie générale et eut un retentissement extraordinaire. Les Sahariens affluèrent à la source nouvelle. Les mères y baignaient leurs enfants. Le vieux cheick, voyant l'eau qui rendait la vie t\ l'oasis, tomba à genoux pour remercier ses bienfaiteurs. Aussitôt des députations des autres oasis vinrent solliciter la même faveur. Leurs suppliques furent écoutées. GraCe à la féconde impulsion de nos compatriotes le Sahara algérien s'est peu à peu transformé.
Citons parmi ces vaillants pionniers de la France et de la civilisation
UËOGRAI'IMK rilYSIQUR.
MM. les ingénieurs Ville, Tîssot et Jus, MM. Angcrnndj Arnaudeau, Forgemol , Khrard, Serol^a, 7à\k-1 et Leliaut, ofiiciers do tout grade, le sergent Dhcur, etc. Ce sont eux qui ont trioiiiplialcntent promené la Bonde dans tout le pays. Iticn que dans la province de Censtantine, de juin 185G A février ISl'i^ ils ont creusé cent cinq puits artésiens, dont seize avec un Jvbit infi'rieur i\ 100 litres par minute, quarante-trois de 100 à 5(H» litres; treize du 5(H) A 1,000; dixneufde 1,000 & 2,00(»; cinq de 2,*m0 i'i 3,()0l»; quatre de .V>00 A 4,00» et
trois avec un débit supérieur k 4,0IK) litres. Ou est arrivé i\ un total de 1,000,038 litres d'eau par minute répandus dans 1c paye. Il a fallu, pour obtenir ce résultat, 15,0(K( mètres de forages. Les moins profonds de ces forages ont rencontré la nappe jaillissante <\ 29 mttres, le plus profond à 214 mitres, la moyenne entre -10 et 100 mètres. Les eaux sont d'une température moyenne de 22 >\ 23 degrés, potables bien que légèrement salées, mais pas assez pour nuire aux' cultures. Chaque année, de nouveaux forages s'eflictuent. On en compte aujourd'liui plus de deux cent cinqiiitnte dont quelques-uns atteignent jusqu'à 350 mètres de profondeur. Un puits peut arroser six fuis autant de palmiers qu'il dé*bite de litres d'eau. De plus on cultive kous romlirc des palmiers d'au-
très arbres à fruit, des légumes et de l'orge. Multiplier les puits, c'est donc augmenter la Fortune et le bien-être des populations sahariennes. Les indigènes le savent. Ils ont accueilli avec empressement nos officiers et nos ingénieurs. Ils leur ont apporté le concours de leurs bras, et des cotisations volontaires ont suppléé i\ l'insuilisance des subventions officielles. Bien mieux que par nos armes, nous avons conquis le Sahara par nos puits artésiens. C'est une conquête pacifique, la meilleure et la plus durable de toutes, car elle ne rencontre aucun obstacle, et, plus elle se développe, plus elle consolide notre domination. Par malheur le débit des nappes d'eau souterraines est limité comme celui des rivières ordinaires à la surface du sol, et on ne peut espérer une augmentation de ce débit correspondant h la multiplication des forages.
Il n'y a pas dans le Sahara que des eaux souterraines. De véritables rivières y coulent i\ pleins bords. Nous citerons le mystérieux Ifjharghar^ qui parait correspondre au Ghir de Ptolémée. Il prend sa source dans le massif montagneux et encore inconnu de l'Ahaggar, traverse une zone sablonneuse, et présente une succession de cuvettes, rattachées les unes aux autres, qui le divisent en trois bassins successifs. On trouve ensuite dans l'oasis des Beni-I^Izab le Mzah et le Ncqa^ ou rivière des femmes, qui aboutit dans le chott Safioun ; le Mia ou rivière des cent aflluents, dénomination emphatique, car ces prétendus affluents ne sont que des rigoles souvent i\ sec; le Zergoun; le Seggueur qui se perd dans le lac Hamra; \ EUBenont qui se jette dans le lac Musteïer, et V El-Namom qui n'appartient à l'Algérie que par son bassin supérieur.
Le plus important bassin saharien est celui du chott J/e/////iV, vaste dépression de plus de 30() kilomètres de longueur, et d'une superficie de 6,000 kilomètres carrés. Le Melghir reçoit, mais en temps de crue seulement, 1'//^/, dont le lit a toujours de l'eau, sinon à la surface, du moins à peu de profondeur ; le DJedtU on rivière du chevreau, qui descend de l'Amour sous le nom de ^fzl^ baigne Tadjemout et Laghouat, oîi ses eaux sont retenues par des barrages , et traverse avant de tomber dans le Melghir le Bi*hf1 eUAteuch^ ou pays de la soif. Le Djeddi est
OÉOURAniIK PHYSIQUE.
