AMBRES ET ARBUSTES
Algérie : le Nymphsea et le Nénuphar, Ranunculus flammula, RaphanusLandi^a^ Roripa amphiOia, Rhamnus Frangula^ Trapa natans, Tliapsia polygama^ Statice Limonium^ Rumex marUimus^ Pohjyonum hydropiper , VaUisneria spiralis, Asplenium marinum, etc.
De même, à mesui:ai4iifi roiL-a!éIfi-Ya siLr les moniagnes.,ia végétation prend un caractère plus boréal et l'on y rencontre beaucoup d'espèces de. l'Europe centrale ou des montagnes de la région méditerranéenne. Ces espèces commencent à des niveaux d'autant plus élevés que Ton s'aA^ance plus avant dans le sud, où la flore des steppes tend à tout submerger. Chaque sommet de moniagne y représente une île méditerranéenne, comme nous l'avons constaté au Mzi, près de Figuig.
Les diA^erses flores de l'Algérie sont bien caractérisées par quelques Graminées : les Festuca du groupe de VOvina^ pour la région montagneuse, le Diss {Ampelodesmos tenax) pour le Tell; l'Alfa {Stipa tenacissima) pour la steppe et enfin le Drinn [Arthrallierum pungens) pour les sables désertiques.
Arbres et arbustes. — Outre le Diss, la flore du__ Tell prescrite encore comme caractéristique -uo remarquable ensemble d'arbres et arbustes toujours verts : olivier, lentisque, chêne-liège, chêne vert^ chêne kermès, myrte, phyllireas, tliuya d'Algérie, pin d'Alep, caroubier, palmier nain,, laurier, laurier-^., rose, arbousier, alatern-fe^-jeta^JLes arbres.011 arbustes, à feuilles caduques y sont trop peu nomJDreuxjjOijLr rnediiier aÊt^asp£ct-laujours vert^ de la. florearbusr. tive^si l'on en excepte toutefois certaines plaines occupées par Zizyphus Lotus le Chéhf par exemple ; Battandier et Thabut. — Algérie. 2
mais cet arbrisseau, se trouvant en général dans des terrains cultivables, disparaît de plus en plus. Nous citerons comme autres essences à feuilles caduques : le Popnlus alba, formant çà et là des bouquets dans les ravins frais, le figuier, quelques Salix^ VAnagyris fetida, quelques génistées, le micocoulier, l'orme, les érables, le chêne Zen, les térébinthes, quelques peupliers noirs dans la région montagneuse, etc.
Jusqu'à notre arrivée en Algérie, l'Arabe, essentiellement pasteur, n'avait guère modifié la distribution naturelle des espèces tant végétales qu'animales. De vastes broussailles ou maquis couvraient plaines et coteaux, cédant parfois la place à des peuplements de Diss, dont les touffes rapprochées forment chacune une butte d'environ 50 centimètres de hauteur. C'est une botte de feuilles rudes et coupantes d'où émergent quelques hampes de 1 à 2 mètres semblables à des roseaux. Les clairières des broussailles formaient prairie. Les meilleurs terrains seuls étaient cultivés à la mode arabe. On labourait ou plutôt on grattait la terre entre les touffes de broussaille. Même les herbes vivaces un peu profondes n'étaient point arrachées*
Broussailles. — Les essences principales qui forment nos broussailles sont l'olivier, le lentisque, le chcne kermès, les cistes, le palmier nain, etc.
L'ohvier est très répandu dans presque tout le Tell jusque vers 1 200 mètres d'altitude. 11 est certainement autochtone, tantôt à l'état de simple broussaille mêlé avec d'autres essences, tantôt formant de grands arbres plusieurs fois séculaires, parfois de véritables géants comme celui du marabout de Sidi Rehan près Bougie.
Les Phyllireas, très semblables à l'olivier, jouent le même rôle dans les broussailles et poussent comme lui pêle-mêle avec d'autres essences.
