COURS D'EAU
sources ou des oueds. Ce sont les sources d'eau douce du Chott-el-Djerid qui avaient fait croire à l'existence d'un lac souterrain. Partout l'évaporation possible est bien supérieure aux précipitations. On admet môme généralement que l'évaporation réelle est plus considérable que les apports d'eau, en un mot que les dépenses en eau dépassent les receltes, et que l'état du Sahara va toujours en s'aggravant. Cela est probablement vrai, mais, en tout cas, cette aggravation est extrêmement lente.
Un continent presque privé d'eaux courantes, qui à elles seules façonnent à peu près tous les autres doit présenter des caractères bien particuliers.
« Le désert (1), dit Schirmer, plus que toutes les autres parties de la surface terrestre, a l'apparence de l'immobilité. Le climat implacable a dépeuplé la terre; les grandes plaines nous offrent l'image absolue du vide. Les montagnes sont comme des squelettes, dont le soleil a mangé la chair; les dunes ont l'air de vagues d'or mat solidifiées ; l'absence de bruit est telle que, suivant l'expression d'un voyageur, on écoute le silence. Tout cela parait immuable, figé dans l'éblouissante lumière, et il semble que l'homme seul change dans ces paysages éternellement les mômes. »
Pourtant cette immobiUté est plus apparente que réelle. Le Sahara, comme les autres continents, quoique plus lentement, se modifie d'une manière continue, et dans cette transformation l'eau joue un rôle un peu efTacé peut-être, mais qui n'est point nul. Les averses puissantes qui tombent de temps à
(1) Schirmer, loco citato., p. 139.
autre sur ce sol presque dénué de végétation produisent encore de fortes érosions. L'eau de pluie très riche en acide carbonique attaque vivement les roches calcaires.
Mais les principaux agents modificateurs du Sahara sont le soleil et le vent. Sous l'influence des énormes variations diurnes de température, qui, diton, peuvent parfois atteindre 80*", les pierres éclatent et se délitent peu à peu. D'autre part, le vent s'empare de tous les matériaux à sa portée : roches déUtées, sables, alluvions ; les trie, les classe, les transporte. Projetés par un vent violent, les grains de sable vont bombarder les parois verticales des Gours, les escarpements rocheux et affouillent les parties les plus tendres; les roches dures, restant en surplomb, finissent par se briser sous leur propre poids et tomber.
Les mêmes sables, projetés sur les surfaces rocheuses et sur leurs éclats, les polissent au point de donner aux plus rugueuses un toucher savonneux. Il y a une grande diflerence dans le polissage des roches ou des galets par le sable et ce même poUssage effectué par l'eau. Tandis que l'eau émoussant et supprimant les angles, produit toujours des surfaces arrondies, le sable respecte la forme générale, se bornant à donner aux moindres anfractuosités un poli parfait.
Les divers matériaux entraînés par le vent sont classés par ordre de dimensions avec une admirable précision. Les parties tendres, qui s'effritent en poussières impalpables, sont emportées par le sirocco à d'énormes distances et vont tomber soit dans l'Atlantique, soit dans la Méditerranée, soit même en
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Europe. Les matériaux un peu gros ne vont jamais bien loin, mais les grains de sable fin, généralement quartzeux, trop lourds pour flotter dans l'air, rasent le sol et, arrêtés par un obstacle quelconque, vont former les dunes.
Ainsi, sous l'influence de ces forces diverses, les montagnes mêmes tombent lentement en ruines, qui imitent parfois à s'y méprendre les ruines de l'industrie humaine, tours, vieux châteaux, villes. Ces ruines n'étant pas remaniées par les eaux ont un caractère fruste et abrupt tout à fait particuHer. Le Sahara tout entier ressemble lui-même à une ruine de continent, avec ses montagnes en escaUers, ses vastes hamadas couvertes d'éclats de roches noirâtres et comme calcinés, son chaos de cuvettes sans issue, de Gours à pic, de dunes immenses, dévastes plaines alluviales presque nues, de lits de fleuves morts, comblés çà et là par les dunes. De temps à autre, une oasis vient trancher sur l'ensemble, comme une tache d'un vert sombre.
Dunes. — Les dunes couvrent, d'après M. Pomel, environ 1/9 de la superflcie totale du Sahara. Elles forment généralement des agglomérations considérables, des aregs, comme l'Erg oriental et l'Erg occidental en Algérie, la plus grande partie du désert Libyque, etc. Un système de dunes dans son ensemble représente assez bien les vagues d'une mer en furie brusquement pétrifiée. Toutefois ces A^agues, dont quelques-unes peuvent atteindre de 150 h 300 mètres de haut, sont extrêmement inégales et présentent des surfaces plus régulières que les vagues de la mer. Sous le soleil saharien, elles prennent une teinte dorée, qui rappelle assez bien celle
des tas de blé que Ton voit parfois sur nos ports. Ces vagues sont souvent orientées dans un même sens, présentant une pente douce du côté d'où vient le vent et une pente plus abrupte du côté opposé. Poussés par le vent, les grains de sable gUssent sur le plan incliné de la dune, arrivent au sommet où ils produisent comme une sorte de fumée et tombent par leur propre pesanteur, en formant sur le côté opposé un éboulis à 45° d'inclinaison environ, comme tous les éboulis. Les choses se passeraient ainsi, si les vents étaient réguliers toute l'année, mais ils changent souvent. De là bien des changements à ce plan primitif, des croisements des lignes de vagues et des modifications infinies. En général, les crêtes restent vives, elles peuvent être droites ou courbes et diversement ramifiées.
Les dunes recouvrent souvent des bas-fonds; elles sont alors formées de sable homogène dans toute leur épaisseur. Le sable des dunes est d'un grain très fm et remarquable par sa régularité. Parfois le sable a été arrêté dans sa marche par un obstacle quelconque, montagne, colhne, etc., qui émerge encore du sable çà et là. Quelquefois ce sont des touffes de Relam ou Calligonum^ qui offrent un obstacle au sable et commencent une petite dune, ou même de simples plantes viv^aces (Drinn, Astragalus Gombo, etc.). Le sable accumulé finit par recouvrir la touffe; à la première pluie, celle-ci perce de tous côtés sa couverture de sable, forme un nouvel obstacle que la dune en croissant recouvre encore, et ainsi de suite.
On a cru longtemps que les dunes étaient extrêmement mobiles, que le vent les transportait d'un