‹ L'AlgérieChapitre 5 sur 52 · HISTOIRE DE LA CONQUÊTE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA CONQUÊTE

PRISE D'ALCEK.

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J^nUTTT^^vPn'u'î-TO'EE de la cooquCte de l'Algérie par

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la Frauce peut se diviser en trois périodes bien marquées. Il existe en effet LVSJ -v^^è^^^ï^'j ""* corrélation singulière entre les pro- (^ j^?^i\i^^^ gr^s de nos amies et la résistance qne nous éprouvons. Ce sont les derniers venos en Algérie, les Turcs de l'OJjeac, avec lesquels nos soldats entrent d'abord en latte. Ils en triomphent assez facilement et se substituent à eux sans trop de peînc, surtout dans les TiUes, i Alger, Oran, Constanline, Bonc,etc. La domination turque, en ^et, n'avait pas jeté sur le vieux sol africun des racines assez prolÔDdes.

Dans la seconde période, ce sont les Arabes qui nous opposent une résistance plus longue et plus acliam^*e, car c'est presque une résistance nationale. Les Arabes pourtant n'étaient en Algérie que des conquérants, comme l'avaient été les Turcs, mais ils occupaient le pays depuis plusieurs siècles, et le considéraient comme une seconde patrie. Leur émir Abd-el-Kader réussit un instant à grouper autour de lui toutes les forces ds ses coreligionnaires, et nous ne parvenons à le Tiuncre qu'à force d'énergie et de persévérance. Après lui d'autres chefs essayent de renouer le faisceau brisé : mais tous leurs efforts sont inutiles. On dirait les dernières vagues d'une tempête.

Une fois que les Arabes sont réduits à l'impuissance comme l'a- ▼dent été les Turcs, nous nous trouvons en présence des véritables indigènes, les Kabyles et les Sahariens. Cette fois la résistance est opiniâtre. Bien que façonnés à l'obéissance par plusieurs siècles de servitude, les Algériens luttent avec courage, souvent avec désespoir. Même à l'heure actuelle, ils ne sont pas encore tous domptés. Pareils au géant de la fable antique, on dirait que les Algériens reprennent des forces quand on les rapproche de la terre natale. La France finira sans doute par triompher, car elle combat pour la civilisation. Ponc trois périodes que nous étudierons successivement : l"" la résistance turque; 2"" la résistance arabe; S"" la résistance nationale.

La nouvelle de l'expédition projetée contre Alger fut bien accueillie en France. Elle le fut également en Europe. La Prusse et l'Autriche étaient sincèrement favorables à l'entreprise ; la Russie nous voyait avec plaisir prendre position sur les côtes d'Afrique, parce qu'elle espérait que, de là, notre marine pourrait tenir en échec celle de r Angleterre. Les petits Etats d'Italie, la Sardaigne et Rome surtout, voyaient dans cette répression l'affranchissement de leur commerce. La Hollande n'avait pas oublié qu'en 1808 son consul avait été mis à là chaîne pour un léger retard dans le paiement du tribut annuel. Le Portugal et l'Espagne , bien que jaloux ne témoignaient aucun mauvais vouloir. La Turquie laissait faire. Seule l'Angleterre demandait des explications et formulait des plaintes. Son ambassadeur i\ Paris, Stuart Rothsay, se permit un essai d'intimidation. Notre ministre de la

marine , Haussez, repoussa cette démarche avec une certaine véhémence, et le président du conseil, prince de Poliguac, avec une politesse dédaigneuse. L'Angleterre en fut pour ses menaces. Trop heureux notre pays si ses chefs avaient ainsi conservé en toute circonstance le souci de la dignité nationale!

L'expédition était donc résolue en principe. Il ne restait plus qu'à s'entendre sur les moyens d'exécution. C'est alors que Polignac, esprit chimérique et trop porté à prendre pour des réalités les fantaisies de son imagination, s'avisa d'une combinaison diplomatique, qui nous aurait coûté l'Algérie, si elle n'avait avorté. La voici : à tort ou à raison il croyait à la prochanie dissolution de l'empire ottoman, et voulait réserver pour cette éventualité redoutable toutes les forces de la France. Il songea donc à lancer contre les Algériens notre grand ami, le pacha d'Egypte, Méhémet-Ali. La France se serait réservé des postes stratégiques sur la cote, et le pacha, reconnu lieutenant du roi en Afrique, aurait ainsi propagé l'influence française jusqu'aux confins de l'Asie. Des négociations s'ouvrirent secrètement à Alexandrie et elles aboutirent. Méhémet-Ali se prépara i\ entrer en campagne; mais l'Angleterre eut vent de l'expédition, et en donna avis au Sultan qui intima l'ordre à son vassal de renoncer à ses projets d'agression. Si cette combinaison bizarre avait réussi, la France aurait travaillé à substituer une puissance égyptienne Aune puissance algérienne, mais elle n'aurait rien gagné à cet échange. Aussi bien les collègues de Polignac, quand ils furent au courant de la négociation, la désapprouvèrent comme peu convenable à la dignité de la France : il ne resta plus qu'à se battre.

