ESSENCES SECONDAIRES
le Tell à l'état sporadique, le premier formant pourtant çà et là de petits peuplements. Tous deux fructifient abondamment, mais les figues sauvages ne sont pas comestibles.
Le genre Pistacia outre le Lentisque et le Pistachier très cultivé en Tunisie, est encore représenté par le Térébinthe {Pistacia Terebinthus) et le Betoum ou pistachier de l'Atlas [Pistacia atlantica), qui n'est en vérité qu'une variété plus grande et plus robuste du térébinthe avec des feuilles plus petites. Le térébinthe se trouve çà et là à la base des montagnes, souvent bien difficile à distinguer du betoum. Quant à ce dernier, il constitue une essence forestière en voie de disparition, qui a dû jouer et pourrait jouer encore un rôle bien important dans ce pays. On en trouve de très gros pieds dans le Tell, répandus çà et là dans la région montagneuse, mais cette essence est surtout précieuse, parce que c'est à peu près la seule qui pousse dans la région des steppes et jusque dans le Sahara, partout où dans les dépressions, daïas, oueds, etc., ses racines peuvent trouver un peu d'humidité. On ne voit plus aujourd'hui que de gros individus, qui, vu la lenteur de sa croissance, doivent être bien vieux ; on n'en voit pas de jeunes.
Il est impossible de terminer cette flore forestière sans dire quelques mots d'éléments d'emprunt, qui jouent aujourd'hui un rôle considérable; tels sont :
Les Eucalyptus gloùulus et rostrata^ qui forment partout des rideaux dans les plaines et donnent déjà à nos colons du bois en abondance.
Les Acacias d'AustraUe qui sont très cultivés aussi, très rustiques et dont une espèce, VA. pycnantha^ paraît devoir prendre beaucoup d'impor-
Aroïdées résistent aux labours. En général, la culture est fatale aux plantes vivaces et favorise au contraire les plantes annuelles.
Dés les premières pluies, outre les plantes bulbeuses qui ont joué un rôle précurseur et qui continuent à fleurir, tout se réveille : les plantes vivaces se hâtent de pousser, les espaces libres se couvrent de germinations ; en quelques jours, tout est transformé; la terre, naguère calcinée, s'est recouverte d'un beau tapis de verdure déjà tout émaillé de fleurs. C^est une des caractéristiques de notre flore d'avoir des fleurs et de belles fleurs en toute saison. Au moment le plus désolé, tous nos ravins sont pleins de lauriers-roses abondamment fleuris.
Cependant c'est au mois d'avril et de mai dans le Tell inférieur, au mois de juin dans les montagnes, que s'opère la floraison et la fructification de la plupart des espèces. Le Tell inférieur est en avance d'an mois environ sur la région moyenne de la France.
Nous ne pouvons passer en revue les espèces de la flore herbacée comme nous l'avons fait pour la flore arbustive, leur nombre est trop considérable. Il est pourtant certaines plantes qui se multiplient avec une telle profusion, qu'elles nécessitent une mention spéciale. Telles sont, par exemple, des espèces du genre Daucus (carottes), si abondantes en Algérie et dont une, le Daucus aureus couvre de ses peuplements serrés les marnes argileuses. Cette plante en séchant prend une teinte dorée, qui devient celle de ces terrains fort répandus dans le Tell. Ailleurs c'est VAmmi Visnaga^ très semblable à une carotte, qui joue le même rôle, mais qui tend h
devenir plus rare devant le développement des cultures. Ces mômes terres argileuses, au mois d'avril, sont toutes bleues des fleurs du Convolvulus tricolor, à travers lesquelles émergent ça et là de grosses touffes d'Bedysariim flexuosum ou d'autres sainfoins variant avec les régions. De belles Malvacées : Malope, Lavatera trimestris^ Lavatera sfenopetala, Malva hispanica, etc., y étalent aussi leurs gracieuses corolles.
D'autres plantes forment à certaines époques de vastes tapis rouges : Fedia cornucopix, Hedysarum capitatum, Silène, divers coquelicots, etc. Beaucoup de plantes sauvages ont en Algérie une tendance manifeste à faire des peuplements vastes et denses : AUgylnps, Ifordeum, Crucifères, Galaclites, Centaurées, etc. Certaines prairies forment de véritables nappes éblouissantes de couleur d'or, les fleurs des Coleostephus myconis, Clausonis, etc., s'y touchant toutes. Le Periderea fuscata, VAlyssum maritimum forment aussi de vastes nappes blanches.
