‹ L'AlgérieChapitre 27 sur 52 · LES COLONS · texte numérisé non relu

LES COLONS

La coloDif>ation algvritnnc. -r Lcx enncmiii de la col«»Di«atioii. — Thiork-ifiiii et iitoiii.^tce. — Ili-toirc

de U ooIoaUiitioQ algC*rU:DQc. •— Dcmogra|>liic de rAlgOric.

Une des premières questions algériennes qui s'imposa s\ Tattention des liommes d'Etat, des capitalistes, çt des Franrais désireux do se créer en Afrique comme une nouvelle patrie, fut celle de la colonisation. Ijc territoire à coloniser était énorme. Sans parler des terres abandonnées ou i\ conquérir, dont on ne connaissait même pas l'étendue, il y avait dans le voisinage immédiat des villes et aux portes même d'Alger de vastes espaces, qui n'attendaient pour être fécondés que des bras et de la bonne volonté. Certes, si le gouvernement, dès les premiers jours de l'occupation, avait pris l'initiative de la colonisation, s'il avait fait un appel aux émigrants de tout pays, il est probable que le courant qui versait alors aux P2tats-Unis, d'année en année, tant de milliers de nouveaux citoyens, se serait en partie détourné sur l'Algérie. Nous avions dans ce pays un Far- West à découvrir, une Californie à exploiter; nous avions i\ créer et i\ renouveler. Il fallait oser : on ne sut que tergiverser. II fallait agir : on se contenta d'énoncer des théories. En un mot on pouvait tout et on ne fit rien.

Les systèmes ne manquèrent pourtant pas. Il n'y en eut que trop! Les uns niaient résolument la possibilité de la colonisation. Ceux-ci

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voulaient faire table rase et exterminer les indi<;cncs, qu'on remplacerait au fur et A mesure par des Eump^îens ; ceux-lsi soutenaient, au contraire, qu'on ne pouvait utiliser «pie les Arabes. I)*autres aflinnaient que les nègres ou les Chinois, ou bien encore que les jeunes drtcntis et les militaires <^'taient seuls capables de tirer parti des ressources du soi D'autres enfin voulaient qu'on recourut purement et simplement à ' l'immigration europcJ^^enne. Nous passerons en revue ces divers systèmes. Les uns et les autres ont été essayés, et, tour 2^ tour, ont prédominé. Nous verrons ce qu'ils ont produit, et à «piels minces résultats ont abouti ces efibrts contradictoires.

Tout d'abord les ennemis de la colonisation. Ils furent nombreux et acharnés. On sait quel est eti France l'empire des préjugée. Or, un des préjugés les plus répandus consiste :\ répéter naïvement, bien que cette assertion soit démentie par l'histoire et par les faits, que les Français ne savent pas coloniser, i.ii outre, certains économistes, exagérant la prudence, allirment que toute tentative de colonisation équivaut à une perte sèche, et que les Etats bien administrés ne colonisent jamais. Ils répètent volontiers, après Montesquieu, que <i refTct ordinaire des colonies est d'aiïaiblir le pays d'où on les tire sans peupler ceux où on les envoie. ï> •

Ces théories surannées ont toujc»urs rencontré des partisans dans notre pays. Sans doute le temps est passé où le député Desjobert, de légendaire mémoire, parodiant un exemple célèbre, déclar«-iit & chaque scrutin qu'il votait, en outre, pour qu'on abandonnât l'Afrique. Sans doute on n'oserait plus aujourd'hui, conlme le fit encore en 1K66 M. Lasnavères, publier une brochure intitulée : De r/uqKPSsffnlifê fir fonder fies colonies européennes en Ahjérîe; mais nous ne jurerions pas qu'il n'existe pas encore, \ Theure actuelle, des ennemis déchirés de la colonisation algérienne. Ne lisions-nous pas tout récemment (dé^cembre 1S81) qu'un ancien drputé, plus connu par la fréquence que par le succès de ses amendements, M. de Gasté, se disposait à faire une conférence publique sur X Illusion eoloninh! K ces détracteurs on ne peut opposer que des faits. La colonisation est imiK>ssible, disent-ils : n<in, puisque la colonisation existe.

