‹ L'AlgérieChapitre 24 sur 52 · De la Maison Carr/c au col dos Ik-ni-AlcIia (1.1 kil · texte numérisé non relu

De la Maison Carr/c au col dos Ik-ni-AlcIia (1.1 kil

4- De Sidi-Lcl-AlW-s l'i Ras el-Ma (!ll kil.). 6' De Tlcmcen h Racligoun (7n kil.).

6' D'El-Affroun à Marengo et Clierchell (48 kil.).

7* DeBirtouta à Rovigo (10 kil.).

8** D'Alger à Constantine par Auniale ou par le col des Bcnî-Aïcha.

D'autres lignes enfin sont à l'état de prévision. 1" de Ténès ii Orléansville (C5 kil.). 2" De Mostaganem j\ Tiaret (175 kil). 3' De TIemcen à Sebdou (50 kii.). 4" De Sidi-bel-Abbès à TIemcen et à ilagbrnia (150 kil.). 5" De l'Algérie au Soudan. Cette dernière ligne, connue sous le nom de Transsaliarien, est une œuvre gigantesque, qui, si elle est exécutée, modifiera non seulement les conditions économiques de l'Algérie, mais celles du commerce général de l'humanité. Il est donc indispensable d'entrer à ce sujet dans quelques détails.

Le Transsali arien. — Par ce temps de concurrence universelle non seulement pour le commerce et l'industrie, mais aussi pour les conditions de la vie matérielle qui restera comme la note dominante du dixneuvième siècle, le devoir d'un gouvernement sage et prudent doit être non plus exclusivement de recommander et d'encourager l'épargne, mais surtout d'ouvrir de nouveaux débouchés aux capitaux. Ce que l'Angleterre poursuit avec succès zx\ji Indes et en Australie, la Russie dans l'Asie centrale, les Ltats-Unis dans tout le continent américain; ce que l'Allemagne commence à chercher dans les mers de l'extrcine Orient; ce que la Hollande a si bien rencontré dans ses possessions océaniennes; il faut que la France le fasse à leur exemple. Elle doit trouver de nouveaux débouchés pour ses produits industriels, et un vaste foyer de production agricole. Notre bonne fortune veut que, voisins du Soudan par le Sénégal et séparés de cette contrée seulement par le Sahara, nous puissions en quelque sorte en prendre possession et y fonder nos Indes africaines.

On nomme Soudan l'immense contrée que traverse le Niger et que baigne le lac Tchad. Ce vaste pays, coupé en deux par le méridien de Paris, aussi étendu et aussi fertile que l'Hindoustan, est habité par des races noires particulièrement aptes au dur labeur de l'agriculture dans les pays chauds. On évalue leur nombre, d'après les calculs les plus modérés, à 35 ou 40 millions d'habitants. Le Soudan présente des ressources en tout genre : c'est un splendide marché à exploiter.

de vërîtaWes Indes africaines. Pourtant jusqu'à rheure actuelle, il est resté fermé, et pour ainsi dire impénétrable, car îl est isolé de toutes parts, au nord par la terrible barrière du Sahara, à Test et à l'ouest par des pays fort éloignés de la mer et qui par conséquent n'entrent qu'avec peine en relations avec l'Europe, au sud enfin i>ar des cotes malsaines, bordé'es de marais pestilentiel» et peuplées par des tribus inhospitalières. La nature a donc partout fermé ce vaste et riche pays; mais, à défaut des voies naturelles, on peut en créer d'artificielles. La question change alors de face, et la France est ap[)elée à jouer un rôle prépondérant dans la solution de ce problème économique.

De quoi s'agit-il en effet? De frayer une route pour atteindre le Niger près de Tombouctou d'un côté, et de l'autre pour aborder les rives du lac Tchad,'au cœur mcme des royaumes Soudauiens. Trois têtes de lignes semblent indiquées, la Tripolitaine, l'Algérie, le Sénégal. La ligne de Tripoli ne nous appartient pas : nous n'avons donc pas à nous en préoccuper, et îl n'est guère probable que, malgré leurs convoitises et leurs jalousies, les Allemands ou les Italiens aient jamais les moyens de l'exécuter; mais l'Algérie et le Sénégal sont à notre disposition. Nous pensons, pour notre part, qu'on arrivera par le Sénégal au Soudiui avec plus de rapidité et de sécurité, mais la marche sur le Soudan par l'Algérie a rencontré de nombreux partisans et donné lieu à d'intéressantes explorations. Il est donc nécessaire de discuter ces théories et d'exposer ces voyages.