Nous n'avons pas le bleuet dans nos blés et la nielle y est rare. Nos blés sont d'ailleurs envahis par une foule d'herbes sauvages, dont quelques-unes étouffent parfois toutes les autres et même le blé. Telles sont : Ridoi/îa seyetum, Gladiolus segetum^ Allium nigrum, Muscari comosum, Galium tricorne, Btfora tesHculata, Hypecoums, Rœmeria h.ybrida^ Ranunculus arvensis, dans la montagne ; Saponaria vaccaria, dans la région de Daya, etc. VAnchusa italica et quelques autres Borraginées, quoique moins nombreuses, jouent un rôle peut-être encore plus néfaste dans les cultures des céréales en nourrissant Vœcidium d'une rouille du blé.
La facilité avec laquelle poussent les plantes sau- Battandier et Trabut. — Algérie. 4
oO LE TELL. ^
vages est cause du peu de soin que l'on apporte dans le Tell inférieur à l'établissement des prairies ; on se borne à laisser de temps à autre la terre en jachère. Elle se couvre rapidement de fourrages grossiers, mais variés et souvent d'assez bonne qualité. Les Légumineuses y abondent : trèfles, luzernes, méUlots, vesces, lotiers, chenillettes, sainfoins, etc. Parfois des crucifères prennent le dessus, et donnent un produit médiocre. Il arrive aussi que la folle avoine s'empare si bien d'un terrain que l'on jurerait avoir affaire à une culture des mieux soignées. Souvent dans les plaines humides, comme la Mitidja, le blé est pourri par les eaux, il lui succède alors une excellente récolte de fourrage.
Le Cynara Cardunculus^ ancêtre du cardon et de l'artichaut, est extrêmement répandu en Algérie et y caractérise les bonnes terres de culture. Plus il prend de développement, plus le sol est riche. Dans les Mouïas, près de Constantine, il devient gigantesque, chaque pied formant une demi-sphère de 2 à 3 mètres de diamètre et même davantage. Ce sont ces terres, très mal cultivées aujourd'hui par les Arabes et pleines de ruines romaines, qui durent jadis donner à l'Algérie son renom de fertilité exubérante.
Les plateaux sétifiens sont caractérisés par une plante très spéciale d'un type oriental, V Othonnopsis Cheirifolia, ayant un peu le faciès d'un souci.
Quelques autres plantes assez caractéristiques et qui se font en outre remarquer par leur taille élevée, appartiennent surtout à la famille des ombelUfères : l'hapsia, Cachrys^ Férules, Fenouil, etc., et aux Carduacées : Cirùumgiganteum^ C. Kirbense^ Galactites,
Sylibum Marianum et eburneum^ onopordes, etc.
La flore herbacée de l'Algérie comprend deux flores principales bien distinctes : une flore désertico-orientale et une flore méditerranéenne, contenant l'une et l'autre environ un quart d'espèces spéciales au pays.
La flore désertique occupe de vastes étendues, mais est peu riche en espèces, environ 500 d'après les évaluations des botanistes les plus recommandables. Elle régne dans le désert, s'avance sur une partie de la région des steppes, s'infiltre par certaines vallées, comme les Bibans, jusque dans le Tell. Un Aristida d'un groupe désertique, A. plumosa, est abondant dans le lit de l'oued Sahel, au pied de la grande muraille kabyle. Dans la province d'Oran, cette flore envoie une puissante colonie jusqu'au bord delamer,etmême au delàjusqu'enEspagne. Quelquesuns de ses représentants se retrouvent en France ou en ItaUe, sans avoir pu se maintenir dans le nord de l'Algérie : Reaumuria vermiculata^ Medicago laciniata^ Lathyrus ciliatus, Galium ephedroides^ Peganum Hatmala^ Silène conica, Orobanche cernua^ Sideritis montana, etc. De son côté, la flore méditerranéenne a pénétré fort avant dans le sud. Sans compter les plantes rudérales qui suivent l'homme partout, on trouve dans le désert toute une série de plantes du Tell, les unes psammophiles, comme VOrlaya marilima^ d'autres aquatiques ou simplement très rustiques, comme le chiendent pied-de-poule, le Convolvulus a?'vensis, le Linaria reflexa^ V Erodium laciniatum^ etc.
