PREMIÈRES ANNÉES D'OCCUPATION
L'A1g<6rie aprL*.< I:i conqnôte. — Ignorance et h^^^itationii de la France. — Les fantes commis». — Karcbe sur BlUlih. — Prcmicrc occupation de Bone et d*Onin. — Boarmont remplacé par CbnzeL — Expédition de Medenh. — TûtonnenicntA et revirements — RéPaltit.* bbtenns.
Lorsque fut décidée l'expédition d'Alger, personne en France ne connaissait l'Algérie. On savait vaguement qu'il existait des Turcs dominateurs, des Arabes ou des Maures dominés : hors de h\ rien, rien que des préjugés ou même de fausses notions. Situation intérieure et ressources du sol, mœurs, constitution sociale, caractère des populations gouvernées, on ignorait tout. On ne savait même pas les relations qui unissaient entre elles les diverses provinces, dont se composait la régence. Aussi que de fautes n'avions-nous pas h com* mettre, et que de fautes n'avons-nous pas commises!
Sous la domination de rOdjeac, le sol algérien se divisait en quatre provinces ou beylicks, Alger au nord. Constant ine à l'est, Oran h l'ouest, Tittery au centre. Le dernier seul ne portait pas le nom de sa capitale y Medeali. Aucune de ces quatre villes n'était reliée à sa voisine pardes voies de communic.it ion régulières. Il n'y avait ni ponts, ni rentes. Depuis longtemps les broussailles ou les arbres avaient recouvert les derniers vestiges des voies romaines. A l'exception des villes et de
quelques points stratégiques, la domination turque n'avait été acceptée que théoriquement par les habitants de la campagne. Certains cantons, dans les montagnes de la Kabylie par exemple , et dans presque tous les oasis du Sahara , étaient tout à fait indépendants. Mais nous ignorions ces détails, et, de bonne foi, Tétat-major du corps expéditionnaire s'imaginait que la prise d'Alger entraînait la conquête de la régence entière. Ces illusions ne tardèrent pas à se dissiper.
La véritable population nationale en effet se divisait en deux races principales, les Arabes et les Kabyles. Los Arabes occupaient l'espace compris entre la mer et les montagnes d'un côté, les montagnes et le le grand désert de l'autre, c'est-à-dire deux des trois régions algériennes, lé Tell et le Sahara. Pasteurs, nomades et guerriers, vivant à cheval ou BOUS la tente, soumis aux Turcs qui les avaient vaincus, et même leur payant tribut, mais restant en dehors de toute autre condition de gouvernement, les Arabes étaient divisés en un grand nombre de tribus, groupées autour de chefs héréditaires. La tribu se subdivisait à son tour eja douairs ou petits groupes de familles inséparables. Chaque tribu formait une sorte de petit état souverain , et ne se rattachait aux autres que par la communauté d'origine, de langue et de religion.
Quant aux Kabyles, ils occupaient la région montagneuse. C'étaient les plus anciens possesseurs du pays, ceux dont les Romains désignaient les ancêtres sous le nom de Numides. Agriculteurs, industriels et sédentaires, ils se bâtissaient des villages ou dachours. Chaque dachour formait une sorte de république indépendante , administrée par un conseil électif ou djernâa. Robustes, fiers, défiants, très courageux, les Kabyles ne s'étaient jamais complètement soumis ni aux Arabes, ni aux Turcs. C'était entre eux et leurs oppresseurs une haine inexpiable, la haine du vaincu contre le vainqueur qui se perpétue à travers les générations.
Turcs, Arabes et Kabyles étaient donc jaloux les uns des autres, mais un même sentiment, le fanatisme religieux, les unissait contre l'Européen. Aussi les trois races allaient-elles, toutes ensemble ou séparément, lutter contre les infidèles, qui osaient disputer l'Afrique aux
La guerre dans laquelle nous nous trouvions engagés présentait donc des difficultés, dont nous ne nous doutions même pas : éducation des soldats et des officiers, tactique, hygî^ne, équipement, tout devait être modifié ou approprié aux circonstances. Oc n*étaît pas une victoire, ce n'était pas la prise de telle ou telle ville qui pouvait assurer notre domination, cY»tait une lutte quotidienne, sans cesse renouvelée. Parfois mcme c'était rextcrmin«ition des vaincus. Or, sur ce point, notre ignorance était absolue; premier et grave motif d'insuccès, que nous devions signaler ici.
Un second motif, non moins important que cette ignorance générale, fut la longue incertitude du gouvernement à propos des affaires algériennes, ainsi que les hésitations, les contradictions même des hommes d'État qui se succédèrent en France depuis 1 830. Le nouveau gouvernement, la dynastie d'Orléans, était à vrai dire fort embarrassé de sa conquête.
De toutes les puissances de l'Europe, celle qui avait salué avec le plus d'enthousicisme la révolution de 1830 était l'Angleterre ; l'alliance anglaise s'imposait donc comme une nécessité au roi Louis- Philippe. Or, l'Angleterre avait élevé de nombreuses objections contre l'expédition d'Alger. Elle avait môme été sur le point de s'y opposer par la force des armes, et il était à craindre qu'elle ne fit de notre renonciation h Alger la condition de ralliance.