grossi par la rîvî&rc de liîxhi-a^ qui coule dans une valWe 8aHvaj,'c et reçoit lea eaux du Feilalfi, et par l'AhJÎ. Sou dernier aftluent est YAbioml ou rîviî^re Muiiclie. ÎjG Melgliir se proloiigo par les cliotts &llem, El-Ii»irsit^ El-D/erôl yisrin'&u golfe de Gabès, dont il n'est st'par^ que par un mince bourrelet de eaUe. Il a éti!: question de rattacher les uns aux autres ces divers lacs, de les faire communiquer directement avec la Méditerranée, et de créer ainsi dans le Bud de la Tunisie et de l'Algérie une véritable mer intérieure. Ce projet, auquel restera attaché le nom de son promoteur, lo commandant Roudaire, a rencontré des partisans convaincus et des contradicteurs déterminés. Rien encore n'a été résolu, ni dans un sens, ni dans l'autre, maïs, comme l'opinion publique s'est préoccupée do la question, il est de notre devoir d'en présenter comme un résumé.
Projet de mer tnfên'eure. ■ — Aux époques géologiques antérieures à la nôtre, les mers et les continents n'avaient pas leur forme actuelle. A l'époque quaternaire, par exemple, la Méditerranée était moins grande que de nos jours. Le détroit de Gibraltar n'existait pas et l'Kspag'.ic se rattachait au Maroc. Le Saham actuel était un vaste bras de mer qui, par le golfe do Gabès, unissait la Mé-diterranée il l'Atlantique. Dans la suite des siècles s'opéra un soulèvement, soit A la suite d'une catastrophe, soit plutôt en vertu de forces souterraines analogues A celles qui.
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de nos jours, élèvent
constamment la Baltique. La mer Saharienne se dessécha peu h peu. Le détroit de Gibraltar s'ouvrît, et le Maroc, l'Algérie et la Tunisie cessèrent d'être une presqu'île de l'Europe baignée par la mer Saha- Tienne. Les preuves de cette révolution physique abondent. M. Bourguignat les a exposées dans son beau livre sur la Malacologie de FAIgérie.
A l'aurore des temps historiques, la mer Saharienne n'avait pas encore complètement disparu. La petite Syrte s'enfonçait alors profondément dans l'intérieur des terres. Pindarc y fait voyager Jason et remarque que l'entrée du golfe était fort étroite et difficile i\ découvrir.
Au quatrième siècle avant l'ère chrétienne, Hérodote, en parlant d'une population africaine, les Machlyes, dit que leur pays s'étendait jusqu'au grand fleuve Triton, qui se jetait dans le golfe du même nom. Scylax, au second siècle, mentionnait également le grand golfe de Triton, dans lequel il comprenait un lac Triton et un fleuve Triton. Quarante-trois ans après Jésus-Clirist, Mêla parlait encore de la petite Syrte et du lac Triton, oîi se déversait un fleuve du même nom ; mais il ne fait même pas allusion au goulet par lequel le lac Triton et le golfe de la Syrte communiquaient. Pourquoi ? Parce que le mouvement de recul de la mer Saharienne n'avait pas discontinué, et que peu i\ peu le Triton s'était trouvé séparé en un certain nombre de lacs, ne communiquant plus entre eux, pas même avec la mer.
Les géographes postérieurs à Mêla mentionnent en effet, dans le pciys qui s'étendait au sud de Cirta, des vestiges d'une mer antérieure, tels que débris de poissons et de coquillages, galets arrondis par la vague, et même ancres de navires. Au temps de Ptolémée il n'existe plus que deux fleuves, le Ghir qui passe à travers le lac des Tortues et le lac Nuba^et le Triton qui se jette encore dans la Syrte après avoir traversé les lacs Triton, P<illas, et de Lybie. Plus tard, à cause de l'évaporation intense des eaux non renouvelées par les courants marins de la Méditerranée, ces lacs s'épuisent à leur tour, et sont remplacés par des bas-fonds vaseux, couverts d'eillorescences salines : mais cette dernière révolution ne s'accomplit qu'à une époque relativement moderne, car, d'après les
UÉUUltAriIIE l'IIYSlijL'K.
traditions arabes, dont lu pcr|)6tuitC' n été constati'e par MM. Koudaire et l'ricot de Saîiite-Marie, certaines oasis de la n'gion auraient jadis été des ports de nier, et cela peu avant la naissance de Mahomet. De cette nier Saharienne, de ce golfe Triton , de cette succession de lacB il ne reste aujourd'lmi qu'une série de cliotts et de scbkas ; le plus occidental est le cliott Mi-hjhir^ dont nous parlions tout i l'heure, quî commnniiine avec les cliotts S-fhnij Itnlj'.l:iitl et Si-U-H'clouan, puis,
au fur ettVmesDrc qu'on se rnpproclie de la Méditerranée, les cliotts Tofvllat^ Asloudj et Rhariui^ séparés par le seuil de Kriz des cliotts DJerid et F*jej. Ce dernier n'est séparé du golfe de Gahès qnc par an bourreletde dunes. Le bassin de ces divers cliotts a 480 kiloin{:(res de long sur 60 de large, et c'est en les renouant entre eux et à la mer que M. Roudaire voudrait cri'er sa mer intérieure.