Le lentisque et le chêne kermès jouent un rôle prépondérant dans la formation de nos maquis, tantôt buissonnants sur les coteaux secs ou très pâturés, tantôt formant des arbres plus ou moins élevés dans les vallées fraîches. Le lentisque pousse souvent en grandes touffes hémisphériques pareilles à des arbres qu'un cataclysme aurait enterrés jusqu'au milieu du branchage. Dans les bonnes terres de culture, ces touffes sont parfois énormes ; sur les dunes du bord de la mer, elles résistent bien et prennent, au moins en largeur, un grand développement. Près d'Alger, le lentisque donne parfois un peu d'une térébenthine molle et gluante ne se desséchant pas comme le mastic. Il est assez rare que le chêne kermès porte l'insecte auquel il doit son nom et que l'on trouve aussi sur les racines du chêne vert. Ce chêne kermès est encore connu sous le nom de Garouille. L'écorce de sa racine est recherchée pour le tannage des peaux.
Le myrte pousse exceptionnellement aussi à l'état de grand arbre, mais le plus souvent il reste broussailleux. Il est très abondant dans les broussailles du littoral des provinces d'Alger et de Constantine, mais, vers l'ouest, il ne dépasse guère Ténès. Entre le cap Aokas et Tembouchure de l'oued Agrioun, près de Bougie, il forme avec le Laurus nobilis une forêt impénétrable que l'on est en train de détruire et qui ne comporte guère, outre ces deux essences, que quelques lianes. A part cette station, le Laurus nobilis forme çà et là quelques peuplements dans les
lieux frais des montagnes et du Sahel. C'est plutôt un arbre forestier qu'une broussaille.
VErica arborea, grande bruyère arborescente, joue aussi un rCAe important dans la formation des broussailles. Son tronc acquiert dans les bons terrains la grosseur de la cuisse. 11 est remplacé dans l'Est par VE?ica scoparia. Une bruyère plus modeste, ïEricamultiflora, et l'arbousier sont aussi très répandus.
Toutes ces broussailles poussent généralement pêle-mêle avec beaucoup d'autres essences, en première ligne desquelles il faut citer le Caly colonie spinosa, remplacé dans une partie de la province d'Oran par le Calycotome intermedia et dans celle de Constantine par le C. villosa. Divers genêts, variant avec les régions, sont aussi très abondants. Les Légumineuses sont encore représentées par des Coronilles, le Baguenaudier, l'Anagyre, le Psoralea bituminosa^ etc. Les Rosacées par le Rubus discolor, les Cratœgus oxyacantha et Azarollus, le Prunus insititia, le Rosa sempervirens, etc. Citons encore les Rhamnus alaternus et oleoïdes^ le Jasminwn fruticans^ le Lonicera implexa^ le câprier, les Lavatera olbia et maritima^ le Daphne gnidium. A Oran, on trouve abondamment sur certains points le Withania frutescens et le Rhus pentaphylla^ dont l'écorce et les feuilles sont utilisées par les Arabes pour le tannage et la teinture en rouge des cuirs.
A ces broussailles, surtout lorsqu'elles sont élevées, s'entremêlent des lianes. Nous citerons en première ligne la vigne, certainement indigène et que M. Pomel a retrouvée dans les travertins quaternaires de Miliana. Elle est partout où la fraîcheur
est suffisante, depuis le bord de la mer, jusque dans les montagnes élevées ; elle y grimpe sur les plus grands arbres et donne de petits raisins acidulés. Le lierre doit être cité ensuite. Le lierre d'Algérie constitue une belle variété à feuilles grandes et peu lobées. Citons encore le Smilax aspera, le Clemalis cirrhosa, le Hosa sempervirens ^ VAristolochia altissima^ le Lonicera biflora dans la province d'Oran et une très rare, mais très curieuse liane, le Vicia altissima de Desfontaines, qui, au cap Aokas, couvre de ses grappes bleuâtres les broussailles les plus élevées. h'Ephedra altissima et VEpliedra fragilis peuvent aussi être comptés comme des lianes. Diverses herbes grimpantes : C alystegia sœpium ^Tamus commums^Qic, se joignent à elles pour former d'épais berceaux de verdure.
Les genévriers et le thuya d'Algérie sont aussi d'importantes broussailles; nous y reviendrons à propos des forêts.