D'un autre côté il se forma de bonne heure, dans les Chambres françaises, un parti anti-algérien qui refusait d'admettre que la conquête d'Alger pût être féconde en résultats. Les orateurs de ce parti étaient des hommes convaincus, qui ne manquaient ni de patriotisme ni de talent : aussi leur opposition systématique fit-elle le plus grand tort à ceux qui, sérieusement, voulaient coloniser l'Algérie. On ne savait donc à quel parti s'arrêter : garder Alger et coloniser la régence, occuper seulement quelques ports et positions stratégiques, rendre le pays à ses anciens possesseurs, en faire un état vassal de la France, telles étaient les solutions proposées et on ne se décidait pour aucune d'elles.
Après tous ces tâtonnements et malgré tous ces obstcicles, ne (hut-il
LA BËSISTANCË TUK(jUli:.
vraimcnt^pas rendre justice à ceux de nos couipatrîotes, soldats, administrateurs, prêtres ou C(dons qiiieureiit l'Iionnciir de '( réaliser en AI-
'Vi ail -< w- 1
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r\t. M. — ArmlK il« md.
gérie cette chose rare dans les annales liuniaines , «no conquête faite au profit du pays conquis, auquel elle donne une administration protectrice et probe, au Heu d'être oppressive et pillarde ; une justice équi-
100 L*ALGËUIK.
table et morale, an lîeu d'être vénale et corronipae ; un gouvernement humain et civilisateur, au lieu d'être cruel et barbare. » (Nktpkmkxt.) Voyons-les donc à Tœuvre ces ouvriers de la première heure , ces artisans de notre fortune , ces fondateurs de notre puissance , et assistons à leurs efforts , mais sans cacher leurs fautes, car ce n'est pas en dissimulant les erreurs commises qu'on en prévient le retour : c'est au contraire en les avouant au grand jour.
La première question à régler était celle de la transmission du gouvernement. D'ordinaire, afin d'éviter le désordre et de conserver la tradition et la suite des affaires, le conquérant d'un pays respecte l'administration existante. Il n'a en effet qu'à se substituer d'abord au vaincu. C'est l'unique moyen de se ménager des ressources et de prévenir des froissements inévitables. Or ce principe fut complètement méconnu. Non seulement on ne daigna pas faire savoir aux anciens fonctionnaires de la régence s'ils étaient conservés ou destitués, mais on agit avec eux comme s'ils n'avaient jamais existé. Ce fut un grave tort. Ces fonctionnaires abandonnèrent leurs services sans en faire la remise régulière, et même ils emportèrent ou détruisirent registres et documents : en sorte que tout fut à créer, et dans un pays inconnu, cil nous courions la chance de nous heurter à chaque pas contre des préjugés ou des usages.
Un autre tort fut d'accorder notre confiance aux intrigants, qui surent nous flatter. On alla jusqu'à leur confier l'administration d'Alger! Cette ville était autrefois administrée par les syndics ou aminés de toutes les corporations, présidés par un magistrat spécial, le cJieîclc el belad^ ou chef de la ville. On les remplaça par une sorte de commission municipale composée de Maures et surtout de juifs. Or ces derniers, à tort ou à raison, étaient fort durement traités et peu estimés dans la régence. Notre arrivée releva leur courage et leurs prétentions. Ils affectèrent vis-à-vis des musulmans des airs de supériorité très blessants. A les entendre, ils étaient nos amis et nos intermédiaires obligés. Certes Bourmont a bien fait de les traiter avec justice et douceur, mais il aurait dû ne pas les favoriser au détriment des autres races, et, par cette maladresse, nous aliéner tous les musulmans.
.LA RÉSISTANCE TUUgUE.
L'admtiiistration financière fut tout aussi mal dirigée que radininistration municipale. Toutes les perceptions s'arrCtcrent par suite de la dé-
rtg. SS. — Juif d'AIgt r.
sorganisation des^ services. LWtroi Ait ekcet^té, mais lesmembrcB de la commission municipale s'en partagèrent tranquillement les produitd| et ce ne fut que quelques mois plus tard que le hiisat-d découvrit bette fraude. Même gaspillage pour la douane. Aucune remise des biens
domaniaux. Les objets en réserve dans les arsenaux et les magasins furent abandonnés pendant plusieurs jours h qui voulut s'en emparer, et les bâtiments de commerce nolîsés pour l'expédition vinrent s'y approvisionner largement et gratuitement. Le croirait-on? L'hôtel des monnaies ne fut occupé que trois jours après notre arrivée, et il était vide. En résumé ce fut un pillage élionté. Aucune mesure ne fut prise pour assurer au nouveau pouvoir riiéritagc de rancieu.
La police elle-mcme fut désorganisée. Alger passait pour la ville du monde oîi la police était la mieux faite. Un certain d'Aubignosc fut chargé de la refondre. On lui donna un nombreux personnel et de beaux appointements; mais, malgré ces moyens de répression et le concours de l'autorité militaire, les vols, naguère presque inconnus, se multiplièrent dans des proportions effrayantes, et les indigènes en furent plus souvent encore les victimes que les auteurs.