Plus dangereux peut-être que ces partisans de Timpuîssance nationale sont les d<^*fenseurs du système qui consiste i\ exterminer les indigènes pour les remplacer par des Européens. C'est le système anglais. Partout où s'établissent les Anglais, que ce soit aux Antilles ou en Australie, dans l'Amérique du Nord ou en Nouvelle-Zélande, sous prétexte que les races indigènes sont réfractaires h la civilisation, ils les anéantissent. On ne saurait nier que les Arabes répugnent à nos institutions. Ils subissent, mais n'acceptent pas notre puissance. C'est à l'ascendant de la force qu'ils cèdent, ce n'est jamais à l'intluence morale. Donc puisque entre eux et nous il ne peut y avoir que juxtaposition et non union, puisqu'ils sont décidément rebelles à nos invitations, et repoussent nos prévenances, au nom de cette loi naturelle qui veut que toute race inférieure soit absorbée ou détruite par la race supérieure, débarrassons-nous pcryô.*? et rip/as de ces coopérateurs encombrants.

Ces arguments, d'un égoïsme féroce, n'ont été que rarement soutenus, et c'est l'honneur de la France, mais ils l'ont été. Pour notre compte, nous ne saurions trop protester contre ^cctte impitoyable méthode. Il se peut qu'on fonde ainsi de grands empires, mais nous ne croyons pas à cette prétendue nécessité d'exterminer un peuple pour établir en son lieu et place un autre peuple, et nous sommes heureux que notre histoire coloniale soit une histoire de déceptions et d'imprudences peut-être, mais aussi de généreux essais et jamais d'extermination.

Il est vrai que nous ne partageons pas non plus la manière de voir des partisans de la théorie opposée, de ceux qui veulent livrer l'Algérie aux Algériens, et s'imaginent naïvement qu'en la restituant à ses anciens possesseurs ils nous en garderont une éternelle reconnaissance et s'empresseront, par déférence, d'adopter nos usages et de se conformer à toutes nos instructions. Le défenseur le plus déterminé de cette d<ingereuse théorie fut l'utopiste couronné qui gouverna la France jusqu'en 1870. A la suite d'un voyage en Algérie oîi il avait été fort entouré et très adulé par les chefs aral)es. Napoléon III crut qu'il pourniit se servir de ces chefs comme autant d'instruments de civilisation européetme, et rcva la formation de ce qu'il

flEOGBArillB I-uLITKjDE.

appelait un royaume aral>u. Il ne connaissait seulement pas le» premiers élt'nicnts dti la question, car il confumlait encore les Arabes nomades et pasteurs avec les KaUyIus sédentaires et agrïcultcarB. S'il n'appliqua point aux vVrabes un passngi; de Salluste sur les Knmîdcs, comme le fit en 1816 l'auteur anonyme de la Sifaation Jeu ftahîissementit fran<inîs d Afrî>i»''^ au moins il adoptait les idées du recenseur olliciel de 18i»l qui, sans nommer seulement les Kabyles, divisait la populatiou indigène en Arabes des villes et Arabes des tribus.

Aussi écrivait-il au duc de MalaliolT : t L'Algérie n'est pas une colonie proprement dite, mais un royaume arabe. Les indigènes ont, comme les colons, un droit & ma protection, et je suis aussi bien l'empereur des Aralies que l'cnipcrcurdes Français. > Il continuait en se plaignant du petit nombre des Européens établis h. demeure, c En présence de ces résultats, ajoutait-il, on ne peut admettre qu'il y ait utilité à cantonner les imligènes, c'est-à-dire prendre une certaine portion de leurs terres pour accroître la part de la colonisation. Il faut convaincre les Arabes que nous ne sommes pas venus en Algérie pour les spolier, mais pour leur apporter les bienfaits di- la civilisation... La terre d'Afrique est assez vaste, les ressources A y développer sont assez nombreuses, pour que chacun puisse y trouver place et donner un libre essor i\ son activité, suivant sa nature, ses tixcurs et ses besoins. Aux i!^dig^nes l'élevage des clicvaux et du U'-tail, les cultures iiatu-

relies du sol; à Tactivîté et à rîntellîgence europ/kînne rexploîtatîon des forets et des mines, les dessèchements, les irrigations , I*introductîon des cultures perfectionnées, l'importation de ces industries qui[)r<!!cèdent et accompagnent toujours les progrès de l'agriculture. j> Suivait un décret aux termes duquel étaient déclarées propriétaires des territoires, dont elles avaient la jouissance permanente ou traditionnelle, à n'importe quel titre, les tribus ou fragments de trîl)us algériennes.