Les préparatifs de l'expédition furent poussés avec vigueur. Nos ports militaires reçurent l'ordre d'armer les bâtiments disponibles, et on mit une telle ardeur à seconder les intentions du gouvernement qu'en trois mois, du 10 février au 1 i mai, cent quatre navires de guerre furent réunis à Toulon. De plus près de quatre cents bâtiments de transports nolisés en France, en Italie et en Espagne, furent destinés à recevoir les soldats, les munitions et les approvisionnements qui ne trouveraient pas de place sur la flotte militaire. Dès la première heure,

rembarquement du corps expéditionnaire et le transport du matériel forent donc assurés.

Le plus difficile était de savoir à qui Ton confierait le commandement de cette flotte imposante. Peu de marins s'en souciaient. Quelques-uns d'entre eux, Jacol), Roussin, Verhuell, avaient même contesté jusqu'à la possibilité de l'expédition. On songea à de Kîgny, que la TÎctoire de Navarin avait mis en vue , mais il était mal en cour. On se décida alors pour un oflicier général, qui passait pour un chaud libéral , mais dont l'expérience et la résolution étaient incontestables : c'était l'amiral Duperré, que son mérite avait fait arriver de la position de simple matelot au grade d'of&cier général. Il hésitait à accepter cette lourde responsabilité, mais le roi trancha ses irrésolutions en le nommant.

Le choix du commandant en chef de l'expédition oflrit tout autant de difficultés, mais cette fois les candidats ne manquaient pas. On en compta jusqu'à neuf. Deux seuls étalent sérieux, Slarmont et Bour- 1

mont. Tous deux avaient des qualités incontestables, mais ils n'inspinuent aux troupes que peu de confiance ; le premier avait contre lui ce qu'on appelait sa trahison de Fontainebleau en 1814, et le second sa fuite à l'ennemi avant Waterloo. L'un et l'autre cherchaient à se réconcilier avec l'opinion de l'armée, en attachant leur nom à une conquête sérieuse. Slarmont n'épargna aucune démarche pour obtenir cette nomination. Il avait étudié avec soin les travaux et les documents publiés sur la Régence algérienne, et invoquait, à l'appui de 8a demande, sa participation à la campagne d'Egypte en 1798 et les services qu'il y avait rendus. Ces titres étaient sérieux , mais son concurrent Bourmont, qui était alors ministre de la guerre, eut l'art de persuader à Charles X que rien ne serait plus utile que la réunion des deux titres de ministre de la guerre et de général en chef. D'ailleurs il sut fsdre agir certaines influences occultes, d'autant plus puissantes qu'elles étaient ignorées, et il fut nommé. Reconnaissons qu'il se montra tout à fait digne de ces hautes fonctions.

A ces deux chefs principaux furent adjoints des lieutenants d'un mé- ri

rite éprouvé. Dans l'armée de terre, c'étaient Valazé, qui avait déjà ri

dirigé plusieurs sièges mémorables, entre autres celui de Saragosse ; Lo- Terdo, un Ionien attaché à la fortune de la France et qui s'était particulièrement occupé de TAfrique septentrionale; Bertliezène, dont les états de service remontiient au siège de Toulon, et dans les grades inférieurs cinq futurs maréchaux de France, lîaraguey d'IIilliers, Vaillant, Pelissier, Mac-Mahon, Magnan, et toute une légion de généraux, Chabaud la Tour, Duvivîer, de Beaufort, Lamoricière, Changarnîer, etc. Dans l'armée navale on citait Rosamel, célèbre par ses combats en Irlande et sur l'Adriatique, ^ilallct, Villarct- Joyeuse, Ilugon qui venait de se distinguer à Navarin sur TAnnvle^ et Cosmao-Dumanoir, un des héros de Trafalgar. Seize régiments d'infanterie légère devaient composer la force principale de l'armée. L'artillerie comptait cent quatrevingt-trois pièces de siège ou de campagne; la cavalerie était peu nombreuse, seulement trois escadrons, car on ne savait si on trouverait en quantité suffisante du fourrage sur la cote d'Afrique. En tout 37,639 hommes, 27,000 marins et 3,853 chevaux prenaient part à cette "grande x)pération.