Certes il était difficile de débuter plus mal , et notre prestige diminuait singulièrement aux yeux de ces populations impressionnables. De plus, l'armée française était mécontente. Bourmont avait demandé .pour elle des récompenses méritées. Il avait présenté au roi une liste de promotions et de décorations, mais on l'invita à restreindre ses demandes. Lui seul fut récompensé : on le nomma maréchal de France. Cette distinction lui était due, mais ses lieutenants et ses soldats en méritaient également et ils ne cachèrent pas leur mécontentement. Aussi bien le gouvernement semblait prendre à tache de joindre à cette ingratitude l'incurie la plus inexcusable. Non seulement aucune instruction ne fut envoyée au général en chef sur ce qu'il avait à faire pour utiliser sa conquête, mais encore, depuis le 9 juillet jusqu'au jour de la chute des Bourbons, on ne lui adressa que deux dépêches : la première prescrivait l'envoi en France de soixante chameaux, cju'on voulait acclimater dans les landes de Bordeaux, la seconde recommandait la formation de collections de plantes et d'insectes pour le Muséum. Abandonné i\ lui-même, et obligé de régler nos premiers rapports avec des populations intelligentes, qui ne laisseraient échapper aucune conséquence d'une fausse démarche, Bourmont essaya de pourvoir de son
LA BÉSISTAXCE TURQUE. 10»
mieux aine n6cessît6s de cette position tout exceptionnelle. Comme ^ depuis la prise d'Alger, nos soldats n'avaient pas bougé de leurs cantonnements , les Algériens commençaient à croire que l'armée victorieuse était réduite à camper sous le canon de la capitale. Ils attaquèrent nos avant-postes et assassinèrent nos hommes isolés. Bourmont pensa qu'une excursion armée dans l'intérieur du pays réduirait ces premiers soulèvements et lui permettrait de connaître la disposition des esprits. Il annonça donc qu'il irait en personne jusqu'à Hlidali, au pied de l'Atlas.
Depuis Alger jusqu'aux premières pentes des montagnes, s'étend une immense plaine, la Metidja. Comme elle présente une pente assez sensible du midi au nord, les eaux de l'Atlas, arrêtées par ce dos de pays, s'épanchaient en larges mares. On peut, il est vrai, dessécher ces mares en profitant des cours d'eau qui traversent la plaine , Isser, Harrach, Mazafran. La Metidja formée par les àllu viens de tous ces fleuves, bien arrosée et chaufTée par le soleil, est une région fertile. Bourmont pensa que des colons français seraient fort heureux de s'y établir, mais il fallait auparavant reconnaître le pays, et c'est dans cette intention qu'il avait résolu cette promenade militaire à travers la Metidja, avec Blidah pour objectif. Le désappointement de nos hommes fut très vif, quand ils se trouvèrent dans cette immense plaine, alors aride et desséchée, coupée de loin en loin par quelque maigre bouquet d'arbres. Ils s'attendaient à rencontrer les splendeurs d'une nature tropicale , et ne foulaient aux pieds que le sol du désert. La Metidja récelait pourtant d'inépuisables trésors. On le sait aujourd'hui qu'elle est cultivée dans tous les sens, et que de vastes établissements agricoles ont remplacé la tente des nomades.
Un second mécompte fut l'attitude hostile des habitants. La colonne en marche ne rencontra nulle part de résistance, mais tous ceux qui s'écartaient de ses rangs étaient impitoyablement massacrés et mutilés par les indigènes. On arriva à Blidah et on en parcourut les environs sans rencontrer d'ennemis, mais il n'y avait pas à se le dissimuler, le retour serait diflicile. Des nuées d'Arabes et de Kabyles
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étaient descendus de la montagne , tout disposés à nous attaquer. Sans une heureuse inspiration du général Hurcl, qui engagea la colonne au milieu de la plaine, au lieu de lui faire suivre un chemin encaissé, dont lea arbres et les buissons cachaient de nombreuses embuscades, elle était à tout le moins fort compromise. Quand Bourmont revint h Alger, quatre-vingts soldats ou officiers manquaient à l'appel, sans compter les blessés. Le maréchal, fort irrité de sa déconvenue, voulut connaître les motifs de cet accueil hostile. II apprit que le bey de Tittery avait organisé cette surprise. C'est lui qui avait répandu le bruit que les Français, sous prétexte de visiter Blidah, venaient pour saccager les moissons et emmener les habitants en esclavage. Il n'en fallait pas tant pour exciter l'ardeur belliqueuse des montagnards. Cette campagne nous apprenait à connaître le caractère astucieux et féroce des indigènes : elle nous rendit plus circonspects. C'était une première leçon. Par malheur elle ne devait pas nous suffire.
Bourmont comprit qu'il ne devait pas rester sous le coup de ce demiéchec. Comme il continuait à ne pas recevoir d'instructions précises de Parisi il prit sur lui d'étendre notre autorité sur les provinces de Constantineet d'Oran,en prenant possession des deux villes principales de la côte I Bone et Cran.