C'était un véritable acte de folie administrative ! L'essor de la colonisation en fut paralysé pour de longues années. Les nouveaux propriétaires du sol ne changèrent rien i\ leurs méthodes de culture et à leurs procédés surannés, c'est-à-dire que l'Algérie resta improductive, et tous ceux des Européens qui auraient été tentés d'apporter danslepaysleurscapitaux, leur travail et leur supériorité intellectuelle, restèrent chez eux, pour ne pas se heurter aux mille entraves d'une réglementation trop absolue pour ne pas être absurde. Sans doute on ne tarda pas à reconnaître les erreurs du programme impérial. On 8*aperçut, mais un peu tard, que les Crabes proprement dits n'étaient guère susceptibles d'amélioration, et on s'efforça, dans la mesure du possible, de revenir sur d'impruder^tes concessions. Le mal était accompli, et on en ressentira longtemps encore le contre-coup dans notre colonie. Au moins l'expérience a-t-elle été faite, et, comme elle a été décisive, il est probable qu'on ne songera plus k faire coloniser l'Algérie uniquement par les Arabes.

Aussi bien rien n'est plus dangereux, en matière de colonisation, qu'une solution exclusive. M. de Chancel avait jadis proposé l'introduction de colons nègres. Sans doute les nègres soudaniens ou sénégalais sont de bons travailleurs, et le climat de l'Algérie leur conviendrait ; mais il ne s'agit pas de faire de l'Algérie comme un Saint-Domingue africain, et les nègres ne peuvent être considérés qiie comme d'utiles, mais non pas d'uniques auxiliaires. Il en est de même pour les Chinois. Les coolies chinois ont très bien réussi à la Réunion, s\ Cuba, en Californie : ils réussiraient probablement encore en Algérie ; mais, sans parler de la difKculté d'assurer leur recrutement t\ une aussi énorme

GËOGRAl'IllK POLlTlgl'K. Kl

distance de la mère patrie, sans luCiiie eiitiiiner la question redoutable des précautions & prendre contre l'expansion exagérée de la race jaune, qu'est-il besoin de favoriser une race au détriment des autres? Il nous semble que (Jliinois ou Nègres trouveraient place en Algérie les uns et les autres et qu'on ne saurait y accueillir avec trop d'empressement les travailleurs, quelle que soit leur nationalité.

Quelques Français charitables, préoccupés du sort des jeunes détenub*, et voulant leur assurer une carrière au sortir de prison, ont pensé que l'Algérie était pour eux comme un exutoire tout indiqué. M. Fabhé Landmaim s'est fait l'apôtre de cette théorie. Avec un zèle tout évangéliquc il a multiplié les démarches et accumulé les brochures pour démontrer que l'Algérie ne pouvait que gagner à voir ainsi s'accroître sa population : mais les Algériens n'ont jamais voulu faire de leur pays comme le Botany-Bay de la France, et ils ont repoussé ces colons malgré eux avec la même énergie que les Anglais d'Australie ont repoussé les convicts que leur envoyait la métropole. D'ailleurs c'est dans un pays neuf, . dans une terre isolée, une île par exemple, et non pas dans une contrée

I aussi civilisée, et aussi rapprochée de l'Europe que TAlgérie, que

paraissent devoir être tentés de pareils essais de colonisation.