Une autre classe de broussailles, les broussailles sous-frutescentes, est représentée en première ligne par les Cistes et les Hélianthèmes. Les Cistes forment souvent à eux seuls des broussailles étendues, glutineuses et denses. Le plus souvent ils garnissent les clairières des forêts qu'ils égaient de leurs belles fleurs, mais, presque secs à la fin de l'été, ils servent trop souvent à propager les incendies. Parallèlement aux cistes viennent quelques plantes de même consistance : les Lavandula Stœchas et dental a, le romarin, qui forment aussi à eux seuls des broussailles, le Prasium majus, le Teucrium fruticans, le Passerina hirsiita, divers Asparagus^ le Pulicaria viscosa, VA?Hemisia arbores-
ce7is, le Ruscus hypophyllum, des euphorbes, etc.
Enfin les peuplements de palmiers nains, espèces de broussailles-prairies. Les immenses ténements de palmiers nains, mêlés toujours d'asphodèles et de scilles, occupent en etfet le plus souvent des prairies, dont leurs feuilles ne dépassent guère l'herbe. Ces ténements sont aujourd'hui exploités pour la fabrication du crin végétal; tout le Tell se couvre de fabriques, et il est probable que cette plante, si commune aujourd'hui, finira par devenir rare. Le palmier nain aime les terres de culture peu élevées et pas trop sèches. 11 monte jusque vers 1 000 à 1 100 mètres, mais est rare à cette altitude. On le trouve aussi dans les rochers. Une fois déraciné, le palmier nain ne reprend jamais, aussi un labour à vapeur suffit-il pour le défricher. Le cœur en est comestible et il est recherché par les Arabes, ses fruits fortement astringents servent de nourriture aux chacals. Lorsque le palmier nain est cultivé, ou simplement protégé dans un bon terrain, il peut devenir épigé et son stipe peut atteindre plusieurs mètres (marabouts de la Bouzareah). Seul ou allié à l'alfa, le palmier nain sert aux Arabes à confectionner d'assez élégants objets de vannerie. Il est plus rare dans la province de Gonstantine que dans les deux autres.
Dans ce même type de broussaille-prairie, le jujubier [Zizyphus lotus) remplace souvent le palmier nain sur de grands espaces. Il forme généralement des touffes occupant de 5 à 10 mètres carrés, formées de petites branches grêles peu élevées qui partent d'une même souche souterraine. On aA^ait obtenu autrefois avec son bois une espèce de cachou qui n'a jamais été fabriqué en grand. Les branches
très épineuses réunies en cordon autour des gourbis arabes, forment des clôtures impénétrables. Shaw et Desfontaines ont \u dans cet arbuste le Lotus des Lotophages. Son fruit, un peu plus gros qu'un pois, est assez insipide. Entre les touffes de jujubier s'élèvent souvent de grandes ombellifères : Thapsia, férules, Cachrys, etc.
Le lit de toutes nos rivières, le bord des sources sont peuplés de lauriers-roses, dont les fleurs forment l'agrément du paysage, aux mois de juin et de juillet. Ils s'élèvent jusque vers 900 mètres. Comme les lieux qu'ils habitent sont toujours fiévreux, ils sont souvent regardés avec terreur par les colons, qui voient en eux les propagateurs de la fièvre. De graves docteurs ont même conseillé de les arracher partout pour couper court à l'endémie. Ce vandalisme produirait un effet diamétralement opposé à l'effet attendu. Simple indicateur des endroits fiévreux, le laurier-rose tend au contraire à les assainir par sa vigoureuse végétation. Avec lui, poussent des tamarix, des saules et parfois le redoul ou le Bupleurum fruticosum.
Tel est le tableau de nos broussailles, qui naguère couvraient la plus grande partie du Tell, mais qui reculent tous les jours devant les travaux des colons et seront bientôt réduites à peu de chose.
On pourrait encore citer quelques broussailles, plus rares et plus clairsemées, comme les Lyciuni, ï A triplex Halimus et quelques Salsolacées ; à Nemours, le Periploca angustifolia et le ZoUikofferia arborescens, dans la province de Constantine, le Gomphocarpus fruticosus, le Securmega buxifolia^ etc.