Remarquons tout d'abord que le trafic du Soudan, fort important puisque les intérêts de plusieurs di/aines de millions d'habitants sont en jeu, se dirigeait autrefois, très volontiers, vers les nombreuses oasis, qui sont comme les postes avancés de l'Algérie sur le Sahara. Tuggurt^ El-Goleah, Ouargla, Laghouat étaient fréquentées par de nombreuses caravanes; mais, après la conquête de 1830, nos voisins du Maroc et de la Tripolitaine profitèrent du désarroi qui régnait dans notre jeune colonie pour détourner î\ leur profit ce riche commerce. Les caravanes du lac Tchad se dirigèrent sur Tripoli, et celles de Tombouctou prirent le chemin du Maroc. Il parait que c'est à cause de la suppression de l'esclavage <|ue le courant d'affaires s'est ainsi détourné. Les cara-

ALaitau.

Tanes du Soudan qui traversaient le Sahara étaient composées d'esclaves qu'on vendait à Alfjer, en même temps que les marchandises qu'ils avaient apportées. Or, nous avons, avec raison d'ailleurs, supprimé l'esclavage en Algérie. Aussitôt le mouvement commercial abandonna les marchés algériens. Aujourd'hui les habitudes sont prises, et on ne peut se dissimuler que détourner de nouveau le courant vers Alger ou Tunis ne soit tenter une œuvre bien difficile : il faudra en effet lutter contre le fanatisme musulman surexcité par des influences étrangères, et de plus entrer en campagne contre les Touaregs, ces bandits du désert, qui cachent volontiers sous le croissant leurs pillages et leurs assassinats. Est-ce h dire qu'on s'attaciuc à l'impossible, et ne vaudrait-il pas mieux rester tranquilles en Algérie, et y concentrer nos efforts? Certes non! n'hésitons pas à le dire et à proclamer la néces- BÎté d'entrer en relations avec le Soudan.

Le grand obstacle est la traversée du Sahara. Cette barrière qui sépare les Etats barbaresques des fertiles régions de l'intérieur peutelle être franchie ou restera-t-elle le pays de la soif et de la famine? Les peuples qui en habitent les oasis sont^ils susceptibles d'amélioration ou en décadence? Enfin l'homme peut-il arracher au néant cette portion du globe ou l'abandonnera-t-il aux forces destructives de la nature? Ces graves questions intéressent également savants, hommes d'État et négociants. Elles ont donné et donneront encore lieu à de grandes controverses. On peut les résumer ainsi : Oui, on peut franchir le Sahara. — Oui, on peut augmenter le nombre des oasis qui le parsèment. — Oui, la France peut et doit en prendre possession.

Il n'y a pas longtemps encore, on s'imaginait que le Sahara n'était qu'un océan de sables, presque inhabité, privé de toute végétation, et manquant absolument d'eau. En réalité le désert présente une variété d'aspects que nul ne soupçonnait. Sans parler des nombreuses oasis qu'on y rencontre, le Sahara renferme, dans sa partie centrale, plusieurs montagnes de hauteurs inégales, le Ahaggar, et les massifs qui le traversent du Fezzan au Soudan. De plus une végétation spéciale, composée surtout de graminées et d'arbustes épineux, croit sur de vastes espaces, à toutes les latitudes. Le dattier se rencontre dans les oasis ;

UÉOGRAl'iriR Kt-ON'IIMKJUE.

l'acacia gommier y forme <te vÉritables forêts, et ces deux arbres pourront, grâce k un travail îiilclligciit, se multiplier indéfiniment. Pour arriverà ce résultat, que faut-il? De l'eau, et rien que de l'eau. Or l'eau ne manque pas au Siiliara. Les puits écKelonnés à plus ou moins d'intervalles sur toutes les routes de commerce le prouvent Bnffîsainmcnt