Nous avions jadis possédé quelques territoires non loin de Bone, à la Calle. C'était là que nos négociants venaient pécher des coraux et des éponges. Préoccupé de la perte de ces anciennes concessions, le gouvernement avait, avant le départ de l'expédition , prescrit à Bourmont de diriger le plus tôt possible sur Bone un corps de troupes, afin d'y faire reconnaître l'autorité de la France. Cette petite armée ne fut prête que le 25 juillet, et elle n'arriva devant Bone, i\ cause des vents contraires, que le 2 août. Le général de Damrémont la commandait. Notre ancien agent, de Rimbert, nous avait déjà précédés. Comme il avait des intelligences dans la place, et que les habitants avaient grand peur du bey de Constantine, le débarquement s'opéra sans encombre, et notre pavillon fut arboré sur les nmrs de la place. Bone était alors en décadence. Elle ne comptait plus que 1,500 à 2,000 habitants, déconragés par l'impossibiHté d'exporter leurs produits, et ne demandant
LA UÉSfSTANCï: TUKQUE.
plus au sol que ce qui était n6cessmre à leur conaommation quotidienne. Les murs de la place tombaient en ruines ; seule la kasltah ou citadelle, bfttie à 330 niotrcs de renceiiite, sur une émînence quî se prolonge dans la plaine, offrait une certaine rC>sistaiice. Le premier soin de Daniriniont fut de mettre la place en «-tat. Il fit réparer les parties écroulées du raur dVuceîiitc et réparer la kasbati. Il construisit aussi deux redoutes en avant dt- la porte de Constaiitiue. Ces précautions n'étaient pas inutiles : de tous côtés les Arabes du voisinage
Fte. tf. - Is tIOb de DiMt CB lU*.
avaient pris tes armes. Ils n'attendaient pour fondre sur nos soldats que l'arrivée du beyde Constantinc, qui leur avait promis de se mettre k leur tête. Dis le 4 août, ils entraient en campagne, harcelant nos postes, et interceptant nos communications. Persuadé que l'inaction était considérée par eux comme une lâcheté ou une faiblesiie, Danirémont prit l'offensive et dispersa les Arabes. Dans la nuit du C au 7, l'ennemi qui avait re{u des renforts nous attaqua sur toute la ligne, mais il fut repoussé avec perte. II renouvela sa tentative le 10 et surtout le 11. La valeur et le calrnc de nos troupes firent échouer cette attaque désespérée. Damrémont profita du découragement des Arabes pour organiser le pays. Entouré d'un conseil de notables, il avisa aux
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moyens les plus pratiques craniélîorer le régime , que naguère les Turcs faisaient pr(^*valoir. Par malheur il reçut tout à coup, le 18 août, Tordre de ramener sur-Ie-cliamp les troupes à Alger. C'était le premier de ces soudains revirements, que nous aurons souvent l'occasion de déplorer, et qui devaient, pour de longues années, nous déconsidérer aux yeux des indigènes.
Nous agîmes de môme à Oran. Par sa situation maritime qui commande, à régal de Gibraltar et mieux encore, l'entrée et la sortie de la Méditerranée, par ses nombreuses fortifications, par sa magnifique rade de Mers-el-Kebir, qui peut offrir en tout temps un refuge assuré aux plus grands vaisseaux, Oran était, après Alger, un des points les plus importants à occuper sur le littoral africain. Nous installer à Oran, c'était à la fois augmenter notre ascendant sur l'Espagne et en imposer à l'Angleterre, car il a été reconnu que les courants du littoral poussent vers la rade de Mers-el-Kebir les vaisseaux qui arrivent du détroit, tandis qu'ils arrêtent la marche de ceux qui cherchent à débouquerdans l'Océan. D'Oran à Carthagène il ne faut que quinze heures de traversée, en sorte qu'une croisière, établie entre ces deux ports intercepterait, bien mieux que Gibraltar, le passage de la Méditerranée à l'Océan.
Les Espagnols connaissaient les avantages de cette position, lorsqu'ils s'y établirent, au commencement du seizième siècle , sous la conduite de l'illustre cardinal Ximénès. Ils y avaient élevé des ouvrages considérables. La force de la garnison était de six à sept mille hommes. Elle servait à repousser les ennemis du dehors et à contenir cinq mille presidiartos ou galériens envoyés d'Espagne : mais le pays ne produisait rien. On était obligé de faire venir tous les approvisionnements d'Espagne, même la viande, et la garnison ne s'aventurait jamais au-delà des murs de la place. C'était donc un poste onéreux et qui ne pouvait exercer aucune influence sur les tribus du voisinage; car la garnison était comme prisonnière dans la ville et les forts.
En 1792, lors(|ue les Espagnols renoncèrent à Oran, les Algériens s'empressèrent de démolir les constructions qui avaient coûté tant de peine à leurs prédécesseurs. Ils y installèrent des beys, qui se succé-
LA UÉSISTAXCE TUU^^UK.
dèrcnt avec rapîtlîtc'. Le bey de 1830 se nommait Hassan. C'était un vieillard qui ne demandait qu'à mourir en paix. Il avait informé Bourmont de ses sentiments pacifiques, et l'avait prié de lui envoyer au plus vite des soldats français pour leur remettre la ville et les forts, car les Arabes du voisinage devenaient remuants, et il ne se sentait pas capable de leur résister longtemps. Pour ce qui le concernait, il ne demandait qu'à se démettre de ses fonctions, lîourmont envoya aussitôt un de ses fils i\ Oran pour y traiter de la capitulation. Pendant qu'on était en pourparlers, le capitaine Le Blanc, chef de rescadre.