Le maréchal Bugeaud, avec la double autorité des services rendus et de l'expérience personnelle, avait préconisé un autre système de colonisation, qui n'avait d'autre tort que celui d'être exclusif. Fidèle à sa devise, ense et uratro^ il aurait voulu (pie les soldats, une fois les opérations de la campagne terminées, échangeassent le fusil contre la charrue, et devinssent cultivateurs. Il voulait en un mot établir des colonies ., - militaires, à l'imitation des Romains qui garnirent ainsi la région com-

prise entre le Rhin et le Danube (Champs Dé^cumates), ou des Autrichiens qui ont si longtemps conservé une organisation similaire dans leurs ConAns Militaires. En 1838 il publiait sa première brochure sur l'établissement de légions de colons militaires dans les possessions françaises du nord de l'Afrique. En 18 10, i\ Coleah, était fondée la première colonie militaire, composée de trois cents soldats, qui reçurent chacun quelques hectares et un emplacement à bâtir dans le centre. Dix ans plus tard, le maréchal défendait encore ses théories avecl'obsti-

nation qui lui avait valu tant du succÈti militaires. Il nous fiiu<Ira pourtant recouualtru que ce systl-uie, qui fut appliqui' dans dilTûrentes localittjH, ne donna pas de résultats satisfaisantïj. On avait iiupos<! aux soldats trop de conditions pour qu'ils devinssent propriétaires définitilii fie leurs concessions, et la plupart d'entre eux revinrent en France, abandonnant leurs propriétés éventuelles, lie ce que la tentative a éclioué une première fois, on ne saurait conclure qtie cette idée était

m. iT>. — xift.

mauviûsc. Un peu moins de réglementation, une part plus grande lussée à l'initiative persoDoelle, des encouragements & la famille, et les soldats colons de France réussiraient sans doute en Algérie.

Aussi bien le premier comme le dernier mot de la colonisation semble encore être celui de liberté. Il faut que le colon soit libre, qu'il se détermine librement à quitter la métropole, qu'il choisisse en toute liberté la terre qu'il fécoixlera de ses sueurs. A cette condition il s'établira sans arrière-pensée de retour et consacrera toute son énergie,

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toute sa vitalité, à augmenter ses ressources et, par conséquent, celles de sa patrie d'ad<»ption. Ce n'est malheureusement pas le système qu'on a toujours suivi. On s'en convaincra en étudiant Tliistoire résumée de la colonisation algérienne.

Au lendemain de la conquête d'Alger il se présenta des colons pour mettre en valeur les terres abandonnées. Les premi^res cultures furent entreprises dans la Metidja sous la protection et avec l'aide de nos soldats. Quelques grandes concessions furent accordées, notamment le beau domaine de la Regaïa, dont on Ht cadeau à un prince polonais réfugié, qui ne sut en tirer parti.

Peu à peu nos colons s'avancèrent vers l'Atlas, mais les mcursions des liadjoutes et autres pillards rendaient ces étahlisseuients précaires, et maintes fois nos pionniers furent obligés d'abandonner leurs fermes pour se réfugier à Alger. De plus, bien que le sol fût riche, il était à défricher, et on avait à lutter contre un terrible ennemi, la fièvre. Bien des villages, aujourd'hui florissants, ombragées, sains et paisibles, étaient de véritables laboratoires d'épidémies, et virent leur population se renouveler jusqu'à trois fois : par exemple lioufarick, qui avait gagné le triste surnom de cimetière des Européens, et qui . est de nos jours un des plus riches villages de la Metidja. P^iifîn, comme les premières concessions accordées à des civils avaient donné lieu à de déplorables spéculations, le gouvernement, sous prétexte d'empêcher le trafic des terres, imagina des conditions dites résolutoires, qui enlevaient aux colons toute liberté. Ils devaient en effet non seulement défricher leurs lots de terre, mais aussi les entourer d'un fossé ' ou d'une haie, planter un certain nombre d'arbres par hectare, et construire une maison d'exploitation en rapport avec le terrain concédé; le tout sous la surveillance d'inspecteurs, dits de colonisation, qui délivraient ou refusaient, après vérification, le titre de propriété définitive.

Attaqués par les indigènes, menacés par la fièvre, en butte aux tracasseries de l'administration, on se demande quelle somme d'énergie et de patience durent dépenser nos premiers colons algériens pour ne pas se laisser aller au découragement! Il n'y a vraiment pas d'exemple

AUliMJS. It

plus convaincant des capacités colonisatrices de la race française i\ citer aux détracteurs de notre aptitude coloniale.