Les préparatifs furent poussés avec vigueur : la mer à franchir, des Turcs à combattre, des chrétiens h, délivrer, c'en était assez pour enflammer l'imagination de nos jeunes soldats. Ils couraient à cette guerre comme autrefois leurs ancêtres à la croisade. Non seulement tous ceux qu'on rappela de congé revinrent avec empressement, maïs encore un grand nombre de militaires qui avaient atteint le terme de leurs services contractèrent de nouveaux engagements. On vît même des sous-officiers renoncer à leurs galons pour passer dans les bataillons de guerre, et plusieurs officiers, entre autres Lamoricière, sollicitèrent comme une faveur la pennission de faire la guerre à leurs frais. L'empressement des populations fut égal A celui des soldats, surtout dans les départements du Midi, qui, plus exposés que les antres aux déprédations des Algériens, regardaient cette campagne comme une délivrance. Ils accueillirent le corps expéditionnaire avec grand plaisir, les uns poussés par la haine religieuse, les autres par l'espoir de réparer promptement les pertes qu'ils avaient essuyées. Dès la fin d'avril les troupes étaient réunies dans leurs cantonne-

mentSi aux alentours de Toulon. On les exerçait à rectifier leur tîr, et à prendre des dispositions convenables contre la cavalerie. L'héritier présomptif de la couronne, le duc d' Ahgoulcme, qui, en sa double qualité de généralissime et de grand amiral , aurait peut-être dû diriger lui-même cette brave armée, vint la passer en revue. Les régiments manœuvrèrent avec précision et la flotte de son côté exécuta un simulacre de débarquement, qui réussit au delà de toute espérance.

Ce formidable armement avait excité non pas les craintes, mais la jalousie de trois puissances voisines, TEspagne, la Sardaigne et TAngleterre. L'Espagne , qui avait jadis possédé Oran, aurait bien Voulu jouer encore un rôle prépondérant sur la côte africaine. La Sardaigne, qui n'est séparée de la côte de Bone que par quelques heures de traversée , désirait un port ou deux sur cette même côte. Les deux cabinets de Madrid et de Turin proposèrent donc k la France de coucou-' rir à l'expédition. On répondit à ces ouvertures que le gouvernement entendait agir avec ses seules forces et demeurer maître de ses mouvements. Ferdinand VII, roi d'Espagne, fut blessé de ce refus, mais il n'osa pas insister. Quant au roi de Sardaigne , il songeait beaucoup plus à s'agrandir en Italie qu'en Afrique, et il se résigna à demeurer Bimple spectateur de nos futurs succès.

Restait l'Angleterre, et elle ne cachait pas son mé^contentement. Son ambassadeur à Paris , lord Stuart Rothsay, présenta à plusieurs reprises des notes aigre-douces, auxquelles Polignac, et on ne saurait trop le féliciter de la correction de son attitude , se contenta d'opposer des fins de non-recevoir. L'ambassadeur finit par lui communiquer une note cil le débarquement de nos troupes en Algérie était présenté comme une sorte de casus Iclli^ et il demanda une réponse, i Répondez, lui dit avec hauteur Polignac, que vous m'avez présenté cette note et que je ne l'ai pas lue. i> Forcé, d'accepter cette fière réponse, on de déclarer tout de suite une guerre, & laquelle il n'était pas préparé , le cabinet anglais essaya alors d'empêcher l'expédition en intriguant auprès du sultan Mahmoud, suzerain de Hussein ; mais la flotte française avait déjà pris la mer, quand ces intrigues aboutirent ; nous en Terrons bientôt le résultat.

LA BÉSIHTAXCE TDBQUE.

Les autres puissanccB curopdeîincs ne firent aucune objection. Elles demandirent même pour quelques-nns de leurs officiers la faveur de prendre part â la campagne, Sclmarzcniberg et Poniatowski pour

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l'Autriclie, Leclerc pour la Prusse, Fllosof pour la Russie. Ces officiers se distinguèrent à plusieurs reprises par leur courage.

Le 10 mai 1830 la prcnit&re division navale s'ébranla. Le IG mai tont était terminé. Troupes, niat<^-ricl, bagage, tout était à bord. Chacun attendait avec impatience la journée du lendemain , qui dcvut

être celle du départ. Le port offrait l'aspect d'une vîlle mouvante et les canots qui circulaient dans tous les sens donnaient à ce magnifique panorama un mouvement extraordinaire; mais les vents contraires se mirent à souffler et il fallut attendre en rade qu'ils eussent cessé. Ce fut seulement dans l'après-midi du 25 que l'amiral Duperré put donner le signal du départ. A l'instant les navires se couvrirent de voiles, et la proclamation suivante fut lue i\ tous les équipages : a Appelés avec Tos frères d'armes du corps expéditionnaire à prendre part aux chances d'une entreprise que l'honneur et l'humanité commandent , vous devez aussi en partager la gloire. C'est de nos efforts communs et de notre parfaite union que le roi et la France attendent la réparation de l'insulte £siite au pavillon français. Recueillons les souvenirs qu'en pa* reille circonstance nous ont légués nos pères. Imitons-les et le succès est assuré. Partons ! Vive le Bot! »

Toute la flotte suivit l'ordre naturel par colonnes , la Provence en tête. A trois heures les cent trente bâtiments de guerre avaient franchi le goulet ; à huit heures du soir on ne voyait plus dans le lointain que les points blancs formés par les voiles. Dans la nuit du 27 au 28, à la hauteur des Baléares, la flotte fut assaillie par une forte bourcasque. On la conduisit aussitôt sous le vent de ces îles, oîi elle trouva un abri. Le 28 au matin , le temps s'étant remis au beau, toute l'armée se dirigea sur Alger. Dès le 30 elle était en vue du cap Caxine, quand un nouveau coup de vent l'obligea à prendre le large.