Ffc/97. — Ormn ; trc dn port pendant la domination espagnole.
prît sur lui de s'emparer, avec une centaine de marins, du fort de Mers-el-Kebir. Les Turcs, qui en formaient la garnison, ne lui opposèrent aucune résistance. Cette façon brusque de procéder ne changea rien aux dispositions [d'Hassan. Il démontra seulement au capitaine Bourmont la nécessité d'agir vite , si on ne voulait être prévenu par les indigènes. Le maréchal, sur le rapport de son fils, envoya un régiment à Oran, mais à peine l'escadre avait-elle mouillé à Mers-el-Kebir qu'un contre-ordre arrêtait le débarquement. Bourmont venait en effet de recevoir de graves nouvelles de France et tenait A concentrer toutes ses forces. Le môme sentiment, qui lui avait déjà dicté le rappel de Damrémont, lui inspira la résolution de ne pas s'établir à Oran. Le bey, informé de cette nouvelle décision, en déplora les conséquences, et déclara que, néanmoins, il restait l'ami des Français.
A Bougie nous fumes moins heureux encore qu'à Blidah, Bone et
Oran. Quelques émissaires étaient venus trouver le maréchal à Alger, et lui avaient promis la soumission des tribus voisines de Bougie, à condition que les Français respecteraient leur religion et leurs propriétés, lîourinont le leur promît et envoya une corvette, la Hayonnatse^ prendre possession de la ville : mais les dispositions des habitants avaient changé dans l'intervalle, et la liayonnaise fut reçue à coups de canon. Le commandant n'avait pas de troupes s\ bord et se retira.
Demi-échec à Blidah, irrésolution fâcheuse à Bone et à Oran, insuccès à Bougie, tel était le bilan de nos premières opérations. Elles portaient un caractère d'irrésolution qui détruisait l'ascendant moral, que nous avait acquis la rapide conquête de la capitale, et les Arabes attribuaient l'extrême circonspection du maréchal à la terreur quMIs lui inspiraient. Ce sentiment prévalut bientôt dans toute l'Algérie, et nous valut de nombreuses et vives hostilités.
Quelles étaient donc les graves nouvelles qui dictaient au maréchal de si singulières décisions? Le 10 août, un bâtiment marchand, venu de Marseille, avait apporté la nouvelle de la chute de Charles X. Tant que Ton pût conserver quelque doute, Bourmont ne cacha pas scm désir de ne pas reconnaître le fait accompli. Dans la nuit du 10 au 11 arriva une dépêche officielle. Elle annonçait le départ de Charles X et la nomination de Louis-Philippe d'Orléans cotnme lieutenant général du royaume; ce qui fit supposer au maréchal que le duc de Bordeaux pourrait bien être nommé roi de France. La plupart des officiers généraux étaient de cet avis, mais, malgré leur désir de conserver l'armée d'Afrique à la légitimité, ils se montrèrent moins soucieux de faire prévaloir leur opinion que de maintenir l'ordre et la discipline. Quelques fanatiques auraient voulu qu'on embarquât une partie de l'armée pour la diriger sur Paris, mais l'amiral Duperré déclara que pas un soldat ne partirait sans sa permission.
A partir de ce moment les dépêches se. succédèrent, mais toutes adressées à Duperré. Le nouveau gouvernement, en cessant de correspondre avec le maréchal, lui offrait ainsi le prétexte de se retirer. Bourmont s'était un instant flatté de l'espoir de conserver sa position.
Il avait utt'xnQ fait arborer le drapeau tricolore, et annoncé lY'Iévatîon au trCne de Louis-Philippe : mais sa situation particulière et ses opinions bien arrêtées ne permettaient pas de le maintenir à la tête de Tannée d'Algérie. Le général Clauzel fut désigné pour lui succéder. Ilourmont apprit cette nouvelle avec un découragement dont les afTaires
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Tig. 28. *- Le man'trhal B<Miruiont.
se ressentirent. Le bey de Tittery, prenant pour prétexte l'expulsion des Turcs, nous déclara la guerre par une lettre insolente, oîi il annonçait sa prochaîne venue devant Alger à la tcte de deux cent mille hommes. Ce n'était qu'une bravade, mais qui peignait l'état des esprits. Ijes Al^'érîens nous bloquaient dans la banlieue d'Alger. Tout homiuc qui s'écartait de nos lignes était fusillé et son cadavre odieusement mutilé. La situation en se prolongeant risquait de devenir dangereuse.