En effet, malgré ces entraves, il y eut de sérieux progrès dans l'œuvre de la colonisation. Peu à peu les terrains se défriclièrent et quelques villages furent butis. Il est cert«iin qu'à ne mesurer les progrès accomplis en Algérie que par le chiffre de la population européenne qui s'y est implantée depuis le jour de la conquête, on ne peut se défendre d'un sentiment de tristesse. ^lais, comme récrivait, en 1870, M. K- député Lucet, chargé du rapport sur les dépenses de l'Algérie, a celui qui connaît Thistoire de ces vicissitudes, loin de se sentir découragé par ce résultat en apparence décevant, y voit, au contraire, une manifestation éclatante du génie colonisateur de la France. Sous ce rapport, il faut le dire, les étrangers sont plus équitables envers nous que nous ne le sommes nous-mêmes, car nul de ceux qui vieiment visiter notre possession africaine ne rentre dans son pays sans y apporter le témoignage de sa surprise et de son admiration pour les progrès de toute nature réalisés dans un temps relativement si court. T»

En 1848 de nombreux colons arrivèrent en Algérie. Les événements de juin imposèrent A l'Assemblée nationale la nécessité de donner du pain à un grand nombre d'ouvriers inoccupés. On songea à les envoyer en Algérie, Un décret du 19 septembre-3 octobre 1848 affecta & cette entreprise une somme de cinquante millions, et décida qu'on donnerait aux nouveaux débarqués une maison, un lot de deux & douze hectares par famille, des semences et des instruments de culture, et même des vivres et des secours en argent, jusqu'à ce que les terres fussent mises en valeur.

C'était trop et trop peu : trop, parce que les avantages faits aux colons leur donnèrent l'habitude de vivre sans rien faire, et que l'homme ne profite jamais que dé ce qu'il a lui-même gagné à la sueur de son front. C'était trop peu, parce que, du jour au lendemain, on ne pouvait changer en cultivateurs des ouvriers habitués au travail des grandes villes, et dont la plupart ne savaient manier que les instruments les plus délicats, et nullement la herse ou le hoyau. Aussi cette tentative

OEOGBAnilE l'OMTIUUE.

avorta piteusemtiit. Kii 1819 13,5(J<» i)ersotines eten 1860 plus du :2O,O00 avaient ûtù réparticB entre quaraiite-tleux Iocalit<!8 dans les trois provinces. Df.-» 1851 la plupart d'entre fux ou avmcnt succohiIm! ou avaient disparu. Itien de plus curieux et de plus instructif à cet ^-gard que le rapport adressé à l'Assenibltlre nationale par il. h. Rcybaiid, chargé d'examiner sur place 1» situation des colons. Ils avaient prouvé, une fois de plus, qu'il y a loi» de la tln'orie i\ l'application, et que les priu-

U'~in-*w.*rL- ^.3î^

- cipes sonores et retentissants qui leur valaient tant d'applaudissements aux clubs (le Paris étaient contredits par les faits dans les plaines du Saliel ou sur les pentes de l'Atlas.

La tentative de 1818 fut un écliec, mais non pas un d/rsastre. Tous les centres fomlé-s sont aujounl'liui dus viHaj^c^ qu uiC-mu ile.s petites villes dont quelques-unes florissantes. Ceux des colons qui n'avaient pas cédé au découragement de la pr(.'nii^-rc lietire sont devenus de grands propriétaires, car ils ont ajouté i leurs concessions les ctiamits de ceux qui avaient disparu. Sur bien des points le pays fut réelle-

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ment transfonii^*, et, à partir de 1850, chaque année un certain nombre de nouveaux colons vînt s'étaMir en Algérie, Quelques sociétés anonymes, par exemple la Société Genevoise, obtinrent de vastes concessions, et créèrent des centres de population. Des sociétés religieuses, celle des Trappistes de Staouëli par exemple, s'établirent avec le même succès. Il y eut donc progrès réel et continu.