La flore des steppes, bien qu'ayant en propre un certain nombre d'espèces comme l'alfa, VArtemisia
Herba-Alba, etc., est surtout un mélange des flores désertique et méditerranéenne.
La flore méditerranéenne varie beaucoup suivant l'altitude, la latitude, la longitude, la nature du sol et surtout le plus ou moins d'humidité.
On trouve sur nos hauts sommets quelques vestiges d'une flore alpine qui a dû y régner pendant la période glaciaire. Le type le plus apparent, sinon le plus remarquable est le sapin des Babors, Abies >^ww^(i^caDelannoy, qui n'existe plus que sur quelques points de ces montagnes; des graminées nettement alpines, comme Colobachne Gerardi, Fesluca frigida^ Poa Djurdjurx, nemoralis^ flaccidula, etc. Un Ranunculus très voisin du R. Villarsii couronne nos plus hauts sommets, un autre de la section hucoranuri' culus, dont les autres représentants habitent les glaciers de l'Europe, se retrouve encore quelquefois dans quelques prairies froides et humides à Terni, au-dessus de ïlemcen et au Djebel Ouacb, près de Constantine. On peut joindre à ce (te liste : Erodium Cheilanthifolium^ Astragalus depressus^ Centranthus nevadensis^ Berberis Hispanica^ Sedum majellense^ Ononis cenisia^ etc. Chose curieuse, le Centranthus nevadensis, au lieu de se trouver sur un sommet élevé, se trouve dans une étroite vallée toujours fraîche et humide. V Erodium Cheilanthifolium Boissier se trouve au sommet de Lella Khadidja et sur une montagne peu élevée, dans la région des steppes^ l'Antar, près Méchéria, et il y est particulièrement vigoureux.
Avec ces plantes se trouvent quelques types subalpins, Ranunculus mille foliatus ^ Arabis albida^Helianthemum canum^ Cerastium Boissieri^ Ai'snaria gran-
diflora, Ononis aragonensis^ Ononis ffmticosa. Vicia glauca, Rosa montana^ Potentilla càulescens, Rhamnus alpina^ Sedum nevadense, Bunium alpinum, B. Macuca, Gaya pyrenaica, Ribes petncum^ Cenlranthus angustifolius, Lonicera arborea, Scorzonera pygmœa, Erinus alpinus, etc.
Tout cet ensemble a un cachet alpin peu en rapport assurément avec la flore actuelle de nos sommets, ce sont bien là les ruines d'une ancienne flore disparue. Ce qui le démontre, c'est que ces quelques épaves se trouvent noyées au milieu d'espèces vulgaires d'Europe, devenues ici tout aussi alpines ou plutôt tout aussi atlantiques qu'elles : Chelidoniurn majus^ Aquilegia vulgaris, Tussilago farfara^ etc. Certaines de ces espèces, vrais fossiles vivants, n'existent que dans une seule station. Ce sont bien là les traînards d'une flore en fuite vers le nord. Certains de ses représentants n'existent môme plus dans le midi de la France ou y sont relégués sur les montagnes.
On trouve de ces traînards isolés un peu partout : VErinus alpinus^ le Sedum majellense, le Potentilla càulescens^ le Scier anthus amiuus, V Hypericum hirsutum, etc., ne se trouvent que sur un ou deux points du Djurdjura; V Herniaria incana, sur le sommet du Rouis dans la province de Constantine ; le Thymus Serpillam ou une espèce très voisine, surleDréatet le Dira, etc. Ailleurs ce sont les marais qui en recèlent plusieurs : le Lysimachia vulgaris à Boufarick, VOEnanthe Lachenalii, à la Rassauta, près Alger, le Salsola Tragus, près de Bûne et au Khreider. Une station bizarre, c'est celle du Trisetum Gaudinianum^ espèce du Valais et de la Sierra Nevada, qui se
retrouve au Khreider dans la région des steppes.
La flore de nos montagnes contient environ 400 espèces européennes, qui ne se retrouvent que rarement dans la plaine, mais qui descendent d'autant plus bas que l'on s'avance davantage vers le nord. Telles sont : Myosurus minimus, Ranunculus repens^ R. bulbosus, Delphinium Staphysagria, Papaver Argemone^ Thlaspi perfoliatum^ Draba muralis, Sisymbrium Alliaria, Géranium robertianum^ G. lucidum, Holosteum umbellatum^ Montia fontana. Vicia onobrychioides, etc.