Voici comment M. Itoudairc a été. amené A concevoir ce projet gigantesque. En 187.3, de concert avec M. Xoll, le capitaine Roudaire avait été chargé du nivellunient de la région comprise entre
416 TALGÉRIE.
Bîskra et lel^Ielghir. Les deux opérateurs constatèrent mathématiquement que le lit du I^Ielghir était i\ 27 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée, et celui du chott Sellem à 40 mètres. Si le reste de la région des chotts était également au-dessous du niveau de la mer, et si toutes ces dépressions pouvaient communiquer entre elles, il ne restait plus qu'i\ ouvrir un passage à la I^Iéditerranée en creusant un chenal dans le bourrelet des dunes, et dès lors, à la place d'un désert improductif, on aurait une vaste mer intérieure ouverte à la navigation et au commerce.
M. Roudaire exposa ce projet dans un article de la lievae des Deux Mondes (mai 1874) et dans le BfiUetln de In Société de géographie de Paris. Cette hypothèse excita Tattention, et eut un grand retentissement. Une mission fut organisée, en 1874, à l'effet de rechercher les rivages de la future mer, c'est-à-dire tous les pays qui se trouvaient au-dessous du niveau de la mer. Il s'agissait de déterminer le périmètre et la profondeur du bassin inondable à l'aide d'un nivellement de proche en proche qui devait partir du signal de Chegga sur la côte nord-ouest du Melghir. M. Roudaire fut naturellement désigné pour commander l'expédition. Trois officiers d'état-major, MM. Parizot, Martin et Baudot, le docteur Jacquemet, l'ingénieur Le Chatelier au nom du ministre des travaux publics, et M. Duveyrier, délégué par la Société de géographie, lui furent adjoints. Le capitaine Coiiioy commandait l'escorte, composée de trente hommes du bataillon d'Afrique, de vingt soldats du train et de quelques spahis.
Les travaux commencèrent aussitôt. Ils furent pénibles. La principale difficulté était le manque d'eau douce. Il fallait s'en préoccuper constamment, car on n'avait pas assez de botes de somme avec réservoirs d'eau potable, et il fallait chaque jour faire de 12 à 15 kilomètres pour se rendre du poste d'étude à un puits. Encore ces puits étaient-ils saunultres. La température était fort variable, elle montait pendant le jour jusqu'à 24 degrés, et s'abaissait pendant la nuit jusqu'à 8 degrés au-dessous de .zrro. De plus les observations étaient fort pénibles, car le soleil échauffait la terre, et les rayons lumineux se réfractaient d'une façon si singulière que les objets un peu éloignés
GÉOORAriIIE riIYSIgUE. 417
prenaient une apparence bizarre. Ainsi, h 150 mètres, les hommes semblaient plong^'s dans Teau jusqu'aux genoux. Enfin les mirages étaient continuels. Malgré ces obstacles accumules, les membres de la mission ne perdirent pas courage, et explorèrent avec soin d'abord le bassin algérien des chotts.
La superficie du bassin algérien est de C,000 kilomètres carrés ; la profondeur dans les parties centrales varie entre 20 et 27 mètres. Sur la rive occidentale il se termine par un rebord très accentué, ce qui permettrait aux navires de s'approcher très près du littoral. Les pentes les plus douces sont au nord. Le grand travail à exécuter sera le percement du seuil d'Asloudj. Il est vrai que cet isthme n'a qu'un faible relief et qu'il est occupé en partie par un chott. Il suffirait de creuser une tranchée i\ travers les dunes (et elles n'ont que quelques mètres d'élévation), pour désagréger et pour emporter les sables contenus dans l'ancien chenal. Par la seule poussée des eaux il atteindrait rapidement une quinzaine de mètres de profondeur.
Restait à examiner le bassin tunisien. Tout d'abord une mission italienne, présidée par le marquis Antînori, voulut procéder à cette étude. Elle fit en cinq jours une exploration sommaire de l'isthme, et déclara laconiquement que la mer Saharienne n'avait jamais existé, et que, dans l'état actuel, il était impossible de la reconstituer. Un in^ génieur des mines, M. Fuchs, et le président de la Société de géographie de Rome, M. Correnti, se firent les promoteurs de cette idée nouvelle, et se posèrent en adversaires résolus du projet Roudaire. Ce dernier, en présence des contradictions et des attaques que soulevait son travail, adopta la meilleure des politiques. Il se remit à l'œuvre. II se rendit à Tunis, en février 1870, avec M. Baronet, ingénieur civil, M. Cormon peintre, M. Léon Fleurât, beau-frère de Paul Soleillet, l'explorateur algérien, et un interprète.
