CHAPITRE V LE SAHARA
Au delà du dernier cordon montagneux qui limite au sud la région des Hauts-Plateaux, s'étend le Sahara, le plus grand des déserts, continent longtemps mystérieux sur lequel on commence seulement à avoir des données positives, grâce aux voyages de Caillé, Duveyrier, Rohlfs, Barth, Nachtigal, Flatters, Douls, Foureau, etc., et aux travaux de MM. Pomel, Rolland, Tissot, etc.
La limite du Sahara n'est pas toujours très nette. On trouve en effet en deçà du cordon montagneux précité, plusieurs îlots désertiques. Le bord des Chotts de la région des Hauts-Plateaux, ne diffère souvent pas beaucoup du bord des Chotts sahariens. Bou Saada et Aïn Sefra, avec leurs dunes, sont aussi désertiques que Biskra. La flore saharienne s'avance même jusqu'au grand massif kabyle par les Portes de Fer, où Mansourah forme une véritable oasis. Un Aristida d'un type saharien habite les sables de l'Oued Sahel. Parfois la hmite paraît nettement tranchée, comme vers cette féerique muraille d'El Kantara, qui sert souvent de barrière aux pluies. A peine a-t-on passé l'étroite porte par où s'échappe l'Oued, que le soleil succède à la pluie et que l'œil émerveillé voit se dérouler la belle oasis d'El Kantara et la plaine immense. Ce spectacle grandiose frappe tellement l'imagination que l'on en exagère malgré soi la por-
tée. Même sur ce point la transition est moins brusque qu'il ne semble et le vrai désert ne commence réellement qu'au delà de Biskra (fig. 12).
Comme toutes les choses peu connues, le Sahara a servi de thème à tous les écarts de l'imagination. On se l'est longtemps représenté comme une mer de sable, alors que le sable n'en recouvre qu'une faible partie. Plus longtemps encore on a cru que c'était le lit récemment exondé d'une ancienne mer. Mais rien n'est resté de cette théorie dés qu'elle a été sérieusement discutée. En effet, la constitution géologique du Sahara ne diffère pas essentiellement de celle des autres continents. On y trouve des terrains très variés. Le crétacé y est abondant, ainsi que les terrains tertiaires qui ne paraissent pas avoir été recouverts par la mer depuis leur apparition. On y trouve d'abondantes alluvions quaternaires, mais ce sont des dépôts laissés par les eaux douces, à une époque où ces eaux étaient abondantes. Ces dépôts ne constituent pas le lit d'une ancienne mer. On ne retrouve, ni les côtes, ni les coquilles qui devraient témoigner de sa présence. « Au lieu d'alluvions récemment abandonnées par les flots, nous trouvons des terrains de tout âge; quelques-uns aussi vieux que les plus vieux continents du globe i au lieu de l'uniformité supposée, une structure géologique simple, mais pourtant variée. Le Sahara a ses granits comme la Bretagne, ses calcaires crétacés comme la Champagne, ses calcaires éocènes comme le bassin de Londres, ses terrains volcaniques comme l'Auvergne (1). »
(1) Schirmer, Le Sahara, p. 13.