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Jmlis CCS puits étaient pins nombreux que de nos jours : s'ils ont disparu, cela tient i\ l'incurie de» Saliarions, et aussi à leur haliitndc invétérée de tes combK-r pour se ganiiitir des invasions; mais il est facile de les creuser de nouveau, et t'exiittoiice de ceux qui ont ét£ cod- 8crv4'-8 prouve la présence d'une ean aliondanlc qui coule sous les sables à des profondeurs variabks. Ces eaux, qui descendent des petites méridionales de l'Atlas, s'iuHUrent dans le sable jusqu'à ce qu'elles reiicon-

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trent une couche argileuse au-dessus de laquelle elles se maintiennent. D'autres eaux descendent de l'Atlas marocain, du Ahaggar et des autres massifs du Sahara : elles disparaissent de la même façon dans le vaste réservoir saharien, mais îl est facile, par quelques coups de sonde, de les faire revenir à la surface. Donc, puisque Teau existe dans le Sahara à l'état latent, îl est plus qu'évident que, dans cette grande lutte qu'entreprendrait la France pour la conquête du désert, nous serions aidés par la nature, et que le Sahara n'est pas un obstacle infranchissable dans notre marche sur le Soudan.

Le vrai danger viendrait plutôt des habitants. Le Sahara est en effet parcouru par des tribus fières de leur indépendance, et très attachées au mahométisiue, qui nous détestent à double titre, comme conquérants de l'Algérie, et comme chrétiens. Qu'ils appartiennent h la race indigène ou qu'ils soient d'origine arabe, les Sahariens nous ont jusqu'A présent opposé et nous opposeront encore bien des difficultés. Ce sont eux et eux seuls qui ont fait échouer toutes les explorations tentées par la France.

Dès les premiers jours de la conquête, on s'est en effet préoccupé des voies et moyen pour arriver au Soudan. Kn 1834 le comte de Noailles écrivait au maréchal Soult, alors ministre de la guerre, pour lui proposer la conquête de Tombouctou. Dix ans plus tard ]\[. Carette, dans son Étude sur le commerce de VÀhjérie^ avec V Afrique centrale et les États barbaresques^ prouvait, par l'histoire, la possibilité d'établir une communication avec le Soudan. En 1849 ]\[. Bodichon projetait une exploration politique, commerciale et scientifique d'Alger à Tombouctou par le Sahara. Les projets n'ont pas manqué depuis celui delM. Madinier en 1856 jusqu'à ceux de ]\IM. Snider Pellegrinî (1857), Cherbonneau (1860;, Soleîllet (187C), etc. Ce sont plutôt les explorateurs qui ont fait défaut. Il s'en est pourtant présenté, et ce n'est que justice de présenter im rapide résumé de leurs entreprises.

En 1850 Renaud visitait le Touat ; en 1858 Bonnemain allait jusqu'à Ghadamès, et Bou-Derba, interprète du bureau arabe de Laghouat, envoyé vers* les Touaregs du Ghslt, réussissait à prendre comme une vue d'ensemble du pays entre Ouargla et le Ghut. En 1859 ]M. Henri