Tout d'abord on constxitu que la partie la moins élevée de l'isthme de Gabès est celle qu'arrose l'oued Melah. L'opinion des Arabes est que cette rivière est le restant d'un ancien détroit qui, d'après eux, existait bien avant Mahomet. Vingt kilomètres seulement, d'un terrain sablonneux, et ou nulle part on ne rencontre de roche dure,
ALcéniK. U
séparent la mer du premier des cliotts, qui porte le nom de El-FeJ<j on EÎ-DJentl.
C'est ce cliott Djerid (|u'îl sera difficile de convertir en golfe de la future mer intérieure, car il est plus élevé que le niveau de la mer, et oo se demande oîi s'écoulera cette masse d'eau ; mais l'objection n'est pas insoluble. En elTet, d'apr6s M. Ruiidaire, les eaux en s'accaiiiulant dans le cliott Pjerid,qui occupe le fond d'un vaste bassin, y ont créé un véritable lac souterrain, c C'est un luélauge tr&s liquide d'eau et de Bable,
rif. IM. — Projet <lt m
: tnUtinm titMaai.
recouvert d'une coucbe plus résistante, dont l'épaisseur variable dépasse rarement 80 centimètres. Il est très peu de points où cette croûte puisse supporter les. hommes et les animaux... Bien ne peut donner une idée de la frayeur des indigènes, lorsqu'ils y sont surpris par la pluie, ou même par le vent. Ils s'attendent à voir le sol s'entrouvrir sons leurs pas et les engloutir. Lorsqu'on fait creuser en un des points abordables du cfaott, de façon à enlever la croûte résistante, il suffit de laisser tomber dans le mélange d'eau et de sable mis à découvert nn b:lton ou une pierre suspendue à une corde pour qu'ils s'y enfoncent de leur propre poids, et il est impossible d'en trouver le fond. > M. Roudaire pense que cette croûte semi-liquide semi-solide s'efTon-
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drera, dès que les eaux du cliott se jetteront dans un nouveau récipient. Ce récipient est tout indiqué. C'est le cliott Rliarsa, dont les bords sont presque partout i\ 20 mètres au-dessus du niveau de la mer, et dont la profondeur atteint 40 nictrcs. Il présente une surface inondable de 3,000 kilomètres carrés. Or, il n'est séparé du chott Djerid que par un bourrelet sablonneux de 3 s\ 4 kilomètres de large et 40 mètres de haut. Dès que ce bourrelet aura disparu, la croûte superficielle tombera, les eaux du Djerid se précipiteront dans le Rharsa, le niveau sera promptemeut établi, et il est même probable que les deux lacs n'en formeront qu'un.
Reste la question du remplissage. On a calculé que trois ans suffiraient pour les cbotts, deux pour le bassin algérien, un pour le bassin tunisien.
Il semble donc que ce gigantesque travail n'est pas un de ceux devant lesquels doit reculer l'industrie humaine, aidé*e par de puissants capitaux. Quelle sera maintenant l'utilité de la nouvelle mer? C'est ici que commencent les contradictions. Les uns, en effet, sont les partisans déterminés du projet; les autres, au contraire, les adversaires implacables et acharnés. A nous d'examiner les pièces du procès.
Si nous n'écoutions que les partisans du projet, la création de cette mer Saharienne transformerait l'Algérie à tous les points de vue : ainsi les actionnaires seraient assurés de faire une bonne affaire, car les terres acquerraient une plus-value extraordinaire. Près de six cent mille hectares pourraient être plantés en palmiers, or, chaque hectare rapportant au bas mot 1,400 francs par an, même en supposant lin revenu seulement de 1,000 francs, on obtiendrait la somme énorme de 600 millions.
. Les relations commerciales seraient également modifiées : faire pénétrer la mer dans des déserts arides, c'est faire naître la richesse. Toute la Tunisie méridionale et le sud de notre province de Constantine étaient jadis le grenier de Cartliage et de Rome. Scylax qui visitait, au cinquième siècle avant Tèrc chrétienne, les côtes de la Méditerranée, écrivait déjà : a Les bonis du lac Triton sont habités par les peuples de la Libye, dont la ville est située sur la côte occiden-
taie... Le pays oii ils habitent est riclie et très fertile. De là vient qu'ils nourrissent de nombreux troupeaux. t>
Hérodote, à peu près vers le même temps, parle également de la fertilité du pays. Il énumère même les peuples agriculteurs établis sur les rives du lac, Maxyes à l'ouest, Zanecercs et Byzantes i\ Test. Au temps d'Agathocle, le territoire, d'après le témoignage de Diodore de Sicile, était planté en vignes, en oliviers et en arbres fruitiers, a Dans une autre partie tout en plaine, ajoute-t-il, il nourrissait des troupeaux de moutons et de bœufs; au voisinage de quelques marais, parmi de gras pâturages, on voyait des haras de chevaux. En un mot, dans ces lieux fortunés, l'abondance et la richesse se montraient partout. > Polybe et Strabon confirment ce témoignage. Or la région n'est plus aujourd'hui cultivée que par des paysans sans initiative, et les sables la recouvrent en grande partie. Il est certain que les conditions de fertilité ont changé avec la présence ou la disparition d'une masse d'eau. Si le territoire a vu ses cultures ruinées, les faits semblent prouver que c'est par la substitution des chotts actuels à l'antique lac Triton. Les fleuves d'autrefois se .sont desséchés ou perdus dans les sables. La solitude et la sécheresse ont pris la place de la sécheresse et de la fertilité.