Malgré l'avis contraire de plusieurs officiers de marine, Duperré donna l'ordre de ramener cette masse de navires sous le vent des Baléares, et il fit bien. On a blumé cette manœuvre, mais il fallait tenir compte des sinistres prévisions qui avaient précédé le départ de l'expédition, et on reconnaîtra que l'amiral avait raison d'exagérer la prudence. D'ailleurs Bourmont l'approuva de tout point et Bourmont était son supérieur immédiat. En effet, pour vaincre toute opposition et prévenir tout conflit, Bourmont avait reçu, avant son départ, un ordre secret qui lui déférait, en cas de dissentiment, le commandement suprême des forces de terre et de mer : il n'eut pas à en faire usage. Duperré justifia la confiance que le roi lui avait témoigné^e, et

LA RÉSISTANCE TrRQUE. 65

la bonne harmonie ne fut jamais troublée entre lui et Bourmont.

La flotte revînt donc au mouillage des Baléares, et y resta onze jours. Ce fut seulement le 10 juin qu'elle se remît en marche. Le IS, au lever du soleil , elle ne se trouvait plus qu'A deux lieues d'Alger. Nos soldats aperçurent alors cette ville avec ses maisons éclatantes de blancheur, rangées en amphithéâtre sur le bord de la mer. Au sommet était la Kasbah, plus au sud les bastions ; puis une chaîne de collines élevées , et à Textreme horizon les cimes bleuâtres de l'Atlas. Vers midi trois cents voiles étaient réunies sur la rade. La Provence , naguère insultée par les batteries algériennes, était h\, en tête du convoi, et semblait annoncer au dey son prochain châtiment. L'armée, en grande tenue , était sur le pont des vaisseaux, contemplant le magnifique spectacle qui se déroulait à ses yeux, et témoignant par ses cris . joyeux le vif désir qu'elle avait de se mesurer avec Tennemî.

Hussein avait de l'énergie et de l'intelligence. Peut-être n'auraît-îl pas laissé s'amasser contre lui ce formidable orage, s'il avait moins compté sur la longanimité française. Dès qu'il eut compris que la guerre était inévitable il s'y prépara avec une sombre ardeur, soutenu qu'il était par le fanatisme de ses sujets et l'exaltation de ses soldats. Après tout, Alger avait essuyé déjà bien des sièges, et lés avait toujours victorieusement repoussés : Alger, cette fois encore, aurait sans doute l'heureuse chance de triompher des infidèles.

Au premier bruit de l'expédition projetée, tous les Turcs de l'Odjeac avaient rejoint leur poste de combat. C'était une milice dévouée, énergique, résolue à défendre vaillamment la ville menacée. De nombreux indigènes s'étaient joints à ces Turcs. On pouvait encore compter, au premier échec des Français, sur les tribus pillardes et guerrières du littoral ou de l'intérieur, qui se joindraient aux troupes régulières. Hussein s'adressa également aux chefs qui relevaient de son pachalick : Hassan, bey d'Oran, lui était dévoué, mais vieux et cassé par l'âge il ne pouvait se mettre lui-même à la tête d'une armée. Il promît néanmoins d'envoyer des secours. Ahmed, bey de Constantine et Mustapha, bey de Tittery nourrissaient depuis longtemps contre Hussein des projets de révolte, et ce dernier, qui connaissait leurs secrets

AI/tibllK. t

desseins, se propos<iit de les destituer : mais un danger commun les rapprochait, tous les trois. Il fallait réunir ses forces contre Tcnnemi commun de la régence et de Tlslam. Hussein renonça pour le moment A sa vengeance, Alimed et ^lustaplia A leurs desseins séditieux. Ils lui promirent même d'arriver avec tous leurs contingents. Le dey pouvait compter sur eux.

Hussein essaya nitine d'intéresser ses voisins à sa cause, et écrivit au shérif du Maroc et aux beys de Tunis et de Tripoli en les priant de Faider & repousser les infidèles. En sa qualité de commandeur des croyants, et surtout de voisin inmiédîat d'Alger, le shérif était directement intéressé s\ la défaite des Français, mais il ne croyait pas que nos troupes, même victorieuses, se maintiendraient sur le sol africain, et préféra ne pas sortir de la neutralité.