GÉOGRAPHIE KroNOMiQUE. j>17

Duveyrier partait avec rintention d'explorer tout le Sahara^ et d'en fixer les points principaux par des observations astronomiques; mais, après une tentative infructueuse dans la direction du Touat, il était obligé de concentrer ses reclierclies sur les parties du Saliara algérien qui s'étendent au sud des provinces d'Alger et de Constantine. En 18C0 il partait de Itiskra pour renouveler auprès des Toualrcgs les ouvertures déj<\ tentées, se rendait à (ihadaniès, malgré le mauvais vouloir de quelques chefs, et revenait en France riche de renseignements précis et de données nouvelles. II les a depuis consignés d^ins un ouvrage fort intéressant, Y Kxjjloration du Sahara et les Touàrv(j$ du Nord. En 18C2 le chef d'escadron ]ilircher et le capitaine d'étatmajor de Polignac furent chargés d'aller conclure à Gliadamèâ une convention commerciale avec les maîtres des routes du désert, lesTousV regs Azkar ou Azguer. La mission réussit. Le traité fut conclu. Xos explorateurs rapportèrent en outre des renseignements très complets sur le commerce du Soudan, sur l'état social de la contrée, des études sur les terrains et les eaux et de nombreuses observations médicales. Mais les Sahariens continuèrent à ne pas se rendre en Algérie, et le Saliara resta toujours une barrière s\ peu près insurmontable entre notre colonie et les riches pays que baignent le Niger et le lac '1 cliad. Aussi le général Faidherbe écrivait-il en 18G.*i qu'un aiïreux désert de 500 lieues séparerait toujours le Soudan du Tell, et M. John Manuel, dans un article du liulldin de la Société de (jéoyrajdae de /*cim, s'appuyait sur cette prétendue impossibilité de franchir le Sahara pour prouver qu'il fallait renoncer à ramener le commerce du Soudan vers ^Algérie. <i Ij'absolue stérilité de ce plateau sablonneux, à {leine interrompue par quelques sources artésiennes, forme une barrière immense et que l'on devrait supposer infranchissable entre le Soudan et la Ménliterranée. Les hasards de la navigation sont des jeux comparativement aux dangers qu'affronte dans ces efllft-iyanles solitudes le voyageur assez téméraire pour exposer sa vie aux hasards d'une semblable traversée, v

Malgré cette double autorité, nous croyons que le Sahara peut ctrc et doit être franchi. Il le fut dans l'antiquité, puisque Carthage recevait

L'ALaÉRIE,

les prodilita du Soiutitn. Il le Fut an moyen âge, comitic le prouve l'aotique prospérité de Tlcnicen, d'Oimrgla, et d'KUGolcali. II le sera encore, un jour ou l'autre, par la France. Aussi bien depuis quelques années nos explorateurs se sont remis à l'œuvre. Sans doute ils n'ont pas encore réussi, mais ils frnyent la voie et d'autres achèveront ce qui a été si bien commencé. Depuis 1870 cinq d'entre eux se sont parti-

culièrement distingués : MM. Soleillct, Douraaux-Dupéré, Largcau, Say et Flatters. Nous résumerons ici leurs voyages.

Paul Soleillct était et est encore un chaud patriote dévoué aux intért-ts de notre colonie africaine, qu'il avait déjïl explorée à quatre reprises en 1865, 1800, 1807 et 1872. Dans ce dernier voyage, il visita successivement les oasis du Sahara algérien, 1c Ksour du Djebel- Amour, la ville sainte d'Atii-ïtadi, le Mzah et le pays des Ciiambiks. Dans ce voyage il s'assura du concours des indigènes et acquit la conviction

qu'un simple particulier n'appartenaut ni au gouvernement ni à Tarmée pouvait, tout en conservant sa qualité de Françaiset dcchrétieni voyager dans le Sahara, central, pourvu qu'il acceptât les mœurs et coutumes des indigènes, et se présentât à eux sans escorte. De retour sk Alger il he préoccupa des moyens non seulement de rattacher le Soudan à notre influence, mais encore d'y faire pénétrer nos marchandises. Il proposa donc i\la chambre de commerce d'Alger de reconnaître la route d'Alger à l'oasis d'Insalah, par Laghouat et Kl Golealu II espérait d'Insalah arriver à Tombouctou et de là gagner le Sénégal soit par Segou soit par Oualata: mais il en est du centre de l'Afrique comme du pôle nord. Il faut le conquérir étapes par étapes, et personne n'a encore réalisé ce beau programme. Certes ce n'étaient ni l'ardeur, ni la santé, ni même les encouragements officiels qui manquaient à Soleillet, car la chambre de commerce d'Alger s'était directement intéressée à son projet, et le ministère de Tinstruction publique lui avait confie une mission météorologique dans le Sahara; ce furent les circonstances, ce fut surtout l'hostilité des chefs de tribus qui firent échouer cette première expédition.