110 L'ALGERIK.
Le 2 BCptcinbrxî, flans la niatin^*e,les vîgîcs KÎgnaKîront enfin un navire qui se clirî;îeaFt sur Alger. CY'taît VAhysiras^ ayant 5\ son boni le g/;neral Clauzel. Fne foule «roniciers, ^le soMats et (rîn<lîg?Mics courut alors sur le port afin d'assister au débaniuernent du nouveau g<5n<^»ral en chef. Clau'/el se rendît aussîti'it auprès de lîourniont, qui lui remit le cotnniandeincnt. Le mar/îclial avait eu d\il>ord Tintention clo se rendre directement i\ Marseille. L<s lettres qur- lui apportait rAhjfUtras le firent changer de r<^*solution. 11 se df'terniina, aprr*s quelques h/*sitations, h, attendre à Mahon, dans les ]ial<C*ares, que le temps eût CciIukC* les passions et assoupi les haines. Il demanda donc un navire à son successeur, mais cette mince faveur lui fut refus^*c. Il ne put trouver qu'un brick autrichien, sur leqtiel il s*embarqua avec deux de ses fils. LVmé (^'tait allé porter \ Paris les drapeaux pris sur rennemi; le quatrième avait péri dans la campagne. Ce fut donc en proscrit qu'il s'éloigna de cette terre africaine, cju'il venait de conquérir pour la France.
La nomination de Clauzel avait été bien accueillie par l'armée d'Algérie. Vieux soldat de la République et de TKmpire, dévoué aux idées littérales, il était difiicile de faire un meilleur choix. Son début fut pourtant malheureux. Il adressa aux troupes une proclamation-pour leur «annoncer sa mission, sans leur distribuer un seul mot d'éloge pour leurs glorieux combats. Instruit de cette erreur, il s'empressa de la réparer dès 1<3 lendemain, en adressant des compliments & ces braves soldats qui de leur victoire n'avaient encore recueilli que d'injustes dédains.
Les premiers soins de Clauzel furent cons<icrés à l'administration et à la réorganisation de l'armée. Il avait amené avec lui quelques anciens fonction n.iires de l'PImpire, dont il forma un conseil de gouvernement. Ce conseil se mit tout de suite s\ la besogne, et, avec une précipitation parfois regrettable, rendit une foule d'arrêts relatifs à la justice, aux finances, et \ l'administration. Ainsi commenrait cette manie de réglementation,- qui nous a fait tant de mal, cette fureur de codifier à tort et à travers, sans consulter les usages, et d'après certaines théories en Tair. Il est vrai que nos habitudes administr.itives ne se sont guère modifiéH^'s sur ce point, et c'est un grand malheur, car, en agissant de la sorte, on bouleverse tout sans rien fonder.
LA ItËSISTANCK TUE«JL'E. 111
IViidunt que nous corisumioris uu temps prf^-cicux A entasser rf-glemonts sur règlements, la situati<;ji ext('Tieure se complûiuait. Purtunt avaient surgi dans les villes ou an sein «les trilius des chefs andtiticux, qui voulaient se i»arta;,'er les laïuheaux de l'aiicienne r^-gence. Les uns recouraient volontiers au patronage de la P'rarice, les autres A celui de l'ciiipereur dn Maroc, ceux-ci simgeaient à se constituer des principauti's indépendantes. ïln des plus redoutables parmi ces cLels était le
bey de Tittery, Iîou•^Iezrag, qui avait n'uni, dans une liaine commune contre les infidèles, plusieurs trittus ordinairement en guerre les unes contre les autres, et les avait lanc'es dans la Ijanlieue d'Alger. ( lIitUKel résolut de le punir de ses hravades, et, pour frapper un cou[il pluH décisif, de l'attaquer auc<uur même de ses forces, dans sa capitale du Medeah.
IjB colonne ex[/-ditiontiaire compta liuit mille lioinmes environ. On y remarquait pour la première fois des indigènes mêlés iV nos soldats. C'étaient des Kah^les de la triliii des Zoiiaoïias qui venaient d'entrer
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à notre service. Ils étaient commandés par les capitaines Manuel et Du vivier. On remarquait aussi dans l'état-major un jeune manieluk, récemment arrivé de Tunis, Yousouf, dont le nom allait bientôt devenir populaire. L'armée quitta Alger le 17 novembre, et bivouaqua le soir même à Bouffarick. Le 18 elle entrait à lîlidali, mais trouvait la ville dé'serte. Les habitants s'étaient enfuis dans la montagne. Le 19, Clauzel essayait de s'organiser i\ Blidali. Le 20, aprcs avoir laissé dans la place une petite garnison pour assurer les communications avec Alger, il se porta sur Medeali; le temps était splendide, Tennemi ne se montrait nulle part. Les Kabyles, effrayés par le déploiement de nos forces, venaient à notre rencontre, et nous fournissaient des vivres ; c'était une promenade militaire. On arriva sur le soir à une grande ferme au pied du col ou téniah de Mouzaïa, la première des gorges qui permettent d'arriver sur les sommets de l'Atlas. Il s'agissait de franchir, sous le fea de l'ennemi, ce dangereux obstacle. C'est un chemin ou plutôt un sentier d'accès périlleux, entrecoupé de ravins donnant à peine passage à quelques hommes de front. Bou-Me/rag avait mis deux canons en l)atterie sur cet étroit passage, et, des deux côtés, ses troupes garnissaient les hauteurs. Plus les obstacles à franchir étaient redoutables, plus Clauzel espérait obtenir d'ascendant sur les indigènes par un succès sur lequel il comptait.