Le bey de Tunis se contenta d'envoyer à Hussein des protestations de dévouement, et lui promit de prier pour la bonne cause. Le bey de Tripoli lui répondit qu'un saint derviche avait prédit la défaite des Français; en conséquence il était inutile d'entrer en campagne, et il ajoutait : « D'ailleurs que craindriez- vous? N'frtes-vous pas de ceux que Dieu a distingués des autres par les avantages qu'il leur a- accordés? Vos légions sont nombreuses, etc.. Quant k nous nous ne sommes pas assez puissant pour vous envoyer des secours ; nous ne pouvons vous aider que par de bonnes prières que nous et nos sujets adresserons pour vous à Dieu dans les mosquées. :»

Hussein aurait préféré des secours moins platoniques, mais il dut se contenter de ces promesses et de ces vœux. Grâce h la connivence de l'Angleterre, il espéra mieux réussir auprès de son suzerain, le sultan, et en effet la Turquie fut à la veille de se déclarer eu sa faveur, ou du moins en faveur de la régence. Le gouvernement britannique, qui n'avait pu empêcher l'expédition française, s'était du moins efforcé de la contrarier, et avait fait savoir à Constantinople qu'il appuyerait le sultan, si ce dernier intervenait à Alger. Mahmoud y avait consente Usant de son droit réel ou prétendu de suzeraineté, il envoya à Alger un pacha chargé de saisir le dey, de le faire étrangler, et d'offrir ensuite à la France toutes les satisfactions désinibles. La ma-

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nœuvre était habile. Hussein disparaissant, tout prétexte était enlevé à Texpédition française, et la jalousie anglaise triomphait. L'envoyé de Mahmoud, Taliir pacha, partit donc pour Alger sur une frégate fournie par les Anglais. Le ministre de la guerre, prévenu & temps, ordonna à la croisière française d'interdire l'entrée du port à toute espèce de navire. En effet, quand la frégate se présenta, on lui défendit de passer. Tahir n'osa pas enfreindre cet ordre énergique, et manifesta le désir d'être conduit à Toulon, avec l'espoir que Charles X accepterait la médiation de son souverain. Il était déjà trop tard : la flotte avait pris la mer. Ce fut au large des Baléares qu'elle rencontra la frégate turque et lui intima l'ordre d'arrêter. Tahir fut reçu î\ bord de la Provence avec les plus grands honneurs. L'aspect imposant de notre escadre le frappa vivement; mais il était inquiet; il regarda à plusieurs reprises si son navire n'avait pas quitté sa position. On eût dit (ju'il redoutait une arrestation. Après 'cette courte entrevue, on lui permit de continuer sa route vers Toulon, et d'y attendre l'issue de l'événement. C'est 5\ ce piteux résultat qu'aboutirent les intrigues anglaises.

Hussein était donc réduit & ses propres forces et à celles de ses vassaux immédiats, les beys d'Oran, de Constantine et de Tittery. Ses voisins l'abandonnaient. Son suzerain, le sultan, le sacrifiait pour sauver Alger. La situation se compliquait étrangement pour lui ; mais il avait du courage et de la résolution. Dieu seul est grand et Mahomet est son prophète, disait-il avec le fanatisme et la résigmition musulmane, n ajoutait. volontiers, dans son opiniâtre ignorance : <c Abd et Rhasnan et Tsaabbi (vents du nord et de l'est) sauveront, comme ils l'ont fait tant de fois, Alger la bien gardée, i»

Pendant ce temps nos vaisseaux défilaient majestueusement devant la ville, comme pour donner à Hussein le temps de les compter. Persuadés que notre escaclre allait attaquer par mer, tous les Algériens étaient à leur poste de combat; mais leur attente fut déçue. L'amiral Duperré avait pris la résolution de débarquer à cinq lieues à l'ouest d'Alger, sur la presqu'île de Sidî-Ferruch, entre deux baies profondes favorables au mouillage de la flotte. Dès 1808, cette presqu'île avait été signalé*e

par le capitaine Boutin, chargé par Napoléon T' d'explorer le littoral de rAIgéric pour y tenter un débarquement. Ses indications furent suivies non seulement pour le lieu du débaniuement, mais aussi pour la marche sur Alger et même pour la composition du corps expédi* tionnaire.

Sidi-Ferruch tire son nom d'un marabout^ c'est-à-dire d'un saint

algérien dont on vénère en cet endroit le tombeau. Les Algériens lui attribuaient une puissance sans bornes pour retenir ou pour conjurer la tempête. Celles de leurs femmes qui désiraient des enfants s'y rendaient volontiers en pèlerinage. Les dépouilles du saint reposaient dans une grande salle octogone, richement décorée de bannières et de pièces de soie. La chasse qui renfermait ses restes était incrustée de bois précieux, et recouverte par des amulettes ou des ex-voto. Ce tombeau est bâti sur un promontoire qui s'avance de onze cents mètres environ dans la mer, comme un môle au milieu d'un port, et n'est relié au continent que par une langue de terre basse, sablonneuse, couverte de lentisques, d'arbousiers, et de plantes grimpantes, longue environ de 500 mètres.