Dans la région montagneuse, nous trouvons aussi quelques broussailles spéciales. Divers Rosa^ le
Prunus prosirata^ le Prunus spinosa, V Amelanchier vulgaris, des Cotoneaster, le Bupleurum spinosum^ Juniperus nana, Ribes uva-crispa, Ribes petrœum, Berberis hispanica, Lonicera etrusca^ Lonicera arborea, Ruscus aculeatus, Dapkne laureola^ etc.
Le buis n'est connu en Algérie que dans trois stations : les gorges du Guergour, la crête nord du ïababort et les Mahdids.
Forêts. — Des broussailles nous passons aux forêts par des degrés insensibles. Malgré l'opinion classique de Salluste, qui, trop occupé à pressurer les malheureux colons de la riche province qu'il administrait, n'avait guère eu le temps de voyager, l'Algérie n'était pas, même dans son temps, YAger arbori infecundus qu'il dépeint. Sans doute les plateaux sétifiens, d'un si bon rapport pour lui, devaient être couverts de moissons. Pour pouvoir vivre et satisfaire aux exactions des proconsuls, les colons avaient évidemment dû cultiver jusqu'aux moindres recoins de ces riches contrées. Mais il est certain qu'à cette époque le Tell était un pays essentiellement forestier, et il l'est demeuré jusqu'à notre époque, même après sept siècles de domination arabe.
Les Arabes, malgré leurs mœurs pastorales et leurs habitudes incendiaires, nous avaient laissé un magnifique domaine forestier. Peu nombreux pour le vaste pays qu'ils occupaient, limités dans leur accroissement par les famines qui succédaient aux invasions des sauterelles et aux mauvaises années, et par des épidémies, très sobres de leur nature : le pays, même non cultivé, suffisait à leurs besoins et ils y vivaient sans l'épuiser. Avec la conquête, les
choses ont changé de face. Refoulés des plaines aux riches pâturages, les Arabes du Tell ont dû se concentrer dans la montagne. Protégés par nous dans une certaine mesure contre les famines et les épidémies, leur nombre s'est considérablement accru. S'ils avaient en même temps modifié leur manière de vivre, s'ils s'étaient faits cultivateurs, la terre qui leur reste eût été bien plus que suffisante; mais l'Arabe, indolent et contemplatif, se plie difficilement à ce genre d'existence. Il a multiplié ses troupeaux. I.e mouton qui n'utilise guère que l'herbe et est peu destructeur ne suffisant plus, il y a ajouté la chèvre, qui broute tout ce qui est à sa portée, arbustes et broussailles, et empêche tout reboisement; les grands arbres dont elle ne réussit pas à entamer l'écorce résistent seuls, jusqu'au jour où ils périront eux-mêmes par vétusté, par incendie ou par toute autre cause. Alors la forêt aura cessé d'exister. L'administration forestière conserve encore, il est vrai, de vastes ténements, mais, presque partout, en présence du flot des Arabes afl"amés, elle a dû leur laisser le champ Ubre. Des décrets ont livré aux troupeaux la plupart des forets. Sans doute il n'y a aucun mal à hvrer aux troupeaux les forêts assez denses, quitte à les protéger de nouveau, quand elles auront besoin de se repeupler, et d'établir ainsi une exploitation rationnelle; mais les décrets pris sous l'influence de nécessités pressantes ne concordent pas toujours avec cette exploitation idéale. D'autre part, si l'on est trop rigoureux, les Arabes incendient les forêts et en détruisent ainsi d'immenses étendues, qui ne se repeu- " plent qu'autant qu'elles sont parfaitement gardées. Toutes les forêts sont loin d'appartenir à l'État;
beaucoup ont été abandonnées aux Arabes en toute propriété, et parmi celles-ci des forêts de chênesliège, dont l'écorce est très riche en tanin. L'Arabe ne se donne pas la peine d'exploiter son liège, il vend ses arbres à bas prix à des industriels qui les coupent pour faire du tan et rasent ainsi les forêts. Cette opération accomplie, l'Arabe amène ses chèvres, qui ont bientôt achevé l'œuvre de destruction. Beaucoup de montagnes ont été totalement déboisées : Dréat, Dira, Ouach, Meghris, etc.; chez d'autres : Aurès, Mahdids, etc., l'œuvre de destruction marche rapidement.