Le 21 nos soldats gravirent assez facilement les premières pentes, et chassèrent successivement l'ennemi de tous les mamelons qu'il occupait. Il n'y eut de résistance sérieuse qu'i\ la téniah de Mouzaïa, oîi Bou-Mezrag nous attendait avec ses meilleures troupes. On tiraillait depuis deux heures sans résultat apparent, lorsque Clauzel ordonna à ses soldats de gravir les crêtes pour tourner le col et prendre l'ennemi à revers. Ce mouvement réussit; le général Achard, qui venait d'arriver à l'entrée du col, fait déposer les sacs, battre la charge, et lance ses soldats. Ces braves allaient au devant de la mort, car, sous le feu roulant de l'ennemi, et d'après toutes les prévisions, ils devaient perdre au moins la moitié de leur effectif. Beaucoup d'entre eux périrent en effet, moins cependant qu'on le craignait, et les Algériens, déconcertés par cette brusque attaque, s'enfuirent en désordre et nous
LA RÉSISTANCE TUKgUK.
lis
laissèrent en possession du col. Le premier officier français qui y arriva était l'aide de camp du général Acliard : il se nomniaît de MacMahon. Avant le coucher du soleil nous étions maîtres de toutes les positions, et le drapeau tricolore flottait sur l'Atlas. Ce passage de Mouzaïa était certes un beau succès, car l'ennemi avait pour lui l'avantage du nombre et de la position. La journée avait été meurtrière; nous perdîmes plus de deux cents liommt»s ; mais elle nous valut un ascendant
fflf . 30. — Prlae •!« Mrdmh ; «rii|iri?4 le tuMcau de SlnW-on Fort.
immense sur toutes les tribus. Dès le lendemain, 22 novembre, Clauzel entrait sans résistance à Medeah, la capitale du bey. Le 23, Bou-]\Iezrag demandait à capituler et le général lui pardonnait. Le 24 et le 25 nous installions dans la ville un nouveau bey, et le 2G la colonne expéditionnaire retournait à Alger, laissant dans sa nouvelle conquête une petite garnison commandée par le colonel Marîou. Le retour ne fut pas inquiété, mais, en arrivant à Bli<lah, on apprît que la garnison de cette ville avait été sérieusement attaquée. Clauzel, après avoir reconnu qu'il n'y avait aucun avantage î\ occuper la ville, fit reprendre la route d'Alger. Aucune alerte ne troubla le tr.ijet.
L'expédition de Medeah fut sagement conçue et habilement conduite, mais ce premier acte de vigueur fut malheureusement isolé. En France on redoutait une guerre générale, et aucun renfort n'était envoyé en Afrique. On ne donnait même pas d'instructions précises, comme si le gouvernement avait eu Tarrière-pensée d'abandonner Alger d'un moment à l'autre. Cette indécision fut si grande que Clauzel dut ordonner à la ganiison de IMcdeah de revenir h Alger; cette retraite fut un malheur, car les résultats de la campagne se trouvaient perdus. Dès les premiers jours de la conquête, de fâcheux revirements compromettaient ainsi l'œuvre de nos soldats.
Cette mésaventure déconcerta le général Clauzel. Il crut alors nécessaire de demander à la diplomatie ce que la force des armes ne pouvait plus lui donner. Le bey de Tunis était en ce moment en instance auprès de lui afin d'obtenir pour des princes de sa famille Tinvestiture des beylicks d'Oran et de Constantine. Il s'engageait à se reconnaître le Yassal de la France, à lui payer un tribut considérable, à protéger tous les Européens qui voudraient s'établir dans ses Etats à titre de colons ou de commerçants. Incertains comme nous l'étions sur la nature et la durée de notre occupation algérienne, en adoptant cette proposition non seulement nous nous assurions la possession immédiate des deux* provinces d'Alger et de Tîttcry, mais encore, sans tirer un coup de fusil et sans bourse délier, nous étendions notre influence sur deux provinces importantes. De plus, au point de vue militaire, nous interceptions les moyens de correspondance entre les tribus de l'est et de l'ouest, nous occupions un littoral de plus de cinquante lieues, et sur le reste des côtes les ports nous étaient ouverts avec des avantages, qui équivalaient à la possession. Enfin au point de vue financier, nous nous assurions des revenus considérables. Clauzel n'hésita pas, et signa le traité. La convention fut pourtant rejetée par le gouvernement, parce que le général avait outrepassé ses pouvoirs et que le traité préjugeait la question de savoir si nous garderions indéfiniment Alger. C'était même le vrai motif du refus : on ne savait pas encore t\ Paris ce qu'on ferait de l'Algérie. On préférait ne s'enchaîner par aucun engagement et laisser au temps le soin de consacrer nos droits.
LA BK I8TASCE TUB'jUK.
Clanzel, furieux de cet i-cliec diplomatique qui venait, si mal i\ propos, s'ajoDter au dcmi-succts de Medcali, se rt-paiidit alors en plaintes si vives, qu'elles nécessitèrent son rappel en France. Quelles que soieut
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les fautes qu'il ait commises ou plutût les torts qu'on lui ait reprochés, Claozel laissa des regrets en Afrique ; il d^'sirait le bien du pa^-s et croyait cil son avenir. Mieux aurait val» le maintenir. L'expi^'Hencc acquise, la connaissance des besoins urgents, l'étude des nécessités locales auraient évité te retour des fautes commises; on préféra le
116 VALi})tniE,
remplacer, et aucun de ses premiers successeurs ne fut h la hauteur de la tache.