Au moyen d'un retranchement, il était facile d'isoler cette presqu'île et d'en faire un camp retranché à peu près inexpugnable. L'extrémité du promontoire se termine par un banc de rochers, surmontés d'une tour blanche, qu'on nommait Torre Chica. Deux baies s'étendent de chaque côté, l'une à l'est, l'autre à l'ouest. Comme le vent soufflait de l'est, l'amiral Duperré pensa que c'était dans la baie occidentale qu'il fallait débarquer. Un débarquement est toujours une opération difficile. D'ailleurs on s'attendait à de la résistance. Sidi-Ferruch était défendu par une batterie. Torre Chica pouvait servir de réduit.

Il était, de plus, probable que les Algériens se présenteraient en masse pour essayer de nous jeter à la mer. Tel était leur aveuglement ou leur présomption qu'il n'y eut pour ainsi dire pas de résistance. A Torre Chica les canons étaient grossièrement figurés par des troncs de bois. A Sidi-Ferruch la batterie basse n'était même pas armée. L'amiral fit vivement accoster la plage ; elle était à peine

LA KESISTASCE TlUgUE.

garoie par quelques centaines d'Aiabes, venus en curieux plut* qu'en ennemis. Ce furent les seuls adversaires que nous apcrçftnie:

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et encore ne répondirent-ils que par quelques coups de fusil aux d^ charges de notre artillerie. Duperro aurait voulu commencer tout d

suite le (1^'barquenient : mais la nuit arrivait. Il remit l'opération au lendemain*

Le 14 juin, à la pointe du jour, les navires s'approchent du rivage. A un signal donné, toutes les embarcations sont mises à Teau. Elles s'avancent vers la plage, et bientôt les trois brigades de la division Bertliezène débarquent aux cris de Vive le Roi! Quelques matelots courent à Torre Chica et y arborent le drapeau blanc. Dès cinq heures du matin cinq régiments étaient rangés en bataille sur la presqu'île^ et une batterie de campagne répondait au feu des redoutes établies sur les hauteurs voisines et à la fusillade de nombreux Arabes embusqués dans les broussailles. Bourmont débarquait à son tour avec la division Loverdo, et ordonnait à lierthe/ène d'enlever les rcnloutes ennemies, pendant que Loverdo débusquerait les indigènes des broussailles où ils se cachaient.

Ce double mouvement s'opéra avec ensemble. Pendant ce temps la troisième division, celle du duc des Cars, débarquait à son tour, ainsi qu'une partie de l'artillerie et des munitions. Aussitôt le génie, sous la direction du général Valazé, traçait une ligne de retranchements dchtinés à fermer la presqu'île du côté de la campagne, Ct à la convertir en position assez forte pour devenir le dépôt général de l'armée. € Tels furent l'ordre, l'intelligence et la rapidité déployés dans cette difficile opération que, dès midi, les huit brigades d'infanterie et rartillerie de campagne du corps expéditionnaire se trouvaient déposées sur la presqu'île, et que les troupes de toutes armes s'y établissaient sous des tentes ou des baraques couvertes de branchages , alignées au cordeau, et dont les différentes divisions, pourvues de boutiques et de guinguettes, semblaient, au bout de quelques heures, autant de petites villes pleines de vie et de mouvement. y> Bourmont installa son quartier général dxins la mosquée de Sidi-Ferruch, et fît construire un télégraphe sur Torre (-liica, afin de correspondre avec la flotte.

Nos soldats avaient devant eux une succession de terrasses, qui, s'élevant par couches parallèles, étaient recouvertes, sur les premiers plans, de broussailles et d'arbustes, et, à mesure qu'on s'éloignait des bords do la mer, d'une végétation plus vigoureuse. Chaque pli

de terrain cachait des nu^^es d'Arabes, qui entretenaient contre nos troupes un feu meurtrier. Enliardies par notre appjirentc immobilité, ces bandes s'approchaient de temps à autre, et essayaient avec nos avant-postes des combats singuliers, où elles avaient rarement Tavantage, mais qui néanmoins fatiguaient nos sohhits.

Les journées du 15 et 16 ne furent signalées que par ces légères escarmouches. Pendant ce temps le débarquement continuait, et les travaux de fortification étaient poussés avec vigueur. Dans la matinée du IG ils furent interrompus par un effroyable orage. La flotte eut même à essuyer un coup de vent terrible. DéjA s'élevaient dans les esprits de sinistres appréhensions. C'est l'orage de Charles-Quint, s'écriait-on déjà en songeant à l'orage qui détruisit la flotte espagnole en 1541. Il est certain que, si la tempête «avait duré quelques heures de plus, la flotte était dispersée, et l'armée abandonnée sans vivres, sans chevaux et presque sans artillerie. Par bonheur le vent sauta s\ l'est; la mer se c<ilma, et les alarmer s'évanouirent.