. La submersion du bassin des chotts fera renaître cette fécondité disparue. La proximité d'une mer rendant les communications faciles excitera la production agricole. Le commerce de l'Afrique centrale, qui s'est détourné de l'Algérie vers Ghadamés et Mourzouck, y reviendra forcément le jour oîi les caravanes du Soudan apporteront leurs produits dans un port situé à l'embouchure de l'Igharghar ou du Djeddi, et y trouveront en échange les marchandises européennes transportées par nos vaisseaux. Il est certain que l'apput du gain l'emportera vite sur les répugnances religieuses et que de grands marchés intérieurs s'établiront promptement sur les rivages de la nouvelle mer.
Que dire des conséquences politiques? La police du Sahara sera plus fiaclle et mieux faite. Les colons européens, attirés par les mille profits de cette installation en pays nouveau, se chargeront eux-mêmes
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de cette police , et réduiront iV riiiii>uissniice les Ckambîtas, les Toaîtregs et autres voleurs du désert. Aussi bien ces voleurs seraient capables de devenir à leur tour d'honnCtcs nûgoi-inuts, car la subite introduction de la mer dans leurs pays produisait sur leur imagination xm effet incroyable. En 187fi l'agah de TufjgHrt, Moharnnicd-Ben-
rif.!».— OwrritTT-
DrisS} ne disait-il pas à M. de Lcsscps : < Si vous faites venir la mer dans le Sahara, tl ne se trouvera plus un Arabe pour mettre en doute votre puissance. Tous s'inclineront devant vous. » En effet, leur chef bîen-aimé, leur ancien émir Abd-el-Kadcr, aclressjut tout récemment nne lettre au promoteur de l'enfreprise et engageait ses compatriotes h le seconder de tout leur pouvoir.
Les conditions cliniatériques cllcs>mcmcs seraient changées. On
sait que rennemi le plus redoutable de FAlg^-rie est le vent brCilant du sud ou sirocco. Quand il soufHe sur les plantations algériennes, le fruit ou le grain est desséché et la moisson anéantie. Or ce vent n*est redoutable qu'à cause de son extrême sécheresse. Qu'il se charge de vapeurs en traversant la future mer intérieure, il portera la fertilité oh il ne portait que violences et désastres. La mer intérieure sera pour l'Algérie ce qu'est hx Méditerranée pour le sud de la France. On a calculé que la surface inondée laissera évaporer par jour 45 millions de mètres cubes qui seront transformés en vapeurs, et doublés par les vents du désert. Ces vapeurs qui, pendant le jour, absorbent une partie des rayons caloriques, et, pendant la nuit, empêchent que la terre ne subisse une trop grande déperdition de chaleur, amèneront une sorte d'équilibre dans la température. De plus, poussées vers le nord, elles rencontreront les monts Aurès qui leur serviront de condensateur. Sans doute quelques nuages dépasseront les sommets, mais la grande masse des autres se résoudront en pluies qui retomberont sur le versant méridional, se distribueront en ruisseaux, et fécou; deront le pays avant de retourner h la mer .intérieure. Il y aura donc une modification profonde de l'atmosphère, analogue à celle qui s'est produite en Ég}'pte après le percement de l'isthme de Suez. Pour peu qu'un reboisement intelligent sur les pentes de l' Aurès coïncide avec l'introduction de la mer, on verra les torrents se convertir en fleuves réguliers, et tout le sud de l'Algérie, particulièrement la région des Zibans, immense plaine recouverte d'une immense couche d'alluvions, se couvrir de récoltes plantureuses, sans qu'il soit besoin de la défricher. Cette amélioration dans la culture entraînera comme conséquence forcée une amélioration dans la santé.
Telles sont les promesses, ou, si Ton préfère, les illusions dont se bercent les partisans de la mer Saharienne. Voici maintenant les objections de ses adversaires.