Deux causes s'opposèrent à ce que la coloîiîsation prît tout son essor. Nous avons déji\ mentionné la première, la dangereuse constitution de la propriété arabe, déterminée par Napoléon III dans son engouement pour les indigènes. La seconde est plus grave, car elle persiste : les cultivateurs ont trop souvent perdu et perdent encore leur temps en fausses manœuvres. Les uns arrivent avec des idées préconçues, et veulent appliquer en Algérie des systèmes qui réussissent en Alsace ou en Bretagne ; les autres, persuadés qu'ils trouveront tout de suite la fortune, la demandent à des cultures exotiques, et par malheur l'administration qui souvent s'engoue, on ne sait trop pourquoi, de telle ou telle plante, de tel ou tel arbre, au lieu d'arrêter ces essais, les encourage. Perte matérielle, découragement, tels sont les uniques résultats de ces entreprises. Mieux vaudrait chercher les cultures qui conviennent aux localités, et elles sont aussi variables que Test la nature du sol, puis, une fois qu'on est fixé, se mettre courageusement à la besogne. L'Algérie n'est pas un Eldorado, mais c'est une terre fertile, et tout travailleur énergique et persévérant est assuré d'y trouver bientôt la légitime rémunération de ses efforts.

Après l'insurrection de 1871 un certain nombre de terres avaient été misés sous le séquestre. Une loi du 15 septembre 1S71 attribua cent mille hectares en Algérie aux émigrés d'Alsace-Lorralne. î^nviron deux mille deux rcnts familles, représentant î\ peu près «lîxniillrcîn'i (.'(.'nts|M isonnes, arrivèrent en Afrique. Patronnc's par <1ls cMnit'V ayant à !i :ir disposition d'importants capitaux, i)lacés par radmîiiistration dans de beaux villages, où ils trouvèrent des maisons bâties à l'avance pour les recevoir, ces nouveaux colons auraient du réussir: mais il semble que Texpériencede 184."^ ait étéinutile. En premier lieu la plupartd'entre eux n'étaient pas des cultivateurs, mais des ouvriers des villes peu habitués aux

GÉUORAPIIIK ruLITIgUE.

travaax des cliamps. Ku oiilru un leur avait ïiiiposô, pour leurs coDcessionSf des conditions onéreuses. Ils n'en devenaient euelTet propriétaires qu'après avoir exécut»*, neuf ans de suite, «le nomWcusus et minutieuses prescriptions de résidence et de nnse en valeur. Aussi qu*cst-il arrivé? La plupart d'entre eux ont disparu, ûbs i\H'ils n'ont plus rcf u de secours en vivres ou en argent. D'autres ont vendu leurs concessions dcpuisloiigtemps grevées. Ceux-li\ ont emprunté pour couvrir les premiers

luie ilécciitiirii cdiiiiiie clIIl' (11- Ir^Is, mais ïl cii eot résulté utn.- extension réelle du pérlnittre coli'iii>é et le nonilire des colons n'a cessé de s'accroître.

Depuis 1S71 en effet, cli-viiif atiiiéc, plusieurs milliers d'émigrants sont arrivas en Algt'-rie :ce ne^ont J'jis, en gi'néral,crexeellentes recrues,

S74 L*ALGÉRIÇ.

car ils n'ont pas réussi chez eux, et sont d'ordinaire fort pauvres : aussi la plupart d'entre eux, après avoir vu de près ce qu'est la rude vie du colon, n'aspirent qu'à retourner au village natal : mais les plus énergiques, les plus fortement trempés des émigrants restent toujours dans le pays, et constituent une précieuse réserve. En outre les premiers colons commencent à avoir des enfants et des petits-enfants, nés en Algérie, attachés \ l'Algérie comme à leur vraie patrie, et qui ne demandent qu'à profiter de l'expérience paternelle. C'est en eux que réside l'espoir de la colonisation, bien plutôt que sur les nouveaux arrivants. En effet ces Néo-Algériens, tout acclimatés, remplis de cette prodigieuse vitalité qui caractérise les races jeunes, ne demandent qu'à étendre le domaine colonial. A la troisième génération, le sol sera définitivement conquis, et l'Algérie ne sera plus que la prolongation du territoire national.