D'abord tout se passa bien. Soleillet se rendit A Laghouat et de U à £l-Goleah, notre dernière possession, ou du moins notre possession la plus méridionale : mais il était plus difficile de parvenir à Insalah. Cette ville, la plus importante de l'oasis du Touat, est appelée à jouer un grand rôle dans un avenir plusou moins rapproché. Elle se trouve A peu près à égale distance d'Alger au nord, de Tombouctou au sud, de Mogador à l'ouest et de Tripoli i\ l'est. C'est le point central où se rencontrent presque toutes les routes qui unissent les Etats Barbaresc^ues au Soudan de l'ouest. Aussi cette oasis est-elle comme le carrefour de l'Afrique occidentale. Cette situation exceptionnelle lui a donné une grande importance commerciale. Insalah est en eiTet le marché où transitent d'un côté les marchandises européennes <Iestinées à l'approvisionnement du Soudan, et de l'autre les produits soudaniens qui sont ensuite amenés dans l'Afrique du Nord. Les habitants de l'oasis ont longtemps maintenu leur indépen<lance, et la famille qui exerce le pouvoir dans Toasis, celle de l'IIadji Abd-cl-Kader, paraît disposée à le défendre uicme

parles armes. En 1857 cepeii<lant, pur suite «le Timpression profonde causée p.ar les victoires françaises, Téniir envoya des mand.itaires h Alger, chargés d'offrir un tribut et de reconnaître la suprématie française, mais à condition de conserver son autonomie locale. C'étaient des propositions inespérées, et nous aurions dCi nous empresser de les accepter, car notre domination, ou plutôt notre influence, était de la sorte, du jour au lendemain, et en vertu d'un simple traité, reportée en plein Sahara, à mi-chemin de Tombouctou. On se contenta de combler de prévenances et de cadeaux les envoyés d'Insalah; mais ils furent obligés de quitter Alger sans avoir signé de traité. Dos ce moment tout le monde dans l'oasis resta persuadé que nous songions i\ conquérir le Sahara, et, pour se prémunir contre cette éventualité, les Insalliiens, qui reconnaissaient déjsi la suprématie religieuse de l'empereur du Maroc, songèrent à se mettre sous sa proteution. Tout justement à cette époque, vers 1861, le commandant Colonieu et le lieutenant Burin, revêtus l'un et l'autre de leur uniforme, firent dans le désert une expédition, d'ailleurs pacifique, mais qui parut aux habitants de l'oasis n'être qu'une reconnaissance militaire. Aussitôt Jls s'adressèrent au sultan du Maroc, et sollicitèrent son aide contre une occupation française. Cette aide leur fut immédiatement promise, et c'est ainsi que cette importante cité, qui serait volontiers devenue notre tributaire, est aujourd'hui, par notre faute, sujette d'un prince avec lequel il nous faudra, pour la conquérir, entrer un jour ou l'autre en campagne.

SoIeHlet réussit à s'approcher d'Insalah. Avant lui cette oasis n'avait été visitée que par deux Européens, en 1825 par le major anglais Gordonling qui venait de Ghadamès et se rendait à Tombouctou, en 18G 1 par le docteur allemand Kholfs, qui, de Tafilalet, se dirigeait sur Tombouctou, mais ni l'un ni l'autre n'avaient reconnu la route d'Alger }\ Insalah, et c'était une voie absolument nouvelle que frayait ainsi Soleillet. Le voyage ne fut marqué par aucun incident. Le C mars 1873 il arrivait dans la banlieue de la ville, au ksar Milianah, et prévenait l'émir de son entrée pour le lendemain ; mais, comme s'il se doutait de sa déconvenue prochaine, il couvrait fiévreusement de notes son carnet de voyage, et interrogeait les indigènes assez hardis pour ne pas redouter

GâlHiBAI'IlIË liCON'OMIQlII':.

son cotitact. Ces précautions irétaicnt que trop légitimes. L'émir AbileUKailcr lui fit rcîpondre dans 1» soircc que l'eiitriîe d'Iiisalah Itii flait interdite. Kn Dirmc temps des émissaires pénétraient dans son campement, et insinuaient à ses liomincs r^u'il n'était que prudent de reprendre au plus vite le clieniîn d'Aljjer. Koleillet, hrusquernent arrC-U! dans Boi) voyage et déçu dans ses cspéranecs, revint à la clinr^. J/a