Rien dans les textes n'autorise la croyance à une ancienne mer. Il est tout au plus question de quelques lacs intérieurs, ceux-là même qui existent encore. Il s'agirait donc non pas de renouveler, mais bien de créer cette mer intérieure, et on se heurterait à de nombreux
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obstacles. Le principal de ces obstacles viendrait du lac Djerid. Ilien en effet ne prouve l'existence de ce prétendu lac souterrain, et,
même en admettant cette existence, scrait-tl possîMc de )c mettre <lc niveau avec les lacs voisins? Autre obstacle au scuU de Gabès, dont le percement nécessiterait des travaux iriuticnscs et des frais gigautesquea. Le nivellement de proclic eu proche a-t-il éU- exÉcnt*- avec
assez de soin pour qu'on puisse affirmer que tous ces chotts sont réellement au-dessous du nîveau de la Méditerranée? Que dire des oasis détruites par la subite irruption des eaux? des puits ruinés par l'infiltration des flots salés? des subies entraînés par la mer ou poussés par le vent du désert, dont la masse serait si considérable que, peu à peu, ils combleraient les cliotts? Que dire des sels, dont la formation résulte d'une évaporât ion intense, non combattue par un renouvellement d'eau suffisant, et qui lentement formeraient au centre de l'Afrique comme une sorte de liler ]\Iorte? <c Au lieu d'un flot vivant, bruyant, puissant, Scilutaire, il est à craindre qu'on ne fasse une mare méphitique en lutte perpétuelle avec un climat flamboyant... Avec ce qu'engloutirait d'argent le lac proposé, l'on barrerait assez d'oueds, on ravirait aux profondeurs du sol assez d'eaux jaillissantes, on bâtirait assez de citernes, on féconderait assez de palmiers et de cotonniers pour régénérer le Sahara français, et conduire de proche en proche la garnison de Tuggurt dans un fort baigné du Niger. :» (0. Reclus, TAhjérie^ p. 664. )
La plupart de ces objections sont très sérieuses, tellement sérieuses qu'une grande commission, nommée par le gouvernement pour étudier le projet Roudaire, vient de se prononcer dans un sens négatif (juillet 1882). Ces objections ne sont peut-être pas insurmontables. Ainsi l'objection qui consiste à affirmer que la mer intérieure détruirait les puits du Sahara n'est pas fondée ; presque tous les puits du Sahara s'alimentent à une nappe d'un niveau supérieur à celui de la mer, et les nappes qui sont au-dessus du niveau sont isolées par des couches d'argile imperméable. Pas plus que les puits , les oasis ne périraient pas ; car, sans exception , elles sont à une altitude supérieure au niveau de la mer. Tout au plus seraient-elles converties en îles.
Pour les sables, il est certain qu'il y en aurait beaucoup, et que les chotts pourraient en être non pas comblés mais chargés : cependant des calculs sérieux ont établi que sur un fond moyen de 15 mètres, la couche sablonneuse serait seulement de 75 millimètres. Quant à la salure, résultant d'une évaporât ion intense, et non combattue par un renouvellement d'eau suffisant, qui, au dire de ses détracteurs, couver-
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tirait la future mer Saharienne en une sorte de Mer Morte, rien n'est moins prouvé. Dès que les couches inférieures de la mer atteindront une certaine densité, TéquiUhre statique sera rompu, et des contrecourants prendront naissance qui cntrauiérout dans la Méditerranée le sel abandonné par Tévaporation. C'est ce qui est arrivé pour les lacs amers de Suez. Le fond, qui était formr par un banc de sel, a baissé de 1 mètre 30 centimètres de 1809 à 1877, et pourtant Tévaporation aurait du produire une masse de sel de 14 millions de kilôg.
Reste une dernière objection, plus sérieuse, car on manque des données nécessaires pour apprécier sa valeur, et, de plus, certains sa-
uf. IfS. — Plan «le Tomljonctou (IM5). D*iiiif« nn rroqulA de M. Barth.
t, QmKIw 4ê RâBkoM : — II, 4« B^lndl ; — Iir. 4« iUniriri^lr ; - HT, <• J«»ia ; — T, J« Jatm-Kaym (Ir ftth. Jmlmy j
» Tt, 4* !(M«-K«jrBa ; — Vif, 4» AutMSongv.
vants ont, bien à tort, mClé la politique à des études qui auraient dil rester théoriques. Les Allemands ont en effet prétendu que la création de cette mer intérieure modifierait le climat de l'Europe et amènerait un refroidissement très notable. Toutefois rAcadémie des sciences et M. de Lesseps, consultés sur cette grave question, pensent que la mer Saharienne n'augmentera que d'une quantité insignifiante la surface d'évaporation de la Méditerranée, et par conséquent qu'il n'y a pas lieu de se préoccuper de cette objection.
En résumé le débat est engagé, et, comme il s'agit d'une entreprise considérable, il n'est que juste de la discuter avant de l'entreprendre. Aussi nous garderons-nous de conclure. Nous désirerions de tout cœur que la mer Saharienne devînt une réalité aussi séduicante que Tespè-
ALnÉRIK.
rent ses partisans. Le temps seul nous dira si leurs espérances n'étaient que des illusions ou si la Méditerranée doit s'enfoncer dans l'Afrique, et porter au loin, dans un lac français, Tinfluence, les idées et la civilisation françaises.