La région de La Galle, point le plus septentrional de l'Algérie, a gardé, jusque dans la plaine, beaucoup d'espèces européennes, qui ne se retrouvent guère ailleurs en Algérie : les Nymphœas, le Ranunculus flammula^ le Raphanus Landra, le Roripa amphibia, le Rhamnus Frangula, etc.
Un certain nombre d'espèces européennes des anciennes flores de l'Algérie semblent s'être réfugiées non vers le nord, mais vers le sud : Brassica humilis^ Hélianthemum hiitum, Buffonia tenuifolia^ Herniaria iricana, Filago montana^ Onopordon acavle^ Asplenium Buta mur aria, etc. D'autres plantes, qui ne se retrouvent que dans le sud de l'Algérie et dans le midi de l'Europe, proviennent au contraire d'un courant de plantes orientales qui a poussé jusqu'en Europe sans pouvoir prendre pied définitivement dans le nord de l'Algérie.
La flore du Tell contient donc en grande majorité des espèces méditerranéennes, ensuite un groupe très important d'espèces de l'Europe moyenne, réfugiées sur les montagnes et dans les lieux très froids, des vestiges d'une flore alpine, et des infiltrations de
la flore désertique. Chacune de ces flores partielles contient environ un quart d'espèces spéciales.
Si nous étudions les rapports de la flore algérienne tout entière avec les flores des pays voisins, nous trouvons que sur environ 3 000 espèces qu'elle comprend, 1 900 se retrouvent en Espagne, i 600 au moins sont communes à l'Algérie et à l'Italie, 1 500 à l'Algérie et à la France; environ 600 sont spéciales. 200 plantes environ ne sont communes qu'à l'Espagne et à l'Algérie; 195 qu'à l'Algérie et à l'Orient; 5 à 7 plantes d'Algérie ne se retrouvent qu'en Grèce ; 3 ne sont communes qu'à l'Algérie et à la France; avec l'Italie méridionale le nombre d'espèces spéciales communes est de 70. Une quarantaine se retrouvent en Algérie, en Orient et en Espagne, sans s'étendre à d'autres pays, enfin une quarantaine aussi, dont plusieurs cosmopolites, se trouvent répandues sur toute la calotte nord de notre globe.
Les familles les plus importantes sont les Composées qui forment les 16 centièmes de la flore phanérogamique; les Légumineuses, 12 centièmes ; les Graminées, 8 centièmes ; les Crucifères, 7 centièmes ; les Ombellifères, Labiées et Caryophyllées viennent ensuite. Les genres les plus nombreux en espèces sont : Silène^ Ononis, Centaurea, Hélianthemum, Linaria^ AsU'agalus, Ranunculus^ Fuphorbia, Tinfolium, Galium^ Erodium^ Medicago, Vicia^ Carex, Plantago^ Staiice, Salvia, Senecio, Reseda^ Brassica^ Teucrium, etc.
Beaucoup de genres sont spéciaux au pays, surtout dans les Crucifères; d'autres, comme le genre Carduncellus, y ont la grande majorité de leurs espèces.
On trouve dans l'est une petite colonie d'espèces appartenant à des genres qui d'ordinaire ne s'aventurent pas sous une pareille latitude : Jassiœa, Glinùs, Oldenlandia, Serpicula, Ipomœa. On peut y joindre quelques espèces qui y semblent tout aussi égarées : Colocasia antiquorum, Valisneria spiralis^ Utricularia cxoleta, Wolfîa arrhiza.
Les Orchidées et les Fougères, plantes des régions humides, sont naturellement peu abondantes en Algérie. En dehors du ïell, elles n'existent guère que dans les montagnes. Ce sont en général des espèces du midi de l'Europe, avec quelques types secondaires spéciaux : Ophvys atlantica^ Ophryspectus, Limodorum ïrabutianum, Platantliera algeriensis. Nous avons un seul Crocus, dans la région de Garrouban, une tulipe et unefritillaire, très répandues, une douzaine de beaux Iris^ deux glaïeuls, divers narcisses, Panerais, etc.