Insalhiens prirent aussitôt les armes et leur attitude devint iiieiiaçatitv. S'il eût été accompagné par quelques Français, Soleillet au mit peut-être tenté l'aventure et poussé jusqu'à la cité mystérieuse : ce n'était pas l'envie qui lui en manquait, mais les lioiiinies de son escorte, saisis d'une véritaSle terreur panique, montèrent précipitamment sur leurs chameaux, et Suleillet, resté seul, dut se résigner h partir à son tour, ut, comme il l'a écrit <lans i'intrrcssante relation de son voyage, k s'éloigner de cette terre promise, qu'il n'avait fait qu'entrevoir.

Ce voyage ne fut cependant pas stérile. SoleîUet en rapporta une foi profonde dans la possibilité d'étaMir un chemin de fer à travers lu Sahara, au moins dans la partie qu'il avait visitée, et cette conviction il a réussi \ la communiquer à plusieurs hommes sérieux, dont nous exa-

minerons bientôt les séduisantes théories.

Un second explorateur, Dournaux-Dupéré, fut moins heureux encore que Soleillet, car il paya de la vie son audacieuse initiative. Doumaux- Dupéré s'était épris, depuis plusieurs années, de l'idée de tracer une voie commerciale traversant le Sahara et mettant en communication nos deux colonies de l'Algérie et du Sénégal. Après avoir mûrement étudié cette intéressante question, qu'il exposa dans divers mémoires insérés au 7îi/W^/m (le la Société th fji'ographic ârParis^ il s'était arrêté A un tracé contournant les oasis du Touât, passant par Tombouctou, puis gagnant le Sénégal par Ségou. Doumaux-Dupéré parvint à faire partager ses convictions à la chambre de commerce d'Alger, qui mit à sa disposition la somme nécessaire pour l'exploration de la nouvelle route. Il partit en février 1873 avec un négociant français établi à Tuggurt, M. Joubert, mais il eut la mcilencontreuse idée de choisir pour guide un certain Ahmed-ben-Zerba, qui sans doute avait servi de guide h, M. 'Henri Duveyrier en 1861, et jouissait d'une certaine réputation dans le Sahara Algérien, mais qui s'était compromis par des complaisances secrètes, et excitait également la défiance des autorités françaises et des indigènes. Or, un voyage dans le Sahara est un événement non seulement pour ceux qui l'exécutent, mais aussi pour les populations au milieu desquelles ils doivent passer : l'arrivée d' Ahmedben-Zerba était donc signalée dans ces contrées, où il avait des ennemis, dont la'malveillance s'était déji\ signalée par une tentative de meurtre. Sans doute des années s'étaient écoulées depuis, mais, dans Inexistence monotone du désert, les haines restent vivaces. Son retour, avec la mission de conduire des Français, semblait impliquer qu'il était rentré en faveur. Dès lors ses ennemis, qui avaient à redouter sa vengeance, durent se croire menacés, et jurèrent sa perte et celle de ses compagnons.