Les résultats toujours fâcheuX; du déboisement ne sont pas les mêmes partout. Sur certaines montagnes gréseuses, un tapis de Graminées ne tarde pas à s'établir et protège le sol contre l'action érosive des eaux, ou du moins la ralentit considérablement. Ailleurs au contraire, la terre végétale est rapidement enlevée, le rocher se dénude, et la ruine devient complète.
Même sur les montagnes qui gazonnent, comme le Dréat, le Dira, le Meghris, rOuach,il ne faudrait pas croire que le déboisement soit sans inconvénients. Il pousse beaucoup moins d'herbe sur le sol dénudé qu'à l'ombre des forêts. Là où la forêt existe encore, la végétation herbacée devient luxuriante; là où l'arbre a disparu, il n'y a plus qu'un gazon ras, sauf près des sources où l'herbe est un peu plus élevée. Rien de plus frappant que de voir sur nos montagnes un arbre resté seul sur un terrain déboisé. A sa base, sur un espace aussi large que sa ramure, l'herbe croit haute et touffue, tranchant sur le gazon ras du voisinage. L'arbre agit de plusieurs manières : par
l'humus qu'il produit, par son ombre qui tempère la chaleur du soleil et diminue l'évaporation, en maintenant plus longtemps la neige et peut-être par des causes moins connues. Ce qui est certain, c'est qu'avec les déboisements ,1a sécheresse et l'aridité augmentent, même lorsque la terre n'est pas entraînée par les eaux pluviales, et le climat se détériore.
Rien de plus variable que les forêts algériennes. Tantôt ce sont de maigres broussailles d'où émergent çà et là quelques arbres malingres ; ici des pins assez vigoureux n'ayant au-dessous d'eux que des schistes nus ou peuplés de quelques rares herbes ou arbustes, comme dans les Bibans ; ailleurs des boisements plantureux et touffus couvrant une flore herbacée et des sous-bois luxuriants ; quelquefois de vraies forêts vierges entremêlées de lianes et impénétrables. Tantôt une essence unique domine, tantôt c'est un pêle-mêle d'arbres de toute nature.
C'est surtout dans le Tell inférieur que les essences sont le plus mélangées. Les forêts, en général assez maigres, n'y occupent plus guère que de mauvais terrains. C'est là d'ailleurs que la forêt a le moins de raison d'être. Pourtant quelque essence finit par dominer, comme le pin dans la forêt de Marengo,le chêne-liège à la Reghaïa et à Bou Sfer. Sur bien des points cependant la forêt pourrait peut-être constituer une culture rémunératrice, par exemple dans la plaine du ChéHf, où la sécheresse rend les récoltes si aléatoires. La culture de l'olivier, du caroubier et des arbres à tanin pourrait y être pratiquée avec beaucoup d'avantages. Le cUmat aujourd'hui insup. portable s'améhorerait beaucoup. Lorsque la forêt occupe de bons terrains, dans nos plaines du Tell
inférieur, elle y prend une vigueur remarquable et pousse extrêmement dense, comme à Si Sliman près de Marengo et Sidi Rehan près de Bougie.
Nos essences forestières varient avec l'altitude, la longitude et la nature du terrain. Sur le littoral, on trouve des forêts de pins, de chênes-liège et toute la flore broussailleuse ci-dessus énumérée, tantôt mêlée à la forêt, tantôt prenant elle-même des proportions forestières. Parfois quelques peupliers blancs, quelques lauriers peuplent des bas-fonds humides, Forme et le frêne [Fraxinus australis) peuvent aussi jouer un certain rôle. A La Galle, on trouve des forêts d'aunes si épaisses que l'on y voit à peine jour en plein midi. Le pin maritime forme deux ou trois forêts, sur la côte orientale, entre Bougie et La Galle.