Les Algériens, de leur côté, n'étaient pas restés inactifs. Hussein avait confié le commandement de ses troupes, évaluées à 40,000 ou 50,000 hommes, à son gendre, l'aga Ibrahim. C'était un soldat brave, mais incapable, d'une ignorance si puérile, qu'il n'avait fait distribuer & ses hommes qu'un nombre insufiisant de cartouches, parce qu'il croyait que chaque coup de fusil devait tuer ou blesser un Français. Bien que nos journaux, abusant de. la publicité, n'eussent cessé, depuis plusieurs semaines, de désigner Sicli-Ferruch comme le point choisi pour le débarquement, Ibrahim n'avait vu dans ces coupables indiscrétions qu'une ruse de guerre. C'est à l'est d'Alger, à la Rtaisoii- Carrée, qu'il avait concentré ses forces. Il fallut enfin se rendre i\ Tévidence, et transporter l'armée sur les hauteurs de Sidi-Ferruch et Staoutili. Il y avait peu de troupes régulières parmi les Algériens. C'étaient surtout des cavaliers volontaires, ijui étaient accourus h l'appel du dey avec l'espoir de faire du butin. Ils ne formaient pas A vrai dire de corps de cavalerie : c'étaient plutôt des tirailleurs achevai. Ils s'avançaient au galop, irichaîent leur coup de fusil, faisaient demi-tour et rejoignaient les leurs. GrAce h leur nombre et à la fou-

li L*ALGKRIR.

gue de leurs attaques, ils pouvaient être dangereux. Lorsque Ibrahim les eut concentrais à Staouëlî, il se décida à prendre Tofiensive. Trompé par notre inaction, qu'il n'expliquait que par l'hésitation ou la hlcheté, tandis qu'elle avait pour cause unique la nécessité d'attendre le débarquement de la grosse artillerie, des voitures et des chevaux, l'aga se persuada qu'il n'avait qu'à marcher en avant pour nous jeter à la mer.

Dès la journée du 17, les Algériens avaient montré plus d'audace. Dans celle du 18, leur feu se rapprocha et devint plus meurtrier. Nos soldats y fatigués et exaspérés par ces insultes, demandaient à sortir de leurs retranchements. Bourmont n'hésita plus, et donna ses ordres pour marcher à l'ennemi le lendemain 19 juin.

La position d'Ibrahim était excellente : son camp affectait la forme d'un croissant, dont la droite était appuyée sur le torrent de la ^ladiiïa. En avant du plateau de Staouc'ili, les Algériens avaient construit une redoute, occupée par un gros détachement, et, sur les ondulations de terrain qui pré'cé-daient cette redoute, ils avaient disposé des milliers de tirailleurs chargés d'inquiéter nos avant-postes. Ibrahim aurait dû attendre nos soldats dans cette position. La défensive lui convenait admirablement, mais, dans son naïf orgueil, il s'imagina qu'il n'avait qu'à marcher en avant pour écraser sous ses chevaux ces fantassins que n'appuyait aucun détachement de cavalerie.

Une première colonne, forte de 20,000 hommes environ, et dont il 8*était réservé le commandement, se précipita sur la division Berthezène. Une seconde colonne, de 15,000 hommes, commandée par Ahmed, bey de Constantine, essaya de tourner sur notre droite la division Loverdo, afin de prendre l'armée entre deux feux. Ce plan était bien con^u, mais il aurait fallu, pour qu'il réussît, des chefs plus habiles qu'Ibrahim ou Alimed. Après quelques minutes de fusillade, les cavaliers arabes fondirent avec audace sur nos retranchements. Quelques-uns d'entre eux parvinrent à y opérer des trouées; on se battit corps à corps, et bientôt le terrain se couvrit de morts. Le premier bataillon du 28°^ de ligne fut un instant compromis. Les soldats avaient épuisé leurs cartouches , et étaient trop serrés dans la mêlée

LA UÉSISTANCE TUlCgUE.

pour pouvoir faire usage de leurs baïonnettes; mais le colonel les rallia autour du drapeau. D'ailleurs lîournioîit accourait avec la division des Cars, laissée en réserve, et aussitôt la fortune de la bataille changeait de face.

Bouriuont en eflet, des qu'il vît par lui-nienie l'ardeur de nos troupes et le d<^^cousu des attaques algériennes, prit une résolution hardie ,

Fltf. 18. — Bataille tic Staouëli; UMemu de Ch. LungM^. OuUH* MttvHfmt <f« VerattitUi,

et ordonna à ses trois divisions de pousser en avant jusqu'au plateau de Staouëli. Nos soldats attendaient ce signal avec impatience. Ils s'engagent aussitôt, de trois côtés à la fois, et arrivent au pied du plateau. La redoute qui le défendait est emportée, les batteries sont occupées, le camp lui-mcme envahi. Déconcertés par cette furie, les Algériens tourbillonnent sur eux-mêmes, reculent, sont chassés successivement de toutes les positions, où ils essayent de se maintenir, et prennent enfin la fuite. Ils ne s'arrêtèrent que sous les murs d'Alger. On a prétendu que, si nos troupes avaient suivi leur élan, elles seraient entrées pele-môle dans la, ville avec les fuyards.

AUiuwm.

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74 L'ALOKHIE.