Aussi bien ce qui nous porterait à croire que nos excellents voisins, les Allemands, n'ont opposé à la future mer intérieure que des querelles d'Allemands, c'est que, plus pratiques encore et toujours bien avisés, nos autres voisins, les Anglais, ont cherché {\ détourner à leur profit le projet Koudaire. Ils voudraient inonder le Saliara occidental et nous précéder sur le chemin de TombouctoU| et déjà ils ont établi une colonie sur la partie de la côte oii débouchera la future mer, entre le cap Bojador et le cap Juby, au sud du Maroc.
En juillet 1875 un meeting était tenu à Londres, et une députation se présentait chez le ministre des colonies pour solliciter l'appui du gouvernement. La députation ne fut pas très bien accueillie , mais les Anglais sont tenaces. Une expédition fut organisée sous le commandement de M. Donald Mackenzie,et elle partit le 10 juin 187G. Elle voulait explorer le Sahara occidental^ rechercher si l'on' peut y faire pénétrer les eaux de l'Atlantique, inspecter la côte pour y créer un port, et nouer des relations d'amitié avec les indigi^nes. Il est intéressant de noter que les organisateurs de l'expédition anglaise estiment à 1,500,000 francs par an la valeur du trafic que Ton pourrait établir entre la future colonie anglaise et Tombouctou. Le chiffre est intéressant à retenir, car les Anglais ne font rien pour rien, et ils ne s'avancent jamais qu'après avoir pris toutes leurs précautions.
B'Iackenzie débarqua heureusement sur la côte africaine , et se mit en rapport avec des chefs nègres qui se montrèrent bien disposés à entretenir des relations commerciales avec la Grande-Bretagne. Une large coupure, distincte encore sur la côte, fut reconnue comme devant être le dernier vestige du canal qui reliait jadis l'Océan k la mer Saharienne.
Les topographes de l'expédition ont constaté que la dépression du sol, au-delà de la digue de terre qui s'étend près de l'ancien canal, atteint près de 75 nirtres au-dessous du niveau de la mer. Quant à la
digUQ de terre qu'il faudrait percer pour faire entrer l'Océan dans cette dépression, elle n'a pas plus d'un mille et demi d'épaisseur, et îl suffirait de donner au canal une largeur de 300 mètres.
Donc le projet anglais est sérieux : il est exécutable. Les Anglais sont déjà installés au cap Juby ; ils continuent sur place leurs études topographiques; ils s'appliquent à entretenir de bonnes relations avec les indigènes; est-ce donc, cette fois encore, que nous aurons semé pour que d'autres réKîoltent? Aussi bien, quand donc cesserons-nous de songer aux autres pour nous préoccuper de nos propres intérêts? N'est-ce pas un Français qui a percé l'istlime de Suez? Le même Français ne songc-t-il pas à percer l'isthme de Panama? Ne sont-ce pas des Français qui ont conçu le grand projet d'un chemin de fer à travers toute l'Asie? Ne sont-ce pas des Français qui ont fait les études préliimnaîres du tunnel sous-marin qui reliera la France à l'Angleterre? Si donc nous sommes si entreprenants, si audacieux sur les terres étrangères, pourquoi serions-nous comme paralysés quand il s'agit de travailler sur un sol qui est nôtre, et pour le plus grand profit de notre commerce, de nos colonies, de notre légitime influence en Afrique? C'est là qu'est l'avenir, b\ que notre patrie retrouvera les capitaux engloutis dans une guerre désastreuse ou dans des emprunts étrangers plus dangereux encore. Soyons donc patriotes et cessons d'ouvrir trop facilement aux étrangers une oreille que nous fermons obstinément aux entreprises françaises.
Clùnat de T Algérie. — Il ne nous reste pour achever cette description physique de l'Algérie qu'à parler de son climat.
L'Algérie se trouvant dans la partie centrale de la zone tempérée arctique, à 250 lieues du tropique du Cancer, son climat devait, naturellement, être chaud ; mais, comme tous les climats de la terre, il est singulièrement modifié par la constitution physique du pays : d'une température élevée dans les plaines basses et sablonneuses du midi, tempérée sur les hauts plateaux du centre et dans les montagnes du nord.
En général il faut se pénétrer de cette vérité que, en Algérie, plus on monte, et plus l'air devient pur et léger. L'influence de l'altitude est
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telle que, dans cette Alg<!*rie, au nom de laquelle ou rattache toujours, très à tort| l'idée d'une chaleur torride, nos soldats ont eu assez souvent à lutter contre des rafales de neige et contre un froid assez intense pour geler les pieds à bon nombre d'entre eux, ainsi qu'il arriva lors de la première expédition de Constantine en 1836, ou lors de l'expédition de Bou-Taleb en décembre 1845.