Dournaux-Dupéré et Joubert furent avertis. Ils ne tinrent aucun

GEOGRAPHIE ÊCuNOMIgUE. W

compte des avis prudents qui leur parvinrent, et résolurent de continuer leur route. Le 12 avril ils quittaient Gliadaniès, où ils étaient arrivés sans enconibre,et partaient i\ la reclierche de Téniir Iklienoukhen, chef de la tribu des Azkar ou Azguer, la plus puissante des Toiuircgs.Si l'on savait dans quelle direction trouver Ikhenoukheni on ignorait le point précis de son campement. La petite caravane , mal renseignée, et lasse de le ckerclier sans succès, revenait sur ses pas et était déjà parvenue sur le territoire des Cbambuas, tribu algérienne du Souf, quand elle fut abordée par six indigènes, feignant d'être égarés, exténués de soif et de fatigue, qui lui demandèrent des secours. On les reçut sans défiance. Tout à coup ils se jetèrent à Timproviste sur leurs bienfaiteurs et les égorgèrent (17 avril 1874). Ces assassins étaient-ils des ennemis personnels du guide Alimed-ben-Zerba, et étaient-ils aux ordres de quelque écumeur indigène, investi d'une sorte de puissance locale? Ou bien le fanatisme musulman, toujours si vivace, les animait-il? Tout est resté mystérieux dans cette déplorable afiaire. Sans doute le gouvernement s'est livré à une enquête officielle : on croit avoir retrouvé les assassins. Un des poignards ayant servi à*consommer cet odieux attentat figurait même à l'exposition du congrès géograpliiqae de Paris, en 1875. Enfin les Cbambaas ont été punis, mais le crime n'en avait pas moins été exécuté. Une fois de plus le Sahara se défendait contre les envaliisseurs europé'cns.

Un troisième explorateur allait encore écliouer dans sa tentative. A cause de son énergie et des services qu'il a déjà rendus à la science et aux intérêts du commerce algérien, il mérite uiie mention spéciale. Il se nomme M. Largeau, et a déjà illustré son nom par plusieurs voyages remarquables et féconds en résultats sérieux.

Le premier de ces voyages fut entrepris en 1874 avec le produit de souscriptions recueillies i\ Genève, Lyon, Paris, Marseille et Alger. M. Largeau n'avait à sa disposition que des ressources peu importantes , mais il eut la boime fortune de rencontrer à Tuggurt, à la porte du désert, un homme qui a droit à la reconnaissance de la France et de la géographie, Tagah Moliammed-ben-Driss, dont l'énergique appui contribua au succès de l'entreprise. C'est l'aguli de Tug-

624 L*ALGÉKIE.

gurt qui procura de bons guides à notre compatriote, et lui fournit, ce qui valait mieux encore , d'excellentes recommandations pour les chefs du Sàliara, avec^ lesquels il entretenait de pr^îcieuses relations d'amitié.

Accompagné seulement de trois indigènes, I.argeau remonta d'abord le lit desséche de la rivière Igharghar, Tancien Ghir de Ptolemée, qui jadis alimentait, probablement, le golfe Triton. Son projet était de se diriger tout droit vers Insalah ; mais on lui fît comprendre qu'il risquerait inutilement sa vie, et il eut la sagesse de se détourner vers le sud-est, dans la direction de Ghadamès, une oasis tripolitaine , qui, depuis quelques années, est devenue fort importante à cause des caravanes qui y aflluent. Il fut assez heureux pour y rencontrer un gouverneur turc, récemment nommé, homme droit et éclairé, qui l'accueillit à merveille, le mit en relations avec les principaux négociants du pays, et lui donna tous les renseignements désirables sur le commerce du Soudan et les principales voies suivies par les caravanes. M. Largeau, qui ne perdait pas de vue que le but principal de son voyage était d'établir des xelations commerciales entre rAlgérie et les principaux centres commerciaux du Soudan, profîta de ces bonnes dispositions pour signer avec les négociants de Ghadamès un véritable traité de commerce, dont la conséquence devait être d'ouvrir à nos colons d'Algérie la principale route du Soudan^ . Aussitôt rentré en France, l'infatigable explorateur se mit à l'œuvre pour organiser une seconde expédition. Ainsi qu'il y était autorisé par son traité de commerce, il désirait amener avec lui des savants et des négociants ; mais il ne réussit à entraîner qu'un oflicier de marine, Louis Say, un journaliste, Lemay, et un négociant, muni d'une pacotille, Faucheux. La petite caravane se mit en marche le 9 novembre 1875. Elle arriva bientôt A Tuggurt, ou elle fut admirablement reçue par l'agah Mohammed. Le 4 dé'cembre Largeau quittait l'oasis avec ses compagnons, emportant des lettres et des cadeaux de l'agah pour les principaux personnages de Ghadamès. La route se fît assez gaiement à travers le Souf. Nos voyageurs trouvaient, il est vrai, leurs repas bien épicéa, mais ils pouvaient rire & leur aise de la naïve ignorance de

GÉOURAIMIIE KCUNUMIijrK.

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