La victoire de SUiouëli «ivalt une itnport.ince capitale : non seulement elle nous confirmait dans la possession de la presqu'île de Sidi- Ferrucli, et nous permettait de continuer à notre aise le d/;barquement, mais encore elle d£*sorganisait la d^'fense et terrifiait les indigènes. Ibrahim, le matin même de la bataille, promettait à tous la victoire. Il s'était couvert de ses plus riches habits, il avait mcme fait préparer à l'avance , dans son camp, un repas magnifique pour (eter les vainqueurs. Ce furent en effet les vainqueurs qui en profitèrent. Les divisions Berthezène et Loverdo s'établirent sur l'emplacement même du camp d'Ibrahim, et occupèrent les tentes de ses soldats. Quelques-unes de ces tentes étaient d'une richesse extraordinaire. Celle* d'Ibrahim, divisée en plusieurs compartiments, tendue de velours cramoisi, parfumée d'essences de roses et de jasmin, brillait d'un luxe tout oriental. La tente d'Ahmed était également splendide. La prise du camp présenta d'autres avantages, encore plus sérieux. Depuis plusieurs semaines nos soldats ne mangeaient que de la chair salée. Les approvisionnements de toute espèce qu'ils trouvèrent A Staoutlli leur procurèrent, une agréable et salutaire diversion. La prise de plusieurs chameaux les remplit d'allégresse, car ces quadrupèdes, depuis l'entrée en campagne, étaient l'objet d'intarissables plaisanteries; mais, habitués à être traités avec douceur, ces pauvres animaux s'accroupissaient, et se laissaient rouer de coups. On fut bientôt obligé de les abandonner.

Les courtisans de l'état-major croyaient déjà la campagne finie. A les entendre, il suffisait de se présenter devant Alger pour que cette ville nous ouvrit immédiatement ses portes. C'étaient là de puériles exagérations, La victoire de Staouëli assurait, il est vrai, le succès final, mais Alger tenait encore, et Bourmont eut grandement raison de résister à son entourage, et de se maintenir dans ses positions, jusqu'à ce qu'il eût achevé le débarquement. La cavalerie était encore à bord de l'escadre, et le convoi chargé de l'artillerie de siège n'était même pas signalé. Mieux valait attendre et n'avancer qu'à coup sûr. Les divisions Loverdo et Ilerthezène restèrent donc campées à StaoucTi, la division des Cars fut échelonnée; entre Staourlî et Sîdi-Ferruch. Ce dernier point fut transformé en dépôt général des vivres, des munitions et

LA UÉSISTAXCK TUUgUE 76

de l'ambulance. On luî donna nne garnison de 1,500 matelots fonrnîs par l'escadre.

Pendant ce temps les rues d'Alger s'emplissaient de tumulte. On venait d'appnndre la d^Taite. La multitude indignité demandait dcy:\ la déposition et la mort d'Hussein, qu'elle rend«aît, d'ailleurs tr^s i\ tort, respons.ible du dtîsastre. Ce dernier, enfermé dans la Kasbali, n'avait rien à re<louter des Fureurs populaires. Il ne voulut recevoir qu'Ibrahim, et l'arcabla d'injures. Sans l'intervention de sa fille, il l'aurait fait décapiter sur-le-cliamp. Quand il conimt mieux les détails de l'afTaire, et sut qu'Ibrahim n'avait été coupable que de vantardise et nullement de lâcheté, il lui rendit en partie sa confiance, et le chargea de rallier les fuyanls. L'aga reprit en eiïet le commandement, et concentra de nouveau des forces imposantes sous les murs d'Alger; bientôt mrme il se disposai reprendre l'offensive, car les Algériens ne pouvaient comprendre que Iiourniont, malgré sa victoire, restât dans ses positions. Ils croyaient naïvement que nos pertes avaient été si grandes que nous attendions des renforts pour rentrer en campagne.

En réalité le général n'attendait que ses pièces de siège, qui arrivèrent seulement le 24 juin. Les Algériens, encouragés par ces retards pour eux inexplicables, se rapprochèrent, et la guern; de surprises recommença. Nous avions rarement l'avantage dans ces petits combats, qui fatiguaient et décimaient les troupes, car tous ceux de nos hommes qui avaient l'imprudence de s'é*carter de la ligne des retranchements étaient assassinés et dé»capités. Au milieu de ces engagements sans importance, s'accomplirent quelques scènes, empreintes d'une sorte de couleur locale, utile à signaler dès nos premiers pas en Algérie.

Le bruit s'était répandu parmi les Arabes que nous égorgions nos prisonniers, et que nos soldats se repaissaient de leurs chairs palpitantes. Un cheick, dont le fils avait été blessé et amené dans le camp de Sidi-Ferruch, se présente aux avant-postes , et demande ù voir Bon enfant. Il croyait aller au devant de la mort. Amené en présence de Bourmont, il se jtîtte à ses genoux, et lui demande la gruce de son

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