Souvent en hiver des vents glacés tombent de la montagne. Vingt villes que les Français croient torrides, Constantine, Batna, Sctif, Medeah, Géry ville, sont recouvertes d'un épais manteau de neige. Mainte cité qui touche au Sahara grelotte sous 8 et 12 degrés de froid, pendant que nos compatriotes de Flandre ou de Picardie ne se plaignent que de brouillards ou de glace légère. Môme dans la région découverte du Sahara, oii rien ne s'oppose à l'action des vents, le froid de l'hiver est assez rigoureux pour que les indigènes soient obligés de revêtir assez souvent deux burnous , tandis qu'au même instant un seul à Alger suffirait. II est vrai que la chaleur de l'été y atteint une intensité, dont nous pouvons difficilement nous faire une idée. Le Sahara est une véritable fournaise, ua des poêles de l'univers, comme disent les Espagnols. N'a-t-on pas vu 56 degrés i\ l'ombre dans l'oasis de Tuggurt! Dans le Tell la chaleur est rarement aussi forte, mais elle atteint parfois jusqu'à 45 degrés, au fond des vallées profondes et des lieux encaissés. Sur les côtes la chaleur est mitigée par les brises de terre et de mer, et il est fort rare de voir le thermomètre descendre jusqu'au point de congélation.
Il n*y a que deux saisons en Algérie, celle des pluies, celle de la cha« leur. Les pluies tombent pendant environ cinq à six mois, de novembre à avril ; ce sont de fortes ondées, qui durent plusieurs jours, et sont toujours suivies de fort belles journées, pendant lesquelles tout invite à la promenade. Elles suffisent surabondamment pour redonner au pays entier la vie qu'il semblait avoir perdue pendant la chaleur. En somme le climat de l'Algérie rappelle celui de l'Italie, de l'Espagne et de la France méridionale. Pendant que l'hiver étend sur l'Europe centrale son manteau de neige et de glace, on jouit en Algérie d'une température toute printanière surtout le long des côtes.
OÉOORAnilE l'UYSlQDE.
Lorsque Paris grelotte boub 8 ou 9 degrés de froid, ou bc réchauffe i Alger avec 15 on 20 degrfîs de chaleur. La température moyenne
llf. I». - Xo-stit
EuïEitMu ik BUknu
d'Alger est de Sif,ôù, c'est^Mire qu'elle dépàs^ tie l^i fx\\e de Malte, de 1%66 celle de Mitlaga, de û%û-2 celle de Sladère, de 6",00 celle de Rome, de 5'',55 celle de Nice, de 'î%2û celle de Pau. Si ce fait «tait géoéraletueiit plus coiidu, on verrait arriver chaque hiver à Alger
une bonne partie des valétudinaires, qui se dirigent alors sur ces diflférents points. Dès 1837| le docteur Costallot signalait Tlnfluence du climat d'Alger pour la guérison de la phtisie. Jusqu'à présent les Anglais seuls ont choisi cette ville comme une de leurs stations hivernaleS| mais un caprice de la mode pourrait d'un jour à l'autre conduire dans notre capitale africaine les malades ou les oisifs, qui vont maintenant demander la santé ou le repos à des deux moins cléments.
Nous ne pouvons entrer dans le détail ni des règles d'hygiène à observer d'après les diverses localités, ni des influences morbides A éviter. Nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui désireraient à cet égard des renseignements spéciaux aux indications bibliographiques que nous avons données aussi complètes que possible.
Le phénomène le plus remarquable du climat algérien est le terrible vent du désert, que les Arabes ont nommé avec tant de vérité êinioun^ l'empoisonneur. Pour les Italiens c'est le siroco^ pour les Elspagnols le solàno. Le simoun est une des plaies de l'Afrique. Aussitôt qu'il s'élève, le ciel devient gris, quelquefois rougcâtre, l'horizon s'obscurcit et l'air se charge d'une poussière fine et épaisse. C'est un souille brûlant, semblable à celui que vomirait le four d'un boulanger, et qui vous étourdit, vous plonge dans un état de vague et d'inquiétude indicible, et vous épuise après une véritable lutte contre une aspiration pénible et douloureuse. Par bonheur les effets du simoun ne se font sentir d'ordinaire que quelques heures. Il est rare qu'il ait une durée de quelques jours, et alors c'est avec intermittences.
En résumé, malgré les chaleurs parfois torrides et malgré le simoun, le climat de l'Algérie est excellent, et très facilement supportable par les Européens, surtout par les Espagnols, les Italiens et les Français du Midi; ce qui est d'un excellent augure pour le prochain essor de notre colonisation. En effet, à partir de l'année 185C, qui parait avoir été notre année ce climatérique d en Algérie, les naissances l'ont emporté sur les morts : l'acclimatation s'est faite : la France nouvelle a été fondée.
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GÉOGRAPHIl^ KCONOAflQUK.