II est vrai que le vague des idées, le tiraillement des volontés, la contradiction des projets qui formaient alors comme le fond de la politique gouvernementale à propos de l'Algérie se reflètent dans Textrcnie mobilité dont est marqué le choix des gouverneurs. Jusqu'au 10 août 1835, époque à laquelle Clauzel est de nouveau envoyé en Afrique, cinq personnages différents administrent le pays : Berthezène pendant un an, de janvier 1831 à janvier 1832; Savary de Rovigo pendant quatorze mois, de janvier 1832 à mars 1833 ; Avizard pendant deux mois; Voirol pendant quinze mois, jusqu'en septembre 1834; et Drouet d'Erlon jusqu'au 10 août 1835. Naturellement chacun de ces généraux arrivait avec des idées particulières qu'il cherchait à faire prévaloir. Le fil de la tradition était sans cesse rompu. On recommençiut au lieu de continuer. On piétinait au lieu de marcher. Aussi l'histoire de l'Algérie pendant ces cinq années présente-t-elle un confus entassement d'expéditions avortées , de projets abandotmés aussitôt que conçus, de décisions contradictoires et de fautes provenant de notre ignorance et de notre indécision. Qu'il nous suffise de*rappeler à grands traits les résultats obtenus, sans insister sur les moyens employés.
En premier lieu notre domination s'affermit et les indigènes s'habituèrent à nous considérer comme les légitimes possesseurs du pays. Malgré la résistance des Hadjoutes, la Metidja fut définitivement occupée. Oran et Mostaganem reçurent des garnisons françaises, et les deux tribus arabes des Douairs et des Smélas devinrent nos fidèles alliées. Bone et Bougie furent reprises et réoccupées. Peu à peu s'étendait notre cercle d'influence. Si, pendant cette période, nos relations avec les populations prirent une extension qu'elles n'avaient pas eues jusquelà, si nous fClmes à portée de mieux étudier leur caractère et de réunir sur elles des renseignements précis, ces progrès tiennent à la création des bureaux arabes et à celle des corps auxiliaires.
On appela bureau arahe^ une institution destinée à nous mettre en rapport avec les Algériens non plus par l'intermédiaire d'interprètes
LA BÉSISTAN'CE TUltljL'IL
OU peu sûrs ou mt-pris^s, mais gn'icu iV nos officiers, initi<:s aux langut-s
nt M — Vit de Cu T t u II
du pays, vt cliarg*^-» Je veiller à scii besoins. Oc fut eu l$f>2 que le général Trézel, clief dV'tat-major du corps d'occupation, orgaïusi» ces
bureaux. Le premier chef fut Lamoricière. Il était difficile de faire un meilleur choix. Lamoricière avait de l'audace, de la résolution, il était plein de ressources et animé de la généreuse intention de rendre service à son pays. Ces bureaux arabes nous furent très utiles.
La seconde création fut celle du corps des zouaves^ appelé i\ une si haute réputation militaire. liourmont avait eu la pensée d'enrôler des indigènes dans Tarmée française, et de leur donner pour chefs des officiers français. Il n'avait pas eu le temps de les organiser. Clauzel s'en chargea. Les premiers zouaves furent des Kabyles de la province de Constantine, véritables mercenaires habitués, comme jadis les Suisses, à se vendre au plus offrant. Ils acceptèrent nos offires et devinrent le noyau de ces fameuses bandes, qui devaient s'illustrer sur des champs de bataille si différents. Plus tard la proportion des indigènes diminua : les zouaves, avec le temps, ne gardèrent même de leur origine que le nom et l'uniforme, mais, dans les premières années de l'occupation, tout ce qu'il y avait parmi les indigènes d'esprits ardents et aventureux se firent un honneur de grossir les rangs de ce corps d'élite. Avec une pareille troupe bien conduite on devait faire et on fit des prodiges.
Un second avantage de notre séjour en Algérie fut que, peu à peu, à l'école des faits et de rexp.éricnce, se forma toute une génération d'officiers, d'administrateurs, de diplomates qui commencèrent à connaître et à organiser le pays. L'Algérie ne fut pas seulement un champ de manœuvres et une école de guerre, mais plus encore une matière d'études presque inépuisable qui fournissait l'occasion de comprendre des idées, une civilisation et une société différentes des nôtres. Alors
commencent à figurer sur les bulletins les noms de Duvivier, Changarnier. Bedeau, Cavaignac, tous intelligents et braves, sans opinions préconçues, qui observaient et savaient plier la routine aux exigences de la situation.
La dernière conséquence de ces premières années de domination fut qu'on s'habitua à considérer rAlgérie non plus comme une terre conquise, mais aussi conmie un pays à coloniser. Ces idées, il est vrai, ne pénétrèrent que lentement dans les esprits, car il existait alors, et peut-