De 800 à 1 200 mètres d'altitude, le chêne ballote, simple variété du chêne vert (Quercus Ilex), joue un rôle forestier considérable, souvent réduit à l'état de broussaille, mais souvent aussi formant de très gros arbres, assez sains de tronc et d'un bois extrêmement dur (fig. \). Il est fort répandu dans les trois provinces et jusque sur la lisière du Sahara. Ses glands, généralement doux, donnent une nourriture abondante, non seulement aux troupeaux de porcs, mais même à l'homme. Les Kabyles Font depuis longtemps cultivé et sélectionné, les glands étant très variables, comme taille et comme saveur.
A une altitude un peu supérieure, surtout dans les massifs montagneux de l'Est, c'est le chêne Zen, variété du Quercus lusitanica^ espèce très voisine de notre chêne rouvre d'Europe, qui devient prédominant. C'est une de nos plus belles essences fores-
rO
tières. Il peut descendre assez bas à l'état sporadique, mais ce n'est guère qu'à une altitude de 10(30 à 1800 mètres qu'il forme de beaux peuplements serrés et réguliers mêlés çà et là de cerisiers, d'érables, etc. A son contact avec les lièges, vers sa limite inférieure, il s'hybride parfois avec eux. Les principaux ténements de Zen se trouvent en Kabylie et dans les Babors. Les forêts de Yacouren et de Guerrouch sont surtout remarquables. Cette dernière, qui constitue un ténement de 40 000 hectares, présente d'immenses boisements d'une régularité parfaite, formés d'arbres très droits de 15 à 20 mètres de haut. Dans ces forêts, que l'homme trouble rarement par sa présence, les singes et les sangliers abondent. On y entend de tous côtés le chant des ramiers, du coucou et des geais. Les sous-bois y sont plantureux, les clairières forment de grasses prairies et les ruisseaux coulent à pleins bords. On ne trouve rien de plus frais, ni de plus plantureux dans le nord de la France. Dans les forêts de ïlemcen, le Zen joue aussi un certain rôle, mais il y constitue une variété à feuilles plus petites et moins caduques. Le tronc du Zen peut atteindre 10 mètres de circonférence, mais il est alors généralement creux.
Vers 2800 mètres, le chêne Zen est lui-même remplacé par un autre chêne à feuilles caduques, le chêne à feuilles de châtaignier [A far es des Kabyles), qui couronne les crêtes de la Kabylie orientale et des Babors.
Le bois de ces deux chênes pourrait être utilisé, il est plus dur et un peu plus difficile à travaille^ que le chêne ordinaire, on le dit supérieur pour conserver les eaux-de-vie. La forêt de Guerrouch avait été
mise en exploitation avant 1870; des routes nombreuses y avaient été ouvertes, des coupes importantes avaient été opérées et le bois équarri. Cette exploitation, suspendue parla guerre, ne fut jamais reprise. Les bois coupés sont restés en place, et, après plus de vingt-cinq ans, nous les avons trouvés encore très sains à 1 ou 2 centimètres de profondeur. Les ténements rasés à cette époque ne se sont guère repeuplés.
Chêne-liège. — Le plus important de nos chênes est sans contredit le Chene-liège, une des espèces les
Fi'?. 2. — Distribution du chêne-liège.
plus caractéristiques de la région méditerranéenne occidentale. Cet arbre nettement sillcicole, exige en outre un certain degré d'humidité et craint les froids excessifs. Dans le midi de la France, il s'arrête vers 000 mètres d'altitude. En Algérie, il monte jusque vers 1 300 mètres. Comme il exige un climat assez humide, il est fort rare sur le littoral oranais (fig. il) où il ne forme guère que la forêt de Bou Sfer. Ce n'est que vers ïlemcen et Mascara qu'il trouve des pluies suffisantes. Sur le littoral de la province d'Alger, il habite surtout des terrains sableux, reposant sur un fond d'argile imperméable, où règne une nappe aqui-
fère à peu près continue. L'on y trouvée de distance en distance de nombreuses mares temporaires ou permanentes. Il craint les terres argileuses trop compactes; suivant la nature du terrain, il alterne avec le pin d'Alep et c'est tantôt l'un, tantôt l'autre qui prédomine; ses peuplements y sont peu compacts et mêlés à l'olivier et à toute notre flore broussailleuse. Dans l'Est, ses peuplements sont beaucoup plus importants et plus homogènes; néanmoins les broussailles y servent trop souvent encore à propager l'incendie et leur destruction s'impose dans les forêts bien tenues. La fougère aiglière, toujours fréquente dans ces forêts, y prend parfois un développement tel qu'elle étouffe la broussaille et les jeunes semis. Les grands arbres seuls peuvent lui résister.