Sans attendre cette époque encore éloignée, peut-être ne serait-il pas impossible, dès aujourd'hui, d'organiser sérieusement l'émigration en Algérie. Quel est en effet le problème qui s'impose? Rechercher le meilleur mode de l'émigration. Trois méthodes sont en présence : la spontanéité, l'embauchage, l'attraction. Nous entendons par colons spontanés ceux que de mauvaises affaires, la famine, la misère ou quelque coup de tête conduisent en Algérie. Ce sont de tristes recrues, qui gardent toujours l'espoir du retour dans la métropole. Il faut, sinon les écarter, au moins ne pas les encourager. Les colons embauchés ne valent guère mieux, car les compagnies ne cherchent qu'à se payer avantageusement sur le prix du transport, et, si le gouvernement gagne sur la quantité, il perd toujours sur la qualité. Reste l'attraction, et c'est assurément le meilleur système ; mais il faut l'organiser; appeler par exemple des soldats libérés, des colons pauvres mais déterminés à se faire par leur travail place au soleil. Il faut surtout que le peuplement se fasse d'une fa^*on régulière, et non pas au hasard, comme il a été presque toujours conduit jusqu'à aujourd'hui. Un économiste proposait de diviser le Tell en autant de parcelles qu'il y a de départements, et de donner à chacune de ces parcelles des émigrants fournis par chaque département correspondant. De la sorte, pehsait-il, on

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retrouverait ses amis, son pays, et l-i nostalgie serait impossible : par malheur cette répartition n'est pas coniiuodc à exécuter, surtout si on veut tenir compte du climat et des productions. Le mieux serait encore d'attacher les émigrants i\ leur nouvelle patrie en la leur faisant aimer. Les doux liens de l'accoutumance, comme parlaient nos p&res, sont toujours les plus solides.

En résumé, malgré ces dinicultés inhérentes, pour ainsi dire, aux débuts de toute colonisation, des progrès réels se sont accomplis, et s'accomplissent encore cliacpie jour. M. Leroy Heaulieu n'hésitait pas à écrire, il y a quelques mois, qu'avant la tin du siècle un milliou d'Européens seraient fixés dans notre colonie : ces prévisions ne nous semblent pas exagérées dans leur optimisme. Voici en efTet quelques chiffres & l'appui de ces théories :

Au commencement de l'année 1831 la population européenne iFAlgcr s'élevait à trois mille personnes. C'étaient des spéculateurs de haute et de basse volée, des aventuriers de toute espace, des déclassés et de prétendus colons. A mesure que nous occupions de nouveaux postes arrivaient de nouvelles recrues, aubergistes, puis marchands, enfin cultivateurs. C'est l'histoire de toutes les colonies. A la fin de 18.3C on comptait 5,485 Français et 9,070 étrangers. Ces étrangers étafcut surtout des Espagnols. Ils étaient attirés dans la province d'Oran par hi proximité de l'Afrique, la ressemblance du climat, et les souvenirs d'une occupation prolongée. Ces colons espagnols ont rendu de grands services. Laborieux , énergiques , sobres, se sont de précieux auxiliaires. Dix ans plus tard, en 1816, la population européenne n'était que de 109,380 dont 47,271 Français. Six ans plus tard, en 1853, malgré la tentative de colonisation officielle qui fut la conséquence des événements de juin, on comptait en Algérie seulement 13fi,194 Européens dont 77,558 Français. C'est la p^emi^^c fois que Ton constate dans le dénombrement que les Français sont plus nombreux que les étrangers. En effet un certain nombre de déportés politiques et d'anciens militaires se sont alors fixés dans le pays. Dts ce moment les progri*s sont contiims, sauf dans la période qui correspond à la prétendue création du royaume arabe. Aussi bien voici les chiffres oiliciels : en

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1856 : 167,040, dont 92J?A Français; en 1801 : 205,888, dont 122,229 Français; en 1860 : 217,990 dont 112,119, Français;en 1872 : 291,173, dont 129,001 Français; et en 1877 : 353,0:59, dont 155,727 Français. Le recensement do 1877 donne les chiffres suivants :