Le chêne-liège est un arbre de moyenne grandeur, assez semblable au chêne vert par son feuillage. Son branchage plus irréguUer, plus étalé, devient parfois pleureur. Son bois, quoique très lourd et bien maillé, est peu estimé; son tronc se carie de bonne heure. On a vu exceptionnellement quelques sujets dont le tronc atteignait 10 mètres de circonférence, ces arbres étaient entièrement creux. Le liège et le tan sont les seuls produits importants du chêne-liège, ses glands peuvent servir à la nourriture des porcs.
Nous avons déjà parlé de l'exploitation sauvage du tan, qui a fait disparaître à peu près complètement les forêts de la Sicile et de la Sardaigne ; cependant cette industrie serait compatible avec une bonne exploitation des forêts, si elle était bien surveillée. Des peuplements trop épais ont besoin d'être éclaircis, et il y a toujours intérêt à receper des vieux
arbres incapables de donner du bon liège. Mais jusqu'ici cette industrie a été des plus dévastatrices malgré les lois édictées. C'est l'écorce débarrassée du li(''ge que l'on exploite, elle contient environ 19 p. 100 de tanin et vaut de 12 à 20 francs le quintal. Un seul arbre peut en donner plusieurs quintaux. C'est l'Angleterre et l'Italie qui utilisent ce produit.
Le liège est une des plus grandes ressources de l'Algérie. On a calculé que ses forêts, mises en rapport, pourraient donner un revenu annuel de , 12000000 à 20 000 000 francs.
D'après Lamey (1), l'Algérie compte 450000 hec- ! tares de forêts de chênes lièges. Une notice, récemment publiée par le gouvernement général, porte même ce chiffre à 470000. Sur ces 450000 hectares, la province d'Oran n'en possède que 8000 et celle d'Alger 42 000. A elle seule la province de Constantine en possède plus de 400 000. Ces forêts se continuent en Tunisie jusqu'à BizerLe et y comptent encore 116 000 hectares. Le Maroc possède aussi de vastes forêts de lièges, encore mal connues, qui n'ont encore été exploitées que pour le lan, ce qui en a fait disparaître plusieurs.
Sur les 450000 hectares d'Algérie, 170000 ont été concédés à des particuliers, 16000 aux communes; l'État reste propriétaire de 274 000. 291 000 hectares sont actuellement en valeur, dont: 124 000 à l'État, 160000 aux particuliers et 7 000 aux communes.
L'écorce du chêne-liège est recouverte d'une cuirasse de tissus subéreux, mais ce liège naturel, dit liège mâle, dur, irrégulier, fortement crevassé, est
(1) Lamey, Le chêne-liège. Paria, 1893.
B4TTANDIEB et Trabut, — Algérie, 3
sans valeur. Pour mettre une forêt en exploitation, il faut au moment de la sève enlever ce liège mâle ; c'est l'opération du démasclage. Elle revient à environ 0 fr. 10 par arbre. Cette opération est assez délicate et réclame des ouvriers soigneux et expérimentés; un mauvais démasclage peut diminuer de beaucoup le rapport d'une forêt. L'arbre démasclé peut être desséché par un fort sirocco et ne saurait résister à un incendie. Même après deux ans, il est encore peu protégé. On peut beaucoup diminuer ces dangers en réliabillant l'arbre démasclé avec son liège mâle assujetti avec des fils de fer. C'est la méthode du recouvrement, imaginée par M. Capgrand Mothes.
Après le démasclage, l'écorce mise à vif se dessèche plus ou moins profondément et sous cette partie desséchée se forme une nouvelle production de tissu subéreux, qui va s'accroître de 1 à 3 millimètres par an et qui constituera le liège de reproduction, le seul employé. Ce liège reste recouvert par la partie desséchée de l'écorce, qui constitue la croûte. Si cette croûte, toujours nuisible, est trop épaisse, on pratique un second démasclage au bout d'un an ou deux. Le procédé du recouvrement la supprime presque totalement. Pour que le liège soit bon à récolter, il faut qu'il ait atteint une épaisseur suffisante, de 20 à 31 milUmètres. On pratique alors une première tire ou récolte. Les frais sont à peu près les mêmes que pour le démasclage. Les tires se font tous les huit ou dix ans. Les premières sont de qualité inférieure. 11 est rare que l'on puisse faire des récoltes régulières sur tout un quartier de forêt, la croissance du liège, comme la qualité, différant beau-
coup d'un arbre à l'autre. Les lièges à croissance rapide sont peu recherchés.
Le lièg"e est parcouru par des canaux irréguliers, pleins d'un tissu friable, qui laisse après nettoyage des trous et des lacunes. Plus ces canaux seront nombreux, moins le liège aura de valeur. Le prix des lièges algériens varie de 40 à 120 francs les 100 kilos. Un arbre peut donner un revenu annuel de 0 fr. 20 à 0 fr. 50, et l'on peut compter sur un bénéfice net de 25 francs par hectare environ.
Le chêne-liège peut être attaqué par divers insectes, par les larves du Cossus et du grand Capricorne ; la chenille du Bombyx dispar détruit parfois son feuillage sur de grandes étendues ; une fourmi, le Crematogaste?' scutellatus creuse ses galeries dans le liège môme et y produit de grands ravages; les récoltes de liège peuvent devenir la proie du Dermestes vulpinus et de larves de mites ; enfin quelques moisissures produisent sur le liège des taches qui diminuent beaucoup sa valeur. Certains bouchons neufs de bonne apparence donnent aux hquides un goût de m.oisi.
Toutes les forêts de la région du Chêne-liège sont sans cesse menacées par Fincendie, il semble même que l'épais revêtement tubéreux de cet arbre soit une adaptation déterminée par ce fléau. Mais, en Algérie, ces incendies, allumés et entretenus par des indigènes fanatiques, qui y voient un moyen de lutte ou de vengeance contre le Roumi (chrétien), sont particulièrement fréquents et terribles. Toutes les fois que vers le milieu de septembre arrivent des périodes de sirocco intense, on est sûr de voir surgir tout à coup, au milieu des plus beaux massifs, (quinze, vingt foyers
d'incendie, parfois plusieurs centaines. Les montagnes s'embrasent sur d'immenses espaces ; on a vu depuis la mer, les côtes toutes rouges de La Galle à Alger. Les foyers sont toujours admirablement choisis pour rendre la lutte difficile; d'autre part, le sirocco propage si vite l'incendie que bien souvent les défenseurs, subitement enveloppés, périssent dans les flammes. D'après M. Lamey, ce sont surtout les affiliés aux sectes de Kouans qui sont les fauteurs de ces désastres, mais leurs coreligionnaires n'ont garde de les trahir malgré la responsabihté collective. « Lors des grands incendies de 1863 à 1865 dans la province de Constantine, dit M, Lamey, on a découvert de nombreux fourneaux incendiaires composés le plus souvent d'un cylindre de liège mâle, bourré de bouse sèche et de crottin, mêlés à de la paille hachée ou à de la moelle de férule. Ces engins étaient disposés dans les fourrés et recouverts de brindilles mortes; pour mettre le feu, il suffisait de poser un morceau d'amadou enflammé sur la bouse de vache. Bon nombre de ces canons, qui avaient manqué leur effet, ont été retrouvés. » D'autres fois, quand le fanatisme est à son comble, on a pu voir les incendiaires courant la montagne même en plein jour, allumant l'incendie çà et là, et comptant pour s'échapper sur leur parfaite connaissance du pays.
Pour lutter contre ces désastres, le meilleur moyen est d'employer le contre-feu, c'est-à-dire de brûler les herbes sèches et les broussailles sur des bandes assez larges pour que l'incendie, privé d'aliment sur ces points, ne puisse les franchir. Comme mesures préventives, le mieux est de débroussailler, et de sillonner en tous sens les forêts de