Français ... l.V»,727

IsraélîtcH. nHtiiralis<'s :5.i,2)^7

EsiKif^'iioU 92,510

Italiens 25,750

Anglo-Maltais 14,220

AUeniaiicls 5,722

Autre» iiationalitts. 17,524

PuiHiliitioii eu bluc- 8,800

Total 853,630

Ce chiffre de 353,639 Européens ou naturalisés accuse un accroisaement considérable sur le recensement de 1872. Il est dû moins si l'augmentation du nombre des émigrants qu'à la progression constante de la natalité. Nous sommes Ipiu du temps oîi le général Charron écrivait dans un rapport officiel (7 juin 1853) : <i II n'y a pas d'accroissement naturel dans la population européenne transplantée en Afrique; l'expérience prouve, malheureusement, que le climat dévore, aujourd'hui, plus qu'il ne produit. » Un éminent académicien déclarait aussi, a priori\ que les races du Nord étaient improductives en Algérie. Or, le contraire est vrai, comme il résulte des intéressantes rechercties du docteur Ricoux dans sa Démo4jrai)hie figurée de VAhjéne. La population créole, formée du croisement d'éléments très divers, commence s\ se former. Non seulement elle est forte et intelligente, et promet de ne pas être au-dessous de ces Afn^ qui ont joué un rôle si important dans l'histoire romaine, mais encore sa fécondité est incontestable ; elle a toujours été très supérieure à ce qu'elle est en France. Elle oscille entre 35 et 40 pour 1000 habitants de tout âge , ce qui démontre que la stérilité n'est pas un des caractères de notre race, comme ne cessent de le répéter certains économistes ou trop rigoureux dans leurs conclusions ou trop amoureux des théories de Malthus. Quant a\

OâOGKAPlIIE rOLITiqUK.

la mortalité qui était formidable dans les prumiera temps (4C,5 pour 1000 habitants de toat âgu en I?û3-5C), elle ne cesse de décroitre.

furrm'tmmjmp

/^-■j/î, ' \- \! ■>JSR,\ ; A

liï. Kl, — Joir * a*l»-

Depuis quelques années elle n'est pas beaucoup plus forlc que celle (le la France (28 au lieu île 23 pour lODU) : ce qui est un r&ullal inespéré, vu les difficultés (le raccliiuatution.

IjCs Kspasnols, plus favorisés encore, ont une natalité énoniM!, bien

supérieure à celle de leur pays, 47,5 naissances par 1000 habitants. La mortalité est environ de 30 par 1000.

Donc pour ces deux races prédominantes, Français et Espagnols, le nombre des naissances l'emportant sur celui des morts, la population ne peut cesser de s'accroître dans des proportions toujours de plus en plus considérables. Il en est de même [)Our les Italiens et les Maltais : 40 naissances contre 37 décès par 1000 habitants.

Les Allemands font exception. Leur mortalité est toujours eiïroyal>le : dans la première période étudiée elle atteignait le chiflre de 55. Elle s'est depuis abaissée à 39, mais la natalité n'est encore que de 32 par 1000. Serait-ce donc que le climat algérien ne leur convient pas? Les Vandales pourtant étaient originaires de Germaine, et ils ont fondé un grand empire en Afrique. Il est vrai qu'ils avaient auparavant séjourné en Espagne. II semble donc que les Allemands risquent beaucoup en essayant de s'établir en Algérie, et c'était peut-être une erreur scientifique que d'y envoyer des Alsaciens-Lorrains : la première condition de la colonisation étant, après tout, d'assurer l'existence aux colons.

Quant aux Israélites, depuis longtemps acclimatés en Algérie, on les retrouve avec les qualités démographiques qui les distinguent dans . le monde entier : beaucoup de naissances (43 à 55 pour 1000 habitants) et peu de décès (24 à 28 pour 1000).

De ces études, encore hâtives, semble résulter que l'Algérie, contenant plusieurs climats très différents, depuis celui des neiges jusqu'à celui du Sahara, il faut étudier ceux qui conviennent aux colons d'après leur provenance. Or, on commence à le comprendre : aussi espérons-nous, puisqu'on reconnaît les erreurs oîi l'on a si longtemps traîné ce beau pays, que des jours meilleurs luiront pour l'Algérie, et que, d'ici à un siècle, de même qu'au Canada, ce n'est point par milliers mais par millions qu'on comptera les Algériens de nationalité

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